‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 7 sur 202 · IV. — Quatre ministères en quinine îîiois · texte numérisé non relu

IV. — Quatre ministères en quinine îîiois

La nouvelle tactique de Parnell. — Les mesures (l'exception pour Tlrlande, votées pour trois ans, prenaient fin en 1885. Gladstone annonça qu'il demanderait au Parlement de les renouveler. Parnell et 39 Irlandais se joignirent alors aux conservateurs et firent échouer un projet du g-ouvernement qui augmentait les droits sur les spiritueux. Gladstone donna sa démission et laissa le pouvoir à un cabinet conservateur Salisburv (juin 1885). Le nouveau ministère gouverna jusqu'en janvier 1886 sans majorité : mais les libéraux ne le renversaient pas; ils attendaieni la dissolution prochaine et les élections d'après la loi de réforme. La politique était toujours dominée par la question irlandaise. Parnell avait inauguré une nouvelle tactique qui consistait à s'allier alternativement avec l'un ou avec l'autre des deux partis jusqu'à ce qu'il eût épuisé la somme des concessions que chacun pouvait lui faire. Il avait renversé Gladstone ; Salisbury essaya de se concilier les home ruiers en laissant tomber les mesures d'exception à l'expiration de leur terme, en ordonnant une enquête sur les condamnations pour crimes agraires, en préparant une loi pour l'achat du sol par les paysans irlandais. Parnell posa alors la question du Home rule et la définit pour la première fois à Dublin (2'i août 1885); il voulait un parlement et un ministère irlandais avec le droit de protéger les industries de l'ile contre la concurrence anglaise. A la veille des élections, le lord-lieutenant pour l'Irlande demanda à Parnell un entretien secret : Parnell affirma plus tard qu'il lui avait promis le concours du gouA'ernement conservateur pour le Ao^^'' rule. Gladstone, dans sa circonscription, se déclarait en faveur de « généreuses mesures de selfgovernmenl pour l'Irlande ». Parnell l'ayant invité à s'expliquer avec plus de précision, Gladstone répliqua qu'il le ferait quand l'Irlande aurait élu sa représentation. Alors Parnell publia un manifeste dans lequel

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il accuse^it les liLéraiix de Irailer rii-Uuiele connue les Russes traitent la Pologne; il conseillait aux électeurs irlandais de Grande-Bretagne de voter contre eux. En même temps, Il j)i( fitait de sa popularité en Irlande pour diriger les choix des congrès qui désignaient les candidats cl qui faisaient prometlre à ceux-ci de se conformer à la disci[)line du parti parlementaire irlandais et de donner leur démission si la majorité de leurs collègues l'exigeaient. Aux élections de janvier 188G, la masse des nouveaux électeurs irlandais bouscula les anciens députés restés fidèles aux libéraux, ceux qu'on appelait les home ruiers nominaux, et envoya au Parlement 8G parnellistes. Les conservateurs étaient 249, les libéraux 335; ces derniers avaient la victoire, mais ils ne pouvaient former une majorité sans les Irlandais. La tactique de Parnell avait réussi; son parti était l'arbitre de la Chambre. Le cabinet Salisbury, ([ui ne pouvait vivre même avec les Irlandais, profita de ses derniers jours pour reprendre l'ancienne politique conservatrice : il proposa la suppression de la Xalional league, et des mesures contre le boycottage, mais n'eut pas le temps de les faire voter, car il fut renversé par les libéraux et les Irlandais. Pendant sa courte durée, il avait annexé la Birmanie indépendante à l'Inde.

Gladstone « home ruler ». — Gladstone prit le ministère (janvier-juin 188G). Menacé de ne pouvoir rien faire s'il ne donnait pas satisfaction aux Irlandais, il se déclara, par un coup de théâtre, prêt à établir le home riiJe, et il présenta au Parlement dès le 8 avril un projet qui donnait satisfaction sur plusieurs points aux demandes de Parnell. L'Irlande devait être organisée comme les colonies autonomes, avec un parlement et un ministère nationaux, sous le contriMe du gouvernement métropolitain : le Parlement de Dublin devait former une seule Ghambre avec deux « ordres » de députés, l'un élu au suffrage ordinaire, l'autre partie par les pairs, partie par les propriétaires riches (en majorité anglais). Les tarifs douaniers ne lui seraient pas abandonnés, malg-ré les revendications de Parnell. Enfin l'Irlande verserait chaque année 3 244 000 livres au trésor impérial. Gladstone présentait aussi une loi pour donner la

terre aux paysans irlandais; le Royaume-Lni consacrait 1 milliard 2y0 millions, répartis sur quatre années, à indemniser les landlords dépossédés, et se faisait rembourser par les paysans au moyen d'annuités. Les deux projets de Gladstone furent acceptés par le [)arti irlandais et admis par la plupart des libéraux. Mais l'opinion anglaise et protestante se prononça contre eux : on prenait prétexte de la situation de l'Ulsleret l'on représentait les habitants de cette province sacrifiés à la majorité catholique et nationaliste du futur parlement irlandais. Les orangistes, organisés depuis en parti de résistance, firent des manifestations et rédigèrent des pétitions contre le Home ride : plusieurs d'entre eux disaient qu'ils se révolteraient en armes plutôt que de le subir. Ces agitations disloquèrent le parti libéral. Dès le moment où Gladstone avait exposé son projet à ses collègues, le ministre de ILilérieur, M. Joseph Chamberlain, avait donné sa démission. M. Chamberlain, ancien industriel à Birmingham, puis maire de cette ville (1874-1876), était arrivé au Parlement en 1870 avec la réputation d'un révolutionnaire et un programme ulira-radical : interdiction de la vente de l'alcool, séparation de l'Eglise épiscopale et de l'Etat, instruction laïque et obligatoire, restrictions à la grande propriété. Il était en 1880 le chef de ce qu'on appelait l'aile avancée du parti libéral. Ouelqucs radicaux se détachèrent avec lui de ce parti libéral. D'autre pari, un groupe de modérés et d'aristocrates, sous la conduite de lord llartington, se sépara également de Gladstone. Alors fut formé le parti /ibcral-iinioniste, ainsi nommé parce qu'il voulait maintenir l'union de llrlande et de la Grande-Bretagne sous un seul gouvernement. Son leader aux communes fut lord llartington, puis M. Chamberlain (1891). La situation du parti changea; on eut d'une part la coalition des conservateurs et des libéraux unionistes; de l'autre celle des gladstoniens et des Ldandais : Parnell avait changé de tactique, il s'était définitivement allié aux libéraux depuis la conversion de Gladstone. Les deux coalitions mesurèrent leurs forces quand le Home rule fut présenté à la Chambre : le projet fut re[)Oussé par 241 voix contre 211 (7 juin 1886), et la nouvelle fut accueillie avec enthousiasme par la majorité des Anglais.

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