‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 91 sur 202 · Voir ci-dessus, t. M. |i. '.H" et suiv · texte numérisé non relu

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L'un, qui avait attiré l'attention par une viiroureuse peinture religieuse {r Assomption) — où quelque chose semblait revivre de l'ancien réalisme espagnol — , fut bientôt attiré vers le portrait, où ses qualités d'observation directe et forte, son imagination plus précise que créatrice et sa loyauté trouvèrent leur emploi. Quant à M. llenner, après avoir, d'une touche large, grasse et tranquille, peint quelques portraits véridiques de braves -gens de son pays d'Alsace, il devint le peintre des heures crépusculaires où, dans le paysage simplifié, sur des fonds de ciel de turquoise reflétés au tranquille miroir d'une source, des formes apparaissent d'une blancheur ambrée, laiteuse et douce, pareille à des fleurs ouvertes dans la vivante obscurité. M. Jean-Paul Laurens écrivait en belle prose des pages d'histoire, empruntées aux vieilles chroniques — et mettait au service de son imagination dramatique et réaliste un rare scru[iule de vérité.

Hors de l'école et de toute école, un maître épris d'ombre et de solitude, Théodule Ribot, évoquait, dans la manière forte de Michel-Ange de Caravage et de Ribera, des scènes tirées du martvrologe, — puis, à mesure qu'il avançait dans son œuvre, observateur silencieux, rude et ému de la vie, il se plaisait à peindre, sur des fonds d'ombre opaque (à l'heure même où d'autres proclamaient le dogme du pleinairisme), les visages rugueux et couperosés de vieilles gens que l'âge, la vie, la pauvreté, l'iufjuiélude avaient marquées de leurs rides et dont les veux s'éclairent pourtant de tendresse, de piété et de tristes sourires; — ou bien, comme un Chardin mélancolique, des petits marmitons. Bonvin, tout près de lui, se révélait peintre délicat du clair-obscur et do l'inlimilé.

C'est en somme au réalisme que se rattachent tous les peintres dont l'œuvre aura marqué dans l'histoire de l'art français à la fin de ce siècle. Tous, quelle qu'ait pu être la diversité de leurs origines, de leurs tendances et les qualités particulières de leur vision, auront eu celle [tréoccupation et cette mar(|ue communes de tirer de « l'humble réalité » la matière de leurs maîtresses œuvres. Bastion Lepage fit, avec la précision un peu sèche d'un primitif, le p(»rlrait de la terre lorraine et des pay-

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sans qui vivent sur elle;Duez, Butin, Lhermitle, Roll, Carrière ne voulurent aussi «ju'ètre des peintres de la vie, et Fantin-Latour, l'auteur de Y Uomma(je à Delacroix, en même leni[)s qu'il essayait de transposer en quehjues laldeaux, où les (■(lulcurs s'ordonnent et s'orchestrent connue des symphonies musicales, ses impressions et ses visions de mélomane, peignait dans l'intimité et pour linlimité des portraits de famille et des réunions d'amis. Au fond de la toile où ils sont comme à demi cachés dans une atmosphère de recueillement et d'harmonie (jue la [)einture a su rendre visihle, ils vivent d'une vie discrète et profonde que la postérité sans doute comprendra mieux que les contemporains distraits par la cohue des Salons et les soubresauts tapageurs de la mode.

Gazin, avec une tendresse pénétrante et comme à demi-voix, révélait les harmonies voilées, la douceur et la mélancolie des paysages du Nord; de ses falaises de Boulogne et de ses grèves solitaires il suivait dans le ciel le déclin et le lever du jour. — et il semble, quand on parle d'une certaine manière « intime » d'interroger et d'interpréter la nature, que, pour éviter les mots trop littéraires, c'est un recueil de ses dessins qu'il faudrait feuilleter.

Gazin, Fantin-Latour, Lhermitte, James Tissot, G. Régamev, A. Legros, Roty, pour n'en pas citer d'autres, furent formés à l'enseignement d'un maître admirable, qui marqua comme d'une empreinte morale tous ceux qui reçurent ses leçons et qui, si on ne l'avait systématiquement sacrifié aux ateliers officiels et académiques, aurait donné à notre école la méthode et la discicipline libératrices dont elle avait besoin au lendemain de 1 agitation romantique, entre le lyrisme épuisé et le classicisme expirant. Du moins a-t-il laissé, en quehiues opuscules dignes d'être médités, à défaut du secret de son action personnelle, l'énoncé de quelques principes directeurs. Il faudra y revenir toutes les fois qu'on voudra, en laissant à l'inspiration et à l'émotion personnelles la plus entière liberté, munir l'élève de méthodes précises, d'habitudes de conscience, d'observation et d'esprit, de ressources certaines qui ne risquent pas de devenir des procédés et des recettes. Son traité de VEducalion de la

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mémoire pilloresque est un petit chef-d'œuvre de pédagogie pratique et profonde.

