‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 35 sur 202 · REACTION ET SOCIALISME · texte numérisé non relu

REACTION ET SOCIALISME

il ne prit nettement position que par le message du 47 novembre 1881 : « Au mois de février, disait l'empereur, nous vous exprimions notre conviction qu'il ne fallait pas chercher uniquement dans la répression des excès de la démocratie socialiste la guérison des maux sociaux, mais qu'il convenait de la demander au progrès positif du bien-être des ouvriers. Pour cela, quels sont les meilleurs moyens? Les déterminer est une tâche des plus difficiles, mais aussi un des devoirs essentiels de toute communauté qui repose sur les bases de la vie morale et du christianisme. En nous appuyant étroitement sur les forces réelles de la vie nationale et en les groupant sous la forme de sociétés corporatives protégées et favorisées par l'Etat, nous espérons suffire à une tâche que la puissance publique seule serait impuissante à accomplir. D'ailleurs, même ainsi, nous n'arriverons pas au but sans que des ressources considérables soient nécessaires. » Programme bien remarquable dans sa précision, qui marquait clairement, en même temps que la hardiesse, les limites de la pensée du chancelier. Entre les socialistes qui se réclamaient des droits de l'ouvrier et le ministre qui partait du principe des devoirs de l'Etat chrétien, aucun accord durable n'était possible. La législation sociale du nouvel Empire allemand se résume dans les trois grandes lois d'assurance en cas de maladie (15 juin 1883), d'accident (G juillet 1884), de vieillesse et d'incapacité de travail (22 juin 1889); le complément naturel aurait été une loi d'assurance en cas de chômage, et Bismarck, qui a plus d'une fois solennellement reconnu le droit au travail, l'avait compris : il l'ajourna de peur de rencontrer une opposition invincible. Les lois sociales, dont la pensée première a peut-être été inspirée par le grand métallurgiste, le baron de Stumm, furent préparées par les conseillers intimes Lehmann, Bsediker, Gamp, par le président de la chancellerie de l'Empire, Hofmann, par M. de Butticher surtout, qui se passionna pour l'œuvre entreprise, la développa même après la chute du maître, tint la main à ce que les règlements fussent appliqués et, sans s'effrayer des lamentations de l'industrie, par une série de règlements garantit vraiment à l'ouvrier la protection de l'Etat dans l'atelier. Il est facile de railler

l'originalité de ces législateurs, qui souvent puisèrent l'idée maîtresse de leurs projets dans l'histoire de l'ancienne monarchie française et en particulier dans les règlements de Colbert : facile aussi de sig-naler les lacunes de ces mesures, souvent mal combinées, obscures, incomplètes, qu'il a fallu retoucher souvent. Ce n'était pas, malgré tout, une œuvre vulgaire que d'imposer de tels sacrifices à une société capitaliste, et il n'est pas contestable non plus que les résultats matériels de ces mesures ont été heureux et que, sans entraîner les ruines que prophétisaient les représentants de l'économie politique classique, elles ont adouci la misère des ouvriers, ^s'oublions pas enfin que pour beaucoup des imperfections et des lacunes qu'on reproche avec raison aux lois sociales du chancelier, la responsabilité ne revient pas à Bismarck, mais aux Parlements successifs dont l'égoïsme et la poltronnerie reculèrent devant ses propositions plus radicales.

L'àpreté avec laquelle les majorités parlementaires les mieux domestiquées défendaient leurs positions, et la mauvaise grâce de leurs concessions incomplètes achevèrent de convaincre les démocrates qu'ils seraient fous d'attendre de la société capitaliste une amélioration sérieuse de leur sort. Ils ne virent dans l'homme qui d'une main les fustigeait si rudement et de l'autre les flallait, qu'un tacticien qui, pour assurer le pouvoir des conservateurs, essayait de corrompre les travailleurs en leur assurant une maigre part dans la curée protectionniste. Ce serait d'ailleurs les mal comprendre et ravaler leur rôle que de supposer qu'ils repoussèrent le marché parce que le prix qu'on leur offrait était trop faible. Il y avait dans leur programme une part d'idéalisme que Bismarck bafouait : ce qu'ils poursuivaient, ce n'était pas seulement l'afTranchissement national de l'ouvrier, mais l'atTranchissement politique et moral du peuple. A toutes les avances, ils répondirent par un non possiunus. Les résultats de la campagne menée avec tant de vigueur de 1878 à 1890 furent complètement opposés à ceux que Bismarck avait prévus. Dégagés de la tourbe des disciples médiocres, les socialistes, comme les chrétiens de l'Église primitive, se serrèrent dans une fraternité plus étroite et prirent une conscience plus

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