L'ÉTAT IM)H1»I:M)ANT UU CUMJO H
donc pas rejoints sur les bords du Congo, fermant l'intérieur à une entreprise privée comme celle du Comité (l'éfud''s, qui s'était hâté fiévreusement, talonné par cette crainte. Aussitôt les Belges se précipitèrent dans les pays d'amont qui leur restaientainsi ouverts. Obligés par la situation inorganique du pays où ils opéraient d'y créer un véritable Etat, ils occupaient les rives du Congo et fondaient des postes jusqu'aux Chutes de Stanley. Ils s'installaient aussi dans la vallée du petit lleiive côlier le Niari-Kouilou, pour conserver un accès à la mer au cas oii l'embouchure du Congo serait reconnue au Portugal, qui la réclamait. En outre, le Comité d'études, devenu V Association internationale du Congo, n'admettant plus de bornes à son appétit territorial, chargeait de lui conquérir l'empire du Mouata Yamvo le major de Wissmann, qui venait de visiter ce pays. Une pareille activité ne pouvait rester secrète : au bout de quelques années elle avait créé une situation qui provoquait les récriminations des puissances voisines des territoires ainsi occupés et qui avait besoin d'être régularisée. Ce fut l'œuvre des négociations de 1884-1 880. Personne à celte époque n'ignorait plus que le but du roi des Belges était la création d'un Etat indépendant en Afrique, et dès le 22 avril 1884 le gouvernement des Etats-Unis d'xVmérique reconnaissait la souveraineté de Y Association internationale. Mais l'avenir de l'œuvre demeurait bien incertaine. Avec la France, qui réclamait le bassin du Niari-Kouilou, les relations restaient tendues. D'autre part le Portugal se fit reconnaître, le 26 février 1884, par l'Angleterre, en échange de certains privilèges économiques, la possession des deux rives du Bas-Congo jusqu'à Noki. C'était priver l'Association de toute communication avec l'Océan, puisque, de son côté, M. de Brazza revendiquait le bassin du Kiliou. L'Association ainsi menacée de mort trouva cependant des dispositions conciliantes du côté de la France, qui, par l'accord du 23 avril 1884, s'engagea à respecter ses stations et territoires pourvu que, de son côté, l'Association lui reconnût un droit de préférence pour le cas oîi elle serait obligée de céder ses domaines. Depuis, le gouvernement français a admis, par la convention du 5 février 1895, que son droit de préférence ne saurait être
opposé à la Belgique, qui songe à reprendre le Congo ; mais il se l'est fait confirmer à l'encontre de toute autre puissance. En même temps le prince de Bismarck, désireux sans doute d'aflîrmer la politique « mondiale » de l'Allemagne, et peut-être aussi de faire naître pour cette puissance une occasion de collaborer avec la France, proposait à cette dernière de régler d'un commun accord les questions africaines. Trouvant à Paris un appui, il prolestait contre le traité anglo-portugais. Le 23 juin 1884, il déclarait au Reichstag que le gouvernement impérial était favorable à la fondation d'un État indépendant au Congo : trois jours après le secrétaire d'État anglais aux affaires étrangères dénonçait devant la Chambre des communes le traité portugais; l'œuvre africaine du roi des Belges était sauvée.
Le Congrès de Berlin. — Pendant la conférence qui devait se réunir à Berlin, le 15 novembre, pour chercher à établir un droit ])ublic africain, ï Association internationale allait régler les questions de ses frontières avec les puissances voisines et se faire reconnaître comme État indépendant par tous les pays civilisés. Elle s'arrangeait notamment avec la France le 5 février 1885 et avec le Portugal le 14, et, si elle était obligée de laisser à la première de ces puissances la vallée du Kouilou et à la seconde la rive méridionale de l'estuaire du Congo, elle conservait avec la rive septentrionale l'accès qu'elle cherchait à rOcéan. Enfin, le 23 février 1885, V Association internationale du Congo notifiait à la conférence de Berlin sa reconnaissance comme Etat souverain })ar toutes les puissances qui y étaient représentées en même temps que son adhésion à l'acte général de la conférence. Et le nouvel État créé en Afrique devait avoir une autre vitalité que l'acte de Berlin lui-môme. Ce dernier est resté presque sur tous les points une solennelle mais vaine manifestation de bonne volonté diplomatique. Il avait stipulé la liberté commerciale absolue dans le bassin du Congo, délimité d'une manière conventionnelle, mais l'État indépendant y a établi des monopoles de fait. Il avait décidé que la navigation serait libre sur le Niger comme sur le Congo, et on sait quel sort la Compagnie royale du Niger a fait à cette clause. Enfin l'acte de Berlin édictait diverses procédures pour l'occupation
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(les territoires africains, ou pour liirhitrage en cas de (lisj)ntes, mais en ces diverses matières, il est pres(jue toujours resté lettre morte.