Les grands travaux de construction dont nous avons signalé quelques-uns furent l'occasion d'un grand nombre de « commandes », où le désir ou lobligalion de contenter beaucoup d'artistes et leurs amis a gravement compromis l'unité du parti pris et la signification décorative de Tensemble. Du moins à la Sorbonne, comme à rilùtel de Ville et au Panthéon, Puvis de Chavannes laissa-t-il ces grandes pages tranquilles où le paysage élyséen et véridique communique aux figures qui l'habitent quelque chose de sa grandeur sereine et de son éternité. L'Hisloire de Sainte Geneviève, au Panthéon, est une de ces oeuvres hautement expressives où le présent et le passé se rejoignent et se confondent, où par delà le classicisme étroit la grande tradition française revit; où, dans un cadre de nature tout imprégné de la douceur du ciel de l'Ile de France, la jilus lointaine histoire nationale s'anime avec le double charme de la légende naïve et delà vérité. L'invention sans cesse renouvelée, la souplesse et la virtuosité de M. A. Besnard, les charmants décors, comme bercés au rythme lent des molécules colorées, de M. Henri Martin, les graves et tendres visions de M. Eugène Carrière, les larges et puissantes évocations de réalité de Roll, y témoignent de la vitalité et de la variété de la peinture française en celte époque trop décriée par les contemporains. Et les portraits que nos peintres laisseront de nous à nos successeurs — s'ils disent trop souvent chez le portraitiste l'habitude du métier facile et l'impatience du gain, chez le modèle la vanité banale et satisfaite — prouveront aussi par de nombreux témoins que la Inidilion de sincérité, d'observation pénétrante et de probité, qui fut aux heures de danger la sauvegarde et aux temps de fécondité le fonds solide et permanent de l'école française, restaient vivaces et efficaces à la fin comme au commencement (hi siècle. C est par les portraitistes que furent conjurées les menaces ou réparés les ravages de l'académisme; — c'est par les portraitistes que furent corrigés les excès de l'imju'essionisme.

A présent (jue toute liberté a été rendue à l'art et aux artistes,

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que l'ancienne hiérarchie des « genres » a élô niivcrsi^'c, (jue l'œuvre emprunte sa diirnilc, non plus au sujet choisi, mais à la somme de conscience et d'amour manifestée par elle, — à présent que la langue pittoresque enrichie, ass(tu[>lic pur huit d'expériences et de con(|uèles successives, peut se prêter à toutes les tendances du sentiment intérieur comme à toutes les réalisations de la vision directe et, comme un merveilleux instrument, attend la volonté et le cœur d'artiste qui la feront vibrer, ce serait grand'pitié si les peintres français restaient inférieurs à la tache et aux belles espérances du siècle où nous allons entrer. Ils ont, au cours de celui qui finit, rendu à la France sa suprématie artistique; ils ont été à leur manière les témoins de toutes les transformations de la vie sociale et morale; ils ont retrouvé leur force et agrandi le patrimoine de l'art national dans la mesure oîi ils ont pris plus librement, [dus humainement contact avec la nature et la vie. Ils n'auront plus désormais, dans la démocratie au milieu de laquelle ils sont appelés à ^ivre, à travailler pour la fantaisie du [U'ince ou du blasé: c'est à l'homme et à l'humanité que doit aller leur art.

//. — L'art hors de France.

Ce ne sont pas les plus puissants Etats qui fourniront à l'histoire de l'art du siècle finissant les plus intéressants chapitres. Les petits peuples du nord de l'Europe y ont pris au contraire, en ces trente dernières années, une part éminente. Après des tâtonnements plus ou moins longs, ils se sont mis d'accord avec eux-mêmes; après de longs voyages, ils sont rentrés au foyer et solidement établis sur la terre natale; convaincus enfin que le dernier mot et le suprême efTort de la sagesse c'est encore « le retour à la spontanéité par la réflexion », ils ont demandé à leurs traditions populaires, à celles où l'instinct de leur race elles sollicitations de la nature amliianle devaient logiquement les ramener, mais dont la pédagogie académique les avait systématiquement écartés, le secret de l'originalité et de la force créatrice.

