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HELÙIQLE, PAYS-BAS, LUXEMBOURG

rical avait deux fois plus d'élèves que l'enseignement public (quatre fois davantage en Flandre). La majorité libérale ordonna une enquête sur les moyens employés pour entraver l'exécution de la loi de 1879; on publia les refus d'absolution, les discours violents prononcés en chaire, l'interdit jeté par les prêtres sur l'école publique, ses élèves, l'instituteur et sa famille, la mauvaise volonté des communes et des provinces catholiques qui refusaient de voter des fonds pour l'enseignement public. Le g-ouvernement se fit donner le droit d'oblig-er les députations permanentes à acquitter les dépenses scolaires (1881). Il supprima le traitement des vicaires employés comme instituteurs catholiques. Il retira l'exemption du service militaire aux congréganisles en s'appuyant sur le fait que 40 p. 100 d'entre eux entraient dans les ordres (1883). Il aug-menta le nombre des établissements laïques d'enseignement secondaire et proposa d'en créer pour les jeunes lilles. La lutte contre le clergé pour l'enseignement laïque fut à peu près la même à cette époque en Belgique et en France.

Les catholiques reprennent le pouvoir (1884). — La nouvelle loi scolaire. — Comme le g-ouvernement libéral avait revisé avec rigueur les listes électorales des campagnes, les renouvellements partiels des Chambres lui étaient favorables. En 1882, sa majorité s'était élevée à 18 voix à la Chambre et à 3 au Sénat. Mais les progressistes et les doctrinaires se divisaient de nouA'eau sur le suffrage universel. Les premiers le réclamèrent deux fois (1881 et 1883), et furent battus. Le ministère ne voulut accorder que l'adjonction des capacités aux électeurs provinciaux et communaux. Il fit des mécontents par l'augmentation de dépenses occasionnées par l'établissement des écoles, par les travaux publics : le déficit apparut dans le budget en 1881, et s'éleva en 1883 à 25 millions. On dut faire voter des impôts nouveaux sur les valeurs mobilières, l'alcool, le tabac. Un projet d'augmentation de l'armée fut très mal accueilli par l'opinion.

Les catholiques, hosliles à l'école laïijue et aux dépenses militaires, se présentaient aux électeurs comme le parti des économies et de l'équilibre budgétaire. Au renouvellement

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partiel de 1884 ils enlevèrent G(> sièges sur G9, ohlenanl ainsi à la Chambre une majorité de lli voix, la plus forte que la Belgique eut connue depuis 1847. Depuis cette époque leur majorité n'a cessé de s'augmenter à toutes les élections. Parmi les députés catholiques on distingue les modérés, dont le chef est Malou, puis M. Beernaert; et les ultramontains, avec M. Wœste comme leader; mais, sous la direction du pape Léon XIII, le parti tout entier se déclare constitutionnel.

Le cabinet de 1884, sous la présidence de Malou, puis de M. Beernaert, fut formé de catholiques de toute nuance. Il commença par défaire l'œuvre du parti libéral. Les rapports diplomatiques avec Rome furent rétablis; l'Instruction publique fut rattachée au ministère de l'Intérieur comme avant 1878. Une nouvelle loi scolaire votée en 1884 aboutit en pratique à mettre l'enseignement primaire sous la direction du clergé catholique. D'après celte loi, la commune peut, à son choix, entretenir une école publique ou « adopter » et subventionner une école privée, pourvu que celle-ci suive le ])rogramme officiel et se soumette à l'inspection. Les instituteurs n'ont plus besoin d'un brevet. Les instituteurs publics dont les écoles seront supprimées par les communes recevront une retraite de 1000 francs au moins; vingt pères de famille peuvent exiger de la commune l'organisation d'une école neutre ou d'une école confessionnelle, suivant le cas. L'enseignement religieux est obligatoire dans l'école, si la municipalité en décide ainsi; il est placé avant ou après la classe, de manière que les parents puissent en dispenser leurs enfants. Ces dispositions furent combattues par les libéraux; 29 municipalités signèrent une pétition au roi pour le prier de ne pas sanctionner la nouvelle loi. Il y eut à Bruxelles des manifestations et des bagarres. Mais la loi, ayant été adoptée à la Chambre et au Sénat, fut promulguée. Toutefois, après des élections communales peu favorables aux catholiques, le roi remplaça deux ministres ultramontains par des modérés.

