CHAPITRE IV
Dans l'évolution politique de FAutriche-Honi^ne depuis 1871, trois moments se détachent nettement. Jusqu'en 1878, les adversaires des Constitutions existantes, en Autriche se résignent, en Hongrie se rallient : le dualisme s'affermit. De 1879 à 1896, grâce à un changement de système en Autriche, la prépondérance de la Hong'rie s'y accuse plus ouvertement, et il fonctionne sans trouble. Pour assurer le renouvellement facile du compromis à sa troisième échéance, le gouvernement autrichien commet à partir de 1896 une série de fautes qui provoquent la crise, où, après l'Autriche, la monarchie et la Hongrie ellemême se trouvent sucessivement entraînées et qui n'a point encore reçu de solution.
/. — Uère libérale allemande (i8j i-i8yg).
Le ministère Auersperg. — La disgrâce imprévue de Beust gâta au parti libéral allemand la joie de son triomphe sur Hohenwart. Elle l'avertit de ne point se fier trop à ses propres forces. Aussi s'empressa-t-il d'accepter le pacte que lui proposa le prince Adolphe Auersperg, chef désigné du nouveau cabinet : politique intérieure strictement constitutionnelle, pleine
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liberté à la cour dans les questions militaires. Le président du conseil, frère cadet du prince Carlos \ était connu pour sa fidélité à la Constitution : son énergie et sa raideur d'ancien capitaine de cavalerie plurent à la majorité, tant quil ne les tourna que contre l'opposition. Lasser, l'ancien collègue de Sclimerling, était l'homme d'Autriche le plus capable d'administrer le difficile département de l'intérieur; Siremayr, l'auteur de la dénonciation du Concordat, reprit les cultes et linstruction. L'Université de Vienne fournit au cabinet deux de ses professeurs les plus distingués : Glaser à la justice, Ung-er comme ministre sans portefeuille, « ministre de la presse » et orateur du cabinet. Le gouvernement, aussitôt formé, se donna une majorité : comme toujours, quelques dissolutions de Diètes, suivies de nouvelles élections, y suffirent. La session parlementaire s'ouvrit le 28 décembre 1871, et le discours du trône caractérisa en deux phrases tranchantes la politique nouvelle : « Malg-ré mon intention d'aller, avec l'assentiment du Reichsrath, jusqu'au bout des concessions compatibles avec l'unité de l'Etat, la paix intérieure si vivement désirée n'a pas pu être rétablie. Mon gouvernement, composé d'hommes que ma confiance a désignés parmi vous, considère comme le premier de ses devoirs d'afîermir le régime constitutionnel légal, et d'assurer à la loi, dans toute la vie publique, une obéissance absolue. »
Le premier acte du nouveau ministère fut la réforme électorale. Les libéraux la réclamaient depuis longtemps. A leur conception unitaire de l'Etat autrichien, il convenait mal que le Parlement de l'Empire eut l'air d'un congrès de délégués des provinces, et qu'une Diète, en refusant d'élire ses députés (la Diète de Bohême venait encore de le faire, après la chute de Hohenwart) put tronquer la représentation nationale, lui enlever toute autorité morale. Une loi provisoire (13 mars 1872) autorisa le cabinet à faire combler, par le moyen d'une élection directe, toute vacance survenue en cours de session. La politique d'abstention devint désormais sans objet, car les députés des circonscriptions allemandes de la Bohême vinrent occuper