Voir ci-dessus, t. X, p
134 COLONIES ET ItEPENDANCES l»U ROYAUME-U.M DEPUIS 1870
position du vice-roi, le libre-échang-e avec les Tiides (1879-82). L'administration financière prolesta à cause du déficit créé dans le budget par la suppression des droits; les membres des conseils et des Chambres de commerce, anglais aussi bien qu'indigènes, réclamèrent au profit de l'industrie indoue, menacée dès sa naissance. On songea d'abord au budget, et le conseil législatif de Calcutta rétablit les droits d'importation sur tous les objets, sauf sur les cotonnades (1893). L'équilibre n'étant pas rétabli, le conseil législatif frappa tous les cotons et tissus importés ou indigènes d'un droit égal : les fabricants des Indes ne sont pas satisfaits et continuent à réclamer des droits protecteurs. L'industrie indoue emploie environ 220 000 ouvriers, presque tous occupés dans des filatures à vapeur de coton ou de jute et dans des distilleries de riz. On a commencé à exploiter des mines de houille qui occupent 61 000 personnes et donnent 4 millions de tonnes de combustible par an. La culture du colon, qui avait rapidement baissé une fois la guerre de sécession finie, augmente chaque année : l'Inde en file sur place une quantité toujours })lus grande. Les colonnades indoues, grossières et à bon marché, s'exportent déjà sur la côte occidentale d'Afrique. Le colon est la seule des anciennes productions de l'Inde qui reprenne son importance. La soie décline de plus en plus. De même le café, tué par la maladie et la concurrence du Brésil. Par contre, le thé, planté par les Anglais sur les pentes de l'Assam et des Ghals occidentales, tend à remplacer celui de Chine dans la consommation anglaise et australasienne (4G p. 100 contre -32 p. 100). AGeylan, le café, ruiné, a été remplacé par le thé, dont l'exportation, commencée en 1875, fournit déjà un cinquième du thé acheté par l'Angleterre. Des changements de culture sont dus à l'initiative des Anglais : grâce à eux et au développement des voies de communication, le commerce de l'Inde est sans cesse en progrès. C'est surtout un commerce d'exportation.
La chute de la roupie. — Les dépenses militaires; le déficit. — Le commerce indien a soutTert beaucoup de la dépréciation de l'argent. L'Inde a comme monnaie légale une monnaie d'argent, dont l'unité est la roupie, qui était évaluée à
L'KMIMRK DES INDES lini
2 fr. 50. Par siiilc de la grande production d'argent, la roupie est tombée de plus en plus et ne valait en 1893 que 0 fr. 70. Elle continuait à circuler pour sa valeur nominale aux Indes, mais perdait les deux tiers au cliauue coulr»^ l'or. Or, la nioiiuiiie légale de l'Angleterre étant la monnaie d'or, les commerçants et industriels indous devaient solder en or leurs dettes avec la mélro[)ole, ce qui les doublait ou les triplait. Le budget indou souffrait de la môme aggravation pour les sommes ([u il devait payer en Angleterre (emprunts, pensions, traitements). Enfin les fonctionnaires européens se plaignaient que le pouvoir d'achat des sommes qu'ils recevaient eut beaucoup baissé ailleurs que dans l'Inde. Comme la valeur de l'argent ne se relevait pas, le gouvernement ordonna une enquête à la suite de la(iuelle la valeur officielle de la roupie fut réduite à 1 fr. GO et la frappe libre de l'argent interdite dans les Hôtels des monnaies indous.
La chute de la roupie, l'augmenlation des dépenses publiques, et surtout des charges militaires ont fortement grevé le budget et accru la dette de l'Inde. Le déficit a apparu lorsque les grandes expéditions ont recommencé, en 1881; il est devenu chroni(iue à partir de 1892. En 1898, le budget indou a montré 981 millions de roupies de dépenses, en face de 9o6 millions de recettes : la dette s'est élevée à 2 320 millions de roupies. Les principales dépenses sont celles de l'armée (241 millions de roupies, 280 pendant la guerre de 1880-82), des chemins de fer (234 millions contre 200 millions de recettes), des appointements du service civil (154 millions) et de la collection de l'impôt foncier (93 millions). Les principales sources de revenu sont : 1° l'impôt foncier, qui est toujours la source de recettes la plus imporlanle (256 millions de roupies), mais que l'administration directe n'a pas voulu accroître; 2" les recettes des chemins de fer; 3" le monopole du sel, établi de différentes façons, mais étendu à toute l'Inde en 4878 pour parer à la diminution constante des droits sur l'opium, causée par la fermeture du débouché chinois. La tendance du gouvernement de Calcutta est d'augmenter les impôts indirects et les tarifs douaniers. Les membres non fonctionnaires des conseils repoussent
i;;i6 COLONIES ET DEPENDANCES DU IIOYAUME-L'NI DEPUIS 1810
les premiers et n'acceptent la seconde solution que si elle est étahlie de manière à protéger les industries indiennes.
L'expédition d'Afghanistan (1878-1880). — L'augmentation des dépenses militaires qui est la principale cause du déficit, est due au recommencement de la politique d'annexion. Après vingt années de paix, le ministère Disraeli entreprit tout d'un coup une grande expédition contre les Afghans. Leur émir, Chir-Ali, l'un des fils de Dost Mohammed, avait été reconnu par le vice-roi et était considéré comme un voisin neutre. Les Anglais et les Russes avaient échangé la promesse de ne rien entreprendre contre lui. En d878 il reçut une ambassade russe : aussitôt une ambassade anglaise lui fut envoyée; il refusa de la laisser entrer sur son territoire; alors trois colonnes anglaises envahirent l'Afghanistan par les passes de Khaïber, de Kouram et de Bolan. Chir-Ali s'enfuit dans le Turkeslan et y mourut. Son fils Yacoub accorda aux Anglais la frontière scientifique (c'est-à-dire la possession des passages de i'Indou Kouch), et le droit de faire contrôler sa politique extérieure par un résident à Caboul. Le premier résident fut assassiné immédiatement après son arrivée; une deuxième expédition anglaise s'empara de Yacoub, qui fut déporté (1879). Pendant ce temps le cabinet conservateur était remplacé par un ministère Gladstone, opposé aux guerres et aux annexions, et le vice-roi lord Lytton par lord Ripon, chargé de faire la paix. Malgré la bonne volonté du gouvernement, la guerre traîna encore une année, parce qu'un prétendant, gouverneur de lierai, s'était soulevé contre les étrangers. Enfin les Anglais réussirent à installer comme émir Abdour Rhaman, descendant de Dost Mohammed, qui leur garantit l'exécution du traité de 1879, et leurs garnisons évacuèrent Caboul, puis Kandahar. Le parti de l'expansion fut très mécontent contre Gladstone; il aurait voulu que l'Angleterre conservât l'Afghanistan. Par contre les conti'ibuables indous furent satisfaits de la fin d'une guerre dont ils payaient les frais, qui s'élevèrent, tout compris, à 17 millions de livres. L'équilibre du budget, compromis par ces dépenses, fut rétabli pour plusieurs années. L'effectif des troupes fut ramené à 111 000 hommes.