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Histoire générale. I. "3
de tact et d'habileté. Mais, dans l'ordre intellectuel, il fut vraiment riovateur. Il eut, à un haut degré, le sentiment des nécessités supérieures de la civilisation, appréciant et propageant l'instruction à tous les degrés, s'entourant des hommes les plus éclairés de son époque : l'historien Paule Diacre et le grammairien Pierre de Pise, qu'il ramena d'Italie; Leidrade, qu'il appela de Bavière; Théodulf, poète d'origine gothique; Alcuin, qui vint d'Angleterre. Les efforts de Gharlemagne aboutirent. Jusqu'au vni" siècle, la décadence intellectuelle continue sans relâche; depuis, le progrès recommence. Pour l'histoire des idées, plus encore que pour celle des institutions, c'est bien là qu'il faut placer le commencement du moyen âge, après la fin de l'époque romaine barbare. La littérature profane disparue, la littérature chrétienne ne lui avait guère survécu. Quelques vies de saints, quelques annales d'une absolue sécheresse, voilà les seuls monuments de l'activité intellectuelle du vu" siècle et de la première moitié du vm°. A partir de Gharlemagne, l'aspect change. En Gaule, en Germanie, sont créés, avec le concours de l'Eglise, des foyers qui ne s'éteindront plus. Dans l'histoire de la civilisation occidentale, le règne de Gharlemagne occupe une place essentielle. « Il est encore plus difficile ici que partout ailleurs de résumer les faits, de les présenter en forme de tableaux. Les actes de Gharlemagne en faveur de la civilisation morale ne forment aucun ensemble, ne se manifestent sous aucune forme systématique; ce sont des actes isolés, épars : tantôt la fondation de certaines écoles, tantôt quelques mesures prises pour le perfectionnement des offices ecclésiastiques et le progrès de la science qui en dépend; ailleurs, des recommandations générales pour l'instruction des clercs et des laïques; le plus souvent, une protection empressée pour les hommes distingués, et un soin particulier de s'en entourer. Il n'y a là rien de systématique, rien qu'on puisse apprécier par le simple rapprochement des chiffres et des mots '. »
Le principal centre d'études fut, au temps de Gharlemagne, l'école du palais, dirigée par Alcuin (785-804). Il était originaire
i. Guizol, Histoire de la civilisation en France, II, p. 141.
GOUVERNEMENT DE CHARLEMAGNE 3oo
d'Angleterre, où les études étaient restées plus prospères qu'en Oaule, et s'était formé à la prande école d'York. Il en apporta l'enseig-nement à la cour carolingienne. Cet enseignement comprenait les sept arts libéraux, groupés en deux cycles, trivium (grammaire, rhétoriijue, dÏRlec [ique), quach^ivium (arilhmélique, géométrie, musique, astronomie), plus la théologie, but suprême de toute instruction. C'est en 782 qvi'Alcuin, sollicité par Charlemagne, vint le trouver avec quatre compagnons. De 782 à 796, il fut à la tète de cette école du palais qui suivait partout Charlemagne et à laquelle assistaient, outre le roi, ses fils, ses plus illustres conseillers, quelques femmes (Gisèle, sœur du roi, Gundrade, sœur d'Adalard, etc.). On avait formé une sorte d'académie, où chacun des beaux esprits du temps se décorait dun surnom emprunté à l'histoire sacrée ou profane : Charlemagne s'appelait David, Alcuin Flaccus, Angilbert Homère, Fredegise Nathaniel, Amalaire Sijmj)hrosius, Gisèle Lucie, Gundrade Eulalie.
On peut juger de leurs conversations par les œuvres d'Alcuin et par la correspondance qu'il entretint avec Charlemagne, de 796 à 804, lorsqu'il eut pris sa retraite. Elle embrasse tous les sujets, car sur tous le royal élève consulte son maître : morale, théologie, histoire, chronologie, mais surtout grammaire et astronomie. Alcuin avait reçu l'abbaye de Saint-Martin de Tours, avec d'immenses domaines cultivés par plus de 20 000 colons ou serfs. Il y acheva ses ouvrages : commentaires sur l'Ecriture sainte, traités de liturgie, de morale, de grammaire, vies de saints, poésies, etc. Il y continua son enseignement. Plusieurs des hommes les plus distingués d'alors furent ses élèves : entre autres, Eginhard, Angilbert, Raban Maure et Amalaire.
Eginhard (770-844) était un Austrasien très épris de culture classicjue, conseiller apprécié de Charlemagne et de Louis le Débonnaire. Après la mort du grand empereur, qui l'avait employé aussi bien pour diriger ses travaux d'architecture que pour négocier les préparatifs de sa succession impériale (806 et 813), il embrassa létat ecclésiastique et reçut plusieurs abbayes, Fontenelle près de Rouen, Saint-Bavon de Gaud, etc.
3o6 L'EMPIRE DE CHARLEMAGNE
Il a écrit la Vie de Charleinagne, document inappréciable et livre passable imité de Suétone, et rédigé les Annales dites de Lorsch jusqu'en 826. Sa correspondance témoisrne du décourapiement où tombèrent les compagnons de Charlemagne, sous le règne de son successeur.
Angilbert ' est, comme Eginhard, un grand devenu lettré. Très apprécié pour ses talents poétiques, amateur de représentations scéniques, il fut l'amant de Berlhe, fille de Charlemagne, dont il eut deux fils, Hartnid et Nithard. Chargé d'administrer l'Italie au nom de Pépin (183), il entra ensuite dans l'Église, devint chapelain de Charlemagne qui l'employa dans des négociations importantes et l'emmena à Rome en 800. Abbé de Saint-Riquier, il fit beaucoup pour son monastère, relevant les études, créant une bibliothèque. Il était en môme temps préposé à la défense des côtes de Neustrie. Il fut l'historien de Louis le Débonnaire.
Amalaire, qui mourut en 837, fut, après Alcuin, le chef de l'école du palais; prêtre de Metz, il a écrit un grand traité des offices ecclésiastiques.
Raban Maur (776-856), de Mayence, est peut-être l'homme qui fit le plus pour l'instruction de la Germanie. Vingt-trois ans abbé de Fulda, puis neuf ans archevêque de Mayence, il eut sur les ecclésiastiques la plus heureuse influence ; il a laissé un grand nombre d'ouvrages de tout genre, notamment des hymnes religieux.
Son disciple Walafrid Strabo (807-849), abbé de Reichenau, s'adonnait aussi à la poésie, pendant les intervalles de ses travaux théologiques, il a perfectionné le chant liturgique. Par l'impulsion donnée aux études dans son monastère, il rendit à l'Alamanic le service rendu à l'Allemagne du Nord par Raban Maure.
Pour compléter la liste des lettrés dont s'entourait Charlemagne, il faudrait citer encore ses cousins Adalard (753-826) et Wala (-f- 836), abbés de Corbie ; le Bourguignon Anségise (-}- 838), abbé de Fontenelle, intendant des bâtiments de Char-