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lenteur, d'abord parce que rempcrcur est retenu par l'opinion publique, qui trouve un écho dans quebjucs ministres, ensuite parce (jue la droite se compose en l'éalilé de deux groupes qui s'entendent mal, les protestants orthodoxes et le centre, qui a lire un trop bon parti des institutions constitutionnelles pour renoncer aux garanties qu'elles lui offrent. Grâce à ces tiraillements, les libéraux ne reculent que pas à pas, et quelques succès honorent même leur retraite. Les conservateurs accusent le chancelier de n'en pas ressentir assez l'amertume et ils travaillent à le remplacer par un de leurs séides.
Dans l'histoire du ministère Ilohenlohe, les premières années, jusqu'en 1897, forment comme une sorte de préface; à partir de 1897 seulement les partis s'engagent à fond et les lois sur les grèves, la répression de l'immoralité, le développement de la flotte et la construction d'un canal du Rhin à l'Elbe mettent en jeu toutes les passions et tous les intérêts.
La loi sur les menées subversives {L'msturzvorlane) fut si mal défendue qu'il fut permis de se demander si ses instigateurs y avaient cherché autre chose qu'un prétexte contre Gaprivi : puis, quand elle fut rejetée par le Parlement (il mai 189o), ils s'indignèrent et, comme pour braver la majorité, multiplièrent les procès de lèse-majesté, interdirent les réunions, fermèrent les cercles. Chaque jour l'empereur s'écartait davantage de la philanthropie généreuse qui avait inspiré la réunion de la conférence internationale du travail à Berlin (mars 1890); il éloignait du minislère de la Guerre Bronsart de Schellendorf, coupable d'avoir tenu compte des désirs de l'opinion publique dans un projet de réforme du code militaire, et le remplaçait parle lieutenant-général de Gossler, que l'on disait tout acquis aux pures traditions féodales. Du centre, la réaction gagnait les divers Etats, la Saxe, oii, par terreur des socialistes qui avaient 14 représentants sur 82 membres de la diète, on introduisait le système électoral prussien; la Bavière, où le minislère faisait alliance avec les ullramonlains et assurait leur triomphe aux élections. Les agrariens et les féodaux, pour emporter les dernières résistances, recouraient à de louches manœuvres sur lesquelles les procès de Liilzowet du major de Tausch jetèrent
une lumière crue. Ils marquèrent un point quand, en 189", Miquel faisant un pas nouveau, prit la vice-présidence du conseil en Prusse.
La situation de l'Allemag-ne vers 1897 était assez étrange. Sa puissance extérieure n'était ni atteinte ni menacée : depuis Téloignement du général de Waldersee, que l'on accusait de tendances russophobes, les rapports entre Berlin et Pétersbourg étaient de nouveau plus cordiaux ; l'Autriche et l'Italie étaient fidèles, la France désabusée et l'Angleterre docile. La prospérité financière élait incontestable et les excédents budgétaires rendaient facile aux ministres l'abandon des nouveaux projets d'impôts indirects que le Reichstag s'entêtait à repousser. En 1896 (1"" juillet), il avait voté un code civil qui a dû entrer en vigueur le 1" janvier 1900 et qui allait sanctionner l'unité politique de l'Allemagne par son unité juridique. L'année suivante (7 avril 1897), il votait un code commercial. Quelle meilleure preuve eût-on souhaitée des progrès de l'esprit public et de la force du patriotisme, que l'heureux aboutissement de ces vastes entreprises? Et c'était aussi un anneau de plus dans la chaîne de l'unité germanique, en même temps que la promesse de nouveaux progrès, que ce canal de la mer du Nord à la Baltique, qu'inaugurait solennellement l'empereur (20 juin 1895), entouré de presque tous les souverains allemands et suivi par le cortège triomphal des flottes européennes, où ne manquaient même pas les vaisseaux français. Le télégramme retentissant par lequel l'empereur Guillaume félicitait le président Krûger de la victoire des Boers à Krûgersdorp et arrêtait pour un moment l'invasion anglaise (3 janvier 1896), avait soulevé l'enthousiasme de l'Allemagne entière. Le traité du 6 mars 1898 avec la Chine, qui lui accordait avec une sorte de protectorat sur le Chan-Toung la ferme à bail pour quatre-vingt-dix-neuf ans de la baie de Kiao-ïchéou et des territoires limitrophes, en particulier de la presqu'île de Tsin-Tau, ouvrait à son commerce d'immenses perspectives. — Malgré tout cependant, un obscur malaise pesait sur les esprits, incertains du lendemain et troublés parles querelles toujours plus âpres des partis.
