‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 8 sur 202 · LI-: CAinNET SALISlilllV KT l,A C.OALITKlN rNIOMSTE s · texte numérisé non relu

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Gladstone recourut à une dissolution immédiate. Les nouvelles élections se firent sur la question du Home ride : elles envoyèrent à la Chambre 191 libéraux et 86 home rulers, contre 317 conservateurs et 75 libéraux unionistes. Gladstone (juitta le pouvoir; lord Salisbury forma un cabinet composé exclusivement de conservateurs, mais garda dans sa majorité les 7o dissidents unionistes (septembre 1886). L'année suivante, des tentatives de rapprochement entre les deux tronrons du parti libéral ne donnèrent aucun résultat, et la scission devint définitive.

V. — Le cabinet Salisbury appuyé sur la . coalition unioniste (i886—q2).

La fin de Parnell. — Sous le ministère Salisbury la politique d'expansion coloniale recommence. C'est l'époque où l'Angleterre s'agrandit en Afrique par des traités de partage avec la France, l'Allemagne, le Portugal. La politique intérieure est toujours dominée par les affaires d'Irlande. Les nationalistes continuent leur agitation en prenant comme prétexte l'application du Land ad de 1881 ; la commission instituée par cette loi pour fixer le prix des fermages ne rendait pas ses décisions obligatoires, de sorte que les landlords ne suivaient pas ses avis quand ils leur déplaisaient. Deux députés irlandais conseillèrent aux fermiers de parer à l'insuffisance de la loi en s'associant pour faire avec leur propriétaire un contrat collectif comme les trade-unions avec les patrons. « Envoyez, disaient-ils, un délégué discuter le prix des fermages avec le landlord et entendez-vous tous pour ne rien payer si on vous réclame plus qu'il n'est juste. » C'est ce qu'on appela le plan de campagne. Le gouvernement v répondit en arrêtant les inventeurs du procédé. Il nomma ministre pour l'Irlande M. Balfour, partisan déclaré de la coercition ; il obtint que le plan de campagne fût condamné par le pape (1888) comme autrefois le lioycottage; il ne prononça point la dissolution de la Ligne nnlionale qui avait remplacé la Ligue agraire, mais il

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la déclara dangereuse. Il présenta de nouvelles mesures d'exception qui donnaient aux juges de paix le droit de condamner sommairement jusqu'à dix mois de travaux forcés et permettaient de faire le procès des accusés hors d'Irlande : elles étaient votées sans limite de temps. On prêtait à lord Salisburv les paroles suivantes : « L'Irlande a besoin de vingt années de suspension des garanties constitutionnelles ». Le conseil municipal de Dublin refusa de participer au jubilé de la reine, pour protester contre le projet du gouvernement. Les home rniers et les gladstoniens unis essayèrent par l'obstruction d'en empêcher le vote. Le cabinet obtint contre eux la clôture rig-oureuse. le droit de faire procéder au scrutin sans accorder la parole à personne. L'opposition quitta la salle des séances pour protester (juin 1889). Dès lors Parnell présenta chaque année à l'ouverture de la session un blâme contre le gouvernement pour l'application des lois d'exception, blâme qui était naturellement repoussé. Pendant tous ces débats, l'Angleterre libérale s'habituait peu à peu à l'idée du Hmne ruie. En juin 1888, dans un banquet présidé par Parnell, à Londres, on porta un toast à l'Irlande comme nation. Les colonies autonomes, satisfaites du projet de 1886 oij elles reconnaissaient leur propre constitution, et peuplées d'importants groupes irlandais, envoyaient de l'argent à Parnell et se déclaraient dans des meeting-s ou même par la voix de leurs parlements favorables à l'indépendance de l'Irlande. La question devenait générale, choquait moins le sentiment national et protestant des Anglais, rassurés peu à peu par la religion et la correction parlementaire de Parnell. Le leader vivait à part, loin de ses partisans, il fuyait les relations compromettantes et évitait tout ce qui pouvait froisser l'opinion; c'est ainsi qu'il n'avait pris aucune part importante à l'exécution du plan de campagne. Ses ennemis crurent pourtant avoir trouvé le moyen de le perdre. En 1887 le Times, organe conservateur, tit contre lui une campagne qui se termina par la publication d'un billet dont l'auteur ap])rouvait le crime de Phcenix Park et exprimait ses regrets d'être obligé de le désavouer en public; le Times attribuait cette pièce à Parnell. Celui-ci protesta et demanda une enquête parlementaire,