Le Congo et la Belgique. — Par contre l'Etat du Congo, né tandis qu'on rédigeait lacté de Berlin, fît, dès le début, preuve de la plus exuljérante santé sous l'impulsion énergique du roi Léopold, autorisé à devenir son souverain par les votes du parlement Ijelge des 28 et oU avril 1885. Le 1" août, le roi notifiait aux puissances à la fois son avènement et la transformation officielle de l'Association internationale en Élat Indépendant du Conr/o, qui se déclarait [)erpétuellement neutre. Depuis lors, runion entre le Congo et la Belgique est devenue de plus en plus étroite : les finances belges ont été mises à contribution pour assurer les services du jeune Etat et la création du chemin de fer de la Mer au Stanley-Pool. Mais le grand désir du roi des Belges était que le Congo échut un jour à la Belgique et fût pour elle un immense débouché. Il le lui léguait par un testament du 2 août 1889, qui fut porté le 9 juillet 1890 à la connaissance des Chambres. Les 25 et -30 juillet, ces dernières ratifiaient un traité conclu le 3 entre l'Etat indépendant et le gouvernement belge, et aux termes duquel la Belpique avançait 25 millions de francs au Congo, qu'elle pourrait prendre au bout de dix années, ou bien après une ou plusieurs autres périodes de dix années en prolongeant d'autant son prêt. En juillet 189i, la Constitution belge était amendée de manière à prévoir l'acquisition de colonies. Le 9 janvier 1895, le Congo étant de nouveau obligé de recourir aux finances belges, on songea à hâter la date de la prise de possession, et un projet fut déposé dans ce but. Mais il souleva une Oi^posilion formidable; on se résigna à faire voter un subside provisionnel de 5G0OO00 francs, et le projet de reprise fut retiré le 29 novembre. Malgré les délais fixés par le traité de 1890, la question n'a pas été posée en 1900. Il est peu probable, d'ailleurs, qu'elle soit prochainement résolue dans le sens delà reprise immédiate. Sans doute l'idée coloniale a fait du chemin en Belgique, où des industries nouvelles se créent chaque jour en vue des besoins du Congo. Mais dans l'intérêt même de ce dernier pays, on le
Histoire génkhale. XII. &■*
laissera vraisemblal)lement encore sous le gouvernemeni d'un roi-propriétaire absolu, qui l'administre librement, économiquement, en dehors de tout embarras parlementaire.
Les progrès de roccupation. Les difficultés avec la France. — A partir de 1885, c'est-à-dire à partir de la constitution définitive de l'Etat du Coniro, l'exploration et l'occupation du bassin du fleuve se poursuivirent avec une activité extraordinaire, si bien que les agents congolais atteignirent bientôt et même dépassèrent les frontières fixées un peu f/rosso modo par une série de conventions signées en 1884-1883. Du cùté du sud cette expansion fut menée dès le début avec la plus grande énerg-ie. Dans celte diroclion l'Etat Indépendant rencontrait deux rivaux : en 1890, l'Angleterre prétendait lui disputer les plateaux sains et fertiles du Katanga, mais l'Etat Indépendant sut les occuper à temps et les garder par la convention du 12 mai 1894, en vertu de laquelle il renonçait d'ailleurs, en faveur de l'Angleterre, à une partie des droits qui lui avaient été reconnus dans ces hautes régions; d'autre part le traité passé le 14 février 1883 entre le Portugal et l'Association Internationale du Cong^o laissait assez douteuse la situation de l'empire du Mouata-Jamvo. L'action énergique des officiers congolais en donna la plus grande partie au Congo, malgré les protestations du Portugal, qui ratifia en fin de compte la situation de fait, en signant avec l'Etat Indépendant la déclaration du 24 mars 1894.
