IV AVERTISSEMENT
rejetaient la foi de la Rome nouvelle, il y a une autre idée, une autre loi, une autre foi qui gouvernera les forces brutes.
Du VIP siècle au XP siècle le monde ancien a donc été dominé par des idées incarnées dans des hommes : ridée romaine impériale, l'idée romaine papale. Vidée musulmane, qui réunit dans le même homme les deux suprématies temporelle et spirituelle, là-bas séparées, encore qu'elles tendent parfois à empiéter fune sur tautre ou à se confondre.
Au-dessus du monde se dressent : le Pape, héritier de Saint Pierre; l'Empereur, héritier d'Auguste; le Khalife, héritier de Mohammed.
En général il n'y a qu'un Pape à la fois; il y eut toujours au moins deux Empereurs; il finit ]jar y avoir au moins trois Khalifes. Cest la papauté, la plus immatérielle des trois puissances, qui est la mieux obéie. Elle ne compte guère de rebelles qu'à Byzance; les deux autres en comptent tant que presque partout elles finissent par laisser la place à des rois, à des sultans, monnaie de C Empereur ou du Khalife, un peu menue, mais de bon métal.
Sous l'action de ces idées, de ces personnages, de ces fantômes, la matière, peu à peu, s'organise. Aux royautés barbares, partageables, éphémères, succèdent des États plus solidement constitués. En Europe du moins, de l'amalgame et de la fermentation des éléments romains, celtes, ibères, germains, goths, slaves^ finnois même, se dégagent des êtres nouveaux.
De proche en proche la matière en êbullition se prend, se fige, se cristallise, s'organise. De ces poussières de peuples que le sabot d'un cheval hun, avar, magyar, arabe, suffisait pour faire lever en tourbillons, se condensent de vraies nations.
A la fin du XP siècle, il y a une Prance, où les couches successives d'envahis et d'envahisseurs se sont tassées en un
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vivant métal, qui lï admettra plus d'élément étranger ; il y a une Allemagne, ou, si l'on veut, des Allemagnes ; une Italie où l'on a déjà peine à distinguer les sédiments latins, grecs, ostrogoths, lombards, francs; il g a des États Scandinaves ; il g a une Bohème, une Pologne, une Russie, et, par intermittence, une Serbie, une Bulgarie, une Grèce, encore que celle-ci ait peine à se dégager de ses provinces barbares. Les lies Britanniques , après avoir vu les Celtes refoulés par les Anglo-Saxons , les Anglo-Saxons par les Danois, ont enfin reçu, avec les ISormands, leur dernier bande conquérants ; il en est de même de la Pannonie, qui après avoir été l'hippodrome des cavcdiers d'Asie, est devenue la Hongrie chrétienne ; r Espagne , tour à tour celto-ibérique , romaine, gotlàque, se trouve enfin saturée dliommes et, après avoir subi Cintrusion des Arabes, tend déjà à les expulser. Ainsi l'Europe est debout tout entière avec les États qui dureront, les ncdions qui sont celles cVaujourdliui et de demain.
Tous ces êtres nouveaux sont nés dans la période qui nous occupe : aucun d'eux, avant la « séparation des deux Empires », îi' existait, du moins avec tous les traits de sa physionomie. Nous ne parlons pas seulement de la Russie, de la Pologne, de la Hongrie, et de tant d'autres nations, dont les éléments constitutifs étaient encore, en 39o, dispersés à tous les coins du monde barbare; mais à la fin du XP siècle, il existe une France qui est différente de la Gaule de César; une Espagne et une Ualie qui n'ont guère c/ue le nom de commun avec celles qui ont connu les Anlonins; une Angleterre qui est radiccdement autre chose que la Bretagne d'Agricola; une Allemagne que la Germanie de Tacite ne pouvait laisser pressentir.
Plus différentes encore de leur aspect ronudn, plus ressemblantes encore à l'aspect qu'elles présentent aujourd'hui sont r Afrique du Nord, l'Egypte, la Syrie, la Perse.
Ainsi, dans tout l'ancien monde, il s'est fait du IV au