‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 138 sur 202 · COLONIES ALLEMANDES · texte numérisé non relu

COLONIES ALLEMANDES

comportait pas son état social, et fjuel(]iie temps après le prince (.le Bismarck dut reconnaître devant le Keichstag- (|ne la compagnie avait envoyé dans lAfrinue orientale des employés « comme s'il s'était agi d'administrer un district de Poméranie ». Tout le pays se souleva et, au commencement d'octolire, les Allemands chassés de partout ne gardaient j)his que liagamoyo et Dar-es-Salam. Le gouvernement allemand s'occupa d'établir le Idocus de la côte pour empêcher les indigènes de recevoir des armes; il proposa à l'Angleterre d'y prendre part. Il représenta à cette puissance que le soulèvement était causé surtout par des négriers troublés dans leur commerce; mais elle se laissa bien moins convaincre par des arguments philanthropiques que par peur de voir la révolte s'étendre au territoire britannique et surtout par le sentiment des inconvénients qu'il y aurait eu à laisser l'Allemagne agir seule sur la côte du Zanguébar. Le o novembre 1888 un blocus en commun fut proclamé; la France et l'Italie y adhérèrent pour assurer la visite des navires battant leur pavillon.

Mais il devint bientôt évident pour les Allemands que des mesures purement maritimes ne seraient pas suffisantes. Un chef arabe nommé Bouchiri était parvenu à se rendre maître de toute la côte. Le moment arrivait où il ne serait [dus resté un seul Européen dans l'Afrique Orientale. Cette situation obligea le gouvernement impérial, rompant avec le programme de 188i, à intervenir directement dans les territoires de la compagnie. Un crédit de 2 millions de marks fut demandé au Reichstag pour couvrir les frais de l'expédition, et il fut voté le 26 janvier 1889, avec le concours du centre catholique, remué par la croisade du cardinal Lavigerie contre les horreurs de la traite. M. de Wissmann, le célèbre explorateur, fut envoyé dans l'Afrique orientale avec le titre de commissaire impérial. Il eut bientôt entre les mains une troupe noire de 1100 hommes, avec laquelle il pacifia le littoral. Au cours de l'automne 1889 il eut la chance de s'emparer de Bouchiri, qui fut exécuté. Il fallut cependant voter en novembre un nouveau crédit de 1 9o0 000 marks pour couvrir les frais de la campagne qui mit fin à la grosse révolte, mais pas à l'agitation du pays,

surlout de l'intérieur oii la rébellion a continué à l'état endémique et sporadique jusqu'à ces derniers temps.

Cette intervention directe de l'Empire dans la principale de ses colonies marque d'ailleurs un important tournant dans l'histoire coloniale de l'Allemagne : la fin des pouvoirs régaliens des compagnies contrairement au programme formulé en 1884. Le premier soin de M. de Wissmann. en arrivant dans l'Afrique Orientale, avait été de déposer les agents de la compagnie et de remplacer son drapeau par celui de l'Empire. Il ne fut jamais relevé. L'Afrique Orientale allemande devint une colonie de la couronne; à partir du 1 " avril 1891, et après une période de transition, elle fut administrée comme telle. D'ailleurs l'Empire se décidait à celte époque à s'occuper directement et de plus près de 'son domaine d'outre-mer. Une compagnie de navigation reçut une subvention de 900 000 marks pour établir un service régulier de vapeurs entre Hambourg et les ports de l'Afrique Orientale. Le 1"' avril 1890 un Office colonial spécial fut créé au ministère des Affaires étrangères, et au mois d'octobre de la même année se réunissait pour la première fois le Conseil colonial, assemblée consiillative composée de fonctionnaires et de notabilités coloniales désignées par le gouvernement.

Le Traité du 1'' juillet 1890. — En même temps presque qu'intervenaient ces grands changements dans les principes de l'administration des colonies, la rivalité territoriale de l'Angleterre et de l'Allemagne, qui avait recommencé à se manifester, et avec beaucoup d'aigreur, dans l'Est africain, était définitivement écartée par le traité du 1" juillet 1890. On a vu que l'arrangement du 1" novembre 1886 n'avait poussé la frontière anglo-allemande que jusqu'au lac Victoria. Au delà de ce lac, entre sa côte occidentale et la frontière de l'Etat indépendant du Congo, s'ouvrait une large brèche par laquelle les coloniaux allemands pouvaient espérer atteindre les pays de la haute vallée du Xil. surlout l'iJu^aiida. et par laquelle également les Anglais pouvaient essayer de relier leurs territoires du nord et du sud et réaliser ainsi la formule rhodesienne : « Du Cap au Caire ». Les visées des coloniaux allemands se manifestèrent par le voyage du D' Peters, qui,

