‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 7 sur 192 · L'EMPIRE ROMAIN JUSUL'AI" III" SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'EMPIRE ROMAIN JUSUL'AI" III" SIÈCLE

formes vont s'effaçant, laissant paraître le fond : la monarchie absolue.

L'empereur a le pouvoir militaire: il est chef unique des armées, ce qui implique le pouvoir de faire des levées, de licencier les soldats, de nommer les chefs. Il a une autorité absolue sur les provinces, qui sont administrées par ses lieutenants, et s'il y a deux catégories de provinces, celles de César et celles du peuple ', les premières administrées par les léarats de César. les secondes par les proconsuls du sénat, cette distinction n'a iiuère d'impoitance dans la pratique, car l'empereur a droit de commander aux proconsuls sénatoriaux. Il a le pouvoir judiciaire; à Rome il rend la jusli<-f' en personne; dans les provinces il délègue son droit; il juge en appel. Il a tout le pouvoir législatif : présidence des comices tant qu'ils subsistèrent: présidence du sénat: droit de proposer; droit d'empêcher. S'il ne peut faire de véritables lois qu'avec le concours du sénat, il a le droit, comme les anciens magistrats de la République, de faire des édits ayant force de loi pendant toute la durée de sa magistrature. Il a le droit de faire le cens, de dresser la liste des sénateurs et des chevaliers, ce qui imjtlique le droit de composer le sénat à son grré. Enfin il a la })leine et libre disposition des finances publi({ues.

Tout l'Etat était donc (-(tnfondu dans l'empereur; il avait en lui la Majesté (Majestas) «lu peiijde romain, qu'avaient eue avant lui les consuls et les dictateurs, et à laquelle il no pf)uvait être porté atteinte sans péril de mort. Il était le chef de la religion romaine, ponh'fex maxhnus . c'est-à-dire souverain pontife. Sa personne était sacrt''e : il ('"tait parfois adoré de son vivani comme un dieu: il i'ecc\ail après sa niorl h' titre de divus et les honneurs de V apothro^i^ .

Quels sont les moyens et les agents dont dispose le gouverment impérial? L'emj>efeiir a son jtrétoire {prœtorium) comme l'avaient les grénéraux de la réjiublicjue. Il est grardé par plusieurs cohorlps formées de soblats d'élite. L'em})ereur en délègue le commandement à des préfets rhj. prétoire dont chacun

1. Autrement dit : province? impériales et province? tenaforialfs.

4 LE MONDE ROMAIN .lUSQU EN 39o

a tous les pouvoirs de reni})l(>i. (le préfet a le commandement (les troupes cantonnées à Rome et en Italie; juridiction sur les soldats, juridiction criminelle en Italie, excepté à Rome et dans le rayon de cent milles autour, où la juridiction appartient au ^jre/ef de Rome. L'empereur a même délégué aux préfets du prétoire la connaissance des appels portés des décisions des gouverneurs. Voici un mode de procéder que nous retrouverons dans Thistoire des monarchies européennes : l'officier personnel du prince devient oflicier public.

De même que les magistrats de la république avaient autour d'eux un conseil de citoyens, l'empereur a son conseil (consiliiun). Au début, ce n'est pas une instilulion permanente; mais, à partir d'Hadrien, ce conseil est un rouage de l'Etat, ses membres sont des fonctionnaires. L'institution se consolidant et s'organisant , on distingue deux sortes de conseillers : sénatoriaux et équestres, avec des traitements divers. L'empereur préside; à son défaut, le préfet du prétoire.

Le procédé est toujours le même : le conseil personnel tend à devenir conseil d'Etat.

De même que les anciens magistrats avaient des bureaux, composés de leurs serviteurs personnels, qui géraient les affaires sous leur responsabilité, l'empereur a ses bureaux (scrinia) qui sont devenus permanents, oftîciels, publics. Peu à peu ils ont reçu une organisation complète : c'est la première centralisation que notre monde ait connue.

A l'origine, le personnel de ces bureaux était formé d'esclaves et d'affranchis du prince ; d'où le pouvoir de tant de misérables sous les Césars. Sous les Antonins, (juand le caractère public est tout à fait niar(|ué, le })ersonnel est }>ris dans l'ordre é({uestre.

Il ne reste plus à jiarlei' (|ue des comités Au;/i(sti qui sont l'entourage habituel de l'empereur. De loulcs les institutions c'est celle (|ui a le plus le caractère privé; ce sojit les compagnons de l'empereur; mais naturellement il prend parmi eux des serviteurs publics, leur «bjiine des missions. Ces comités son! r(»rigin(' (b's cointes de bi jtéi'iode suivaiibv

En résumé, auprès de lempemir apparaît déjà le gouver-

l'empire romain .iusqu'au IIP siècle b

nement central, l'empire centralisé, leijucl ne sera bien organisé que vers la fin du ni'' siècle.

