LES ORIGINES
Nous le faisons commencer un peu avant cette date de 395. qui marque la séparation entre les Romains d'Occident et les Romains d Orient : elle est généralement admise comme signifiant beaucoup dans i histoire de nurmanité.
Assurément ce sous-titre se justifierait encore mieux si Von était revenu sur lliistoire de Rome, de la Grèce et, en remontant toujours au./: sources de la civilisation, sur celle de l'Orient. Mais, dune part, l. Orient, la Grèce, Rome ont eu en France des historiens de premier ordre dont les ouvrages sont dans toutes les mains; d'autre part, il faut bien s'arrêter à fjuelque point, àvayxT, crrv/a',, et îious avons voulu nous en tenir aux origines immédiates de ces nations européennes dont C histoire a fini par devenir celle du globe tout entier.
Avant la première invasion gothique, ce qu'on appelait alors le monde, c'est-à-dire les pays qui s étendent du golfe Persiquc à la mer d'Irlande et de la Scandinavie au Sahara^ était partagé en deux fractions : le monde romain et le monde barbare.
Lirruption des Barbares par toutes les frontières de CEm-
AVERTISSEMENT m
pire romain a eu pour eonsêquence les combinaisons ethnographiques et politiques d'où sont sorties les nations de l Europe moderne et des régions directement en relations avec elles.
Ces combinaisons ont été variées à Hnfini, et l'on arriverait à un totcd effrayant si l'on essayait de faire le compte des États barbares qui, du IV" au XI" siècle, de la Scandinavie au Sahara, se sont fondés, se sont dissous, ont annexé les voisins, ont été démembrés par eux. Dans les matières déjà en fermentation il y a eu l'intrusion perpétuelle de matériaux nouveaux et l'ancien monde n'a offert longtemps que l'aspect d'une cuve qui bouillonne.
A considérer tous ces peuples qui, pendant sept siècles, se ruent les uns sur les autres, les nouveaux venus refoulant et pressurard leurs devanciers, les premiers germes et les ferments de civilisation toujours étouffés 2xir de plus récentes avalanches de barbarie et même de sauvagerie, à voir tant d'empires s'élever et s écrouler, on croirait quil ny eut là que les jeux de la force brutale et le conflit des forces aveugles de la nature. Aucune jjériode de F histoire n'est peut-être plus encombrée de faits, de noms, de dates, et ne parait plus stérile et plus vide.
Et cependant, à aucune période de i histoire on na pu voir plus nettement l'influence des idées sur la matière : ici, c'est le souvenir de l'empire romain, dont le moindre chef barbare est ébloui, hanté, obsédé, et dont, dans le règne le plus éphémère sur le domaine le plus restreint, il s'efforcera de faire renaître quelque chose; là, c'est l'idée de la chrétienté, universelle et œcuménique comme CEmpire, et pendant que tant de roitelets à noms teu toniques ou gothiques se disputent l'héritage tempjorel de Rome, dans la ville aux sept collines il y a un vieillard qui en transmet à d'autres vieillards l'héritage spirituel; enfin, dans d'autres régions qui semblaient soustraites pour toujours à toute influence gréco-latine, sur des races qui n'avaient pas subi la loi de la Rome ancienne et qui