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se (lonnanl pour but daller secourir Eniiii [>acha, bloqué depuis 1885 dans sa province d'Eijuatoria par le mouvement mahdiste, débarqua en 1887 près de l'embouchure de la Tana et s'enfonça dans Tinlérieur. Les Anglais cliercliércnl à contrecarrer son action par Ions les moyens; leurs croiseurs arrêtèrent son navire sous prétexte de contrebande d'armes, et l'Empire ne fit rien pour soutenir ce chevau-léger de son expansion en Afrique. Mais les coloniaux allemands avaient fondé les plus g-randes espérances sur l'expédition du IJ' Peters. Leur colère contre les Anglais s'accrut; elle augmenta encore lorsque Emin pacha, ramené presque de force à la côte par Stanley, en décembre 1889, se fut engagé au service de l'Allemagne, }>our aller, avec le drapeau impérial, regagner sa province d'Equatoria, tandis que Stanley faisait don à l'Angleterre de tous les traités qu'il avait conclus autour du lac xVlbert. Bismarck venait de tomber, le monde colonial allemand espérait que la politique de l'Empire allait prendre une direction plus conforme à ses vœux, et qu'on ne tiendrait plus autant compte des susceptibilités de l'Angleterre. Mais il fut détrompé. L'officieuse Gazelle de F Allemagne du Nord écrivait à cette époque : « Xos relations avec l'Angleterre forment une des garanties les plus considérables du maintien de la paix européenne, et le gouvernement ne peut appuyer les entreprises coloniales qui, sans profit pour l'Allemagne, sont dirigées contre les intérêts de l'Angleterre ». Et faisant visiblement allusion aux etTorts du D"" Peters, l'organe officieux ajoutait : « Le gouvernement n'endossera pas le billet à ordre que le premier aventurier venu tirera sur des territoires vacants ». Et le gouvernement signa le traité du T' juillet 1890 qui fit le désespoir des coloniaux, d'autant plus que, peu après, le D' Peters revenait en toute hùte à la cote avec un traité de protectorat sur l'Ouganda.

Le traité du l^'" juillet 1890, qui a également porté sur le Cameroun et le Sud-Ouest africain allemand, achevait la délimitation de l'Afrique Orientale allemande en prolongeant au nord ses frontières jusqu'à la limite de l'État du Congo et au sud jus- •ju'au lac Tanganyka. La colonie ainsi délimitée s'étendait sur

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9ol 000 kilomètres carrés. L'Angleterre renonçait à un passage politique du nord au sud, entre l'Etat du Congo et les territoires allemands, et ne conservait qu'un droit de transit libre entre ses deux sphères d'influence septentrionale et méridionale. Par contre l'Allemag^ne renonçait à toute prétention sur l'Ouganda et sur Zanzibar, en échange de quoi elle recevait en Europe lîle d'IIéligoland dont certains Allemands estimaient la possession nécessaire pour parfaire l'unité germanique. L'Angleterre avec une politique à longues vues faisait reconnaître dès lors comme frontière à sa sphère d'influence « l'Etat Indépendant du Conffo et la lisme de faite occidentale du bassin du Haul-Ml ». Peut-être l'xlUemagne songeait-elle, en lui accordant cette frontière dans une région où ni les Allemands ni les Anslais n'avaient paru, à étendre un jour jusqu'à la ligne de faîte entre le Nil et le Tchad sa colonie de Cameroun encore ouverte du côté de l'est.

Quoiqu'il en soit, ce traité exaspéra les coloniaux allemands : ils s'indiancrent de l'abandon de Zanzibar et de l'Ouganda. Pour les apaiser le chancelier de Caprivi publia dans le Moniteur (le f Empire un mémoire justificatif dans lequel était reproduit l'argument ordinaire : « Xous nous sommes inspirés de motifs de politique générale, nous avons voulu avant tout assurer notre entente avec l'Angleterre ». Et le chancelier de l'Empire ajoutait, pour ce qui est de Zanzibar, qu'on pourrait détruire son importance économique en transportant les maisons de commerce sur la côte de terre ferme. Les prévisions de ^L de Caprivi ont été démenties à cet égard : Zanziltar est resté le grand centre de distribution de l'Afrique Orientale; mais, malgré la domination l)ritannique, c'est le commerce allemand qui le conquiert [leu à peu.

