V. — Tentatives de fédération impériale
On a vu que l'exemple du Dominion a donné l'idée de plusieurs autres fédérations, celle de l'Australasie, celle de l'Afrique australe, celle des Indes occidentales. On a enfin proposé de fédérer toutes les parties de l'empire hritannique. Il ne s'agit pas de revenir au despotisme administratif du commencement de ce siècle, alors que les gouverneurs étaient absolus et qu'aucune colonie n'avait d'i-nstitutions représentatives. Les i/f}j>ériaUstes ou partisans de la fédération entendent respecter et même augmenter. l'autonomie coloniale. Mais ils pensent qu'il serait profitable à la fois pour les colonies et pour la métropole de resserrer les liens politiques et économiques qui les rattachent. Les uns proposent un zoUverein, les autres voudraient simplement une entente pour la défense commune, analogue à celle qui s'est faite entre l'Australie et le Royaume- Uni. Pour administrer les affaires communes, on propose soit
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renvoi tle députés coloniaux au Parlement métropolitain, suivant le système français, soit simplement linslitution J\in corps spécial de délégués analog-ue au Fédéral Council d'Australie et réduit à des attrilju lions précises, les douanes ou la défense.
Le nom d'empire ltritannii|ue appliqué à l'ensemble des possessions anglaises remonte au milieu, peut-être au commencement de ce siècle. L'impérialisme s'est développé surtout depuis le ministère Disraeli, qui fit proclamer la reine impératrice des Indes et qui reprit la politi(|ue d'expansion coloniale. Le mouvement avait commencé vers 1868, par réaction contre l'abandon des colonies à elles-mêmes, pratiqué par les libéraux manchestériens alors au pouvoir. En 1869, lorsque le ministre des colonies Granville retira les dernières troupes d'Auslralasie et déclara que les colonies autonomes devraient à l'avenir se défendre à leurs frais, les adversaires de cette politique essayèrent de réunir à Londres, pendant la session du Parlement et pour protester contre la mesure, une conférence de délégués envoyés par les parlements australasiens. Le ministre invita les colonies à ne pas suivre ce conseil et la manifestation échoua. A cette époque, les idées des partisans de l'expansion coloniale sont encore vagues. Elles s'expriment dans le programme du Royal Colonial Institiitp, fondé en 1868 et présidé par le prince de Galles. C'est une société de propagande qui fonde une bibliothèque coloniale, encourage les explorations, organise des conférences et publie des brochures pour intéresser le public aux dilTérentes parties de l'empire colonial et créer des relations entre elles et la métropole. Quand le gouvernement eut supprimé les commissaires et les fonds pour l'émigration (1873', il se fit un mouvement de protestation. Vers 1882-8o, après une nouvelle famine irlandaise et pendant une crise économique, [>Uisieurs sociétés se fondèrent pour favoriser l'émigration. Une ancienne société organisée ■en 1833 pour répandre les idées de Wakelîeld sur la colonisation avec l'aide de l'Etat (State aided), se transforma en société pour réclamer l'émigralidu (liiii;(''e ji.ir l'Etat {State directed). Des démarches furent faites en ce sens auprès des différents
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cabinets, qui (iomièreiil qiiolques salisfaclions. Ainsi, le gouvernement organisa en 1S8G un oftice d'information pour les émig-rants, qui publie îles slalisti(|ues et (b^s lirocbures; une commission parlementaire siégeant de 1889 à 1891 publia une enquête très importante sur l'émig-ralion. D'après son avis, on song-ea à aider avec participation de l'Etat le départ pour les colonies des Irlandais habitant les districts troj) peuplés. Sur ces entrefaites la crise économique avait cessé et le mouvement en faveur de l'émigration diminuait depuis 1888.
Mais l'impérialisme tel qu'il est défini plus haut était né pendant ces diverses ag'itations, et son prog-ramme était exposé en 1886-188". En 188G le discours du trône au Parlement parlait de « fédération impériale ». La même année, le Rof/al Colonidl Inslilute prenait le titre à' Impérial Institiife. Une Impérial Fédération League s'organisait et elle envoyait au Canada et en Australasie un de ses membres, M. Parkin, faire des conférences en faveur de la fédération (1891). La ligue avait pour présidents des personnages importants du parti libéral, M. Forster, puis lord Rosebery. L'impérialisme, d'origine tory, pénétrait dans tous les partis. Un radical, sir Charles Dilke, qui avait déljuté [)ar un livre remarquable sur le monde anglais, Greater Brilain (Plus Grande Bretagne, 1868), publiait en 1892 un des meilleurs ouvrages impérialistes, Problems of Grealcr Britain. L'ancienne politique du sialu qno en matière coloniale, naguère représentée avec éclat par Gladstone, n'a plus pour elle qu'un petit groupe de fidèles, appelés par dérision les « partisans de la petite Angleterre », Liltle Englanders.