Du côté du nord l'expansion des Congolais provoqua des difficultés internationales plus bruyantes et plus graves. Elle fut d'ailleurs plus énergique encore que dans le sud. La convention du 5 février 188") avait déterminé les frontières entre l'Etat Indépendant et le Congo français, qui était arrêté au IT degré de longitude E. de Greenwich, mais auquel on reconnaissait, même s'il s'étendait plus à l'est, tout le bassin de la Licona-Xkoundja. Bientôt la découverte de l'énorme rivière de l'Oubangui }>ar le missionnaire Georges Grenfell fit naître une controverse : l'Etat Indépendant soutenait que le cours de cette rivière, situé tout entier à l'est du 17" degré de longitude, revenait au Congo, tandis que M. de Brazza, assimilant l'Ou-
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l)angTii à la Licona^Nkoululja, en revendiquait le bassin pour la France. Le dilïerend fui réglé par le protocole du 29 avril 188", qui lixait la frontière commune à l'Oubangui, puis au 4' parallèle, à partir du point où il cou[»e pour la seconde lois le cours de la rivière. Mais l'entrain incroyable de leur expansion de ce côté allait entraîner les Belges à violer cet arrang-emcnt. Le capitaine Yan Gèle remontait en 188" l'Oultangui et l'identiliait avec rOuellé, reconnu beaucou[) plus haut, dix ans auparavant, par Schweinfurth. Bientôt toute la région fut occupée par les Belges. En 1891, Léopold II, que le mirage historique du Nil attirait à son tour et qui rêvait d'incorporer à son domaine africain les anciennes provinces équatoriales de l'Egypte, séparées de ce pavs par la révolte malidiste, avait fait rassembler au nouveau camp congolais de Djabbir, sur l'Ouellé, une force importante confiée au capitaine Van Kerckhoven, avec la mission de marcher à la conquête du nord-est. Tandis que le gros de la Iroupe s'établissait sur le ]N'il, près des ruines de Lado, pour réaliser ces vastes ambitions, elle détachait vers le nord une brillante pléiade d'ofliciers : M. de la KéthuUe poussait en 1893 jusqu'à Hofrah-en-Nahas,au sud de Darfour, et fondait non loin de là un poste congolais; le lieutenant Donckier de Donceel s'établissait à Liffl, près de Dem-Ziber, l'anciennne capitale égvplienne du Bahr-el-Ghazal; enfin le capitaine Hanolet, plus audacieux encore, pénétrait jusque fort avant dans le bassin du Chari.
Il est vrai que les Belges ne gardèrent pas longtemps ces conquêtes un peu en l'air. A l'est, les mahdistes chassés du Bahr el-Ghazal par une révolte des Dinkas conservaient cependant l'usage du Nil et forcèrent les Belges à évacuer les bords de ce fleuve; ils les poursuivirent même jusqu'à l'Ouellé. A l'ouest, une de leurs bandes sortie du Darfour obligea tous les petits postes belges à se replier sur le Mbomou. D'ailleurs la diplomatie allait rendre celte retraite des Congolais définitive. La France était mécontente non seulement de voir les Belges passer au nord de la frontière établie par le protocole du 3 avril 1897, mais encore envahir des territoires nilotiques sur lesquels elle affirmait les droits imprescriptibles de l'Egypte,
852 LE PARTAGE DE L AFUinUE
