‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 9 sur 202 · LI-: CAltlNKT SAIJSHl lîV KT LA COALITION IMON'iSTi: Hl · texte numérisé non relu

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travail cl léi^ulai'iser les salaires (l(^ leurs ouvriers el eni[»loyés, pour entreprendre la déniolillun des quartiers malsains et la construction de maisons ouvrières. Celte tendance à créer des services publics et à faire intervenir les adniinislralions élues dans les questions sociales est a[qjelée, d'un mot un peu fort, socialisme municijxiL Son développement croissant marque en Angleterre l'abandon du laissez- faire mancbestérien, l'évolution vers l'intervention des pouvoirs publics cl l'obligation légale, que l'on sentait déjà dans certaines réformes du premier ministère Gladstone. Le point de vue des grandes municipalités britanniques est à peu près le môme que celui des Etats démocratiques de Nouvelle-Zélande, de Victoria et d'Australie méridionale.

Le socialisme en Angleterre. — Ce qu'on appelle socialisme municipal est appliqué par des assemblées qui comprennent fort peu de socialistes proprement dits. Ceux-ci ont des minorités dans [)lus de deux cents administrations élues, mais ils ne tiennent la majorité dans aucune. Le socialisme de l'Angleterre contemporaine ne se rattache pas à la propagande d'Owen et des chartistes; les révolutionnaires d'avant 1848 qui n'avaient pas été frappés par la réaction, s'assagirent et ne s'occupèrent plus que de sociétés coopératives ou de secours mutuels. Le mouvement contemporain est venu d'influences nouvelles et en partie étrangères. Il a été favorisé d'abord par la crise agraire qui se manifeste en Angleterre depuis 1813 et qui devint particulièrement grave en 1879. Des syndicats d'ouvriers des campagnes se forment, on se remet à discuter comme au temps du chartisme la question des rapports entre le propriétaire et le salarié. Le problème a des données particulières au Royaume-Uni; dans les trois parties du pays la terre appartient à des tandlords, et en Grande-Bretagne les cultivateurs ne sont que des ouvriers agricoles au service de grands fermiers. Pour améliorer leur situation, deux solutions sont proposées. Les radicaux, et tout particulièrement M. Chamberlain, réclament aux élections de 1885 qu'on fasse en Angleterre ce que Gladstone propose pour l'Irlande, c'est-à-dire que l'Etat achète la terre aux landlords pour la revendre en petits lots

88 LA GllA.MJK-Hl'vETAG.XH ET L'IRLANDE DEPUIS IST:}

aux ouvriers agricoles en leur donnant des facilités pour le paiement. Ces demandes ont abouti à deux mesures : 1° en 1887, on a autorisé les administrations locales à acheter des terres pour les louer en petits lots {allotlments); c'était surtout un moven de donner un jardinet aux ouvriers en luttant contre la tendance àeslandlonls de Grande-Bretagne, qui ne Aeulent louer qu'à de grands fermiers; — 2° en 1892, on a permis aux conseils de comtés d'acheter du terrain pour le revendre en petites tenures ^small holdings.), de manière à créer une classe de paysans propriétaires. La loi de 1894. qui institue les conseils de paroisse, les autorise à réclamer des alloltments ou des small holdings au conseil de comté. L'esprit de toutes ces lois est de faire intervenir l'Etat pour créer la petite propriété aux dépens de la grande : c'est le programme radical. Il a pour contre-partie le programme de la nationalisation du sol, proposé en Angleterre dès la fin du xvni" siècle et repris en 1880 par le naturaliste A.-R. Wallace. M. Wallace a écrit un volume dans lequel il demande que les terres soient rachetées par l'Etat aux landlords et concédées aux individus suivant leurs besoins, à condition de les travailler directement et pour une durée limitée. Ses idées sont représentées par la Ligue pour la nationalisation du so/(1882j. Une autre société, la Ligue pour la restitution de la terre (1884), s'inspire des théories de l'Américain Henry George. George veut arriver au même résultat que M. Wallace, mais par un procédé plus radical : l'Etat obligerait les propriétaires à lui abandonner leurs terres sans indemnités en les frappant d'un impôt unique équivalant exactement au revenu foncier. L'ouvrage de George, Progress and Poverty, publié en 1879, eut en Grande-Bretagne, comme dans tous les pays anglais, un succès prodigieux. On s'accorde à reconnaître qu'il a orienté vers le collectivisme plusieurs des leaders du socialisme contemporain.

