Capitulaire d'Aix-la-Chapelle, 82S
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et les comtes de dire comment les évoques s'acquittent de leurs fonctions religieuses. Il est à remarquer que ni Gharlemagne ni Louis n'ont confié à un évoque les pouvoirs de comte, si ce n'est dans des circonstances tout à fait exceptionnelles et transitoires (en Rhétie par exemple). En Saxe seulement, les évoques ont des attributions politiques très marquées.
Elle est donc insaisissable en général cette participation des évoques à l'administration, et d'autant plus dangereuse. Il ne faut pas oublier que, comme évêques et comme seigneurs de pays couverts par l'immunité, ils ont, hors de l'administration royale, un pouvoir politique considérable; car l'Eglise a recouvré ses forces perdues et acquis de nouveaux biens.
Les monastères aussi ont réparé leurs pertes. On sait la condition de ceux qui ont été bâtis sur une largesse {Jargitas) royale, et la condition de ceux qui ont été bâtis sur une largesse seigneuriale : dans les premiers, les abbés sont à la nomination du roi; dans les seconds, à la nomination des évêques. Le roi, ici encore, rappelle fréquemment le droit du libre choix, sans s'y arrêter. Souvent même ce sont des laïques qui reçoivent en bénéfice un monastère. On distingue de ceuxci les vrais abbés en les appelant « abbés légitimes ». Quand Louis le Débonnaire entreprit la réforme des monastères (817), il parla encore de la liberté des élections; elle n'en fut pas plus observée. Sous ses successeurs on voit encore des monastères donnés à des laïques, les moines ou nonnes ayant juste de (juoi vivre. Entre évêques et abbés la querelle dure toujours.
Les missi dominici. — Jusqu'ici, sauf la suppression des duchés, rien de nouveau dans l'administration jtrovinciale. Gharlemagne a innové, par la très grande importance qu'il a donnée aux missi dominici.
Non pas que l'idée soit nouvelle : il y avait des missi du temps des Mérovingiens; sous les derniers, l'institution tombe en désuétude; elle est reprise par les premiers Carolingiens, Charles Martel, Pépin, plus encore sous Charlemagne. Donc deux périodes dans leur histoire. Jusqu'à son couronnement, Gharlemagne les emploie aux usages les plus divers; c'est en 802, dans le capitulaire d'Aix-la-Chapelle, qu'il dresse comme un
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bréviaire de tous leurs devoirs. Il n'y a peut-être pas de document plus important, plus capable de faire comprendre toute l'administration de Charlemag-ne. L'empereur veut expliquer à tous comment il va gouverner. C'est pourquoi il a choisi les plus prudents et les plus sages, parmi les grands et les pieux laïques, parmi les archevêques, les évêques, les vénérables abbés : il les a envoyés dans tout son rovaume. L'énumération des devoirs des missi est longue. Ils doivent veiller à ce que tout se passe selon le commandement de Dieu, à ce que la justice règne partout, à ce qu'aucun tort ne soit fait aux églises, aux pauvres, aux orphelins, à tout le peuple, à ce que chacun demeure dans sa condition, à ce que les laïques et les ecclésiastiques vivent en paix. Partout où il v a i)lainte sur une injustice, ils doivent aviser avec le comte; si cela est impossible, en référer à l'empereur. Ils doivent recevoir le serment de fidélité qui est dû à l'empereur en tant qu'empereur, et avertir de l'importance de ce serment; voir si les évêques et les ecclésiastiques comprennent et pratiquent bien les usages de l'Eglise; comment viAent les abbés et les moines; comment sont observées les lois {mundanœ leges); s'informer au sujet des divorces et des unions illégitimes; veiller sur les bénéiîces royaux et ecclésiastiques; empêcher l'oppression des hommes libres; veiller à ce qu'il soit obéi tout de suite au ban de guerre ; veiller à ce qu'il y ait sur les côtes des flottilles de défense, etc., etc. Dans ce document on voit Charlemagne faisant défiler devant lui tous les abus possibles et s'elTorcant de les empêcher, sans pouvoir arriver jamais à en détruire la cause.
En somme, les attributions des rnissi comprenaient tout ce qui était de l'attribution de l'Etat : surveillance de la justice; maintien des droits militaires de l'Etat; surveillance sur les biens et revenus royaux; surveillance du clergé; obligation de faire connaître la loi, etc. ; obligation générale de bien faire, de tout « prévoir, ordonner et disposer conformément à la volonté de Dieu et à l'ordre de l'empereur. »
Pour l'action des viissi, l'Empire fui divisé en circonscriptions {missatica ou legationes). Ces divisions étaient-elles permanentes? Elles n'ont pas été les mêmes sous Charlemagne,.
SOUS Louis le Débonnaire, sous Charles le Chauve. Sous le second, ce sont, sauf exceptions, les divisions ecclésiastiques qui prévalent. Il y a plusieurs 7?iissi pour chaque circonscription : en général, un ecclésiastique et un laïque. Cette délégation n'était pas une fonction permanente; cependant elle pouvait être et elle était souvent confiée à la même personne. Il y avait une sorte de permanence, probablement, quand l'archevêque était missus ; mais la règle était qu'autant que possible les 7mssi fussent renouvelés chaque année, n'appartinssent pas à la province oii ils exerçaient, fassent les simples représentants de l'empereur. Les instructions les plus précises leur traçaient leurs devoirs : ils devaient tenir un certain nombre d'assemblées (quatre) à des jours déterminés. Le point le plus important et le mieux connu, c'est, du moins au temps de Louis le Débonnaire, la présence dans ces assemblées de députés de la circonscription. Au temps de Charlemagne, nous connaissons une très curieuse assemblée pour l'Istrie.