soutenant une thèse juridique intransigeante Ijien qu'absolument irrésolue quant aux moyens de s'affirmer dans la pratique. Des nég-ociations furent engagées à plusieurs reprises, mais elles échouèrent toujours devant l'impossibilité de concilier les aspirations vagues de la France avec les appétits territoriaux du Congo, très agissant et déjà en possession des objets en litige. Finalement le roi Léopold, qui avait joué de la France contre l'Angleterre et réciproquement, finit par s'entendre avec cette dernière puissance pour faire régulariser, par elle au moins, sa situation sur le Nil. Le Gonso si^na avec l'Angleterre la convention du 12 mai 1894 aux termes de laquelle il obtenait à bail, pour tout le temps oii il serait indépendant ou bien colonie belge, les territoires du Bahr-el-Ghazal, et, pour la durée de la vie du roi-souverain, la partie adjacente de la vallée du Nil jusqu'à Fachoda. En outre son territoire était étendu du 4*' parallèle nord (limite de 1884) à la ligne de faîte du Congo et du Xil. et il recevait un port sur le lac Albert avec une bande de terrain y donnant accès. En échange le Congo accordait le passage sur son territoire, à l'ouest du lac Tanganyka, au télégraphe transafricain dont les Anglais projetaient dès lors la construction, et il cédait à bail à l'Angleterre une bande de terrain de '2d kilomètres de large reliant les lacs Tanganyka et Albert-Edouard. L'Allemagne protesta contre cette dernière clause, qui enveloppait de toutes parts son Afrique Orientale dans des territoires britanniques, et l'Angleterre dut y renoncer. Quant à la France, elle fut encore bien plus irritée. Elle fit mine de chasser de force les Congolais des territoires contestés. L'Etat Indépendant dut se résigner à signer avec elle la convention du 14 août 189 1, qui limitait au nord son territoire au cours du Mbomou et, à l'est de la source de cette rivière, à la ligne de faîte du Congo et du Nil, sauf du coté de l'enclave de Redjaf, que la politique française permettait aux Congolais d'occuper. La France s'était donné la satisfaction platonique d'écarter les Belges de la vallée du Nil, oîi elle n'était disposée à faire aucun effort sérieux pour s'installer elle-même, c'est-à-dire qu'elle maintenait le champ libre pour l'Angleterre. La convention du 14 août 1894 a été l'origine de l'afTaire de Fachoda.
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La lutte contre les Arabes. — L'expansion des Belges à l'est, jusqu'aux l'ronlières couvenlionnellcs de l'Elal Indépcndanl, ne fat [)as le fait de l'ex[)loralion ordinaire : elle résulta de leur lutte contre les esclavagistes arabes. L'abolitiiui de la traite sur la ccjte occidentale d'Afrique ni le fait qu'elle ait été pourchassée sans trêve sur la côte orientale n'ont pu encore délivrer de ce fléau l'intérieur du continent. Il y règ-ne à l'état endémique, entretenu par les razzias de tribu à tribu, rendu nécessaire par une foule de conditions sociales, économiques et naturelles, telles que la présence de la mouche tsétsé mortelle aux bètes de somme et qui oblige de faire à dos d'homme tous les transports dans l'Afrique équatoriale. Cependant le fléau a été fort aggravé au cours de ce siècle par l'invasion des traitants arabes jusqu'au cœur du continent. Venus de Khartoum et surtout de Zanzibar, ces chasseurs d'esclaves avaient déjà dépassé le Haut-Cong-o. Ils s'étendaient encore, ils auraient dévasté l'Afrique jusqu'à l'Atlantique, si à ce moment même les Européens venus de l'Ouest n'avaient marché à la rencontre des Arabes venus de l'Est. En 1885, lorsque le capitaine Van Gèle arriva aux Slanley-Falls pour y créer un poste congolais, il trouva le vieux chef arabe Tippo-Tib établi depuis huit mois sur le fleuve. Les futurs adversaires étaient en présence. Mais, malgré quelques actes de violence, les Belges n'engagèrent [»as immédiatement la lutte. Ils n'étaient pas encore assez forts sur le Haut-Congo et, au début, ils usèrent de tempéraments.