Les élections de 1898 furent assez confuses et les libéraux
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y firent pauvre figure. A leur retour, ils étaient fort embarrassés, avec des devoirs de reconnaissance pour le gouvernement, à la dédaigneuse pitié duquel ils devaient pres<iue tous leur réélection, mais aussi avec le sentinieul très net (]ue leur timidité écœurait les électeurs. Ils votèrent encore une réforme du code militaire qui leur paraissait fort insuffisante; ils accordèrent même, après quelques simag'rées, une nouvelle élévation des effectifs militaires, par laquelle l'empereur répondait à la conférence de la paix convoquée par la Russie. A la longue cependant, la complaisance du peuple s'épuisait. La loi dite des maisons de correction, quiédictait des peines draconiennes contre les coalitions, n'indigna pas que les socialistes ; la loi Heinze souleva toutes les classes intelligentes. Sous prétexte de relever la moralité publique, elle eût permis d'exercer une censure plus ou moins franche sur toutes les productions de la littérature et de l'art. De nouveau, comme en 18112 et en 1895, par les lois de l'inspection scolaire et des menées subversives, la coalition des réactions catholique et protestante menaçait les plus chères traditions de la pensée germanique et de nouveau aussi, pour la troisième fois, le libéralisme, si affaibli et si découragé, réussit à repousser l'attaque. La « Ligue de Gœthe » réunit dans un commun effort les noms les plus illustres, accourus de tous les coins de l'horizon intellectuel : très habilement, les socialistes se présentèrent comme les défenseurs de celte liberté de discussion d'oîi était sortie la grandeur de la nation et, en face de la coalition des conservateurs et du centre, ils recoururent à l'obstruction : la loi fut retirée (avril 1900). La loi sur la nouvelle augmentation de la flotte ne rencontra pas un accueil plus favorable.
Le gouvernement n'était pas plus heureux à la diète de Prusse qu'au Reichstag; seulement, ici, il avait contre lui les conservateurs. L'empereur tenait beaucoup à la construction d'un canal qui mettrait en communication le Rhin avec l'Elbe et par là les provinces occidentales et orientales de l'Empire. Les conservateurs, touchés à la fois dans leur bourse et leurs doctrines, furent trompés aussi par l'altitude énigraatique de Miquel; il appuya si mollement les propositions du gouvernement que la majorité
se demanda si la volonté de l'empereur était vraiment aussi arrêtée qu'on l'assurait. D'ailleurs une grosse partie allait s'engager : renouvellerait-on les traités de commerce? Les agrariens voulurent s'entraîner, donner au ministère une preuve de leur énergie : ils repoussèrent le projet à une forte majorité. Les journaux parlèrent d'un léna jiarlementaire.