Tout ce que Charlemagne attendait des missi, il l'a dit. Les déceptions ne lui ont pas manqué. Il n'y eut pas de résistance ouverte contre les oiiissi, mais beaucoup de mauvais vouloir. Il était difficile de trouver des gens dignes de ces fonctions. Alcuin gémit à ce propos : « 0 douleur! il s'en trouve peu dont l'esprit repousse la cupidité. » Il nous faut venir à cette conclusion que Charlemagne n'a point pleinement réussi : les missi sont les vrais instruments de la politique carolingienne; ils sont envoyés pour maintenir l'accord entre l'Etat et l'Eglise, l'unité de l'Empire, et pour rendre l'action impériale partout présente; mais c'était précisément la nécessité de l'omniprésence de l'action impériale qui faisait la faiblesse de ce gouvernement.
La cour du prince. — Au-dessus de la hiérarchie des fonctionnaires se place la cour. Comme aux temps mérovingiens, elle est fort complexe, comprenant le conseil, le tribunal du roi, l'assemblée; séjour des domestici, serviteurs privés ou serviteurs politiques; école; rendez-vous des hommes importants de l'Empire. Elle a plus d'éclat, mais les officiers sont à peu près les mêmes. Il n'y a plus de maire du palais; le
séMec^«^ reparaît. Près de lui sont le bouteiller, le connétable (cornes slabuli); au-dessus d'eux le camérier {camerarius), qui garde le trésor. Ces officiers reçoivent de hautes fonctions politiques, sont missi. ducs. Puis viennent le mafiister ostiariorum, qui est grand maître du palais, introducteur des audiences; le mansionarius, qui a soin des logis en voyages; les venatores, etc. A côté figurent les officiers politiques : le comte du palais (cornes palatii), qui a un grand rôle dans l'exercice de la juridiction royale; les notaires ou chanceliers, qui ont pour chef un protonotaire, plus tard appelé archichancelier, ayant dans son office la rédaction et les sceaux; le chapelain, qu'on appelle aussi archiprètre, et plus tard, archichapelain, qui commande au clergé de la cour, qui est naturellement consulté dans les atTaires ecclésiastiques et sert d'intermédiaire entre le roi et les gens d'église. L'archichapelain finit par être archichancelier : en effet les archives étaient en partie dans la chapelle; le chancelier, quand il était ecclésiastique, était sous l'autorité de l'archichapelain.
Comme aux temps mérovingiens, la plupart de ces officiers de cour siègent dans le Conseil du roi; mais à côté d'eux on y trouve d'autres personnages laïques ou ecclésiastiques. Pourtant il tend à se créer une fonction de conseiller. Parmi ces conseillers, il semble qu'il y en ait qui vivent toujours à la cour {consiiiarii aulici). D'autres y étaient appelés en certaines circonstances où le souverain voulait les consulter. Il y a eu certainement des conseillers spécialement choisis : Alcuin, Ilincmar parlent de leurs devoirs comme de devoirs d'une fonction. Dans ce conseil on discutait sur toutes choses; des hommes s'y faisaient remarquer; AVala dut à cela son importance. Ce conseil est une grande institution monarchique ; il a des secrétaires attachés à son service.
Il est à remarquer qu'il n'est plus question d'antrustions : la (rustis a disparu. Il faut, d'autre part, noter la présence à la cour de vassi royaux; nous verrons plus loin ce (jue sont ces vassaux. Ce n'est pas tout encore : il y a aussi, d'après Ilincmar, trois classes de personnes : milites expeditl, sans service spécial, qui vivent des présents de l'empereur et des
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invitations; disclpuU ou officiers; vassaux des crrands. La pre-, mièreclasse [capitanei ministeriales) est évidemment le produit de la décomposition féodale. Parmi les discipnli, qui forment la seconde, il y a ceux qui font l'apprentissage des charges d'État ou des fonctions ecclésiastiques. Dans tout ce monde Charlemagne prenait une garde personnelle qui l'entourait, lui, ses fils, ses filles, les escortait en voyage. Ajoutez les marchands, parmi lesquels beaucoup de Juifs; des aventuriers de toute sorle, des femmes publiques, des mendiants. La liberté de mœurs est grande, dans cette cour où pullulent les courtisanes et môme les rjadales, du sexe masculin. Cependant c'est là que sont réunis les beaux esprits du temps; là que se préparent les lois pour la défense de la foi, pour le maintien de la justice et de la paix; là que l'on reçoit les ambassadeurs des pays lointains. — La grande importance de la cour montre celle du roi; l'Etat est en lui.
Les assemblées. — On le voit bien par les assemblées. Hincmar ' dit que les deux divisions du gouvernement {regni status) sont le palais et les assemblées. Il y avait par an deux assemblées. A la première assistent tous les personnages politiques, pour décider des questions ou approuver la décision; à la seconde, les grands seulement, lesquels ne prennent que des décisions provisoires en attendant la grande assemblée. De ces deux sessions, la première se tient au printemps : c'est le champ de mars des anciens Germains, qui est devenu le champ de mai; le changement date de Pépin. Sous Charlemagne, elle se lient en juin, juillet, août. Elle a le caractère militaire; mais ses attributions sont variables. De môme ses noms : svnode, plaid-, assemblée générale, etc. Selon l'occasion, c'est le caractère militaire ou le caractère ecclésiastique qui domine. Pour chaque année à peu près, mention est faite de la grande assemblée, rarement de la petite : ce qui ne veut pas dire qu'elle fût sans action.
Politiquement, l'assemblée générale du peuple joue un cer-