La guerre devait cependant éclater fatalement entre des philanthropes doublés de connnerçants qui voulaient exploiter le pays et les esclavagistes qui le ravageaient. Enfin, le 27 octobre 1891, le premier combat eut lieu. Puis les faits de guerre se succèdent. Emin pacha, qui explorait la région inconnue située entre le lac Albert-Edouard et les Chutes de Stanley, est massacré par les Arabes. Mais les troupes congolaises, sous les ordres de M. Dhanis, chassent d'abord les esclavagistes des bords du Lomami, puis prennent Nyangoué le 4 mars 1893. Kasongo, un autre repaire, tombait à son tour le 22 avril. Il fallut encore faire une campagne pour soumettre la région des chutes et une autre pour repousser- Roumalitza, le sultan d'Oudjidji, qui avait
envahi l'État du Congo pour venir au secours de ses associés. Enfin, le 25 janvier 1894, sa forteresse de Kalambaré était prise. Tous les chefs arabes étaient tués, chassés ou prisonniers : toute la région longtemps dévastée du Manyéma avait ])assé sous la domination congolaise, qui atteignait à Test les limites conventionnelles qui lui avaient été assignées en 1884.
La révolte des Batélélas. — Restait, il est vrai, l'enclave de Redjaf, que les Belges pouvaient réoccuper aux termes de leur traité avec l'Angleterre qui, sur ce point, n'avait pas été abrog-é par la convention franco-congolaise. On réunit pour l'occuper, et peut-être pour réaliser quelque projet plus lointain qui hantait l'esprit du roi Léo})old, une grosse expédition. Confiée au baron Dhanis, elle quitta les postes de rOuellé en septembre 1896. Mais son avant-garde, forte à elle seule de trois bataillons, se révolta le 12 février 1897 à Dirfi, près de la ligne de faîte du Congo et du S'û, après une très pénible traversée de la grande forêt équatoriale. Les Batélélas qui la formaient retournèrent en arrière, espérant regagner le territoire de leur tribu, entre le Haut-Congo et le Lomami. Ils écrasèrent, le 18 mars, sur l'Arouimi, le gros de l'expédition Dhanis qui essayait de leur disputer le passage. Depuis cette époque ces barbares roulent lourdement dans la région des lacs Albert-Edouard et Tanganyka, essayant toujours de retourner à l'ouest, mais toujours battus lorsqu'ils se heurtent aux troupes congolaises ijui leur barrent le chemin. Cependant, depuis deux ans et demi, cette horde, qui comble sans doute ses vides en recrutant des aventuriers dans les pays qu'elle traverse, n'a pu être complètement détruite; elle a longtemps absorbé toutes les forces militaires du Congo et entretenu l'insécurité dans ses marches frontières orientales. Mais la révolte des Batélélas n'a pas empêché les Belges d'occuper le petit territoire qu'ils tiennent à bail de l'Angleterre sur les bords du ?sil. Le 18 février 1897, six jours après la mutinerie de Dirfi, le capitaine Chai tin enlevait Redjaf à sa garnison mahdiste, qui se réfugiait à Bor. plus bas sur le fleuve. Depuis lors le pavillon bleu à étoile d'or n'a cessé de flotter sur l'enclave de Lado. L'occupation congolaise est aujourd'hui effective sur tous les territoires qui lui
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revicniiciit en druit, seule jusfju'iei en AlViinKi à ùlrc aussi complète.
L'exploitation. — Les progrès de l'exploilalion ont été encore plus remanjuables. A vrai dire ils étaient singulièrement favorisés par un fait unique dans le régime fluvial de rAfrirjue : l'existence de 18 000 kilomètres de voies navigal>les dans le bassin moyen du Congo, fond parfaitement plat d'une ancienne mer intérieuie. Mais cet adiuiralde réseau élait séparé de l'Océan par rim[)raticable région de cataractes qui avait arrêté si longtemps toute tentative de pénétration. Sans moyen pratique d'y accéder de la mer, les voies navigables qui commencent au Stanley-Pool étaient donc une richesse vaine, et Stanley déclarait au retour de son voyage que « sans chemin de fer tout le Congo ne valait pas deux sous ». Aussi, dès 1885, le roi Léopold songeait-il à construire cette voie de pénétration de 400 kilomètres de long qui mettrait le Congo navigable en communication avec l'Océan. Elle ne fut cependant inaugurée qu'en juillet 1898 : il avait été dès l'abord difficile de trouver les 25 millions de francs avec lesquels on pensait pouvoir achever l'œuvre, bien que l'Etat belge en eût avancé les deux cinquièmes. Puis les difficultés imprévues surgirent; au début on eut une peine extrême à s'élever de Maladi jusque sur les premières crêtes. La dépense fut triple de celle (|u'on avait prévue; mais malgré ce fait les titres ont pris une plus-value inespérée; le commerce du Congo, grâce à cet instrument de pénétration, agrandi à pas de géants : de dix millions par an à mesure que le chemin de fer gagnait vers l'intérieur. En 1898 il s'est élevé à 41 millions, dont les deux tiers ont bénéficié à. la Belgique, qui peut donc être satisfaite de l'œuvre de son roi.