Pays Scandinaves. — Les Danois, dont le patriotisme artistique fut longtemps concentré dans le culte de ïhorwaldsen, ont achevé l'œuvre de leur émancipation. Ce n'est plus dans un académisme cosmopolite qu'ils vont chercher leurs modèles; ils ont compris que si l'art est par excellence la langue universelle, il n'en est pas moins le contraire d'un incolore « volapûck ». Gœthe comparait l'histoire de la civilisation et de l'art à une grande fugue où la voix de tous les peuples se fait entendre tour à tour; il importe à la beauté de la symphonie humaine que chaque voix conserve son timbre et son accent. Au lendemain de la mutilation de leur patrie, les artistes danois comprirent d'instinct — comme le groupe si homogène et si vivant des artistes linlandais aujourd'hui — que l'art peut être, comme la conscience, le suprême et inviolable refuge des nationalités menacées et des droits méconnus. On les vit chercher d'abord dans les principes de la construction en bois, leur vérilalde et leur seule architecture nationale, dans les motifs décoratifs, dont les bijoux des ancêtres et les broderies des costumes rustiques formaient comme le répertoire, un principe de renouvellement pour leur art industriel épuisé, — puis repremlre vigoureusement contact avec la nature et faire avec tout leur cœur, a le portrait de leur pays ». Les Finlandais, les Norvégiens et les Suédois firent comme eux, et, quoiqu'on puisse relever des uns aux autres ces difTérenciations légères que, de province à province et d'homme à homme, l'art rend aussitôt sensibles au regard attentif, c'est bien de la même doctrine et de la même matière pittoresque, du même esprit et de la même volonté qu'est formée leur école.

Ouo l'initialion technique leur soit en grande pai'lie venue de France, que les grands paysagistes de 1830 et les « impressionnistes » aient exercé sur les peintres Scandinaves une action certaine, ils en conviendraient eux-mêmes d'autant plus aisément qu'ils n'ont travaillé que sur leur propre fonds, et sont restés originaux. Réunions d'amis, causeries sous la lampe, vie et travaux des champs et de la mer : voilà les choses familières et très humbles qui sont les sujets ordinaires de leurs tajjleaux. Mais ils n'y ont pas cherché des anecdotes; ce n'est pas un art

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littéraire, de comédie ou de vaudeville; ce n'est pas non plus un réalisme excessif et militant; c'est encore moins ce mélange médiocre d'intentions sentimentales et de conventions qui s'est appelé « le genre » : c'est vraiment un coin d'Iiuniaiiilc (pii est évoqué; l'esprit est intéressé, le cœur touché j>ar l'évidente sincérité, la cordialité expansive d'un art vigoureux et sain, en qui la culture a rejoint linsliiict et qui, avec une sorte d'audace candide et de naïve intransigeance, nous révèle une façon tendre et profonde en sa bonhomie de comprendre la vie.

M. Vigo Johansen, en Danemark, est au [iremier rang des peintres de la vie intime. Dans ses réunions d'amis, fêtes de famille, soirées de musique, dans la transparence voilée de l'atmosphère intérieure, dans la clarté des lampes, tantôt arrondie sous l'abat-jour, tantôt diffuse et épandue en fines modulations, il a rendu sensible, avec la finesse d'un Chardin septentrional, la douceur patriarcale et reposante du Jiorne. M. Peter Kroyer, qui est aussi graveur et scul[deur, prom])! à saisir comme au vol l'aspect des choses dans la lumière du plein jour ou dans la demi-teinte, plus nerveux et plus incisif, est tour à tour un portraitiste pénétrant et un paysagiste incomparalde. Nul n'a mieux que lui exprimé le charme de cette heure enchantée, de ces longs crépuscules d'extrême Nord, de ces soirs (fêlé où, dans la douceur satinée du ciel, la lumière prolongée du jour a déjà tout le mystère et tout l'apaisement de la nuit. Avec ces deux maîtres, MM. Vigo Pedcrsen, Paulsen, Niels Skovgaard, Ring, Philipsen, Irminger, Schichting, M'""' Anna Anker, Thomsen, Wegmann, d'autres encore mériteraient d'être nommés.