L'ensemlde de la situation est donc en ce moment extrêmement troublé. Battu au Reiclistag par les progressistes, le pouvoir est mis en échec à la diète de Prusse par les conservateurs qui lui reprochent sa politique relativement libérale, et ce qui est plus grave, c'est que la cause de ces échecs doit être avant tout cherchée dans ses incohérences et ses indécisions, dans les arrière-pensées ambitieuses ou perfides de quelques-uns de ses membres. A ce jeu, les caractères s'abaissent et les personnes se discréditent. Dans les assemblées, pas de majorité sûre, des partis tiraillés dans les sens les plus divers, avec des programmes vieillis, un personnel usé, une opinion publique flottante et nerveuse; à la tête des affaires, un vieillard de près de quatrevingts ans, sans autorité réelle, satisfait des expédients qui ajournent la crise, peut-être pour la rendre plus grave; un empereur exubérant et inconstant, hanté par des rêves contradictoires, sans force contre de perfides conseils. Le pays s'agite à tâtons dans la nuit et se demande avec angoisse s'il ne se réveillera pas brusquement un jour aux mains d'une camarilla militaire et féodale.
L'Allemagne en 1900. — C'est ce que répèlent tous les jours les journaux progressistes, et il est incontestable que ces lamentations ont leur raison d'être et que l'Allemagne traverse une crise constitutionnelle assez grave. Mais il serait enfantin de prendre au tragique ces plaintes et de parler, comme on le fait volontiers, de décadence ou d'impuissance.
Tout d'abord et avant tout, ces incidents, qui ne nous paraissent énormes que parce qu'ils sont tout près de nous, ne compromettent en rien l'unité nationale. L'unité de l'Allemagne est définitivement fondée, en tant du moins qu'il y a quelque chose de définitif dans les choses humaines, parce que cette unité est la résultante de longs efforts et de volontés persévé-
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rantes, parce qu'elle est lépanouissement naturel de tout un passé historique, parce qu'elle a été sanctionnée j)ar des victoires éclatantes, parce qu'elle a donné à l'Allemagne les deux biens essentiels aux(|uels as[)ircnt tous les peuples : la })uissance et la richesse. On parle volontiers dans les livres de partis hostiles à l'Empire et on y classe au premier rang les calholi(|ucs et les socialistes. Ce sont des définitions niaises. En admettant même que riiilrausigeance des chefs fût prouvée, l'immense majorité de leurs électeurs n'hésiterait pas une minute, si elle était forcée d'opter entre leurs programmes et l'Allemagne.
Cette grande masse qui, sous la fluctuati(jn des partis, constitue la nation dans sa permanence, quels sont ses sentiments essentiels? La Ligue pangermaniste qui date de 1886 et a pris son essor en 1894, et qui guette l'héritage autrichien, n'a pas beaucoup d'action sur elle, mais la Ligue de la paix en a moins encore. Les charges du service militaire, lourdes sans doute, sont acceptées avec résignation ; les socialistes ont inscrit dans leur programme la substitution des milices aux armées régulières, mais il n'est pas prouvé que ce soit là autre chose qu'une démonstration platonique; l'opinion publique s'est plutôt, sur ce domaine, montrée moins hardie que les spécialistes, et l'initiative de la réduction du service à deux ans a été prise par le gouvernement malgré les libéraux. La longue vieillesse de Guillaume 1" et de Bismarck a créé une tradition : maintenir. Dans ces limites, le souverain est toujours sûr de l'appui absolu de ses peuples. Lui serait-il même très difficile de déchaîner les passions farouches qui sommeillent aujourd'hui? Le parti militaire est puissant, la presse officieuse bien dressée, et ce fut toujours un jeu pour la diplomatie d'engager à propos l'honneur national ; quelque abus que Bismarck ait fait des appels au chauvinisme, le pays en somme a toujours répondu. Aussi, bien que la prolongation d'une paix dont la durée est presque sans exemple dans l'histoire de l'Europe, ait rendu l'opinion moins nerveuse, l'avenir est incertain et la paix n'a d'autres garanties que, d'une part, la conviction de la résistance acharnée que rencontrerait toute entreprise, et, de l'autre, la conscience de l'em-
pereiir, dont on ne sait jamais après (ont comment il interprétera son devoir.