Ce qui restait du sénat et des anciennes magistratures républicaines. — A coté de rcnipercur il y a encore le sénat et les anciennes maiiistratures romaines, mais ce sont des ombres. Il n'y a dans le sénat (ju'un classement de digrnitaires. De toute la Aie complicjuée et forte des anciennes magistratures, il ne reste plus que ce qui peut être appliqué à une monarcliie : un cursus honorum. En réalité, le sénat n'a pas de pouvoir etVoctif; il est à la discrétion des enij)ereurs. Au I*"" siècle, ceux-ci semblent avoir eu peur de cette forme (juils ont respectée; ils déciment le sénat, frappent surtout les membres des anciennes familles, redoutant le regret qui Ait en elles de l'ancien pouvoir sénatorial. Au n= siècle, quand les hommes des anciennes familles ont disparu, (juand on s'est plié à l'obéissance, quand se succèdent des empereurs de familles proA'inciales qui respectent le nom du sénat et veulent se servir de son autorité morale, il redevient un moment un conseil écouté.

Pour conclure, il reste des formes anciennes : le caractère viager, électif, du pouvoir impérial ; des ombres de magistratures, une ombre de sénat, une omltre qui traA'^ersera les siècles, qui lianlera les esprits Itizarres du moyen âge, que nous retrou- A'erons autour de Cbarlemagne, qui se dressera entre Arnaud de Brcscia et Frédéric Barberousse, une ombre dont se recommandera quebjue jour le coUèg-e électoral du saint- empire romain germanique. La réalité du pouvoir et de l'action appartient à l'empereur, à sa chancellerie, à ses bureaux, à ses agents.

Les cités et les provinces. — Ce (|ue nous avons étudié jusqu'à présent, c'est le pouvoir central. Quels étaient les agents de ce pouvoir central? Quel était le gouvernement local? Quels étaient les cadres de l'administration?

Le groupement des sujets de l'Empire romain s'est fait par cités. Ce groupement n'est pas factice. Dans une partie de l'Empire, dans la moitié orientale, il est antérieur à la conquête; c'est une conception gréco-latine. Ailleurs, la cité est le

nom nouveau du ,t:rou|i<'ineiil ancien ; ce (ju'on appelait un peuple gaulois est devenu une cité. Une cité (civilas) est un ensemble d'hommes habitant un tei"jiloire ijui a un centre urbain de gouvernement.

Nous reviendrons sur la constitution sociale de la cité; pour le moment, nous ne nous occujtons (|ue de son rôle dans rorganisme général du gouvernement. Les cités s'administrent elles-mêmes, élisent leurs magistrats, pourvoient à leurs dépenses, à leur culte, à leur police. Elles ont pour se gouverner elles-mêmes tous les droits, sauf l'autorité su}trèmo {hnperliDn) avec son droit de guerre et la justice. L'Empire qui les laisse vivre leur demande seulement l'impôt, les recrues [lour le service militaire et la soumission à ses g-ouverneurs.

Entre les cités et lui, il existe une division intermédiaire : la province. — Les provinces sont des régions politiques créées dès le temps républicain : dans les pays conquis, Rome envoyait un magistrat qui était comme un souverain absolu tout le temps que durait sa charg'e. Ces régions, l'Empire en a accru le iiombre, soit })ar des coïKjuètes, soit [lar des remaniements et subdivisions.

Il y a bien encore un régime particulier pour lllalie, terre privilégiée, administrée de Rome directement, subdivisée en onze régions i»ar Auguste; mais })eu à peu se fait l'assimilation qu'achèvera le Bas-Empire.

La ville de Rome a aussi son gouvernement à part.

Les ag-ents de l'empereur ont tous ce caractère connnun •ju'ils sont des délégués, non pas des fermiers; des délégués à temps et payés : ce (jui impli<|ue qu'ils ne ju'endront jias racine et n'exploiteront pas le pays à outrance. Etroitement surveillés, ils ont pour rôle d'être les représentants de l'empereur en toutes choses : juges, chefs militaires, chefs politiques. Ils ont à côté d'eux des agents financiers : ceci n'indique pas qu'on soit arrivé à la division des pouvoirs, car de tout temps l'administration des finances a été confiée à des agents spéciaux. Chefs militaires, les gouverneurs de }u'ovince connuan(bMit l'armée (dans les provinces impériales); chefs administratifs, ils contrôlent le gouvernement des cités ; la justice est leur principale fonc-

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