En Norvège domine une certaine rudesse à peindre l'àpreté des longs hivers, la vie laborieuse des paysans et des pêcheurs. Mais, sous cette rudesse, une grande bonhomie se fait aussi sentir et, avec l'amour du fover et de la terre natale, une tendresse d'cirne, une aptitude à la rêverie après l'action vigoureuse, où le souvenir toujours vivant des antiques légendes s'éveille dans la contemplation des horizons familiers. Eyolf Soot, Sinding, Skrodsvig, llalfdan Strom, Borgen, A. Jacobsen, Werenskjohl, Hans Heyerdahl, Wentzel, Aug. Eiebakke, Kitty Kielland, Iljerlow, Nils Hansten comptent parmi les forces

actives de celle jeune école. Et si Fritz ïhaulow, le grand peintre des eaux courantes et frileuses, est presque devenu l'un des nôtres, c'est à ses origines héréditaires qu'il doit ce qu'il a de meilleur.

Si l'art des Norvégiens est surtout de « paysans j>, celui des Suédois serait plus volontiers « citadin » et il fut plus longtemps cosmopolite. Mais cette distinction était plus vraie hier qu'elle ne le sera peut-être demain. La dernière Exposition de Stockholm révéla chez plusieurs jeunes architectes comme chez heaucoup de peintres, une volonté commune d'être « national ». Le seul moyen, pour ceux-là surtout, était de renoncer aux modèles français et italiens, aux colonnades et au rococo des xvu' et xvuF siècles, et de s'inspirer, en l'adaptant aux hesoins de la vie moderne, de cette architecture des ancêtres charpentiers dont les églises de village et les constructions rustiques conservent la tradition. Les pavillons suédois, norvégien et finlandais de la Rue des Nations et plusieurs dessins d'architectes à l'Exposition universelle de 1900 ont témoigné de l'efficacité de cet eiïort. Pour les peintres, même ceux qui ont mis à profit les leçons des Français et des Japonais n'ont appliqué qu'à la réalité prochaine ce qu'ils ont pu apprendre ailleurs, par exemple : ^L Anders Zorn, le maître de la peinture suédoise, et, après lui, 3IM. Richard Bergh, Bruno LiJjefors, Larsson, Oscar Bjœrck, Cari Nordstrom, Axel Sjœberg, Robert Thejerstroem, Wilhemson, Pauli, le prince Eugène, etc.

Chez les Finlandais, l'amour profond du sol natal a inspiré une école qui conserve une forte et irréductible autonomie morale et dont les représentants les plus caractérisli(iues sont : MM. Edelfell, Jarnefelt, Yistrôm, Ilalonen, Blomstedt, Ahlstedt, Axel-Gallen, Enckell, Lagerstrom, Munstarjlielm, Boofeld, Westerholm, Simberg. '

Russie. — L'art russe moderne commence à peine à se dégager des influences étrangères, romaines, académiques, françaises et allemandes, qui l'ont dominé depuis Pierre le Grand — mais on y chercherait encore en vain une expression plastique du génie national. Quand, les yeux et l'imagination remplis des paysages que l'on a vus se lever lentement ou surgir

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tout à coup entre les lii^nes de Tolstoï ou de Tourg-uenetï", on entre dans une salle d'exposition russe, la déception est grande. On peut se dispenser de rien dire de ceux qui, selon l'expression de M. de Yopiié, « firent pendant un siècle du ju-ix de Home avec constance, labeur et médiocrité », de cette « elîroyable consommation de tuniques rouges et de manteaux bleus, d'hommes nus sous des casques, de glaives carrés, de trépieds, de ruines doriques, de pâtres d'Albano... » Mais voici que les choses semblent, là-bas aussi, sur le point de changer; un jeune peintre, M. Philippe Maliavine, a trouvé le chemin des sources, et c'est de ces villages, dont les industries locales révèlent tant d'invention naïve en même temps que de fidélité aux obscurs et profonds instincts de la race, qu'il a rapporté des tableaux les plus savoureux que compte la peinture de son pays. Des paysag-es de Sérov et de Lévitan, des portraits de Sérov et de Répine, des tentatives fort inég-ales de M. Wasnétzow, soit pour animer d'un naturalisme plus vivant les figures traditionnelles des icônes, soit pour faire revivre en des paysages évocateurs les antiques légendes, — des scènes de mœurs et des études d'Archipov, de Strobowsky, de Yladivir Makowsky? de Nicolas Kassatkine, de Paternac, peuvent être notées comme des indications plus ou moins significatives, tandis que, parmi les sculpteurs, M. Autokolsky et le prince Paul Troubetskoï, celui-ci plein de verve primesautière et de hardiesse expressive, sont surtout dig-nes d'attention.