De là l'intérêt qui s'attache dans l'Europe entière à l'évolution de la politique intérieure allemande, puisque, en thèse générale, les démocraties industrielles modernes redoutent davantage les complications extérieures. Les partis politiques allemands se divisent aujourd'hui en quatre groupes principaux : La droite protestante (conservateurs, parti de l'Empire, agrariens, anti-sémites) compte environ cent voix au Reichstag; elle se recrute surtout dans les provinces orientales de la Prusse, dans le Mecklembourg et la Saxe; elle a pour organes la Gazette de la Croix (extrême droite) et la Poste (droite modérée); elle domine dans la diète prussienne, où elle constitue presque à elle seule la majorité. — La droite catholique ou le centre a ses fidèles dans la Bavière, la Westphalie et surtout les régions rhénanes : son journal, la Germanîa, est une puissance; le Volksverein, qui est comme son organisme central, compte 200 000 associés; soutenu dans la plupart des circonstances par les 14 Polonais et la majorité des Alsaciens, le centre depuis vingt ans domine la vie parlementaire de l'Allemagne. — Les libéraux, depuis les libéraux-nationaux qui suivent docilement le gouvernement, jusqu'au démocrates-allemands qui voisinent avec les socialistes, disposent eux aussi d'une centaine de voix, mais leur influence est aussi faible sur le pouvoir que dans le pays. Divisés en cinq ou six groupes, sans cohésion et sans programme, ils perdent du terrain à peu près à chaque élection. Ce sont les socialistes surtout qui profitent de leur décadence. Aux élections de 1898 ils ont présenté des candidats dans 39G circonscriptions — toutes, sauf celle de Meppen — ; au premier tour, ils ont enlevé 32 sièges et leurs candidats ont été en ligne dans 101 ballottages ^ — S'ils n'ont obtenu en définitive que 56 mandats, c'est qu'ils ont eu contre eux la coalition de tous les autres partis épouvantés par leurs premiers triomphes, et surtout parce que la répartition des circonscriptions électo-
1. D'après la loi allemande, le ballolago a lien enire les denx candidats qui ont réuni le plus de voix au premier tour.
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raies, qui est encore la mùme fju'il y a huit ans et ne tient aucun compte du déplacement des populations, leur est défavorable : les électeurs socialistes, qui étaient 124 000 en 1871 et environ 1800 000 en 1893, sont maintenant 2 120 000; leurs progrès dans les campagnes sont rapides, et le contingent des voix urbaines dans le chitTre total des socialistes est tombé de o2 p. 100 à moins de 30 p. 100. A mesure d'ailleurs qu'ils rallient des masses plus nombreuses d'électeurs, la direction du parti échappe aux intransigeants : Liebnecht vient de mourir; Bebel a en face de lui des opportunistes. Vollmar, le chef des socialistes bavarois. Singer, le riche industriel berlinois, Schéinlank, Bernstein, Kautsky, etc.; dans les congrès de Francfort (1894), de Halle (1896), de Hambourg-, les modérés ont obtenu au moins une certaine liberté d'action, et dans les dernières élections prussiennes ils se sont alliés aux bourgeois libéraux pour briser l'omnipotence des, Junlier.
En face de ce progrès continu des socialiste?, le réveil de l'individualisme est un phénomène curieux, mais sans portée immédiate. Xielzsche est un merveilleux artiste, et la hauteur morale de son enseignement, la poésie et la flamme de ses productions, sa tragique destinée enfin, lui ont gagné parmi les jeunes gens et les femmes une clientèle enthousiaste, mais rare et peu capable de propagande.