Depuis le traité de 18U0 l'Afrique Orientale allemande a peu fait parler d'elle. Des révoltes presque incessantes s'y sont produites, mais localement, et si parfois des désastres ont été subis par les troupes de protectorat, jamais la domination de l'Allemagne n'a été menacée.

En ce qui concerne les affaires générales de l'Afrique on a eu, depuis neuf années, à s'occuper à trois reprises de l'Afrique

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Orientale allemande. En 1891 Emin pacha, chargé d'org-aniser le nord de la colonie, la quitta pour aller, à travers l'Ouganda, retrouver ses anciens domaines du Haut-Nil. La presse anglaise s'émut de cette équipée, mais le 28 octohrc 1801 le Moniteur de r Empire désavouait le pacha en ces termes : « Il a contrevenu aux ordres donnés, il en subira seul les conséquences ». L'aventure n'eut, on le sait, d'autre suite que la mort d'Emin, massacré dans les solitudes du Ilaut-Arouhimi. Plus tard, nous l'avons vu, le g-ouvernement de l'Empire intervint pour faire abroger l'article du traité anglo-cong'olais du 12 mai 1891 qui séparait, par une bande de terrain large de 2o kilomètres cédée à bail à l'Ang-leterre entre les lacs Tang-anyka et Albert-Edouard, le territoire congolais de l'Afrique Orientale allemande. Beaucoup plus récemment on s'est préoccupé d'un voyage fait par M. Gecil Rhodes à Berlin pour obtenir le passage du grand Transafricain anglais à travers le territoire allemand. Il a obtenu le passage du télégraphe. Quant au chemin de fer, d'après ce qu'on croit savoir, c'est l'Allemagne qui construira le tronçon à établir sur son territoire. Mais elle ne le fera qu'après avoir terminé sa ligne de pénétration de Bagamoyo et Dar-es-Salam à Tabora et de là aux lacs. Quelques kilomètres seulement de ce chemin de fer sont construits, et, bien qu'on ait paru s'en occuper un peu plus activement dans ces tout derniers temps, cette œuvre, comme d'ailleurs toutes celles qui ont trait à la mise en valeur de l'Afrique Orientale allemande, vaste cadre encore vide, est jusqu'ici à peine ébauchée.

Sud-Ouest africain-allemand. — Il en est de même dans le Sud-Ouest africain. Pourtant cette possession est, à certains égards, la favorite de l'Empire, dont l'émigration est si nombreuse chaque année; c'est la seule colonie allemande dont le climat se prête au peuplement par la race blanche. Mais elle n'a pas tenu ses promesses, bien qu'elle paraisse riche en minéraux; elle est fort aride, sauf dans le nord, et ne se prête guère qu'à l'industrie pastorale la plus extensive; en outre, elle n'a pas réalisé la grande idée en vue de laquelle elle avait été occupée. Le rêve d'es Allemands était de constituer, au nord des colonies anglaises, une vaste Afrique australe ger-

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manique, composée de la colonie allemande et des Républiques hollandaises qu'elle aurait rejointes par-dessus l'épaisseur du continent. Mais l'Angleterre se mit en travers de ce projet et se hâta de combler l'intervalle en occupant, dès 1887, le Betchouanaland et l'année suivante des régions encore plus au nord. Les Républiques boers étaient isolées et le rêve pangermanique sud-africain dissipé. Le traité du 1" juillet 1890 consacrant cette situation a enfermé la colonie Sud-Ouest africaine dans ses limites actuelles, limites encore fort A'astes à vrai dire, puisqu'elles embrassent 831 000 kilomètres carrés. En outre, en vertu du traité avec les Portugais du 30 décembre 1886 et du traité du 1" juillet 1890, le territoire allemand du Sud-Ouest pousse une pointe jus(|u'au Zambèze, séparant l'Angola portugais des territoires anglais du lac Xgami. Cette extension territoriale, à première vue saugrenue, aurait sans doute une influence sur l'attribution des colonies portugaises si elles venaient à tomber en déshérence. On verra du reste par ailleurs que l'Allemagne prévoyant cette éventualité se réserve dès à présent la partie méridionale de l'Angola.