Allemagne. — En Allemag-ne, ce qui caractérise depuis trente ans les productions de l'art officiel et de l'architecture, c'est moins une originalité véritable qu'une volonté fortement accusée de puissance et de g-randeur. Les villes du nouvel Empire se sont couvertes d'édifices nombreux : universités, musées, gares, postes, casernes, dont les éléments ne révèlent à l'analyse que des emprunts à des styles connus — surtout à la Renaisance italienne, comme le palais du Reichstag à Berlin (1894) — mais dont l'expression totale est toujours d'une affectation de force. Même les bureaux de poste prennent des airs à la fois de forteresse et de palais. C'est peut-être dans l'aménagement des gares monumentales, admirablement com-

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binées pour la circulation facile et rapide de masses énormes de voyageurs — et surtout de troupes mobilisées — que l'architecture allemande a été le plus orioinale.

Les sculpteurs ont été surtout occupés à des commandes officielles et il est permis de regretter qu'ils aient si complètement oublié les traditions de Peter Yischer et de Adam Kraft. Mais la volonté des maîtres de l'Allemagne centralisée a peuplé de monuments décoratifs et commémoratifs les avenues, les places publiques et les boulevards de la Victoire {Sièges Allée). Le nom de M. Beg-as est le plus populaire; ceux de Peter Breuer, Ludwia- Cauer, Eberlein, Lessine- Manzel, Briitl, Tuaillon, Max Kruse, Widemann, à Berlin, — Robert Dietz et Epier à Dresde, — Maison, Bôhm et Frantz Stlick à Munich, jouissent d'une grande notoriété.

Chez les peintres allemands, la production a été plus abondante que vraiment expressive. Quelques artistes caractéristiques ont cependant paru. Tandis que l'art de l'école historique, telle que Piloty à la suite de Kaulbach l'avait constituée, tombait dans l'insignifiance la plus avérée. Ad. Menzel (né en 1815 et dont l'Allemagne fête encore la glorieuse vieillesse) a trouvé, dans la patiente et pénétrante étude de la vie, une force toujours active. Son illustration de l'histoire de Frédéric le Grand l'a rendu populaire; mais à côté de ces divinations rétrospectives où son « réalisme » l'a ]iuissamment servi, il a réuni dans son œuvre diverse et multiple tous les types populaires et sociaux, toutes les conditions et tous les métiers : soldats, ouvriers, moines, bourseois et marchands, aens du monde et forgerons; par un anachronisme hardi, il les a même fait entrer dans les scènes de l'histoire sacrée, et c'est dans les boutiques de la Judenstrasse qu'il est allé chercher les types de son phrist au milieu des docteurs.

Deux peintres plus jeunes, deux maîtres éminents, de bonne heure gagnés à l'école « du plein air » et que quelques-uns de leurs compatriotes ont classés sous l'influence de l'école française, M. Max Libermann et Fritz von Uhde, l'un Berlinois, l'autre Saxon d'origine, ont voulu surtout « naturaliser l'art » après qu'on avait trop « artialisé la nature >). M. Libermann,

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après avoir beaucoup lialiilé la llollaiule où il n'a pas élé sans subir l'innuence de Joscf Israëls, s'est fait le j>einlre des orphelinats, des ouvi'oirs, des béguinages, des paysages de dunes, de mers grises et de ciels voilés, — et par la justesse caractéristi<juc du dessin large et libre, des formes vivantes dans l'atmosphère, il a })ris rang parmi les peintres les plus expressifs de ce t('mps. M. Fritz von Ulule, [lar la profondeur el la délicatesse du sentiment, s'est élevé plus haut encore. Quelques-unes de ses œuvres, comme La Cène, Le Discours sur la ynontagne, Laissez venir à mai les ju'li(s enfa)its, Le C/irisl chez le paysan, La Nuit de Xoël, comptent parmi les pages émouvantes de la peinture religieuse parce que rien n'y est laissé à la convention et que tout y est pris à la source de la nature et de la vie franchement observées. MM. Golhard Kuehl, Claus Mayer, AV. Leibl sont également à la tète de l'école réaliste, avec M. Paul Meyerheim et M. Oberlânderdonl l'observation satirique a donné aux Fliegende Blalter tant de dessins vigoureux.

