‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 34 sur 192 · LE ROYAUME WISIGOTH EN GAULE ET EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME WISIGOTH EN GAULE ET EN ESPAGNE

Il V a pour les Romains ot pour les Goths des droits séparés. Le droit romain est consig-né dans la Lex romana Wisigo- (horion, que Ton appela au xvi^ siècle Bréviaire cCAlaric. Voici en quelques mots l'histoire de ce document. Le roi Alaric, voulant éclaircir toutes les obscurités de la loi romaine, a fait appel aux lumières de prêtres et de nobles; il a aussi convoqué des savants, lesquels, après examen, ont réuni le tout en un livre. La commission a travaillé sous la présidence du comte Gojaricus; le travail s'est fait à Aire, en Gascogne, en 506. Le roi a requis l'assentiment des évêques et d'élus des provinces ; puis il a fait déposer l'exemplaire original dans le trésor roval. Des copies certifiées par le référendaire Anianus ont été distribuées. Ce document est très curieux parce que la comparaison que l'on en peut faire avec les orig-inaux, surtout avecle Code Théodosien, montre ce qui a dû être retiré comme inutile ou ne s'appropriant pas aux circonstances nouvelles. Les dispositions relatives aux dig-nités, aux privilèges, aux honneurs ont à peu près disparu, de même celles relatives aux finances'. Le Bréviaire dWlaric, conservé et propagé par beaucoup de manuscrits, a fourni des emprunts à plusieurs lois barbares, aux édits mérovingiens, aux capitulaires, aux canons des con- . ciles. Il a contribué grandement à assurer la perpétuité du droit romain jusqu'à la renaissance du xii'' siècle.

Le droit des Wisig-oths a été rédigé sous Euric. Ce travail fut refait et complété en Espagne par Leovigild (o69-58o) et définitivement sous Reccared (080-6OI). C'était une compilation de droit en 3o0 chapitres '. Mais le travail législatif continua en Espagne : à la compilation de Reccared on ajouta des lois postérieures; en6i2, sous Chindeswind, un code fut de nouveau composé en 12 livres et o70 articles et confirmé par le fils de ce roi, Receswind (6i9-6"2). Les rois suivants augrmentèrent la collection, qui fut enfin revue et publiée sous le roi .Egica, au seizième concile de Tolède (093). Ce qu'il y a de remarquable dans ce nouveau code, c'est (|u'il n'est }>lus un droit personnel :

1. Le Xe livre du Code Théodosien (de lie tributaria) n'a fourni que 10 constitutions au lieu de 170.

2. Dont nous connaissons seulement 5.j, retrouvés par Kunst en 1839.

il s'affit d'un droit territorial commun aux Romains et aux Golhs et formé par la fusion des deux droits. Ceci est la preuve et le symbole d'une union qui s'est faite par l'effet du temps, de la longue cohabitation; elle a été rendue possible dès la fin du vi'' siècle par la conversion du roi Reccared au catholicisme.

Rapports entre Wisigoths et Romains. — Sans doute, dans les éléments du mélange, le romain ne l'emporte pas de beaucoup; néanmoins la distinction longtemps maintenue des deux peuples et des deux droits suffît à prouver que les Wisigoths ont essayé un autre modus vivendi que les Ostrogoths; ils ont gardé leur indi^idualité nationale avec bien plus de soin. Pourquoi? Ils semblent d'abord avoir été beaucoup plus nombreux; dans le partage ils furent moins disséminés; c'est un fait ici que les Barbares prirent les deux tiers des terres '. D'autre part, { si romaine que fût la Gaule méridionale, elle l'était moins que l'Italie. L'Italie était le lieu du pouvoir central. Il y avait là sénat, consuls, préfet du prétoire, tous les vieux cadres. Puis la Gaule romaine était plus éloignée do Conslantinople, moins dépendante en fait, sinon en droit. Théodoric l'Ostrogoth ne se croyait peut-être pas libre, lui (jui faisait confirmer les consuls, de rien changer à l'état des ciioses; au contraire les rois wisigoths n'ont pas de ces scru|»ules; ils ont respecté la cité et la province, mais le préfet du prétoire a disparu.

Voilà sans doute deux des causes qui expliquent le maintien de la séparation entre Wisigoths et Romains. Il y a donc à 1 origine deux populations séparées, vivant sous un même chef, le roi, et obéissant aux mêmes officiers. Ces rois paraissent beaucoup moins romanisés que ceux des Ostrogoths. Sidoine Apollinaire nous a décrit la cour et la fa«:on de vivre de Théodoric II et d Euric. Ils sont restés très germains. Les deux peuples juxtaposés ne se sont pas aimés; les Goths ont commis jusqu'au partage des terres do grandes violences ; ils en ont commis même après, et il y en a des prouves dans la loi qui essaie de les en empêcher. Même ceux qui jouent un rôle considérable

1. Dien que la loi anfienne semble favoriser le partage en lots indivitliiels, il est ccrlain que bien des lois furent communs à i.lusieui-s partageants, très probablement parents.

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