Cameroun et Togo. — Au Cameroun, comme au Togo, l'idée initiale était d'atteindre les Etats musulmans relativement civilisés du Soudan central. Elle n'a été que partiellement réalisée par le développement de la première de ces colonies et elle a échoué dans la seconde. Par une série de traités avec les Anglais, les Allemands avaient étendu leur colonie du Cameroun jusqu'à la Renoué; l'accord anglo-allemand du 15 novembre 1893 la prolongea même jusqu'au lac Tchad, mais en lui fermant le Bornou et l'ouest de l'Adamaoua. En même temps cet arrangement prévoyait l'extension du Cameroun allemand sur tout le bassin du Cbari, puisqu'il lui donnait pour future frontière orientale la limite du Dar-Four et la lisne de faîte des bassins du Chari et du Nil. Mais dans la région intermédiaire, il fallait devancer les Français qui avaient l'avantage de posséder la voie d'accès de la Sangha. Aussi les missions françaises de Maistre, de Mizon, etc., précédèrent-elles dans le Baguirmi et l'Adamaoua les missions allemandes de Zintgraff, de Morgen, de Gravenreuth, longtemps arrêtées par les rapides

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des fleuves côtiers, la foret cl l'hoslililé de ses habitants. De celte siluation défavorable résulla le traité franco-allemand da 4 février 189i qui ferma à l'est le Cameroun. Néanmoins celte colonie atteint le Bas-Ghari, la rive méridionale du Tchad et contient 493 000 kilomètres carrés.

Le Togo a été arrêté beaucoup plus près de la côte par les progrès inattendus du Soudan français. Il n'a guère que 100 000 kilomètres carrés. A l'ouest, il a été délimité par l'accord angloallemand du 28 juillet 1886, complété par un arrangement tout récent, celui du 14 novembre 1899, qui a partagé entre l'Allemagne et lAngleterre le territoire de Salaga. Ce district avait été neutralisé par un traité anglo-allemand du 14 mars 1888. Du cùté de l'est, le Togo devait, d'après les ambitions allemandes, atteindre le Niger et même le dépasser; mais les missions françaises Decœur, Alby, Baud, foulée devancèrent celles que commandaient les Allemands Griiner, de Carnap, etc., et le traité franco-allemand du 27 juillet 1898, régularisant la situation de fait, fit du Togo une simple colonie côlière. Il est vrai que cette petite possession est actuellement la plus riche du domaine colonial de l'Allemagne, c'est la seule qui suffise à ses dépenses. Le Cameroun la suit dans la voie de la mise en valeur, et ce sont précisément les colonies du Sud-Ouest africain et de l'^ifrique Orientale, qui ont le plus excité l'intérêt des coloniaux allemands, qui ont fait naitre les plus grandes espérances, qui ont coûté le plus cher, dont le développement est le plus en relard, bien qu'elles doivent un jour, sans aucun doute, payer largement l'xVUemagne des sacritices qu'elle y a faits.

///. — Les possessions portugaises.

Faiblesse de la politique du Portugal. — Si l'Allemagne, tard venue en Afrique, s'y est assuré un vaste domaine, le Portugal, qui a découvert le littoral du continent, qui y possède les établissements les plus anciens, puisqu'ils remontent

868 LE PART.\r;R DE L'AFRIOIE

au xvi'^ siècle, a vu la période du partage ruiner toutes ses grandes ambitions africaines et menacer peut-être l'existence môme des grandes colonies qu'il continue à tenir d'une main débile. C'est que ces ambitions étaient disproportionnées à l'activité et à l'esprit d'entreprise qui restent encore au petit royaume lusitanien. Le rêve africain du Portugal était de relier ses possessions du Mozambique à celles de l'Angola; de mettre sous sa domination tout le cours du Zambèze et de se créer ainsi un empire s'étendant sur toute la largeur de l'Afrique Australe, de l'Atlantique à l'océan Indien. Mais cette grande idée avait le tort de ne ])as avoir reçu un commencement d'exécution. ÎMème après le beau voyage fait par Serpa Pintoen 1877-1879, de Benguéla à Durban, pour en commencer la réalisation, les Portugais de l'ouest s'arrêtaient au Bibé et ceux de l'est à Zoumbo : une lacune large de 200 lieues subsistait entre le Mozambi(|ue et l'Angola. Et le Portugal insouciant n'allait se préoccuper qu'à la onzième beure de combler ce vide, au moment oii déjà il attirait l'Angleterre.