L'influence du peintre balois Bœcklin, qui a peuplé ses évocations grandioses et mélancoliques de paysages italiens, de figures d'inspiration toute germanique, et en qui la jeune critique allemande veut voir revivre « l'àme du Saint Empire romain germanique », a été grande sur beaucoup d'artistes munichois. Ilans Thoma, Franz Stûck, Max Klinger sont parmi les plus notables. Enfin le portraitiste Franz Lenbach, peintre souvent lourd et laborieux, mais puissant évocaleur d'àmes, a peint une galerie des grands hommes dont l'histoire fera son profit. C'est lui qui fera vivre durant la postérité les traits de Bismarck et de Moltke.

Angleterre et États-Unis. — En Angleterre, les architectes et les décorateurs ont créé un type du home adapté aux instincts les plus profonds de la race et aux habitudes de la vie sociale, qui est une des créations originales de l'architecture de ce temps. Et les décorateurs inspirés par le poète-peintre socialiste W. Morris ont renouvelé l'art du mobilier. Le grand effort du préraphaléisme, qui fut en ses résultats très inégal mais qui fut en son principe très noble et, par l'intensité de l'intuition morale, très caractéristique du moment et du milieu qui le

virent éclore, est mort avec Burne-Jones; mais l'art puissant et humain de Watts en transmettra à l'avenir les plus hautes parties. Les portraitistes anglais ont gardé ce sens et ce respect de la personnalité, héréditaires dans le pays de Yhabeas corpus. EverretMillais, ()rchardson,Herkommer,()uless,Reed, Shannon sont surtout notables. L'observation de la vie, la peinture de mœurs se compliquent généralement d'intentions littéraires, mais comptent, avec les John Lorimer, Forbes Stanhope, Gregory, Tuke, de vrais peintres; chez les paysagistes, le sentiment de la nature est tantôt grave et recueilli comme chez Leader et East, ou délicat et idyllique comme chez Wyllie, Cameron, Aumoner, >'orth, Davis, Clausen, — et les paysages de mer restent une des « spécialités » de cette école d'insulaires.

La peinture académique, érudite, froide et compassée de feu Sir Frédéric Leigthon, est continuée par ^L Poynter, — plus familière, anecdotique chez M. Aima ïaddema, antiquaire modernisant et fort achalandé, resté fidèle par le goût des pâtes grasses et onctueuses à ses origines flamandes, comme M. Franck Brankwvn, coloriste puissant à moitié Anglais et Belge à moitié. D'une manière générale, quoique le goût des colorations pacifiées et harmonisées soit aujourd'hui plus répandu qu'au milieu du siècle chez les peintres britanniques et que le ton local ait sensiblement atténué son irréductible intransigeance, on y sent pourtant encore comme un arrièregoût acidulé, et dans l'assaisonnement des rouges et des jaunes une saveur fréquente de pickles et de moutarde...

Dans l'esprit des sculpteurs anglais, un rêve florentin flotte comme un éternel désir ou un regret mélancolique. Il leur manque encore d'avoir pris complètement possession de la forme vivante. Il est incontestable pourtant qu'avec Thornycroft, Brock, Frampton, John, Drury, Allen, Swann, Joy, Onslow Ford la sculpture anglaise est en progrès notable.

Les Etats-Unis prétendent eux aussi à une école originale, qui ne serait plus anglaise ou française, comme on le leur a dit trop souvent à leur gré. Les origines de celte école ne pouvaient èlre pourtant qu'européennes, si son développement tend, comme il n'est pas douteux, à devenir national et améri-

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cain. Ce sont les paysagistes français — et aussi Turner — qui ont influencé Georges Inness (mort en 18U'i), Wyant (mort en 1892), Winlow llomer, peintre vigoureux (|ui, à son tour, a exercé une grande intluence sur ses couipalrioles. Un artiste, original et subtil, cosmopolite plus qu'Américain, James Whistler, a, surtout par ses Symphonies (en blanc, noir et argent, brun et or, etc.), servi de modèle à beaucoup de jeunes peintres de lalenl, tels que Jobn Alcxander, Ben Forstci', liiiiiiphrcys Johnston, Tanner, Harisson, Dessar, Fronnuth, William Cbase, Walter Mac Ewen, etc. Le portraitiste le plus célèbre des Etats- Unis, M. John Sargent, est un élève de M. Carolus Duran; M. Gari Melchers, observateur vigoureux et un peu rude de la vie populaire, a surtout vécu eu Hollande, el, s'il est original, on ne peut pas dire qu'il soit, par le choix ordinaire de ses sujets pas plus que par son style, proprement Américain.