Si nulle part le socialisme n'a pris un aussi rapide développement qu'en Allemagne, c'est sans doute parce que la constitution y laisse une part trop grande au pouvoir personnel et rejette ainsi vers l'opposition radicale tous ceux qui croient qu'à la nation seule appartient le droit de régler ses destinées; mais c'est aussi parce que nulle part n"a été plus rapide et plus violent l'essor industriel. Le progrès économique de l'Allemagne, dans ce dernier quart de siècle, a été extraordinaire : on l'a comparé assez justement à l'éclosion du printemps russe, longtemps contenu par la gelée et que déchaînent les premières chaleurs du printemps. Le développement de la richesse se marque par l'importance des nouvelles constructions, par le rayonnement extraordinaire des villes (Berlin a plus de 2 millions d'àmes, plus de 30 villes dépassent 100 000 habitants), par
la difTusion presque immédiate de Foutillage scientifique le plus moderne.
Les qualités d'application, de méthode et de discipline qui ont fait la puissance politique et économique de TAllemagne lui assurent un grand rôle dans le travail scientifique européen : les rayons de Rœnig'en et le sérum antidiphtéritiquede Behringméritent certainement d'être placés parmi les plus importantes découvertes du siècle. Pour les lettres et les arts, le rôle actuel de l'Allemag'ne est moins éclatant : ses peintres, Lenbach, Uhde, Liebermann et Max Klinger, pour ne citer que les plus connus, n'apportent aucune note orig-inale; parmi ses écrivains aussi, Sudermann et même Gérard Hauptmann doivent une larg-e part de leur éclatante célébrité à l'extraordinaire médiocrité dans laquelle étaient tombés le théâtre et la littérature germaniques. Pour se consoler de cette stérilité momentanée, l'Allemag-ne a Bayreuth, dont le théâtre, inauguré en 4876, est devenu un des g-rands fovers de la pensée moderne. Commencer un siècle avec Goethe et le finir avec ^Yag•ner, les plus hautes ambitions ne devraient pas en demander davantage.
L'Alsace-Lorraine. — Sur un seul point l'Allemag-ne a vainement épuisé sa force matérielle et morale : elle a cru que la victoire créait un titre légitime de possession et, bien que plus de trente ans se soient écoulés depuis son triomphe, la proteslalion des vaincus résonne toujours indomptable. Elle a pu par de subtiles combinaisons descamotag-e électoral réduire à un seul représentant les Danois du Slesvig-; les loO 000 Danois du duché n'en acceptent pas davantag-e la loi qui les a faits Prussiens malgré eux. Elle a pu proscrire le polonais dans l'ég-lise et dans l'école et exploiter la prodigalité de l'aristocratie slave pour envoyer ses colons dans le duché de Posen, — expédients onéreux et d'une utilité contestable, par lesquels elle a aigri les haines sans établir plus solidement sa domination.
^lais nulle part la résistance n'a été plus émouvante et plus admirable que dans les provinces arrachées à la France, d'autant plus remarquable ici qu'elle ne s'appuie ni sur la différence de langue ni sur celle de religion, mais uniquement sur une conception opposée du droit des gens. Au lendemain de la
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guerre, la IVlissc, Bade, la Bavière élevaient des prétentions sur les pays conquis. Bismarck, par un moyen terme qui ne coûtait pas graud'cliose à la Prusse, les déclara « pavs d'Empire » {Reich.^lantl: loi du 3 juin 1871), et fit miroiter aux veux <les habitants l'espoir d'une large autonomie; en attendant, il administrait le pays en dictateur, par édits venus de Berlin. Tout déplaisait aux Alsaciens dans leur nouvelle patrie, la morgue de la noblesse, l'insolence des officiers, l'obséquiosité des subalternes, l'aplatissement superstitieux devant le pouvoir; ils se sentaient brusquement ramenés en arrière et étouffaient dans l'édifice féodal où on les parquait : en jurande foule ils optèrent pour la France (mai 1872), manifestation platoni(|ue à laquelle les Allemands eurent le tort de répondre par des violences. Ils proscrivirent le français, soumirent les écoles à une surveillance étroite (fév. 1873), fondèrent l'Université de Strasbourg et favorisèrent l'immigration allemande. Avec une liàte barbare, ils imposèrent le service militaire : de 1870 à 1875, 100 000 jeunes gens quittèrent le pays; aujourd'hui encore les réfractaires sont nombreux, et les cruelles souffrances qu'engendre cette rébellion permanente entretiennent l'esprit de haine.
