‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 30 sur 192 · LE ROYAUME BURGONDE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME BURGONDE

Les Burgondes étaient de bonnes srens, très grands, au crâne vaste et fort. Leurs descendants qui habitent le pays de Yaud, les montairnes du Jura, sont très grands, tandis que leurs voisins des Alpes françaises (d'orig^ine romaine) sont petits. Les longs cheveux frottés de beurre rance, le grros y appétit, l'haleine empestée d'ail, les barbares chansons des Burgondes déplaisaient à Sidoine; mais, après avoir chanté, ils demandaient bonnement à rh(Me romain ce qu'il pensait de leur ramage. Ils étaient charpentiers, menuisiers; aujourd'hui encore, dans la Suisse occidentale, les paysans travaillent le bois, ont leur établi. Ils semblent avoir été les moins méchants parmi les Barbares : Orose constate qu'ils vivent avec calme et douceur, traitant les Gaulois non comme des sujets, mais comme des frères en Christ.

Ils ont subi à un très haut degré l'influence romaine. Gondebaud est un savant, d'après Avitus; il a un rhéteur, Iléraclius, sorte de panégvriste à la façon de la cour romaine. A la cour burgonde sont bien reçus les Romains qui viennent chercher fortune, comme ce Syagrius dont parle Sidoine, qui avait appris la langue burgonde et la parlait si bien qu'en l'écoutant les Barbares se surveillaient pour ne pas faire de fautes ; tel Laurentius, envoyé à Byzance, qui y resta et arriva aux honneurs; tel l'évêque Avitus qui fut fort employé comme chancelier, surtout pour la correspondance avec Constanlinople. Il y a en efTet des relations régulières avec l'Empire d'Orient. Les prédécesseurs de Gondebaud ont été maîtres de la milice; lui-même l'a été, puis patrice. Lorsque Sigismond , fils de Gondebaud, est devenu roi, il demande à changer son titre de comte contre celui de patrice; il sollicite cela comme un avancement. C'est en signe de ces relations et de cette fidélité maintes fois attestée que les Burgondes gardent l'ère consulaire; sur 61 textes datés, un seul porte l'année du règne. L'ère post-consulaire enfin, qui ne dure à Rome que jusqu'en 565, / se prolonge en Burgondie jusqu'en 628. Sur les monnaies de Lyon, il y en a qui ne portent que l'effigie impériale; plus tard, au revers, le monogramme royal. L'influence de Rome se montre, avons-nous dit, dans la législation. L'autorisation

dos mariages entre les deux peuples y est spécifiée; le droit testamentaire n'est nullement germanique; le ivergeld est le même pour un Romain que pour un Barbare ; Barbare, car les Burgondes ont adopté le mot pour se désigner eux-mêmes dans leurs lois.

Aussi ce pays burgonde est-il un de ceux où vécut le plus longtemps la culture romaine. Au plus beau temps du royaume, Viventiolus tient une école de rhéteurs à Lyon. A la fin du vi" siècle, l'école d'Agaunum (Saint-Maurice en Valais) est toujours prospère. Au vi'' siècle vit en Bourgogne le chroniqueur Marins d'Avenche ; au vii% Frédégaire. Au temps du second royaume de Bourgogne, la fille de Rodolphe sera réputée savante quand elle arrivera à la cour d'Otto I". La loi des Burgondes est plus claire et mieux écrite que celles des autres Barbares, et quand on compare, au moyen âge, les documents de la Suisse aiamanique avec ceux de la Suisse burgonde. on reconnaît dans ceux-ci des traces de culture romaine.

Il n'y avait donc entre les Burgondes et les Romains aucune cause d'antipathie; les vaincus avaient pris les vainqueurs, si tant est seulement qu'il v ait eu des vainqueurs et des vaincus.

Les Burgondes et l'Église. — La question religieuse fut la ruine du royaume des Burgondes. Le clergé gallo-romain était très puissant. A la fin du v*" siècle il y a 25 évêques, pris dans les grandes familles sénatoriales. Le plus considérable est Avitus, métropolitain de Vienne depuis 490, un des grands témoins de cette histoire que nous étudions, un témoin pour les Burgondes, comme Sidoine pour les Wisigoths, Cassiodore pour les Ostrogoths, Grégoire de Tours pour les Francs 11 se nomme Alcimius Ecdimius Avitus. Son père et plusieurs de ses ancêtres ont été évêques à Vienne, après avoir rempli des offices politiques. Il avait un frère évêque de Valence. Il est probable qu'il a été élevé à Valence, où une école de rhétorique était tenue par Sabaudus, que loue Sidoine Apollinaire. Il {>araît avoir eu de grands avantages }>hysi(|ues. Entre tous ces évêques qui paraissent très puissants, qui ont de grands biens, font de grandes charités pendant les famines, paient la rançon des prisonniers, fondent ou ornent des églises, envoient des sub-