George considérait la nationalisation du sol comme une panacée qui guérirait toutes les misères sociales. Il n'était pas opposé au capital et considérait le salariat comme une nécessité. Le collectivisme et le programme de la lutte de classes furent propagés en Angleterre par un disciple de Marx, M. ïïyndman, qui fonda la Fédération socialiste déniocrati(jue (1883), le pre-

LK CAlilM';! SALISIil UV KT LA CllALITIll.N IN lll.\ ls TK 8'J

niier organisé des partis socialisles coiilcin|toi"aiiis en Angleterre. La Société /'abieime, fondée peu de temps après avec un programme socialiste modéré, par des gens (ini ne voulaient pas entrer en lutte contre le parti libéral, est surtout un groupe d'études qui compte parmi ses membres des publicistcs et des hommes politiques de réputation. Pendant longtemps l'agitation socialiste ne se fit guère qu'à Londres. Les propagandistes profitèrent dune crise industrielle et commerciale qui avait commencé en 1883 et qui se [)rolongea jusqu'en 1888. Pendant les années 1886 et 1887, il y eut des manifestations d'ouvriers sans travail auxquelles se mêlèrent les membres de la Fédération. La plus dramatique fut celle du 13 novembre 1887 où les socialistes, les sans-travail et les Ldandais essayèrent de tenir un meeting monstre sur la place de Trafalgar Square que le gou vernement conservateur avait interdite aux réunions publiques. Ils furent repoussés par la police et par les soldats; plusieurs furent blessés, d'autres arrêtés et condamnés à la prison. A cette époque les socialistes étaient encore très peu nombreux; ils n'avaient aucune influence dans les élections, ils n'espéraient pas arriver à leur but par la conquête des pouvoirs publics. Les syndicats ouvriers étaient indifîérents et parfois hostiles à leur propagande.

Le nouveau trade-unionisme . — Les trade-unions s'étaient constituées, comme on l'a vu, avant la renaissance du socialisme en Grande-Bretagne. Elles avaient pris une attitude pacifique et se bornaient à réclamer des améliorations de détail dans la société actuelle; en même temps que des associations destinées à marchander les conditions de travail avec les patrons, elles étaient des sociétés d'assurance et de secours mutuels qui demandaient à leurs membres des cotisations élevées (en moyenne 1 fr. 25 par semaine) ; aussi ne pouvaient-elles se recruter que parmi les ouvriers qualifiés; les principales d'entre elles étaient les différentes unions des mineurs, celles des mécaniciens, des constructeurs de navires, des fileurs de coton. Les ouvriers non qualifiés, c'est-à-dire les manœuvres, n'étaient point admis dans les anciennes unions parce qu'ils n'étaient pas en état de payer des cotisations élevées et régu-