Le projet de fédération reçut un commencement d'exécution en 1887, l'année du jubilé. La première conférence de religion des principales colonies, convoquée à Londres, discuta une union postale et un plan de défense; les débats aboutirent, comme on l'a vu plus haut, à une entente avec l'Australasie pour l'augmentation des forces navales.
Avec les essais d'exécution apparaissaient les difficultés. La fédération doit être soit une union douanière, soit une union militaire. Sur la question des douanes les intérêts de l'Angleterre et ceux de ses principales colonies sont en contradiction.
Histoire générale. XU. il
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Les secondes sont protecUonnistes pour favoriser le dévcloppementde leur induslrie naissante. La vie économique de la métropole est au contraire fondée sur le libre-échange; l'Angleterre a besoin de recevoir en franchise les denrées agricoles qu'elle ne produit pas en assez grande quantité pour nourir la population de ses villes; elle a besoin pour maintenir sa production industrielle de pouvoir vendre librement à l'étranger ses cotonnades, ses fers et ses houilles. On a dit que la Grande-Bretagne pourrait remplacer ses fournisseurs et ses clients étrangers par les colonies, et la proposition est théoriquement acceptable, quoiqu'elle suppose une perturbation très longue et proI)ablement une crise ; mais elle ne donne satisfaction qu'à la métropole; les colonies seraient obligées de lui sacrifier leurs industries. Aussi ne faut-il pas s'étonner si toutes les propositions d'union douanière ont été rejetées parles colonies industrielles et protectionnistes. Les conférences de M. Parkin ont été mal accueillies en Austi-alasie, même dans l'Etat libre-échangiste de Nouvelle-Galles. Les conservateurs du Canada, tant qu'ils ont tenu le pouvoir, se sont déclarés adversaires de la fédération impériale. L'union douanière n'a guère trouvé de partisans qu'au Cap, c'est-à-dire dans la colonie la moins industrielle (réserve faite des mines). Le leader des AfriUanders, ]\L Ilofmeyr, est l'auteur du plan de « zollverein » le plus étudié et le plus ingénieux, qui laisse les colonies maîtresses de leur tarif en ce qui concerne les produits étrangers. En général on peut dire que les projets d'union douanière ont été repoussés par les colonies comme avantageux à la seule métropole. La fédération a été encore discutée lors du jubilé de 1897, entre le ministre métropolitain et les premiers ministres des colonies autonomes, réunis à Londres pour les fûtes. La plupart d'entre eux ont fait des réserves : le ministre canadien, sir Wilfrid Laurier, un libéral et libre-échangiste, s'est à peu près seul déclaré favorable au projet. Peu de temps après, la Grande-Bretagne ayant dénoncé le traité de commerce qui l'unissait à l'Allemagne, le bruit courut qu'elle allait commencer avec le Canada un « zollverein » britannique. Il n'est pas douteux que les industriels anglais, menacés parla concurrence allemande et par les
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droits pi'olecleiirs que leur opposent leurs anciens clients, désirent trouver des débouchés dans les colonies; mais il est certain (|ue celles-ci r<'[)Oussenl celte union désavantageuse pour elles. Aussi le « zoUverein » a-t-il été abandonné par la plupart des impérialistes.
Leurs etlorts se bornent à préparer une fédéi'alion parement défensive. C'est notamment le point de vue de sir Charles Dilke. Les colonies contribueraient à raugmenlation, jugée nécessaire, de la flotte anglaise. C'est le principal sacrifice à leur demander, car la défense de l'empire doit se faire surtout par les forces navales. L'Australasie contribue déjà à Tentrelien d'une escadre. Le Cap a fait don à la reine du vaisseau de guerre Afrikander lors du jubilé de 1897. Mais les autres colonies ne se sont pas montrées jusqu'à présent disposées à se charger de grosses dépenses militaires.
