LE ROYAUME BURGONDE
villa de Léontius qui n'existe pas encore, mais qu'il voit de son
œil prophétique.
Tous, philosophes, poètes, rhéteurs, manifestent le mal dont
soufTre cette société qui, l'Eplise exceptée, n'a plus d'énergie, /
qui ne sait plus à quoi s'intéresser, où tous les caractères s'efTa-
cent; cette société embarrassée dans de vieux souvenirs, dont les
principaux membres jouent au sénateur ancien, comme tel
poète au Yiriiile, tel rhéteur au Cicéron. Elle ne paraît pas
avoir été plus corrompue que d'autres ; elle a des iiabitudes
de vie opulente, mais présente des tableaux attrayants de vie
de famille. Les déclamations de Salvien, l'ennemi des riches,
sont suspectes. Une seule chose est sûre : les caractères ne sont
pas plus virils que les esprits. Les gens subissent tout, les pires
empereurs, les premiers usurpateurs venus, les rois barbares.
Ils s'en rendent bien compte. Ce (|ui a disparu, c'est la force. La
force est chez les Bar])ares, mais court le risque de s'énerver
vite, car les Barbares ont peu d'idées et trouvent commode
d'entrer dans les cadres tracés avant eux.
Résumons ce que nous savons de la société gallo-romaine; effaçons les derniers vestiges de l'administration impériale : il reste la cité {civitas) avec son évoque. Il reste une société orga- "^ nisée qui a ses chefs dans les g-randes familles. Il reste des écoles de rhéteurs, des écoles de droit. Tout cela vit encore; tout cela sait quelque chose; tout cela représente; tout cela est en possession. Nous verrons quelle place les envahisseurs germaniques se sont faite dans cette société, qui, tout bien considéré, Avalait mieux qu'eux.
A la fin du v*^ siècle le territoire de la Gaule, presque entièrement soustrait à la domination romaine, était partagé entre trois peuples principaux : les Burgondes, les Wisigoths, les Francs.
//. — Le royaume burgonde.
Origine des Burgondes. — Les Burg-ondes sont placés, aux temps de Pline et de Ptolémée, dans la Germanie du nordest, entre l'Oder et la Vistule; c'est de Là qu'ils auraient colonisé
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9« LES ROYAUMES HA UB ARES DE LA fiAULE
ril<' (le Bornholm (Borg-undarholms) et sans doute aussi quelques districts norvég-iens.
Au milieu du uf siècle, ils quittent celle place, probablemenl chassés par les Gépides. En 277, nous les trouvons sur le Rhin où les combat Probus et où ils s'établissent à côté des Alamans. Burgondes et Alamans vont alors se trouver en relations pour lonirlemps. Ils se touchent au même point de la frontière de TEmpire romain, sur le haut Main; ensemble ils font la poussée sur celle frontière, puis ils s'attaquent les uns les autres. Il y a là une ji-rande obscurité. Il paraît certain toutefois (|u'à la fin du ni'' siècle les Alamans ont forcé la frontière fortifiée {limes romanus) qui coupait le Main, (ju'ils se sont étendus entre cette rivière et le lac de Constance, dans la réizion où leurs descendants sont encore. Ce sont eux alors qui défendent la frontière contre les Burg-ondes, lesquels sont maîtres du haut Main et s'étendent des contreforts de Spessart et du Rhœn jusqu'au Kocher, affluent du Neckar.
Pas plus que les Wisigoths, les Burgondes n'ont été les ennemis des Romains. Vers •■]7(), ils ont com])attu avec eux contre un roi des Alamans, sans en tirer grand prolil. Saint Jérôme et Orose nous apprennent (juils prirent part à la grande invasion de 406, mais ils retournèrent dans leurs cantonnements du Main. Ils s'associent en 41 1 à la fortune de l'usurpateur Jovinus, passent le Rhin et occupent une partie de la rive gauche de ce fleuve. Là, Constance, vainqueur de Jovinus. consolide leur installation (413).
Les Burgondes dans la Gaule. — Tel fut le premier élablissement des Burgondes en Gaule. Ils étaient fixés dans la province de Germanie supérieure, autour de Worms, où les place la tradition des Niebelungen. Ils ont le caractère de fédérés ou d'auxiliaires. Constance ap[)li(pie avec eux la même politique •{u'avcc les Wisigoths. Les Burgondes, pour avoir été des fédérés moins remuants que les Golhs, n'en ont pas moins cherché à pnMidro plus ([u'on ne leur avait donné; ils envahissent la Belgitpie; en 435, ils sont battus par Avitus. Bientôt après, les hoslilités reprennent et une sanglante bataille a lieu, où périt Gondicaire, roi des Burgondes, sous les coups de Huns