Il est vrai que ce dernier, après de grands sacrifices, après avoir risqué avec une foi admirable presque toute sa fortune, s'est trouvé, lui aussi, faire une bonne afTaire. Non seulement il est le souverain du Congo, mais encore il est propriétaire privé de la plus grande partie du pays. Un décret du i" juillet 1885 déclarait toutes les terres vacantes domaine de l'Etat, et le domaine de l'État c'est le domaine du roi. L'Etat en exploite directement la plus grande partie, c'est-à-dire qu'il y fait la
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Iraile du caoutchouc et Je l'ivoire. Cela est le revenu imm-édiat du pays, et il doit rapporter au souverain plusieurs millions par an. Mais Léopold II pense aussi à l'avenir, et il prépare des plantalions sur son immense domaine : l'argent que la période de la traite lui rapporte, il le remploie sur place à préparer la période de l'agriculture. Et ce qu'il fait sur ses terres, les grandes compagnies privilégiées auxquelles il a concédé l'exploitation d'une partie du territoire congolais le font sur les leurs. De cette exploitation immédiate et intensive est née pour la Belgique une véritable richesse : des quantité de sociétés s'y créent en vue du Congo et des quantités de valeurs congolaises s'y négocient. Le Congo belge est donc tout autre chose que le cadre vide que présentent ses voisins, le Congo français et l'Angola portugais. Il est vrai qu'il y a des ombres à ce tableau brillant : tout d'abord la liberté commerciale stipulée par l'acte de Berlin a été violée, sinon en théorie, du moins en fait par la manière dont le pays est exploité : mais aurait-il été raisonnable d'espérer que des particuliers, de petites sociétés iraient à l'aventure dans un pays sauvage où seules peuvent réussir des compagnies privilégiées, c'est-à-dire aptes et disposées à engager les grandes entreprises nécessaires pour plier une nature vierge? Ces puissants organismes seuls sont de force à pénétrer et prospérer dans une Afrique à peine explorée. D'autre part, la récolte du caoutchouc ressemble Irop souvent à une corvée; on a même remarqué une corrélation fâcheuse entre le nombre des soldats de l'armée congolaise et le chiffre des kilogrammes de caoutchouc recueillis. Mais tout cela tend peu à peu k se tasser, et, même en tenant compte des mauvais côtés, on peut dire que l'entreprise léopoldicnne est l'œuvre coloniale la plus remarquable et la plus complète réalisée dans rAfri(|ue intertropicale.
//. — Colonies allemandes.
Caractères de la politique coloniale allemande. —
Si l'entreprise belge en Afrique a été l'effet de la volonté personnelle du roi, celles des Allemands sont nées d'un sentiment
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national fort vif : rcnipire était unifié, il se devait donc comme toutes les grandes [luissances d'avoir des colonies, d'autant (jue son expansion commerciale est rapide, que sa population augmente de plus de 500 000 par an; aussi, en 188't les Allemands plantèrent-ils leur pavillon en Afrique avec un entrain remarquable, au hasard des vacances qui se montraient encore çà et là le long du littoral. Sans avoir eu une politique coloniale aventureuse, ils sont sortis de la période du parl;ige parmi les mieux nantis : sur ce continent où ils ne possédaient pas un pouce de terrain avant 1884, ils ont maintenant un domaine d'une contenance totale de 2 348 000 kilomètres carrés. C'est-àdire que pour l'étendue de leurs possessions africaines ils viennent immédiatement après TAnglelerre et la France; et la valeur de leurs territoires est en moyenne égale à celle des colonies de leurs rivaux.