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qui fui refusée par le t;ouverncnienl ; il ne voulut pas criiia^er de procès parce qu'il n'avait |>as conliance dans le jury anglais. Mais un ancien député irlandais ayant attaqué le Times pour dilïanialiou. l'avoral du joui'ual déclara (ju'il élait eu état de prouver lenteute de Parnell et des révolulionnaires violents (1888). Parnell réclama de nouveau une enquête parlementaire, le gouvernement la refusa encore, mais il accorda trois juges spécialement désignés. Le procès aboulil à un coup de théâtre; le témoin Pigott, qui avait vendu au Times des lettres de Parnell, avoua au directeur d'un journal radical qu'il avait faljri<|ué ces pièces (février 1889), puis il s'enfuit à Madrid où il se tua au moment d'être arrêté. Pariudl, dont l'innocence éclatait, fui accueilli à la Chambre des communes par les ovations des gladstoniens, qui n'avaient jamais ajouté foi aux accusations du Times. Gladstone l'avait reçu chez lui pendant le procès, en manière de protestation. La cause irlandaise faisait des progrès. A Londres, un grand meeting eut lieu contre les procédés de M. Balfour. Le ministère parut décidé à faire des concessions : il présenta une loi pour l'exécution des articles de l'acte de 1881 qui promettaient d'aider les paysans à acheter la terre (1890). Mais à ce moment l'union qui avait fait la force de l'Irlande depuis dix années, se détruisait. Parnell avait été conJaniné pour adultère (1890). Les dissidents protestants, qui faisaient la force du parti libéral, ne voulurent plus avoir de relations politiques avec un personnage convaincu d'immoralité, et Gladstone déclara dans une lettre livrée au public que Parnell, malgré ses services, ne pouvait pas rester à la tête du parti irlandais. Les archevêques et évèques catholiques, qui n'aimaient point Parnell, se déclarèrent également contre lui. Le parti parlementaire irlandais, après cinq jours de discussions violentes, se divisa en 56 parnellistes et 45 antiparuellistes: alors les Américains, qui étaient d'abord restés fidèles au leader, refusèrent tout envoi d'argent avant la réconcilialion des deux groupes. Parnell essaya de faire de sa situation une question nationale, se présentant comme la victime de l'Anglais Gladstone, qui prétendait dicter au peuple irlandais le choix de son chef. Après une campagne de réunions publiques en Irlande

OÙ il se heurta à l'opposition du clergé catholique, il mourut à Brighton (6 octobre 1891).

Les conseils de comtés (1888-89) et les conseils de paroisse (1894). — Malgré la lutte contre les Irlandais, le o-ouvernement conservateur troava le temps de réaliser quelques-unes des réformes promises aux élections générales de 1885 et renvoyées à des temps plus calmes. La plus importante fut l'organisation démocratique de l'administration des comtés. Le comté avait été jusque-là gouverné par les juges de paix, qui avaient dans leur attribution, outre la justice, le soin des travaux publics, de la voirie : ils étaient choisis parmi les propriétaires du pays et nommés par la reine. « Comme les seigneurs féodaux auxquels ils ont succédé, écrivait Stuart Mill, ils exercent leurs importantes fonctions en vertu de leurs propriétés foncières. Cette institution est la plus aristocratique, en principe, de toutes celles qui subsistent en Angleterre. » Les libéraux avaient réclamé aux élections de 1885 qu'ils fussent remplacés par des corps élus : ce fut le ministère conservateur qui leur donna satisfaction. La loi de 1888 divisa l'Angleterre propre et Galles en 122 circonscriptions, en partie nouvelles, auxquelles on donna le vieux nom de comtés. C'étaient 60 comtés ruraux, les seuls qui correspondent à peu près aux anciennes divisions, 61 comtés de boroughs, comprenant toutes les villes au-dessus de 50 000 habitants et 1" anciennes cités plus petites, dont la moindre est Cambridge (21 000 habitants), enfin le comté administratif de Londres comprenant l'ancien horoïKih de la Cité cl toutes les paroisses voisines qui étaient restés iusquc-là séparées Tune de lautre et distribuées dans trois comtés. Chacune de ces divisions est administrée par un conseil de comté nommé par tous ceux qui payent une taxe et renouvelé intégralement tous les trois ans. Il exerce tous les pouvoirs non judiciaires des juges de paix. Dans les 60 premiers comtés, c'est une sorte de conseil général, dans les autres et à Londres il ressemble plutôt à un conseil municipal. Il y a une autre espèce de conseils municipaux, les conseils de ville {lown conncils), dont les plus anciens remontent au moyen âge et qui ont été réorganisés et soumis à une élection plus démo-

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crati(|uc par la loi do 18o5 : depuis 1889, ils ircxisiciil (tins en général que dans les bot^ou g h s ' ayant moins de 50 0U0 liabilanls. Les conseils des districts (élus), chargés de rapplicalion des lois sur la santé publique et de l'entretien des routes, les hoards of gvardiuns, élus par les unions de jjcwuisses qui ont été organisées surtout depuis 1834 pour percevoir et employer la taxe des pauvres, sont subordonnés depuis 1889 aux conseils des comtés; ce sont ces derniers qui contrôlent les opérations du conseil de district et qui décident la formation d'unions de paroisses.