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lières. Ainsi le syndical des maçons nadmellait pas les gâcheurs de plâtre, celui des travailleurs de la voie ferrée n'admettait pas les hommes d'équipe, ceux des fileurs et des mineurs n'admettaient pas les travailleurs auxiliaires. Circonscrit aux ouvriers qualifiés, le mouvement syndical avait fait des progrès constants depuis la législation de 18"o. Vers 1889 l'xVngleterre comptait plus d'un million d'ouvriers syndiqués. Plusieurs syndicats s'étaient constitués en fédérations qui essayaient d'englober tous les gens du même métier dans le Royaume-Uni. L'organisation commune était toujours celle qui avait été constituée en 1888. Chaque année, un Congrès annuel réunit des délégués de tous les svndicats dans une ville industrielle. Il est reçu, comme pourrait l'être un congrès d'industriels ou de négociants, par la municipalité et par les personnages notables de la cité et des environs; le congrès délibère sur un ordre du jour préparé par le comité parlementaire de l'année précédente et il renouvelle ce comité pour un an; en général les mêmes commissaires sont réélus, et parmi eux se trouvent les principaux des labour members ou députés ouvriers. Vers 1889, les personnages, vieillis dans le trade-unionisme, étaient habitués aux anciennes méthodes, aux théories d'autrefois; ils représentaient donc l'élément conservateur hostile aux doctrines socialistes et à l'intervention de l'Elat. Par contre beaucoup de syndiqués plus jeunes avaient été touchés par la propagande des nationalisateurs du sol, et même des socialistes; ils aj)portaient des propositions révolutionnaires que les autorités du syndicalisme faisaient rejeter. C'est ainsi que les congrès avaient repoussé en 18"'j la (juestion du travail aux pièces, en 1882 et 188-3 des vœux en faveur du suiTrage universel : le principe de la nationalisation du sol, présenté plusieurs années de suite aux Congrès, ne fut adopté qu'en 1888. C'était le premier succès des syndicals à tendances socialistes.

Leurs forces furent bientôt augmentées par l'organisation des ouvriers non qualifiés, l'un des faits les plus importants de l'histoire sociale de l'Angleterre contemporaine. En 1889, après une grève monstre, les ouvriers des docks de Londres fondèrent un svndicat sous la conduite de MM. John Burns et Tnm Mann,

IJ-: CAHI.NKT SALISIil HV KT 1,.\ COALITION IMO.MSTK 'J I

•leux iiieiiibres socialistes du syndical des mécaniciens; les employés du gaz s'élaienl déjà organisés sur l'inilialive d'un des leurs, William Tlioi ne, membre de la Frdrration socitilisle déiHocniliquc. Ce lui Lienlôtle tour des doch'rs des aulres porls, des matelols el cliauffeurs du commerce, elc. Pendanl une année il y eut parmi les manœuvres de tout genre une lièvre d'organisalion. Les nouveaux syndicats, composés de gens (jui touchent des salaires fort irréguliers, ne peuvent entretenir des caisses de chômage, de secours mutuels comme les anciennes unions. Ils décident de n'avoir qu'une caisse de grève, et par conséquent tout leur eflbrt se porte vers la lutte contre les patrons. Avec de pareilles dispositions imposées par les circonstances, la propagande socialiste est facilement accueillie. Dès que les représentants des nouvelles unions sont reçus dans les Cong-rès annuels, l'ancienne politique est défaite. Le congrès de 1890 adopte un vœu en faveur d'une loi pour établir la journée de huit heures, celui de Norwich (1894) vote une résolution en faveur de la nationalisation du sol (déjà votée en 1888) et des instruments de production (idée collectiviste nouvelle). La majorité du comité parlementaire se décida à faire une sorte de coup d'Etat et refusa de reconnaître comme délégués ceux qui avaient cessé d'exercer le métier qu'ils représentaient. A la suite de cette mesure, le congrès de Garditï (189o) est revenu sur la dernière partie du vole de ISOi. Mais le congrès d'Edimbourg (1896) a adopté pour le sol, les mines, les chemins de fer le principe de la nationalisation, el, pour certaines entreprises industrielles, le principe du socialisme municipal. Il faut remar- (|uer en outre que les différents congrès réclament de plus en [dus le vote de lois ouvrières et l'intervention de l'Etal ou des corps locaux. Le temps est passé oîi les chefs de syndicats disaient : « Moins l'ouvrier a affaire à la loi, mieux cela vaut pour lui ». Dans les trade-unions, comme partout en Angleterre, le laissez-faire a cédé devant l'idée d'intervention des [)Ouvoirs publics et d'obligation légale; la transformation devient de plus en plus apparente à mesure que l'ancien personnel dis- [)araît et fait place à des gens animés de l'esprit nouveau.