La politique coloniale de l'^Vllemagne a été assez complexe : elle s'est assigné des principes qu'elle n'a suivis que très relativement. Le prince de Bismarck avait la coquetterie de dire que l'Allemagne ne ferait pas comme d'autres puissances de la colonisation par initiative de l'Etat, mais que, au contraire, elle se bornerait à suivre et à protéger les initiatives privées. Et cependant deux des qualres colonies africaines de l'Allemagne, le Togo et le Cameroun, ont été fondées par une intervention directe de l'Etat. C'est le consul général D' Xacliligal qui planta, en juillet 1884, le pavillon de l'empire sur la plage de Togo et sur les marigots du Cameroun, et il était inspiré par une de ces idées générales assez théoriques dont le chancelier affectait de se moquer : il cherchait une porte d'entrée sur les grands états musulmans du Soudan central que Barth et lui-même avaient explorés. Quant aux autres colonies, l'Afrique du Sud- Ouest et l'Afrique Orientale, elles ont été, il est vrai, créées par l'initiative respective de Franz Luderitz et du D"" Peters; mais tout fait croire que le gouvernement impérial lavait suscitée et, en tous cas, il en endossa immédiatement les résultats. Le programme initial de 1884 était de confier à des compagnies privées l'administration des colonies. Ce régime ne fut même pas essayé au Togo et au Cameroun, et, en 1890, il avait cessé
d'être appliqué dans le Sud-Ouest africain et l'Afrique Orientale, devenues des colonies de la couronne. De même, dans la conception diplomatique de la politique coloniale de TAllemagne on remarque })lus dune contradiction apparente. Souvent très agressifs envers les Anglais — ces derniers étaient eux-mêmes furieux de voir une concurrence surgir dans le domaine colonial — les Allemands furent toujours contenus en réalité par un gouvernement qui disait avec le prince de Bismarck : « L'Angletere est plus importante pour nous que Zanzibar et toute l'Afrique orientale », et qui se gardait bien de compromettre, par des ambitions trop exigeantes, opposées à celles des Français, le travail de rapprochement avec la France qui est devenu, dans ces dernières années, un des soucis les plus constants de la politique de l'Empire allemand.
L'Afrique Orientale allemande. — La colonie allemande dont l'histoire a fait le plus de bruit est l'Afriijue Orientale. Elle est pour ainsi dire représentative de toute la politique coloniale de l'Allemagne : c'est elle qui a été le champ d'expérience des difTérents systèmes, c'est surtout à propos de son développement que s'est affirmée la rivalité de l'Allemag-ne et de l'Angleterre. Pour faire un historique succinct des entreprises allemandes en Afrique, il suffit donc d'étudier le passé de cette colonie, et, ce travail fait, on n'a plus (ju'à dire quelques mots des autres pour donner une idée de l'ensemble.
En 1884 le D' Peters, directeur de la Société allemande de colonisation, aidé puissamment par l'explorateur Gérard Rohlfs, devenu consul général d'Allemagne à Zanzibar, s'enfonçait dans l'intérieur de l'Afrique et signait avec les chefs de l'Ousagara et des pays voisins une série de traités de protectorat. Immédiatement il les rapporta à Berlin. Dès le 12 février 1885 la Comparjnie allemande de f Afrique Orientale était fondée; elle recevait, le 27, sa charte de suzeraineté :1a colonie allemande de l'Est africain naissait. Presque aussitôt un des agents de la compagnie conclut pour elle des traités plus au nord, sur 1 SOU kilomètres de côtes, entre la rivière ïana et le cap Gardafni. Le sultanat de Yitou était la partie la plus riche de ce domaine.