Le socialisme. Formation du parti ouvrier belge. — Le parti liliéral essaya de se reconstituer; mais les négociations échouèrent parce que les doctrinaires (sous la direction

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de Frère-Orban) refusèrent d'adopter : 1" l'extension du sufïVage à tous ceux qui savent lire et écrire; 2" le service militaire personnel, — deux articles importants du programme des progressistes (sous la direction de M. Janson). Un nouveau parti d'opposition s'est constitué : c'est le parti socialiste. Il est sorti de plusieurs mouvements dont voici les trois principaux : 1° A Gand, les ouvriers flamands étaient groupés en syndicats depuis 1857; des coopératives de consommation avaient été fondées : les socialistes eurent l'idée de s'appuyer sur ces associations qui étaient reconnues par la loi et ne pouvaient être dissoutes sans formalités. Ils fondèrent à Gand une coopérative d'un type spécial, le Vooruit (1880), dont l'originalité consiste dans le fait qu'une partie des bénéfices est consacrée à la propagande socialiste. — 2° Dans le pays de la houille et des usines (Hainaut, Namur, Liège) les ouvriers wallons s'étaient groupés : on trouvait parmi leurs chefs des agitateurs républicains révolutionnaires opposés aux moyens pacifiques, et une branche de l'ordre américain des « Chevaliers du travail ». — 3" A Bruxelles vivait une élite d'écrivains et de penseurs en relations avec un grand nombre de réfugiés politiques. La littérature et la science belges ont pris un merveilleux développement depuis une vingtaine d'années. Une grande partie des écrivains sont des libres penseurs et des démocrates en opposition avec le régime officiel de leur pays. Bruxelles a été le centre des théoriciens socialistes dont le premier en date fut César de Paepe, un des principaux membres de l'Internationale, mort en 1890. C'est à Bruxelles que les socialistes gantois et brabançons se sont réunis en Parti o)ivrier belge (1885). Le parti adopte les principes du marxisme et la méthode des démocrates socialistes allemands. Il a recruté rapidement des adhérents dans un pays comme la Belgique oîi près de la moitié de la population est occupée par la grande industrie. Pendant la crise économique de 1886, des grèves importantes ont éclaté à Liège et dans le Hainaut; il y eut des attaques d'usines, des explosions de dynamite. I<a troupe intervint, fil usage de ses armes, tua en diverses rencontres une centaine d'ouviiers. Après la répression militaire, les révolutionnaires les plus compromis furent poursuivis

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et condamnés très sévèroment. Dans une nouvelle grève en 1888, les excitations et les voies de fait furent durement réprimées. Les socialistes wallons, ne pouvant rien obtenir par la violence, décidèrent après de vives discussions d'adhérer au Parti ouvrier (1889-90). Celui-ci réunit dès lors tous les socialistes belges à l'exception des petits groupes communistes-anarchistes.

Le parti ouvrier se mit à faire une agitation en faveur du suffrage universel, dont il avait besoin pour être représenté au Parlement; il réclamait en même temps l'abolition du remplacement et la réduction du service militaire pour remplacer l'armée professionnelle par une armée nationale et démocratique qui ne tirerait pas sur les grévistes. Les progressistes, qui avaient posé les deux questions précédentes, acceptèrent les solutions socialistes. En 1890 leur congrès se rallia au principe du suffrage universel sans restriction.

La revision (1890-93). — Le suffrage universel avec vote plural. — Depuis plusieurs années l'idée de la réforme électorale faisait des progrès. Tous les partis admettaient que le cens de 42 fr. 32 était trop élevé et que ce n'était pas assez de 135 000 électeurs parlementaires pour 6 millions d'habitants. Les doctrinaires consentaient à un abaissement du cens. La plupart des catholiques, toujours préoccupés de s'appuyer sur les paysans contre les ouvriers, voulaient un suffrage à peu près universel, mais attaché au domicile, comme en Angleterre et en Hollande. Les socialistes et les progressistes, profitant de la liberté de réunion, multipliaient les manifestations à l'anglaise, meetings, défilés avec drapeaux et emblèmes, plébiscites, signature publique de pétitions. Le gouvernement mit longtemps à céder. Après deux années d'hésitations et de débats, la revision fut votée et l'on élut une nouvelle Chambre chargée de la faire (1892). Le parti catholique eut une majorité de 26 voix, ce qui ne faisait pas les deux tiers de l'assemblée : or les changements à la constitution doivent être votés par les deux tiers des représentants au moins. Les catholiques purent repousser les projets de l'opposilion, mais ils n'étaient pas assez forts pour imposer les leurs. La Chambre

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