La loi qui avait établi la dictature en avait fixé le terme, et bien que les Alsaciens eussent voté aux élections de 1874 pour des protestataires, Bismarck accorda une apparence de constitution. Quelques sceptiques, auxquels se joignirent une poignée de besogneux et d'ambitieux, avaient fondé le groupe de Yauionomic : pourquoi pousser à bout les maîtres, puisqu'on était forcé de les subir? — Le gouvernement leur ouvrit un terrain d'action dans les conseils généraux, puis dans le Comité régional [Landesavsschuss; 1874) : les autonomistes gagnèrent quelque terrain, conquirent la Basse-Alsace. Bismarck, par une naïveté qui étonne chez lui, prit au sérieux leurs progrès : les pouvoirs du Landesausschuss furent étendus; le pays ne fut plus gouverné par des décrets venus de Berlin, mais par un lieutenant de l'empereur [Stallhafler), assisté d'un secrétaire d'Etat (1879). Le premier Slatthalter, Manteufîel, se piqua de courtoisie, à l'indignation des militaires et des immigrés;
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ce fut le régime du Kourmachen, des flatteries à l'aristocratie indigène. Les Alsaciens virent le piège et le dédaignèrent.
Le successeur de Manteuffel, M. de Hohenlohe (1885-1894), revint aux mesures de rigueur, interdit tout usage du français : quelques fonctionnaires allèrent jusqu'à proscrire les inscriptions en français dans les cimetières. Aussi, quand en 1887 des difficultés graves éveillèrent la pensée d'une rupture entre la France et TAllemagne. les habitants manifestèrent ouvertement leur antipathie pour les maîtres qui les opprimaient. — « Si vous envoyez au Heichstag des protestataires, avait dit Hohenlohe, vous ne devrez vous en prendre qu'à vous-mêmes si l'inquiétude générale ne se calme pas. » Par là il donna aux élections un caractère plébiscitaire : le 21 février 1887, presque sans propagande, sans journaux, dans les 17 circonscriptions tous les candidats de la protestation furent élus. Alors une véritable terreur s'abattit sur le pays : la loi municipale du 16 juin 1887 autorisa le gouvernement à imposer aux communes récalcitrantes des maires qu'elles étaient obligées de payer; on expulsa sous le prétexte le plus frivole un grand nombre d'Alsaciens naturalisés Français, même Antoine, le député de Metz; on ferma les associations les plus inolTensives, on interdit le séjour en Alsace à tous ceux qui de près ou de loin se rattachaient à l'armée française; on arrêta des hommes qui n'avaient commis d'autre crime que de ne pas renier leur attachement à la France, et la Haute-Cour de Leipzig, après des débats scandaleux, les condamna à de longs mois de forteresse. Enfin, le 22 mai 1888, on interdit lenlrée dans le Reichsland à tous les voyageurs qui ne seraient pas munis d'un passeport visé à l'ambassade d'Allemagne.