On s'émut en Angleterre, où on considérait le sultanat de
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Zanzibar comme relevant vliiiiellcnu-nl de l'Empire lu'ilanniqne. L'indépendance du sultan avait Iden été liarunlie [)ar une déclaration franco-anglaise de 1802, mais rintUience anglaise dominait à Zanziliar: un (dlicier anglais commandait l'armée zanziharite, un autre sujet de la reine était conseiller du sultan. Sur la terre ferme, dans le lointain intérieur, les efforts des missionnaires écossais, auxquels Livingslone avait tracé la voie, semblaient réserver la région des grands lacs à la domination future de la Grande-Bretagne. Aussi les exploits de Peters et de ses émules firent-ils scandale en Angleterre. Le cabinet anglais réclama au nom du sultan de Zanzibar, tandis que ce dernier envoyait dans TOusagara, pour y établir son autorité, une expédition commandée par un officier britanni(|ue. L'Allemagne répondit (|ue le sultan n'occupait pas les territoires en litige conformément aux prescriptions de l'acte de Berlin et (|ue, par conséquent, les acquisitions faites an nom de la Compagnie allemande parle D' Peters étaient valables. Le ministère Gladstone ne voulut pas pousser les choses à l'extrême : il se contenta de déclarer qu'il y avait place pour deux dans l'Est africain et on fonda en Angleterre Vlinperial Brilish East Africa Compant/ pour faire concurrence à la compagnie allemande. La nouvelle venue ne tarda pas à annexer un certain nombre de territoires, du moins tliéori(|uement, par des traités nègres, et bientôt les protectorats anglais et les protecliorats allemands s'enchevêtrèrent, surtout vers Mombaze et le nord.
Celte situation exigeait une liquidation qui devait être d'autant plus aisée que, nous l'avons vu, le prince de Bismarck ne voulait pas se brouiller avec l'Angleterre. Son zèle colonial était fort tiède; il se laissait entraîner par des hommes ardents comme le D"" Peters, et surtout par l'opinion publique qui les appuyait, mais il ne les suivait que de loin et ne ratifiait qu'une partie des résultats de leurs efforts. Son scepticisme en matière coloniale éclatait parfois en des sorties originales. Un jour il déclarait que les colonies seraient pour l'Allemagne ce qu'est l'hermine pour certains nobles polonais qui n'ont pas de chemise. Parlant de la nécessité de conserver l'œuvre du D' Peters, il
se contenta de dire au Reichstag : « Il se pouiTait que dans trente ans on se repentît d'avoir dédaigné le titre de possession
qui nous est aujourd'hui offert il faut au moins s'assurer que
ces pays ne seront pas occupés par d'autres puissances ». Et pour les conserver, sans toutefois prétendre à une domination trop étendue, il s'arrangea avec l'Angleterre. L'Allemagne commença par délimiter, de concert avec la France et l'Angleterre, signataires du traité de 1862, les possessions du sultan de Zanzibar, qui furent bornées (déclaration du 7 juillet 1886) aux îles et à une bande littorale de dix milles d'épaisseur ; puis elle partagea avec l'Angleterre, par un arrangement du 1" novembre 1886, le pays en arrière de cette étroite zone cùtière. La frontière des deux sphères d'influence était déterminée par une ligne partant de la côte, contournant au nord la base du Kilimandjaro et aboutissant à la rive orientale du lac Victoria, au point où elle est coupée par le premier degré de latitude sud. Les pays du sud étaient réservés à l'action de l'Allemagne, ceux du nord à l'action de l'Angleterre, mais de ce côté de la frontière l'Allemagne conservait, comme une enclave dans le territoire britannique, le sultanat de Vitou.
La révolte indigène. Transformation de la colonie. — Sans doute celte délimitation no s'étendait pas assez loin dans l'intérieur pour écarter toute difficulté à venir. Les Allemands désiraient atteindre la rive orientale du lac Tanganyka et la frontière de l'Etat du Congo. Mais, en dehors de quelques polémiques de presse, la rivalité de l'Angleterre et de l'Allemagne s'apaisa pour un temps. Les Allemands étaient en proie à de graves difficultés sur leur territoire, et bientôt l'Angleterre, en ressentant le contre-coup jus(jue dans ses possessions voisines, fut amenée à collaborer avec sa rivale pour y mettre fin. Le 28 avril 1888 la compagnie allemande s'était fait concéder par le sultan de Zanzibar l'administration de la partie de ses domaines de la côte de terre ferme qui confine au territoire allemand. Les indigènes furent exaspérés par ce changement d'autorité et les Allemands ne firent rien pour le leur rendre léger. On adopta des mesures fiscales odieuses aux traitants arabes. On introduisit dans le pays une administration minutieuse que ne