Avec MM. Saint-Gaudens, Mac-Monnies, French, Bartlett, Brooks, Proctor, Barnard, Flanagan, Mac-Neil, une école de sculpteurs américains s'est rapidement développée, dont les origines françaises sont encore évidentes.

Belgicxue et Hollande. — Si la Suisse, malgré le talent de quelques-uns de ses peintres (Bœcklin englobé et absorbé par l'école allemande, Burnand, Louise Breslau, etc.), n'a pas à jux)prement parler d'école nalionale, deux petits peuples, la Belgique et la Hollande, ont repris en ces trente dernières années place au premier rang; de l'art européen. Dans aucune école, plus que dans celles de Belgique et des Pays-Bas, on ne rencontre, efficace et complet, cet accord de l'art et de la vie qui est la condition première de l'existence d'une « école ». Et ce ne sont pas seulement les peintres, en Belgique du moins, qui se sont faits les interprètes de la vie nationale. Les sculpteurs, eux aussi, ont rompu avec les routines académiques et, à la suite de M. Constantin Meunier, ils ont trouvé dans l'observation du travail en action la matière d'une œuvre qui compte déjà dans l'histoire de l'art. Au lieu que dans les ateliers classiques, Yindustrie ou VagricuUiire par exemple sont restées ces allégories à tout faire, ces déesses en disponibilité, fades modèles d'académie que l'on asseoit tantôt sur une enclume el lantùt sur une

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charrue, M. Constantin Meunier a raconté sur de grands basreliefs, d'allure monumentale et héroïque et d'expression toute réaliste et humaine, la vie des mineurs, des moissonneurs et des forgerons telle qu'il l'avait vue de ses yeux et observée dans les usines, les ateliers et la campagne. MM. Van Bieshroeck, Braecke, Lagae, Charlier ont puisé à la même source. Etl'école moderne de sculpture belge, où les noms de MM. Lambeaux, Dubois, Dillens, Rombeaux ne doivent pas être oubliés, est désormais constituée ou reconstituée. N'est-ce pas dans l'observation directe et dramatique de la vie qu'elle prit, au xv*" siècle, la force d'expansion qui la rendit européenne?

Chez les peintres, l'émulation n'est pas moindre. Dans aucune autre école on ne trouverait avec un sentiment si fidèle des traditions nationales, plus de forces jeunes et actives et, dans la continuité d'un art homogène, solidement enraciné dans la terre natale de tout temps nourricière de peintres, plus d'aptitude à puiser dans la réalité prochaine une direction et un principe de rajeunissement. On ne peut entrer ici dans aucun détail; mais les noms de MM. Stevens, Vervée, Stolbaert, Verstraet, Courtens, Claus, Baertsoen, Frédéric, Struys, Lempoels, Laermans pourraient suffire à résumer tous les caractères, comme les forces vives de l'Ecole.

Dans les Pays-Bas, la peinture n'est pas moins originale et vivante. Là aussi l'art est devenu, comme aux plus glorieuses époques, un prolongement de la vie. Un grand artiste, Josef Israëls, domine tout le groupe de peintres hollandais — et, autour de lui, Heyberg, Rink, Nenhuys, peintres d'intérieur — et les paysagistes, Jacob et Willem Maris, Blommers, Mesdag, Weissenbruch, Bakhuyzen van de Sande, Soarst, Klinkenberg, Kever, Breitner, d'autres encore, témoignent de la vitalité d'une école que sa fidélité rend forte et sa sincérité féconde. Des graveurs de grand talent, MM. Ten Cate, Storm's van Gravesande, Bauer, Toorop, Bosch, Zong, Zilcken, Moulyn méritent d'être cités à côté d'eux.