Les syndicats semblent aussi décidés à prendre part à la vie

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politique d'une façon plus active; on a proposé aux congrès des trade-unions d'organiser une Aérilable Trnde-Federation , cestà-dire un parti nouveau comprenant toutes les organisations ouvrières. Le congrès de Belfast (1893) a décidé en principe la création d'une caisse destinée à faire élire des labour members partisans de l'appropriation collective des moyens de production. Ce serait une sorte de parti de classe, au lieu des labour members isolés du mouvement corporatif général, dépendant uniquement pour leur programme de leur circonscription et siégeant à la Chambre avec les radicaux à la gauche du parti libéral. Mais l'organisation proposée est toujours à l'état de projet; le congrès de 1898 a dû se séparer prématurément à la suite de l'incendie de son local, sans avoir pu discuter à fond la Trade-Federalion et la question des labour members. — La lutte de classes n'a donc été portée sur le terrain électoral que par la Fédération socialiste démocratique et par le Parti ouvrier indépendant fondé en 1893. Ni l'un ni l'autre n'ont pu faire passer un de leurs candidats à la Chambre des communes. Deux socialistes avaient été élus (indépendamment de toute organisation) en 1873. L'un, John Burns, est devenu un radical; l'autre, Keir Hardie, ancien mineur et leader actuel du parti indépendant, a été battu en 1893. La Fédération a conservé les doctrines et la tactique du parti socialiste allemand. Le Parti ouvrier, plus large et plus sentimental, a recruté une partie de ses membres parmi les socialistes chrétiens, les philanthropes, les salutistes, et semble en voie de progrès à cause des concessions qu'il a faites à l'opinion anglaise. En général, le socialisme anglais (sauf la Fédération et une partie des Fabiens) est pénétré d'humanitarisme religieux et ressemble beaucoup aux socialismes continentaux d'avant 1848.

VI. — La coalition du Home Rule ; G.ladslone, puis Roseberry ( 1 8q2-q5).

Aux élcclions de juillet 1892, le parti libéral eut une majorité assez faible, grâce au pays de Galles, à l'Ecosse et à l'L'-

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lande (2"5 libéraux el 80 Irlandais dont 71 aiilipariiellitcs). Les conservaleurs (270) et les unionisles (45) avaient été nommés surtout [»ar l'Angleterre propre. Le [Ji-oi^raniinc de Xewcastle, dû à liin des chefs radicaux, John Morley, et les professions de foi de Gladstone promettaient, outre le Home ruk pour l'Irlande, une nouvelle réforme électorale, la diminution des pouvoirs des Lords, la séparation de l'Eglise et de l'Etat en Ecosse et en Angleterre, des réformes agraires et ouvrières.

Ainsi Gladstone, (|ui était un anglican convaincu et qui avait débuté au Parlement comme « l'espoir du torysmc intransigeant », se trouvait au terme de sa longue évolution politique le leader des représentants des pays dissidents et le chef d'un parti à peu près complètement radical. Gladstone consacra tous ses efforts à l'établissement du Home nile. Il [irésenla un nouveau projet, très différent de celui de 1885; il donnait à l'Irlande un parlement à deux Chambres sur le modèle et avec les noms des constitutions australiennes, et il maintenait au Parlement impérial une députation irlandaise réduite de 103 à 80 membres. Après 82 jours d'ardentes discussions et d'agitation dans le pays, le projet fut voté par la Chambre des communes à une majorité de 35 voix; mais les Lords le repoussèrent dès le premier vote par 119 voix contre 41 (2 septembre 1893). Gladstone parut décidé soit à faire de nouvelles élections sur le Home ride, soit à réduire les pouvoirs de la Chambre haute. Les Lords ayant repoussé le projet sur les conseils de paroisse, Gladstone dit aux Communes : « A notre jugement, cet état de choses ne doit pas continuer », et il annonça aux applaudissements des libéraux un grand événement (1" mars 1894). On crut qu'il allait réaliser la forme radicale : amender ou supprimer [mend or end) la Chambre haute. Mais son parti n'était pas d'accord à ce sujet. Gladstone prit une retraite définitive et laissa la présidence du conseil à lord Roseberry, ministre des Affaires étrangères, (|ui fut élu leader du parti libéi'al.