Quand Bismarck eut disparu, les plus odieuses et les plus gênantes de ces mesures furent abandonnées, les passeports ne furent plus exigés, les permis de séjour furent accordés plus facilement. Les habitants, de leur coté, ont jugé inutile de renouveler des manifestations qui dans l'état actuel de l'Europe ne comportaient aucune sanction : ils ont cru, avec raison, qu'ils avaient exprimé assez nettement leur opinion. Ouehjues
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écrivains en ont conclu que depuis 188" ils avaient clianaé; en 1900 comme en 1871, la France ne demande qu'une chose, c'est qu'on laisse aux Alsaciens-Lorrains le droit de choisir leur patrie. Quelque fanfaron (riui[)udenre qu'ait été parfois M. de Bismarck, il est |)ermis de se demander si, quand il a exig-é l'abandon de ces provinces, il s'est rendu un compte exact des difficultés qu'il préparait à l'Allemagne : comme beaucoup de ses contemporains, il avait pris au sérieux les théories ethnographiques de ses professeurs et leurs déclamations sur l'immoralité et la pourriture françaises; il était convaincu qu'après le premier moment de surprise ces populations, qui en majorité parlaient allemand, dont les habitudes et les traditions rappelaient par tant de côtés les habitudes et les traditions germaniques, sauraient gré au hardi chirurgien qui les aurait séparées d'un pays en décomposition. Ces calculs ont été cruellement déçus par l'énergie d'une résistance qui a dépassé les espoirs les plus optimistes des vaincus et qui restera un des plus nobles, un des plus merveilleux exemples de grandeur morale que connaisse l'histoire. Il n'y a de traité valable que celui qui est accepté par les deux parties : en s'inscrivant en faux contre la clause qui la livre, l'Alsace-Lorraine a maintenu contre la force triomphante la justice et le droit, mais elle a aussi contribué dans une très larce mesure à arrêter toute auerre offensive nouvelle, en prouvant l'inanité des conquêtes que condamne la conscience humaine. ■
BIBLIOGRAPHIE
Voir ci-dessus, t. XI, les ouvrap^es indiqués dans la Bibliographie du chapitre viii, p. 347. J'ajoule seulement quelques ouvrages parus récemment ou qui se rapporlent plus directement b. la période immédiatement contemporaine.
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Depuis la retraite de Bismarck, on est obligé de recourir aux recueils de documents, surtout à Schulthess, Europdischer Geschichtskaknder, et aux revues, Deutsche Rundschau. Deutsche lierue, Preussische Jahrbiicher, Neue Zeit (socialiste). On trouve de bons résumés des travaux parlementaires dans la Revue politique et parlementaire, depuis 1894.
Parmi les livres qui naturellement n'ont pour la plupart qu'une valeur momenlanée : Wiermann, Die Politik scil Bismark's Enllassuni/ . — Peitzig, Die national-libéral Purtei, 1867-1892. — Heyck, Die Altyemrinc Zeititnçi, BeUrâQe zur Geschichte der deutschen Presse, 180.S. — Baumgarten et Jolly, Staatsnnnister Jully , 1897. — Hauser, Colonies alhnnindcs, 19(ML — Blondel, Vessor économique de l'Allemagne, dernière édition, 1900. — Lavisse, Trois Empereurs d'Allemagne, 1888. — M. Philippson. Friedrich Ilf, 1893. — Le Journal de Frédéric III a été publié dans la Deutsche Rundschau, 1888; voir à ce sujet le rapport de Bismarck dans le Journal officiel du 23 sept. — Freytag, Der lironprinz und die deutsche Kaiscrkrone, 1889. — Hintzpeter, Kaiser Wilhelm II, 1888. — Parmi les brochures dont on a parlé au moment de leur apparition : PoUtische Générale am preuss. Hofe seit 4848, 1897. — Douglas, Was u'ir von unserm. Kaiser hoff'en diirfcn, 1888, etc.
Les discours de Caprivi ont été publiés par Arndt, à Berlin, 1893.
On a publié à la (in du xix'' siècle un assez grand nombre d'études générales, dont quelques-unes sont intéressantes. — Parmi ces entreprises de librairie, celle qui a été conçue sur le plan le plus vaste est celle publiée à Berlin par Bondi. Das neunzehnte Jahrlnindcrt in Deutschland's Enticicklung ; le f'' volume: Ziegler, Die gcisligen und socialen Stromungen, est remarquable. Le volume de Kaufmann. sur l'Histoire politique, est fort médiocre et absolument sans valeur depuis 1870.