La rivalité avec l'Angleterre. — Cette puissance travaillait alors à cerner les Républiques boers, mais l'action que lui inspirait ce plan de conduite l'avait mise en contact avec les pays que le Portugal revendiquait. Les voyant inoccupés, réclamés par une puissance secondaire, l'Angleterre devait songer à s'en emparer, à pousser ses conquêtes jusqu'au Zambèze, puis jusqu'au Nil : au printemps de 1889, l'ambitieuse formule de M. Cecil Rbodes « du Cap au Caire » faisait son apparition dans les journaux anglais. Les territoires revendiqués par le Portugal étaient en travers de la voie de ces grandes ambitions anglaises, et (juelques mois plus lard elle écarta brutalement ce dernier [>ays en lui appliquant la loi du plus fort. Les rêves de grandeur africaine des Portugais étaient dissipés.

Ils se croyaient cependant bien assurés de les réaliser : par les traités du id mai et du 30 décembre 188G, conclus respectivement avec la France et avec l'Allemagne, ils avaient obtenu que ces deux puissances laisseraient « le Portugal exercer son iiifluence souveraine et civilisatrice dans les territoires qui

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séparent les possessions porliii^aiscs d'Aniiola el du Mozambique, sous réserve des droits précédemment acquis par d'autres puissances ». Mais le Portugal vit très vite ce que pesaient ses « droits historiques » l(jrsi|u'ils se iieurlaient aux amliitions de l'Angleterre.

Les Portugais se trouvaient en contact avec les Anglais au nord et au sud du territoire contesté. Au nord les missionnaires écossais venus après Livingstone catéchisaient h; jtays du lac Nyassa; des commerçants les avaient suivis et avaient fondé \African Lakes Association; la ville de Blanlyre, sur les hautes terres du Ghiré, était un centre anglais; le consul Johnston, l'émule de Cecil Rhodes, travaillait à transformer cet emprise religieuse et économique en une absorpli(Ui politique. Au sud, les Portugais s'efTorçaient en vain de contenir les Anglais qui débordaient sur le pays des Malabélés et des Machonas. En 1887, les agents britanniques avaient signé un traité de protectorat avec le chef betchouana Khama; en mai 1888, ils faisaient de même avec Loben2:oula, roi des Matabélés.

Les diftîcultés avec le Portugal allaient commencer. Ce pays avait renouvelé avec les Machonas, en 188" et 1888, d'anciens traités de protectorat; des postes portugais étaient rétablis sur le territoire de cette tribu, oii le drapeau portugais avait flotté jusqu'au milieu du siècle et oii des ressortissants du Portugal exploitaient dès lors des placers. L'Angleterre protesta contre l'action des Portugais dans le Machonaland alléguant les droits suzerains de Lobengoula — en réalité ce chef se bornaità razzier efTroyablement les Machonas — et le Portugal protesta contre Faction anglaise chez les Malabélés, au nom de droits antérieurs. Des deux côtés on s'organisait : la Compagnie anglaise sudafricaine qui a été, sous l'impulsion de M. Rhodes, le grand agent de la politique britannique dans cette partie du monde, recevait sa charte le 16 octobre 1889. La Compagnie de Mozambique était investie de droits analogues un mois plus tard pour lutter contre sa rivale andaise. En outre le gouvernement portugais lui donnait la concession d'un chemin de fer à construire jusqu'au Manica. Le conflit approchait; ce n'est cependant pas au sud, mais au nord des territoires contestés qu'il éclata. Le

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consul Johnston. sous prétexte crexploration céoaraphique, se fit donner un laissez-passer par les autorités portugaises pour parvenir chez les Makololos. Une fois arrivé dans leur pays, oîi Serpa-Pinto avait siané des traités depuis 4886, il y conclut un traité de protectorat et y laissa des drapeaux britanniques. Lorsque Serpa-Pinto revint peu après, avec une expédition portugaise qui étudiait un tracé de chemin de fer entre Quélimane et le lac Nyassa, les Makololos lui barrèrent le chemin. L'officier porlui:ais les vainquit, enleva les drapeaux britanniques et les fit porter à la côte après leur avoir rendu les honneurs. Bien que les agents anglais reconnussent qu'ils avaient outrepassé leurs pouvoirs, Lord Salisbury exigea le rappel de Serpa-Pinto.

