LA ROYAUTÉ MÉROVINGIENNE
/. — La Gaule et l invasion.
Des royaumes barbares fondés sur le sol de TEmpire romain, celui des Francs eut la meilleure fortune. Ses chefs finirent par réunir sous leur autorité la plus grande partie de l'Europe occidentale et par rétablir à leur profil Tempire d'Occident. Nous exposerons dans ce chapitre quel était l'état de la Gaule à l'arrivée des Francs; comment ceux-ci prévalurent sur les deux autres royaumes barbares des Wisigoths et des Burgondes, de quelle manière, devenus le premier des peuples germaniques, ils org-anisèrent leur empire.
Etat de la Gaule. — On peut se représenter la Gaule d'après ce que nous avons dit de l'Empire en général. Elle en était, avant l'invasion, une des parties les plus florissantes. La préfecture des Gaules (Gaule, Espagne, Grande-Bretagne) était une des deux grandes divisions de l'Empire d'Occident. La capitale, d'abord placée à Trêves, avait été transportée à Arles. Le vicariat des Gaules, qui comprenait la Gaule proprement
dite, se subdivisait en dix-sept provinces que nous avons énumérées *. Les sept provinces du sud^ avaient une sorte d'existence à part, formaient comme une association particulière dans l'ensemble, Nous avons dit ce qu'étaient un ])réfet du prétoire, un vicaire, un aouverneur de province, une cité.
Dans la cité, une magistrature nouvelle a pris Ja prépondérance : le (lefensor cloitatis a le pouvoir administratif et judiciaire, mais son nom vient de ce qu'il est prote<'teur ; il défend les propriétaires contre le fisc ; les rôles de l'impôt ne sont valables qu'approuvés par lui; il a toujours accès auprès de l'empereur. On a longtemps enseigné que le défenseur était toujours Févèque ; aucun texte ne le prouve, et la chose est impossible, le défenseur étant nommé à temps. En tout cas l'évêque est devenu par la loi et par la force des choses le priMuier personnai:e de la cité; il a part à l'autorité judiciaire, surveille et dénonce les juges ordinaires, participe à l'administration et à l'emploi des fonds du niuîiicipe, à la perception de rimp(M. à linspeclion des travaux et des édifices publics. La force des choses fit plus que les lois; dans les rapports a^-ec les Bar])ares, les évêques apparaissent partout comme les chefs de la cité.
La seule classe sociale qui ait encore une importance poli tique est la noblesse. En Gaule, elle était nombreuse, car le; Gaulois, à qui ne manquaient ni les richesses, ni les talents, ni l'ambition, s'élevèrent plus A'ite que les autres itrovinciaux aux mag-istratures et aux honneurs. Dans les écrits tlu x" et du Vf siècle, il est souvent question de sénateurs, qui ne sont autres que les nobles. Ces sénateurs ont adopté les mœurs de l'ancienne noblesse romaine; ils ont dans leurs maisons les statues de leurs ancêtres; dans les j(jurs sob'uncls, on les range dans Vatrium. Sidoine Apollinaire fait connaître à merveille les mœurs et les habitants de cette classe à laquelle il appartenait. C'est une aristocratie foncière, puisque toute grrande fortune était territoriale. Les sénateurs, grands propriétaires, ont \Ansicurs villas dont chacune est une grande ferme avec champs,