Sir William Harcourt, ministre des Finances, le candidat des radicaux, devint leader du parti à la Chambre des communes. Lord Roseberry annonça que le Home Raie serait différé jusqu'au moment où l'Angleterre, le predojninant partner, serait

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convaincue. Il se déclara en faveur de la fédération impériale et engagea l'expédition du ïchitral. Il refusa d'intervenir en faveur des Arméniens, comme le réclamaient Gladstone et les vieux libéraux. A l'intérieur, deux actes du ministère libéral ont quelque importance : la création des conseils de paroisse préparée par Gladstone et retardée par les lords ; l'établissement de l'impôt progressif sur les héritages, introduit par sir W. Harcourt dans le budget (qui n'est pas voté par la Chambre des lords). Toutes les lois importantes se heurtèrent à l'opposition systématique de la Chambre haute. Le gouvernement mit en projets à peu près tous les articles importants du programme libéral radical (indemnité parlementaire; onr man, one vote', séparation de l'Eglise et de FÉtat en Galles; responsabilité des [)atrons en cas d'accident; journée de huit heures pour les mineurs; loi de protection des enfants employés dans lindustrie). Tout échoua devant l'obstination des Lords. En même tem[)s sir AV. Harcourt mécontentait les dél)itants par un projet destiné à donner aux municipalités le droit de prendre des mesures contre la vente des boissons alcooliques. Les élections partielles tournaient presijue toutes à l'avantage des conservateurs. Le gouvernement, découragé, prit prétexte d'une défaite qu'il avait sulùe par hasard sur un article secondaire du budget de la guerre et laissa le pouvoir à un ministère Salisburv (juin d89a).

VIL — Retour des conservateurs au pouvoir.

Le ministère Salisbury fit de nouvelles élections qui lui donnèrent une énorme majorité : 340 conservateurs et 71 libérauxunionistes contre 177 libéraux radicaux et 82 Irlandais. Les libéraux étaient battus en Angleterre, ils avaient gardé seulement 6 voix de majorité en Ecosse, et ne conservaient leurs positions que dans le pays de Galles, méthodiste, auxquels ils avaient promis le (h'sestabl/sJimenf de l'Eglise anglicane. Pour la première fois depuis Beaconsfield, les conservateurs étaient assez nombreux pour gouverner sans alliés: mais les libéraux

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uiiioiiisles étaient désormais fomliis dans le parti tor\ . Leurs chefs, le due de Devonshire (ci-devant lord lIartin«rlon) et M. (ihaniberlain, entrèrent pour l;i preuiièi'c lois dans un caluiiel Salishnry.

Le ministère conservateur unioniste a trouvé en prenant le pouvoir la question d'Orient et celle des frontières de l'Inde. Il a suivi en Orient la inènK^ p(dilii|ue que les jri'andcs j)uissances européennes : indifïerence à l'égard des Arméniens, intervention en Crète. Il a eniraiié des guerres contre les peuplades voisines de l'Afghanistan, contre les derviches du Soudan égvptien, dans l'ouest et au sud de l'Afrique. Il a fait tout pour augmenter les possessions anglaises dans le partage de ce continent : l'opinion anglaise s'est montrée favorable à cette attitude et s'est montrée irritée vivement contre la France à propos de la boucle du Niger et de la question du Haut-Nil. Le ministère paraît de même avoir gagné le sentiment populaire en se prononçant dans le sens d'une fédération impériale britannique. L'impérialisme est plus particulièrement représenté par M. Chamberlain, ministre des Colonies, qui semble avoir abandonné son ancien radicalisme pour se faire l'homme de l'expansion britannique. M. Chamberlain a été soupçonné d'avoir connu et peut-être approuvé l'entreprise de Jameson contre le Transvaal; il en fut accusé formellement par une commission d'enquête nommée par le parlement du Cap. Mais la commission nommée par le parlement de Westminster n'est pas allée jusqu'à lui dans la recherche des responsabilités.