La loi sur les conseils de comtés fut appliquée en 1889 à l'Ecosse. Le gouvernement conservateur retarda son application en Irlande jusqu'au rétablissement de la tranquillité.

Après cette importante réforme, les communes rurales demeuraient sans administration élue.

Dans les campagnes, la paroisse était restée, comme au moyen âge, l'unité de circonscription. Elle était gouvernée par une sorte de conseil de fabrique [vestri/) chargé, outre l'entretien des églises et du culte, de la levée de la taxe des pauvres et de tous les soins de l'administration civile, présidé par le pasteur de l'église officielle et opérant sous l'influence du squire (gentilhomme propriétaire). La réforme des paroisses était un coup au clergé anglican et à l'aristocratie foncière. Aussi futelle retardée jusqu'au retour des libéraux au pouvoir. En 1894 la loi sur le gouvernement local conserva aux communes rurales le vieux nom de paroisses, mais confina la vestrij dans son rôle de conseil de fabrique : dans tous les villages fut instituée une assemblée de la paroisse (jxirish meeting) comprenant tous les habitants imposés; dans les villages au-dessus de 300 habitants (et facultativement dans les autres), fut établi un conseil de paroisse {parish councils) élu par les membres de l'assemblée. C'était la première fois qu'on appelait les paysans à délibérer sur leurs atîaires et qu'on créait des conseils municipaux dans les campagnes. Ainsi fut complété (avec les Schoolhoards, 1871)

1. Le vieux mol de howugh ou bourg désigne actuellement trois divisions complètement difTérentes : 1° certaines circonscriptions électorales (parliamentanj boroug/ij; 2" certaines villes pourvues de town councils (municipal horough):, 3° certaines villes érigées en comtés avec leur lianlieue et administrées par un conseil de comté {county of borough).

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l'élablissement en Grande-Bretag-ne d'une administration locale démocratique et élue à la place de l'ancienne administration par les propriétaires. La transformation a commencé après la la réforme de 1832, et elle s'est faite à la mode anglaise, sans plan d'ensemble, par réformes successives et en conservant le plus possible des vieux noms et de l'extérieur traditionnel. Mais malgré les apparences une véritable révolution s'est opérée. On ne saurait la comparer mieux qu'à l'organisation déjiarlementale et communale établie en France par la Constituante; elle en diffère sans doute parce qu'elle n'a pas été faite systématiquement et d'un seul coup; mais elle lui ressemble jtar la participation de tous les habitants contribuables au gouvernement local et par l'absence d'agents du pouvoir central dans les provinces. L'Angleterre n'a pas de préfets ou de fonctionnaires analogues. Les corps locaux sont maîtres de tous leurs services, y compris la police (sauf à Londres). Ils sont contrôlés directement par le ministère des affaires locales {Local government board), esquissé dès 1834 et définitivement organisé par le premier ministère Gladstone. Les conservateurs trouvaient que c'était déjà trop de centralisation; il est vrai que certains radicaux sont portés à croire que l'application des lois de progrès est difficile sans un comité du pouvoir central plus étroit qu'aujourd'hui. Dans l'état présent, l'Angleterre est un pays à la fois décentralisé et démocratique : l'ancien self government si vanté par Guizot et par Taine, consistait tout simplement à n'avoir prcsijue pas de fonctionnaires et à faire tant bien que mal rendre la justice par des sqxires, poursuivre les voleurs par des volontaires et construire des chemins à tourniquet et des ponts à péage. Avec les nouveaux conseils, l'Angleterre a commencé à voir augmenter le nombre de ses fonctionnaires, mais ils sont nommés pour la plupart par les administrations locales élues. Chacune d'entre elles a une part des impôts directs, le droit de les augmenter ou d'en établir d'autres et de contracter des emprunts sous le contrôle du Local govemnient board. Les conseils de comté des grandes villes ont profité de leur autonomie et de leurs ressources pour prendre à leur compte l'exploitation de l'eau, du gaz, des tramways, pour diminuer les iieures de

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