En somme la fédération impériale a séduit l'opinion anglaise comme un moyen de répondre au protectionnisme et aux armements des Etats continentaux; si les colonies se prêtent à la réaliser, ce sera vraiment, pour le monde britannique, au point de vue économique et militaire, le « splendide isolement » dont a parlé un de ses hommes d'Etat.
BIBLIOGRAPHIE
Une bibliographie complète pour la période contemporaine ne pourrait être dressée qu'avec les catalogues des principaux libraires anglais et des éditeurs de publications oflicielles d'Ottawa, de Sydney et des capitales des colonies. Pratiquement, on se servira du Statesmans Ycar-Book, pour la bibliographie giniérale, de la Revlciv ofRcviews pour l'indication et l'analyse des articles de revues depuis huit ans, de la Salional Bioyraphij pour la biographie (et la bibliographie) des gouverneurs géni'raux, etc. Nous n'indiquons ici que quelques ouvrages qui sont particulièrement intéressants ou qu'il est plus facile de trouver.
Géiïéfalîtés. — Fécléfs»tîoiB. — Sir Ch. Dilke, Problvms of Grcaler Britain, Londres, 1S9(), 2 vol. in-8; un article dans la licvue de Paris. 1^'- janvier 180S. — Pierre Leroy-Beaulieu. Les nouvelles sociétés anglo-saxonnes^ Paris, 18'.)7. in-lS (au point de vue de l'ancien libéralisme). — G.-R. Parkin, Impérial Fédération, the problcm of national Vnitij, Londres, 1895, iii-S. — A. Todd. Fartiamentary Government in the Dritish colonies, 2'^ éd., Londres, 1894-, in-S. — Une collection de petites histoires des colonies vient d'être publiée à Londres, sous le titre de Storij of Empire Séries, in-8.
Csuiailst. — J.-P. Bourinot, Canada, Londres, 1896, in-8, petite hist.
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préférable à celle de W.-P. Greswell, Londres, 1890, in-S. — G. -M. Grant, Picttire^i'juc Cnnadn, Toronto, 188i, 2 vol. in-4, avec de magnifiques gravures.
— Ch. Lindsey, Rome in Canada..., Toronto, 1889, in-8. — G.-R. Parkin, The great Dominion; Stndies in Canada, Londres, 1895, in-8 (recueil de correspondances).
Aiistralai^ic. — E.-A. Coghlan (chef de la statistique de la Nouvelle- Galles), A statislir.al account of the seven colonies of Australasia, Sydney, in-8 (périodicité irrégulière). — La Revicw of Re vicies analyse ou indique la plus grande partie des nombreu.x livres publiés depuis cinq ou six ans sur la démocratie et les réformes sociales en Australasie. Voir en outre les l'ecueils et revues de législation ouvrière.
Afi*î<nie aiis-lai$«e — G. Aubert, L'Afrique du Sud, Paris, 1897, in-8 (statistiques). — Mermeix, Le Trameaal et la Chartcred, Paris, 1897, in-18, l'exposé français le plus impartial du conflit de 1890-97. — Les divers ouvrages de F.-R. Statham. — Sur la Rhodesia et les guerres contre les Matabélés, de nombreux ouvrages d'oUiciers et de volontaires : Baden- Powell (1896); Léonard (1896); Plumer il897): Sykes (1897), etc. — Sur le partage de l'Afrique, en français, V. Deville, et en anglais Scott Keltié. The })ai'tition of Africa, Londves, 1898 (nombreuses éditions mises cà jour .
Iinle. — Les divers ouvrages de B.-H. Baden-Powell montrent que la communauté de village est d'origine récente et n'est pas une institution générale, contrairement aux hypothèses de Sumner Maine et de Laveleye. — A. Chevrillon, Dans Flnde, Paris, 1889, in-18 (impressions d'un touriste).
— James Darmesteter, Lettres surVInde : A la frontière afghane, Paris, 1888, in-18. — Marquise de Dufferin, Quatre ans aux hides anglaises. Xotre viceroijautt'... I88i-S8, trad. franc., Paris, 1898, 2 vol. in-18. — Lord Roberts, i'I ijcars in India from subaltern to commander in chief. Londres, 1807, 2 vol. in-8. — Sir John Strachey (ex-ministre des finances de l'Inde), UInde, trad. ir., Paris, 1893, in-8.