Espagne et Italie. — Les écoles méridionales sont vivantes dans la mesure où elles ont abandonné le formalisme académique et la virtuosité grandiloquente ou papillotante et vainc

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qui fureiil la cause do leur déclin. Tout ce qui précède encore (le Foi'tuuN , en Espagne, ne compte guère, et c'est dans un naturalisme hardi (jue déjeunes j)einlres, comme Sorolla y Bastida, ont ln)uvé le secret d'une sorte de renaissance dont il faut cnregisti'cr les promesses. Chez les sculpteurs, tels que Benlliure y Gil, Miguel Bray y Fahrega, et chez le Portugais Antonio Teixera Lopèz, comme chez le Mexicain Contreras, c'est aussi la recherche du mouvement et de la vie qu'il faut signaler.

L'Italie a perdu en Seg-antini un maître volontaire, ardent, impérieux, une sorte de Millet montagnard plus sec et plus lig-neux, qui s'était réfugié au cœur des Alpes neigeuses, loin des déclamations des romances et des chansonnettes où s'attardait l'art de son pays. Il semhle que les forces les plus saines de l'art italien soient en ce moment concentrées dans le nord de la Péninsule. Seganlini, Grubicy, Carcano, Gola, Morbelli, Pelliza, Balestieri, Rossi, Bazzaro, Carozzi, Agazzi sont Lombards; Grosso, Calderini sont Piémontais; Tito, Benzi, Laurenli, Frag-iacomo, Ciardi et Boldini (celui-ci, en vérité, surtout Parisien) sont de Venise ou de Ferrare. Le plus grand sculpteur italien pourtant, quoiqu'il ne fasse guère que des statuettes, Gemito, est Napolitain, comme aussi les peintres Michetti et Morelli.

Parmi les sculpteurs, Biondi, Bazzaro, Trentacosta, Rossi^ Alberti, Aslorri, Gallori, dOrsi, Vêla, Balzicco, ont légué des œuvres parmi lesquelles il en est d'intéressantes, mais dont l'inspiration est rarement puissante, et dont l'exécution laisse trop de place à la virtuosité des praticiens.

Conclusion. — Si l'on voulait conclure, on aurait le droit de dire que l'arl, à l'extrême fin du xix' siècle, n'est significatif que dans la mesure où il est humain. Si jamais la prophétie de Renan devait se réaliser et si le jour devait venir où le grand artiste ne serait plus qu'un objet inutile, c'est que l'art, infidèle à sa mission, aurait dispersé en virtuosité ou en excentricités, pour l'amusement des blasés, les forces qu'il doit puiser dans la vie elle-même et mettre au service de l'homme. Mais ne semble-t-il pas que quelque chose de grand s'élabore, et n'a-t-on pas le droit d'espérer que l'art populaire du siècle qui va venir tiendra les promesses de tous les grands artistes de celui qui finit?

///. — La Musique en Europe depuis i8yo\

Après 1870 s'établit, non sans luttes, la domination de Wagner. Le retentissement des premières représentations de Bayreulh en 1876 et de Parsifal. en 1882, décida de la victoire qui, relardée en certains pays par des raisons patriotiques, devint absolue et indiscutable après la mort du maître, en 1883. Ce fut alors le règne de son art et de sa pensée personnelle. En musique, cette influence se manifesta par l'inquiétude de la forme, la complication des harmonies, les modulations sans repos; au théâtre, par l'assujettissement de la musique au drame; dans la pensée de l'époque enfin, Wagner a laissé la trace de son idéalisme néo-chrétien et sensuel.

Aucun artiste n'était capable de contrebalancer une telle force, quoique beaucoup aient essayé de la combattre; et le triomphe trop complet de Wagner aurait eu des dangers pour la musique, sans un retour au passé. En Allemagne Brahms, en France Saint- Saëns maintiennent la tradition classique. En môme temps, des influences diverses ramènent la musique à l'élude de ses origines. Elle s'inspire des chants populaires, partout recueillis. Le développement des études historiques et le réveil du sentiment national dans toute l'Europe ont favorisé sans doute ce curieux mouvement, qui s'appuie en France sur les travaux de Bourgault-Ducoudray , de Tiersot, et d'autres à leur suite. C'est de tous côtés, chez les Russes, chez les Norvégiens, chez des Allemands comme Humpcrdinck, chez des Français comme Bizet, Lalo, Vincent d'Indy, Charpentier, une floraison de rapsodies, de symphonies, ou même de drames lyriques bàlis sur des thèmes populaires. — D'autre part, un puissant travail s'opérait dans la musique religieuse, pour restaurer son antique beauté. Les Bénédictins de Solesmes, par leurs recherches sur le chant grégorien, ont été les principaux artisans d'une réforme de

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