La politique d'expansion oldige l'Angleterre à s'inquiéter des coalitions européennes et à chercher des alliances. L'Angleterre a pour rivale la Russie en Asie, la France en Afrique; elle a traité avec l'Italie, mais le plus puissant Etat de la triplice, l'Allemagne, fait à l'Angleterre une concurrence industrielle et commerciale de plus en plus heureuse, aussi les deux nations se témoignent-elles réciproquement beaucoup de mauvaise volonté. Il n'est donc pas étonnant de voir lord Salisbury demeurer dans un « splendide isolement », dont le public anglais ne semble pas prendre son parti aussi bien que le ministre. L'opinion a mal accueilli la nouvelle du partage de la

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Chine où lord Salisbury n"a ])li que laisser « la porte ouverte » au tsar et à l'empereur allemand. M. Chamberlain a saisi l'occasion pour offrir dans un discours non officiel l'alliance anglaise aux Etats-Unis. Les Etats-Unis, étant intervenus pour protég-er le Venezuela contre la Grande-Bretagne, ont négocié avec celle-ci un arrangement pour soumettre à l'arbitrag-e toutes les difficultés à venir (1896). Depuis cette époque un mouvement anglais s'est dessiné en faveur d'une alliance avec la république américaine. Les essais de traité, les expéditions coloniales, poussent le Royaume-Uni dans la politique d'armement inaugurée par les puissances continentales. Des projets ont été présentés pour accroître l'effectif des troupes sans établir le service obligatoire, qui serait mal accueilli par la majorité des Anglais. Dans sa préparation de la défense nationale, le ministère s'est surtout préoccupé de la marine. Il a obtenu des crédits pour l'augmenter de façon quelle soit toujours égale aux forces navales réunies de deux autres grandes puissances. L'ancien programme libéral, Peacc, Betroichnent, Rcform, a disparu avec Gladstone, du moins pour ce qui concerne les deux premiers articles. Les réformes n'ont en effet pas manqué sous le cabinet Salisliurv. Il en est qui sont destinées simplement à satisfaire la clientèle conservatrice. Par exemple l'impôt foncier a été fortement réduit, au bénéfice des landlords et comme moyen de remédier à la crise agricole. Une somme de 616 000 livres est inscrite chaque année dans le budget pour être distribuée en subventions aux écoles confessionnelles (1897). Une mesure importante semble indiquer la reprise de la tradition tory démocrati(iue.

Le Worhnicns" coin peiixdlion ad (1898) est une loi sur la responsabilité des patrons en cas d'accident qui modifie, au grand avantage des ouvriers, celle de 1880. Les organisations ouvrières s'imposent de plus en plus à l'attention des pouvoirs publics; depuis que le développement des industries étrangères gêne la prospérité de l'industrie anglaise, les syndicats sont devenus plus agressifs : les grandes grèves se sont multipliées. Le ministère libéral avait eu celles des cotonniers, puis des mineurs; le ministère conservateur a eu la grève de sept mois

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faite par les m«''caniciens pour obtenir la joiiriiér di- liiiil heures (1897-ÎI8 , celles des mineurs de Galles, pour une augmentation df salaire, sans parler de nombreuses grèves moins importantes.

En Irlande, la misère est toujours la même, mais les députés nationalistes restent divisés et hors d'état d'imposer la question irlandaise au Parlement. Le ministère conservateur a reconnu que l'Irlande payait troj) d"im[ir»(s. II a fait passer un nouvel Irish land hiU pour permettre aux paysans d'acheter le sol (1896), il se prépare à donner à l'Irlande les conseils de comté et de paroisse élus comme dans les deux autres parties du royaume : il a laissé célébrer le centenaire de l'insurrection de 1798.

