LE ROYAUME WISIGOTH EN GAULE ET EN ESPAGNE U
romain; ils continuent par l'Eg-lise la patrie commune; ils ont des vues d'ensemble, une politique qui tend à la reconstitution de l'unité et qui en fait de redoutables adversaires des rois ariens. On peut dire que ce sont eux qui ont détruit ces royaumes.
Ce désaccord, on a vu les effets qu'il a produits chez les Ostrogoths. Il a été plus violent chez les Wisig-otlis, parce que ceuxci ont été des persécuteurs, au moins h partir du règne d'Euric. Euric était un arien très convaincu. Au moment oîi les Wisigoths commençaient la conquête de l'Arvernie, Sidoine écrit : « Je tremble qu'il n'en veuille encore plus aux lois chrétiennes qu'aux murailles romaines : telle est la haine que dans le fond du cœur il porte au nom catholique que l'on est embarrassé de dire s'il est le chef de sa nation ou celui de sa secte. » En effet les églises de la Gaule wisigothique étaient durement opprimées. Euric avait une véritable politique ecclésiastique : les évèques morts, il ne les remplaçait pas.
Cette politiqui', si elle n'était pas dangereuse au temps où les Wisigolhs n'avaient d'autres voisins que les Burgondes, ariens comme eux, le devint lorsque commença à grandir la fortune des Francs et que ceux-ci se firent catholiques. Grégoire de Tours parle de ces évèques de Tours, Yolusianus et Yérus, exilés comme suspects d'intelligence avec les Francs; de ce Quintianus, évèque de Rodez, qu'on accuse de souhaiter la domination des Francs, qu'on veut tuer, qui s'enfuit et qui est secouru et soutenu par les évèques de Clermont et de Lyon. 11 n'y a pas de doute (ju'il y a eu une sorte de conspiration contre Alaric II, bien que celui-ci n'ait pas été un persécuteur, qu'il ait publié le Bréûiaire avec le concours des évèques, à la veille de la guerre, qu'il ait accordé en 506 aux prélats de son royaume le droit de réunion. Le récit même de la guerre montrera qu'il y eut là une sorte de guerre religieuse avec des complicités intérieures.
IIlSTOIHE GÉNÉHALE. I.
jy, — Le royaume franc.
Origine des Francs. — L'histoire des Francs est beaucoup moins simple que celle des AVisie:oths et des Burirondes, parce qu'il s'asit de plusieurs peuples et qui n'agissent pas ensemble.
Sur l'origine même de l'appellation, toute sorte d'incertitudes. Portent la dénomination de Francs : les Chamaves, les Attuariens, les Ampsivariens, les Cattes, les Bruclères, les Tenctères, les Sicambres. Yopiscus, dans la Vie d^AiirèUen, est le premier qui prononce ce nom. Ce nom vient-il de l'arme, framea francal ou le nom de Farme lui vient-il du peuple? Franc veut-il dire libre? Pourquoi et comment ce nom s'est-il otendu sur les peuples qui habitent la rive grauche du Rhin, depuis le confluent avec le Main jusqu'à l'embouchure? Ce sont des questions presque insolubles. Rien ne montre qu'un lien de parenté unisse les diverses tribus franques. Les anciens écrivains ont voulu dissiper toutes ces obscurités ; ils ont cédé à l'universel besoin de voir clair. Ils ont demandé à la légende ce que l'histoire leur refusait. Pour Grégoire de Tours, les Francs sont un vrai peuple; il les fait venir, sans dire comment, de la Pannonie sur le Rhin. Cela ne suffit pas aux Gesta Francorum : les Francs ce sont les Troyens vaincus que Priam et Anténor ont conduits par mer aux embouchures du Danube. Alliés de Yalentinien contre les Alains, ils reçoivent de lui le nom de Francs avec une exemption de tribut pour dix ans. Quand on veut les faire payer de nouveau, ils se révoltent; battus, ils émigrent et viennent sur le Rhin. Ils choisissent un^ roi unique, Pharamond; après lui, Clodion, Mérovée, etc. Voilà qui est fait, et il ne reste plus qu'à entrer dans le courant de l'histoire. Pour nous, il faut nous en tenir à l'incertitude et à l'ignorance. Nous constatons seulement qu'au ni*^ siècle, alors que la Germanie prend l'offensive contre Rome, le nom de Francs est commun à tous les peuples qui habitent la rive droite du Rhin, depuis le Main jusqu'à la mer.
Depuis, le nom de Francs revient sans cesse. Il est impos-
~ LE ROYAUME FRANC Ho
sible do suivre ici le détail de leur histoire; nous marquerons seulement quelques faits dont la connaissance est nécessaire. A la fin du m'' siècle, nous trouvons des Francs sur la rive gauche du Rhin jusqu'au pays des Xerviens * et d'autres, au même instant, vers 290, dans Tile des Bataves - aux embouchures du Rhin. Voilà le point d'attache du groupe des Francs Ripuaires et de celui des Francs Saliens ^.
Leurs guerres contre Rome. — Constance Chlore a combattu les Francs (2'J2) et probablement traité avec eux, aux termes oii l'on traitait d'ordinaire avec les Barbares; il les a cantonnés sur le Rhin inférieur, entre Rhin et Meuse. Nouvelles g-uerres sous Constantin et ses tils; ces g-uerres paraissent avoir été sanglantes, et les panégyri(|ues dEumène feraient croire qu'elles ont été très cruelles. Beaucoup de Francs ont été vendus; d'autres jetés aux bêtes. En lan 3oo, de Strasbourg: a la mer, se produit un g-rand mouvement des peuples en avant : Alamans et Francs. Julien arrive en Gaule à la fin de cette année. En 356, il délivre Autun que des Francs assiègent; il attaque les Alamans, puis les Francs du Rhin; il entre à Cologne, où il ne restait qu'une tour; dans toutes ces villes romaines de la frontière il trouve les fortifications détruites. Il quitte Cologne après avoir traité avec les Francs. En 3o8, il les attaque sur un autre point, en Toxandrie*; il s'agit des Francs Saliens. Vainqueur, il leur laisse leur territoire : ces peuples ne demandaient (ju'à faire partie de l'Emjiire, à y recevoir des terres. Les guerres continuent sous les successeurs de Julien; là jouent un grand rôle, autour de Cologne et dans la Seconde Germanie, les chefs ou rois Genobaud, Marconiir. Sunno et Arbogast. Après la mort de Théodose, Stilicon parait sur le Rhin; ses rapports avec les Francs montrent qu'ils sont décidément les gardiens de la frontière; il fait un voyage pacifique. En apaisant les dissensions, fréquentes chez les Barbares, il détruit l'autorité de Marcomir et de Sunno. Il y eut certaine-