‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 36 sur 202 · IIK ACTION ET SOCIALISME · texte numérisé non relu

IIK ACTION ET SOCIALISME

haute de leur mission ; ils furent élevés au-dessus de la commune mesure des factions politiques par la pensée de la mission qu'ils rem[)lissaicnt et les soutlranccs qu'ils acceptaient. Leurs réunions étaicntinlerdites, l'élatde siège proclamé à Ureslau cl Iliunbourg (1880), Leipzig (1881), Francfort (188G), Stettin, (1887); leurs principaux chefs, Licbknecht, Bebel, Vollmar étaient en prison. Ils se réunirent à l'étranger, à Wydcn (1880), Copenhague (1883) et Sainl-Gall (1887); leur journal, le Social-Democral, qui paraissait à Munich, défiait la surveillance de la police. De plus en plus, ils s'éloignaient des souvenirs de Lassallc. Au programme d'Erfurt, qui a remplacé en 1891 celui de Gotha, on ne parle plus de coopératives fondées avec lappui de l'État, ou de la loi d'airain, qui avait rendu d'excellents services comme argument de propagande; le programme de Marx est désormais accepté sans réserves, l'internationalisme triomphe et, dans une certaine mesure, se réalise dans les congrès ouvriers internationaux et dans la fête ouvrière du l"' mai. Jamais ainsi la démocratie socialiste n'a été plus ardente et plus hostile à l'empire qu'au moment où Bismarck disparaît.

Celte armée, qui s'assemble autour de chefs irréconciliables, elle grossit avec une rapidité menaçante. Chaque élection marque un progrès du parti révolutionnaire : au début de la persécution, sous le premier coup d'effroi et de stupeur, il ne rallie que 310 000 voix (1881); il en conquiert 550 000 en 1884, 750 000 en 1887, dépasse 1400 000 en 1890, atteint presque 1 800 000 en 1899. Ces progrès sont facilités et expliqués en partie par la pénétration de l'idée socialiste en dehors des classes ouvrières. Les ouvrages de Bebel, d'Eugène Richter, de Schaflle surtout, dont la Quintessence du socialisme eut un grand retentissement, sont lus avec avidité dans toutes les classes. Disciples plus ou moins directs de Rodbertus et de Mario, les socialistes de la chaire sont maîtres des Universités; des séminaires d'études sociales se constituent autour de Schmoller, de Brenlano et de Knapp, et les monographies qui en sortent et qui comptent certainement parmi les produits les plus remarquables de l'historiographie moderne, répandent dans les classes les plus diverses le goût et le sens des études sociales. Si puissant est le courant

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qui emporte vers le socialisme les générations nouvelles, que les conservateurs, impuissants à le combattre, cherchent un moyen de le détourner à leur protit : le socialisme a sa caricature dans Tantisémitisme du pasteur Stocker, et des aigrefins tels que Hammerstein, qui dirigea un moment la Gazette de la Croix, essaient d'adapter ses doctrines à leur programme. Il semble que l'Allemagne veuille couronner ce siècle qu'elle a si profondément marqué de son empreinte, par le triomphe définitif dans l'ordre politique et économique de cette doctrine de l'organisme qu'elle a proclamé par la voix de Herder et de Gœthe en face du mécanisme des Encyclopédistes : au libéralisme atomique elle oppose la solidarité sociale.

Lçs luttes parlementaires. — Cette dilTusion des théories socialistes, dans un certain sens, facilita les succès parlementaires du chancelier. Sous le poids des intérêts nouveaux et par l'entrée en ligne de classes qui pendant longtemps n'avaient pris à la vie publique qu'une part indirecte et comme accidentelle, les cadres des anciens partis se brisèrent; leurs programmes trop étroits ne répondaient plus aux besoins nouveaux, leurs traditions ne s'adaptaient plus au milieu : talonnés par de nouveaux adversaires, les libéraux et les progressistes n'apportèrent plus dans leurs querelles avec le chancelier qu'une confiance troublée et une ardeur attiédie. L'opposition s'affaiblissait au moment même où le robuste défenseur de la monarchie trouvait un regain d'ardeur dans la bienveillance attendrie que lui témoignait son maître. « Si nous mettons le cap sur une meilleure direction, avait dit l'empereur après l'attentat de Xobiling, je ne regretterai pas ma blessure » ; quelque temps après, il félicitait son ministre de l'audace heureuse avec laquelle il avait « mis son bâton dans ce nid de guêpes » des révolutionnaires et « pris le taureau par les cornes. Pour cela la patrie vous bénira ». Bismarck sentait très vivement cette satisfaction qu'il n'avait jamais connue jusqu'alors, de ne rencontrer autour de lui que des collaborateurs fidèles et des concours dévoués. S'il lui arrive encore de se plaindre de l'injustice de l'opposition, ses paroles n'ont plus la même amertume que jadis : c'est un soir de victoire et

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