Le parti libéral paraît se pénétrer de plus en plus de radicalisme et devenir en même temps favorable à l'impérialisme. Depuis 1893, il a reg-aané une dizaine de sièges, presque toujours sur des unionistes. Il n'a plus de chef, lord Uosebery ayant abandonné le leadership, et sir William Harcourt n'ayant pas assez d'influence pour unir sous sa direction les éléments divers de l'ancienne coalition gladstonienne.

L'évolution de l'Angleterre contemporaine peut se résumer ainsi : 1" introduction d'un suffrage plus démocratique (en trois fois, 1832, 186", 188o); 2" création d'une administration locale élue avec de grands pouvoirs sous le contrôle très large d'un ministère spécial (1835, 1894); 3° organisation des ouvriers et disparition progressive du laissez-faire manchestérien devant l'idée d'intervention de l'Etat ou des corps locaux (socialisme municipal). Cette évolution s'est précipitée surtout après la loi électorale de 1867 et les réformes du premier ministère Gladstone. En 1870, Taine ne s'en rendait pas encore compte. Cette évolution est générale dans tous les pays anglais, et elle s'est accomplie plus rapidement dans les colonies, surtout en Australasie, que dans la métropole. La Grande-Bretagne paraît moins démocratique qu'elle ne l'est en réalité, parce que sa transformation est masquée par un décor de vieilles institutions conservées : la monarchie, les lords, l'Eglise officielle, etc. Ce qui change le plus lentement, c'est l'esprit puritain et aristocratique de l'opinion. ---

Histoire générale. XII. '

y 8 LA (JKAMIK-BHKTAU.NK KT L IRLANUK U Kl» LIS IST.i

BIBLIOGRAPHIE

Pour les docuinents parlementaires et les publications officielles, consullor les catalogues périodiques des libraires Eyre and Spottiswoodc et P. S. Kin^' and Sons, à Londres. Le Statesman''s YearBook (L., Macmillan), dep. 1867, in-8, indique chaque année les plus importantes de ces publications ainsi que les principaux livres publiés sur le Royaume-Uni. On aura une bibliographie plus complète en se procurant les catalogues périodiques des principaux éditeurs de Londres. Les articles des revues anglaises sont indiqués »;t analysés par la hciiew of Héritas (dep. 1890). Parmi les journaux, le Times (conservateur) publie les débats parlementaires (avec tables) et donne des articles et des correspondances très utiles à consulter; le Dailij Chronicle représente le libéralisme radical. — UAnnual lirgister (conservateur) expose en détail les événements importants de chaque année.

Ili»iitoii*e s-oiiéi*ale. — J. Mac Carthy, A kistory of our oirn tiines... ta thc gênerai élection of 1880. trad. fr., P., IHSo, ."i vol. in-8. continué par A history, etc.. io thc Diamond Jttbilec, L., 1897, in-8 (ouvrage très incomplet, en dépit de sa grande réputation : Tauteur est un nationaliste irlandais). — Ch. Seignobos, Histoire politique de CEiirope eontemporaine , P., 1897, in 8. — Th. H. Ward, The reiyn of Queen Victoria, L., 1887, 2 vol. in-8; recueil de monographies.

ISioju-i*a|tliic.«i. — Les biographies sont très nombreuses et souvent sérieusement faites en Angleterre. Consulter Dictionarjj of National Bio- (jraphy, L., en cours de public, dep. 1885, très complet, très sérieux avec Itonnes bibliographies. — Statesmcn''s Séries, L., Allen; The Prime Ministcrs (if Queen Victoria, L., S. Low, deux séries de bibliographies par des auteurs différents. — Cucheval-Clarigny, Lord Beaconsfitld cl son temps. P., 188(1. in-lC. — Augustin Filon, Prv/ils anglais, P., 1898, in- 18 (un peu arrangé).

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LA tiKANDK-ItltKTAliNK KT LIULA.NDK hKl'l IS I87:t 'JO

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