L'ultimatum du 12 janvier 1890 et le traité du 11 juin 1891. — Le Portugal essaya vainement de discuter : mais le 12 janvier 1890 un ultimatum était signifié au g-ouvernement de Lisbonne par le gouvernement britannique. On lui donnait ving1-(|uatre heures pour consentir au rappel de toutes ses autorités ou expéditions des territoires contestés du Zambèze et du Ciré et ilu pays des Machonas. Le Portugal avait d'ailleurs déjà consenti à le faire, mais il demandait que lAnglelerre rappelât également les siens. C'est cette demande, pourtant légitime, qui lui valut l'ultimatum du 42 janvier. Le gouvernement portugais répondit qu'il cédait à la contrainte parce qu'il ne pouvait songer à entrer en lutte avec l'Ang-leterre. Après des polémiques de presse furieuses et une agitation dangereuse au I^ortugal, on annonça, le 20 août 4890, qu'un projet de traité venait d'être signé : il réduisait les possessions portugaises du Mozamliiqiic ,i leurs limites actuelles, si ce n'est au Manica, dont une grande partie restait au Portugal. Mais il devint bientôt évident que lopinion portugaise n'était pas encore résignée et que ce traité ne serait pas ratifié. Lord Salisbury ne voulut pas trop presser le Portugal, de peur de causer la chute de la dynastie de Bragance. ce qui eut foit indisposé les pays monarchiques de l'Europe, et, le 44 novembre, on signait un modus Vivendi aux termes duquel chacune des deux puissances s'engageait à n'exercer, pondant un délai de six mois, aucune

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action sur le terriloirc réservé à laiilre |iar le [irojet Je traité du 20 août.

Cet accord narrèta }»as les empiétements de la Compagnie anglaise de rAfri(|ue du Sud. Elle envahissait alors le Manica, comme d'ailleurs tout le reste de rAfri(]ue Australe : à celte époque elle émettait même des prétentions sur le Katanga, dans l'Etat du Congo. Le colonel de Andrade, représentant du Portugal, essaya bien de disputer le ÎManica aux agents de M. Rhodes, en s'efTorçant de maintenir le chef du pays dans la fidélité à ses engagements envers le Portugal; mais comme il y avait trop bien réussi, les Anglais l'enlevèrent de force le 15 novembre 1890. Ce fait grave s'était passé sur le territoire reconnu au Portugal par le traité du 20 août, et Lord Salisbury donna tort à la Compagnie anglaise. Il lui fit enjoindre d'évacuer les parties du Manica réservées au Portugal; elle n'en tint d'abord pas compte, puis, sur des ordres réitérés venus de Londres, elle se décida à une demi-retraite. Mais la victoire devait lui rester, car le gouvernement britannique ne pouvait ni l'exécuter par la force, ni permettre au Portugal, qui avait concentré 700 soldats dans le pays, de la chasser à coups de fusil. A cette époque des expéditions tlibustières organisées par les agents de M. Rhodes remontaient le Limpopo pour armer Gougounhana, roi du pays de Gaza, contre ses suzerains portugais, et essayaient de faire parvenir des armes aux Anglais du Manica, à travers la colonie portugaise du Mozambique. La compagnie britannique finit même par prendre l'offensive au Manica : les Portugais ayant voulu occuper les districts qui leur étaient conservés par le projet de traité du 20 août et le inodus vivencU du 14 novembre 1890, ils furent attaqués et battus par les soldats de la Chartered le H mai 1891. Mais la nouvelle de cet incident nouveau ne parvint en Europe qu'après la conclusion du traité du 11 juin 1891 qui mit fin au différend anglo-portugais en satisfaisant d'ailleurs toutes les prétentions de l'Angleterre.

Cet accord renouvelait sur presque tous les points les stipulations du 20 août 1890. Cependant, il obligeait le Portugal à renoncer au Manica, puisqu'il était impossible d'en faire sortir

la Compagnie britannique, et, en échange, lui donnait une augmentation de territoire au nord de Zoumbo. En outre le traité du 11 juin substituait un droit de préemption réciproque, en cas de vente des colonies, à celui qui avait élé stipulé en faveur de l'Angleterre seule par le projet de traité du 20 août 1890. C'était une satisfaction purement théorique donnée à Tamourpropre portugais, l'Angleterre ne paraissant pas devoir vendre ses colonies. Une autre modification était moins innocente : l'aclicle 4 substituait à la limite indiscutable du Kabompo, affluent du Zambèze, admise par le traité de 1890, « les limites occidentales du territoire des Barotsés ». Il y a là un vague qui pourrait éventuellement servir à prétexter des empiétements de la Zambézie britannique sur l'arrière-pays de l'Angola portugais. En outre l'Angleterre se faisait assurer très largement un libre passage commercial entre ses territoires de l'intérieur et les ports de l'océan Indien à travers la colonie portugaise, et le Portugal s'engageait à construire ou sinon à laisser construire un chemin de fer entre la côte et la frontière du Machonaland.

