LES CULTES NON CATIIIILIUIES
En Suisse et en France, les événements qui ont suivi la guerre de 1870 et ont déterminé dans ces deux pays le Kulturkampf retracé plus haut, ont donné au protestantisme une importance politique plus grande. En Suisse notamment, il a longtemps dominé et a maintenu les catholiques dans une situation d'infériorité notoire. En France, 1' « anticléricalisme » préconisé par Gambetta, visant uniquement le catholicisme, a par contrecoup favorisé les dissidents. En 188i, lors de la suppression des Facultés de théologie catholique, les Facultés de théologie protestante ont été conservées. Mais cet accroissement au point de vue politique n'a pas arrêté la décadence au point de vue religieux. La portion croyante parmi les calvinistes franco suisses est maintenant la minorité; la majorité est acquise au rationalisme. Il semble môme depuis quelques années que les protestants français se désintéressent des questions purement religieuses, et, comme le pasteur allemand Stocker, se tournent vers les questions sociales. La fondation d'un certain nombre d'œuvres post-scolaires, imitées des œuvres catholiques, et la collaboration active qu'un grand nombre d'entre eux fournissent aux récentes « Universités populaires » sont des indices de cette évolution.
En Hollande, le calvinisme, qui a encore pour lui le nombre (2 millions d'adhérents) et l'importance politique, décline également au point de vue religieux. Il tend à devenir une simple opinion philosophique dans les hautes classes et même dans les classes moyennes de la société, où l'indifférence est aujourd'hui générale. Les calvinistes restés croyants gémissent de cet état de choses. Sous le nom de Dolcerenden et sous la direction du docteur Abraham Kûyper, ils ont formé un groupe à part et luttent, vainement, contre les progrès du rationalisme. — Quant aux Jansénistes, qui ont en Hollande leur principal établissement, ils ne sont plus guère que cinq à six mille, répartis en quinze paroisses et trois évèchés : Utrecht, Haarlem, Deventer. Ils ont naturellement repoussé le dogme de l'infaillibilité pontificale et même fait alliance avec les vieux-catholiques; mais ils reconnaissent encore la primauté du pape et continuent à lui notifier les nominations épiscopales qu'ils font :
le pape répond toujours en excommuniant le nouvel élu. — Toutes les autres nuances du protestantisme sont représentées en Hollande, mais atteignent à peine, au total, un quart de la population. — Les catholiques, au conlraire, atteignent maintenant les deux cinquièmes (un million et demi). Depuis 1833, date à laquelle Pie IX a rétabli la hiérarchie, 400 églises ont été consacrées. Les évèques sont nommés directement par le pape sur la présentation des chapitres cathédraux. Le gouvernement est simplement a informé » : c'est là une des libertés auxquelles les catholiques néerlandais tiennent le plus.
Le protestantisme en Angleterre et aux États-Unis. — C'est en Angleterre que la division religieuse est aujourd'hui poussée à lextrême. Plus de 200 « dénominations » sont inscrites sur les registres de l'Etat; mais une seule. l'Eolise établie, a un caractère officiel. Cette Eglise est en communion avec les Eglises épiscopales d'Ecosse et d'L'lande, l'Eglise « protestante épiscopale » d'Amérique, et les nombreuses Eglises anglicanes fondées dans les colonies anglaises dAsie, d'Afrique, d'Océanie; mais ces dernières ne sont pas « établies » et sont absolument distinctes de l'Eglise d'Angleterre. L'Eglise établie a conservé l'aspect extérieur qu'elle avait avant la Réforme, c'est-à-dire qu'elle est toujours divisée en deux provinces indépendantes : Canterbury et York. Le chef de l'Eglise établie est la reine, qui en nomme les évèques. Ces derniers siègent à la Chambre des lords, possèdent certains privilèges, et n'ont aucunes relations avec les nombreuses sectes dissidentes {Dissenters), qui forment des sociétés complètement séparées. Tous les ministres anglicans doivent adhérer aux 39 articles et adopter le rituel liturgique officiel (Jhe Boûk of common prayer); mais cette obligation commune ne réussit pas à maintenir l'unité. Chaque jour s'accentuent la crise qui agite l'Eglise anglicane depuis le mou^ vement « tractarien » et la lutte entre les trois partis dont nous avons signalé précédemment la formation : le parti anglo-catholique ou Higli Churcli, le parti évangélique ou Low Church, le parti libéral ou Broad Church '. Ce dernier parti, par sa compo-