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sides au pa[)o, il ost le }ilus puissanl assurément. Un de ses prédécesseurs, dans un conllit (jui éclata entre son sièpe et celui d'Arles et (jui dura pendant tout le v'' siècle, se servait dune armée, comme faisait d'ailleurs son rival. L'activité personnelle d'Avitus était très p'ande et, pour ne pas parler de ses autres œuvres, ses lettres, malheureusement difliciles à comprendre, sont très précieuses pour éclairer au fond les sentiments des chefs de l'Eglise. Avitus n'est pas tolérant. 11 veut abolir l'hérésie arienne. Quelles pouvaient être les relations d'un pareil évèque, ou de tout autre évè(jue pensant ainsi, avec un ]'oi arien? Les Burgondes, de honne Iieure convertis au christianisme, ce qui contribue peut-être à expliquer la débonnaireté de leur caractère, sont ariens comme tous les Barbares qui ont subi au milieu du vi*" siècle linlluence des empereurs ariens. Xotez que le roi des Burg-ondes, quoique arien, exerce sur l'Ég-lise catholique les attributions de la puissance royale. Il faut son autorisation aux évoques pour se réunir en concile; cette autorisation apparaît à la lin du v" siècle; jus(jue-là les évèques se réunissent sans qu'il soit question d'une autorisalion royale. Il y a des conciles de Gaule sous la présidence de lévèque d'Arles, des conciles provinciaux; mais après la fin du v" siècle les conciles se font non plus pour toute la Gaule, non plus par provinces ecclésiastiques, mais par royaumes. Plusieurs conciles burgondes portent mention de l'autorisation royale. De même le roi (on y reviendra plus tard) a une part dans l'institution des évêques, si bien que ce roi arien, qui a un clergé arien, prend part au g-ouvernement de l'Eglise catholi(|ue. Comment cela était-il supporté jiar un évêque comme Avitus? Il reconnaît l'autorité des rois; le Maître a ordoimé l'obéissance aux puissances terrestres ; d'autre part il est en relations amicales personnelles avec Gondebaud, qui est très tolérant. Mais à peine Clovis, roi des Francs, a-t-il été ba[)tisé catholi<iue, Avitus, cet ami et conseiller de Gondebaud, précejdeur de son fils, écrit au nouveau chrétien une lettre étonnante. Ce document est un des plus importants de l'histoire (]ue nous écrivons : il fait prévoir dans le roi des Francs le « fils aîné de rÉgiise », et bien plus encore, l'empereur chrétien, Charte-

mag-ne. Tels étaient les sentiments nourris par le clergé galloromain, au moment où le royaume des Burg-ondes va être attaqué par Clovis. Voilà pourquoi ce royaume succomba.

///. — Le royaume ivisigoth en Gaule et en Espagne.

L'établissement des "Wisigoths. — Les Wisigoths occupaient le sud-ouest de la Gaule, comme les Burgondes le sud-est. Xous avons dit comment ils avaient été établis en Aquitaine par Constance. Ils s'étendaient sur la Seconde Aquitaine (cités de Bordeaux, Agen, Périgueux, Angoulême, Saintes, Poitiers), une partie de la Novemjiopulanie (au sud de la Garonne) et de la Première Xarbonnaise avec Toulouse, mais sans Narbonne. Ils étaient dans une région toute romaine; depuis la fin du iv" siècle la préfecture des Gaules a été reportée de Trêves à Arles; d'Arles sont gouvernées les sept ■provinces; nous avons indiqué les étapes des Wisigoths à travers les steppes de la Russie actuelle, les terres de l'Empire d'Orient, puis l'Italie, la Gaule et l'Espagne.

Dans ce milieu très romain, une des plus belles contrées de l'Empire, ont été établis les AVisigoths, ses serviteurs, en récompense des services passés et sous condition de services à venir. Ces services, ils les rendent. Wallia mort en 419, Théodoric P'' lui succède. En 422 le maître de la milice, Gastinus, va combattre les Vandales au sud de l'Espagne, en Bétiijue. Il est vrai que Théodoric n'est pas toujours un fédéré docile : il a des velléités d'agrandissement à chaque désordre de l'Empire. Et il y a beaucoup de désordres : nous avons vu comment les intrigues de palais achèvent la désorganisation de l'Empire d'Occident; c'est sur ce fond que se déroule l'histoire des Barbares en Gaule; par là s'explique qu'ils soient devenus indépendants. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail des luttes soutenues par Rome contre tous les peuples barbares (sans exception) établis en Gaule. Le roi des Wisigoths, Théodoric I"

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