Ce traité du 11 juin 1891 a clos la dispute anglo-portugaise qui avait commencé en 1875, à l'époque ou l'Angleterre prétendait avoir des droits sur la baieDelagoa, prétention qui fut d'ailleurs repoussée par le tribunal arbitral du maréchal de Mac-Mahon.

Situation actuelle du Portugal en Afrique. — Depuis ce dernier accord on n'a plus entendu parler des possessions portugaises : tandis que l'Angleterre ouvrait une large voie à ses ambitions africaines, celles du Portugal étaient définitivement écartées et les colonies portugaises devaient se concentrer sur elles-mêmes. Cependant telles qu'elles restent elles sont encore pour le Portugal un vaste et magnifique domaine en Afrique. Sans parler de la petite enclave de la Guinée portugaise, réduite au rang de colonie cotière par le traité francoportugais du 12 mai 1886, le Portugal possède 768 000 kilomètres carrés dans le Mozambique et 1 315 000 dans l'Angola. Depuis ses malheurs le Portugal s'elTorce de faire administrer par des compagnies ces vastes possessions, surtout celles de la côte de l'océan Indien. Le 42 octobre 1891 le Mozambique

LES POSSESSIONS POHTri'.AISES 873

était réorganise sous le nom d'Etat libre de l'Afrique Orientale. La Compairnie de Mozamhitjuc, reconstituée avec des capitaux fran(^ais à la lîn de 1891, a construit le chemin de fer de Ueira à la frontière de la Hhodésia : elle est concessiouuaire du [»ays de Sofala et de la petite partie du Manica conservée au Portugal. Cinq autres compagnies sont établies dans le reste de la colonie. Du côté de l'Angola, bien qu'il s'agisse peut-être du plus beau pays de l'Afrique intertro[>icale, le développement est bien moins avancé. On a bien construit un chemin de fer de :}G5 kilomètres reliant Ambaça au port de Loanda, mais le pays est fort peu exploité, généralement par des métis qui ne produisent guère que ce qu'il leur faut pour vivre : la colonie n'a jusqu'ici qu'une grande compagnie commerciale, celle de Mossamédès. Dans l'ensemble il paraît que ce que le Portugal a gardé de son ancien empire africain est encore au-dessus de ses énergies et de ses capacités réelles de développement.

On peut du reste se demander si les Portugais conserveront encore longtemps leurs domaines d'Afrique. Un traité secret, relatif à l'avenir des possessions portugaises, a été signé pendant l'été de 1898 entre l'Angleterre et rx\llemagne, qui, diton, avait au préalable proposé en vain à la France de le conclure avec elle. On aurait décidé que le jour, sans doute prochain, où le Portugal aura besoin de contracter un nouvel emprunt, des capitaux anglais et allemands lui seraient imposés, et que, en garantie, l'Allemagne s'emparerait des douanes du nord du Mozambique et l'Angleterre de celles du sud. Ce serait, en réalité, une mainmise sur le pays lui-même. Des arrangements ultérieurs ont prouvé que ce traité secret intéressait môme la partie méridionale de l'Angola, qui reviendrait à l'Allemagne. Cette puissance se réserve, en effet, aux termes d'un accord avec la Chartered qui n'a pas non plus été publié, un droit de contrôle sur la construction des chemins de fer dans le sud de l'Angola. Il est donc évident que l'Angleterre lui a reconnu des droits éventuels à la possession d'une partie au moins de cette colonie. Mais ces arrangements ne devront selon toute vraisemblance entrer en vigueur que si le Portugal se prête à la combinaison. Peut-être lui est-il possible, avec de la

prudence, de conserver tout au moins son domaine de la côte occidentale, qui est pour lui comme un second Brésil. Dans ce cas il aurait encore devant lui un bel avenir en Afrique.

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