Par .M. Iloiuain liollanil
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l'art de l'Ei^lisc, que sanclionnèrcnt en lS8i et 1894 les règlcmcnls de la Gongrégalion des Rites. La Schola canlorum en France, et d'autres associations analogues à l'étranger, se sont consacrées au triomphe de cette cause, et elles ont réussi, par des concerts, des publications et des conférences, à créer en sa faveur un mouvement d'opinion. Ce renouveau de la musique religieuse a été consacré par la gloire de quelques grands artistes, au premier rang desquels s'élève César Franck, Les générations qui suivront seront sans doute fra[)pées d'un fait auquel nous ne prenons pas assez garde : l'importance de la musique sacrée de ces vingt dernières années. Farsifal de Wagner, le Requiem de Brahms, le meilleur du talent de Gounod (Mors et Vila, RédemptionJ, les oratorios des musiciens flamands (Tinel), l'œuvre presque entière de César Franck, et l'apparition toute récente de Don Lorenzo Perosi al lestent l'intensité du sentiment religieux dans la musique de toute l'Europe. — Cet art sacré s'est fait le chauipion d'un éclectisme savant, qui tend à endiguer le torrent wagnérien. C'est la frénésie michelangesque ramenée à de justes lois par les Carraches. La tâche est difficile, et l'exemple des Carraches est là pour montrer que le poids du passé risijue d'opprimer l'inspiration et de refroidir l'art; mais il lui assure au moins la dignité du style, et il n'est \)a.s impossible à un nouveau Poussin de s'assimiler par la puissance de son intelligence le vaste héritage artistique des siècles.
La Musicxue française. Bizet et César Franck. — C'est peut-être en France que la musique a fait les piogrès les plus considérables depuis trente ans. Stimulée par l'art allemand, elle a pris un caractère plus sérieux et plus savant. Son public s'est étendu. Dès le 25 février 1871 se constituait la « Société nationale de musique » pour propager les œuvres des compositeurs français. A côté des Concerts populaires de Pasdeloup se fondèrent, en 1873, les concerts de l'Association artistique, dirigés par M. Colonne, et en 1882 les Concerts de M. Lamoureux. M. Guilmant inaugurait à la même époque ses concerts d'orgue au Trocadéro. Enfin, depuis 18U2, les « Chanteurs de Saint-Gervais », dirigés par M. Bordes, ont remis en bon-
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neur et popularisé la musique palestrinienne et grégorienne; et sous leur initiative s'est fondée, en 1894, la Schola cantornm pour créer une musique religieuse moderne. On doit attendre beaucoup de ces efforts. Dès maintenant la France peut se glorifier des deux plus grands musiciens après Wagner : le plus spontané, Bizet, et le plus profond. César Franck.
De 1870 à 1880, le goût public hésite entre les traditions académiques et les influences de Berlioz et de Wagner. Ambroise Thomas vit sur ses succès \)Q.s,sés {Françoise de Rimini, 1882); Gounod tente de nouveau le théâtre, sans grand profit pour sa renommée, avec Cùiq-Mars [iS"), Polyeucte (iSlS), Le Tribut de Zamora (1881). Mais il est de plus en plus repris par le mysticisme religieux qui avait fait de lui, trente ans plus lot, un disciple de Lacordaire et un séminariste de Saint-Sulpice. Il écrit en 1871 Gcdlia, en 1882 Bédonfilion, en 1885 Mors et Vita (toutes trois jouées d'abord à Londres), où il a mis le meilleur de lui-même : non qu'il ait eu le courage de sacrilier à la foi les voluptueuses tendresses de son cœur très profane; mais la gravité du sujet leur donne plus de sincérité et en atténue les mièvreries mondaines. Il y a de l'émotion et une vraie beauté dans quelques pages de Mors et Vita. — Sans rien sacrifier de lui-même, Gounod n'avait pas été insensible aux influences germaniques. Ces influences, mêlées aux tendances descriptives de Berlioz, s'accentuent davantage dans l'œuvre de MM. Mas senet et Saint-Saëns. 31. Jules Massenet (né à Montaud, Loire, en 1842), a hérité de la préciosité de Gounod, des langueurs sensuelles et dévotes de sa musique; mais il leur a donné un caractère d'exaltation déclamatoire, oii une partie de l'époque s'est reconnue. Il a excellé à peindre les âmes féminines, mondaines, cérébralement passionnées; et son œuvre la plus intéressante est peut-être Manon (1884), qui restera comme un portrait de la société contemporaine. Il a joui d'une grande popularité. Mais ce musicien, le plus aimé des musiciens français, n'a pas eu la force de résister au succès; et il a constamment reflété ou suivi le goût du public, au lieu de chercher à le diriger et à le comjjattre (Œuvres principales : 1873, Marie-MagdeJeine, Les Erijnnies; 1877, Le lîoi de Lahore;
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1881, Hévodiade; 1882, Scènes alsaciennes; 188i, Manon; 188:;., Le Cid; 1889, Esclannondc; 1892, Werther; 1894, 7'Aa/à-; 1897, .Sr/yjAo; 1899, Cendrillon). — M. Camille SaiiU-Saëiis (né à Paris en 1835) est, pour la science musicale el la tenue (lu slylc, un des plus solides musiciens t|ue Ton ail eus eu France. A la véritr, son art est un peu extérieur, descriptif et formel; son ironie inquiète se prête peu aux fortes passions et aux émotions sincères ; presque toute son œuvre est d'un dilettantisme à la Renan. Il a traité tous les f^cnres et manié tous les styles (Théâtre : 1872, Princesse Jaune; 18"", Timbre (f argent, Sanison et Dalila; 1879, Etienne Marcel; 1883, Henri VIII; 1887, Proserpine; 1890, Ascanio; 1892, Phrijné; I89G, Javotte. — Poèmes symphoniques ou lyriques : 1873, /l'o^^i"/ d'O/njdia/e; Phaéton; 1873, Danse macabre; 187G, Déluge; 1877, Jeunesse d'Hercule; 1880, La Lyre et la Harpe, La nuit /lersane. — ■ Musique de chambre et musique instrumentale). Et parlout il a montré, surtout dans la symphonie, une beauté de forme et une fluidité d'orchestration qui font de lui un des maîtres écrivains de la musique française, mais de ceux chez qui le style est supérieur à la pensée. — Celte période musicale est traversée par l'éclat trop passager d'un prand artiste, mort à trenle-sept ans, Georges Bizet (né à Paris en 1838, mort à Bougival eu 1875); a Bizet, le dernier génie qui ait vu une nouvelle beauté et une nouvelle séduction; Bizet, qui a découvert une terre nouvelle : le Midi de la musique ' » (1863, L^es Pêcheurs de perles: 18G7, La Jolie fille de Perth ; 1872, L Arlésienne, DJamileh; 1875, Carmen). Celte musique, pleine de soleil et d'action, fait contraste avec les symphonies philosophiques et lyriques de Wagner. On comprend que rs'ietzsche, révolté conti'e son ancien maître, ait cherché à lui opposer Bizet. (Jarmen et surtout LWrlésienne sont les chefs-d'œuvre du drame lyrique lalin. Le style est lumineux, concis, définitif; le dessin des figures est tracé avec une justesse incisive. La Provence et l'Espagne se reflètent dans ces tableaux aux couleurs vaporeuses el vives, aux rythmes souples, 011 remuent des foules libres et exubérantes. Et, au travers de celte musique, on sent une àme d'une poésie mélan-