I. Nielzsche, Pur dp/à le hlen et le mal l.s.SG
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colique et voluptueuse, (|ui retrempe aux sources populaires son aristocratique distinction.
Ces vingt dernières années ont vu la conquête de l'art français par Wagner. L'Opéra, jusqu'alors fermé aux drames wagnériens, s'y est largement ouvert depuis 1892, et l'influence du maître marque à des degrés divers des œuvres comme le Sigurd de M. Reyer (1884), la GwendoJiiw de Chabrier (1886), ou Le ClunU de la Cloche de M. Vincent d'Indy. Mais en même temps s'élevait l'œuvre d'un homme, qui, méconnu du })ublic durant sa vie, devait avoir après sa mort 1 influence la plus forte sur la musique française : César Franck. Xé à Liège le 10 décembre 1822, mort à Paris en 1890, naturalisé Français à l'époque de la guerre de 1870, ce maître, qui rappelle les grands musiciens du xvui" siècle allemand, vécut en dehors du monde, dans le calme de sa pensée. Bien qu'il ait écrit des œuvres de tout genre, sa gloire est surtout dans l'oratorio (1846, linth: 1872, Rédemption; 1870-80, Le& Béatitudes; 1881, Rébecca; 1888, Psi/clié) et dans la musique de chambre. Son style est un mélange de suavité mystique et d'àpreté archaïque. Il respire la foi, le sérieux de la conviction. L'écriture en est d'une rare originalité. Il a créé une quantité d'harmonies nouvelles où, depuis, la musique française n'a cessé de puiser. A la séduction de son génie personnel s'ajoutait l'autorité de sa science; et une partie de son influence sur la jeune école vient sans doute de ce qu'en face de l'art wagnérien conquérant, il ressuscita l'àme du passé, l'.îme profonde et infiniment riche de Bach et de ses précurseurs. César Franck a été le plus grand éducateur de la musique française contemporaine. Il forma des élèves, célèbres aujourd'hui, et dont le plus important est M. Vincent d'Indy (né à Paris en 1851), le chef de la nouvelle école, un des maîtres de l'orchestre, l'auteur volontaire et raffiné de ]Vallenstein (1874-1880), du Chant de la Cloche (1880-1883), d'un grand nombre d'œuvres de musi(]ue symphonique et instrumentale, et tout récemment de Fervaal (1889-1895), œuvre dramatique la plus considérable de ces dernières années.
Autour de ces noms principaux, il nous faut citer trop rapidement — dans la première période, MM. Guiraud, Pala-
LA MUSIUIT F.X K[-R(I1>R 1)KI>I|S 1870 Gll
dilhe, Pessard, Widor, Joncièrcs, Salvayre, Al|»li. Diivernoy, Ch. Lefcbvre, Alexis de Gastillon, Benjamin Godanl, l'élégant el mièvre Léo Delibes, Edouard Lalo, l'aQleiir du Roi (D'à (1888)
— el dans la seconde période, MM. Théodore Dubois, Bourgaull-Ducoudray, Messager, Maréchal, Coquard, Boisdeffre, Gabriel Pierné, Bruneau, Yidal, M""' Augusla Holmes, le 1res délical et raffiné symphoniste E. Ghausson, M. Gabriel Fauré, subtil et mélancolique poète de lieder et de musique de chambre ;
— enfin, parmi les plus récents, MM. Bachelet, Raynaldo Ilahn, X. Leroux, G. Hiie, Savard, Hillemacher, P. de Bréville, Sylvio Lazzari, Guy Ropartz, Claude Debussy, les symphonistes Dukas et Albéric Magnard, et M. Gustave Charpentier, dont l'opéra de Louise (1900) place l'auteur au premier rang du drame lyiique français, en même temps qu'il marque d'intéressantes tendances vers le théâtre populaire.
La Musique allemande. — Le théâtre de Bayreutli. Parsifal. — Johannes Brahms. Richard Strauss. — Bayreuth domine tout en Allemagne. A Vienne, s'est formée autour de Johannes Brahms une autre petite cour, moins bruyante, mais non moins fervente. Tout l'art allemand oscille entre ces deux pôles. La gloire de la musique allemande dans le monde entier cache une diminution de la création artistique et même du goût musical.
Depuis 1870, Wagner acheva la GœtkTcLvmmeining et composa Parsifal (1877-1882). Il écrivit aussi d'importants ouvrages théoriques, tels que : Beethoven (1870), Art et Reliyion (1880). Mais la grande œuvre de l'époque fut la réalisation scénique de ses drames et la fondation du théâtre modèle de Bayreuth. Q^]uvre nationale, sortie de la victoire contre la France, œuvre humaine malgré tout, convoquant le monde entier à une communion fraternelle en une sorte de religion artistique, ce théâtre s'él-eva de 1871 à 187G, au prix de pénibles elforts, et fut inauguré par la représentation de la Tétralorjie du Niebelung . Parsifal lui donna en 1882 une consécration éclatante. Parsifal restera une des plus sublimes conceptions de notre temps. L'art de Wagner s'y est épuré et apaisé, son esprit s'est élevé à une sérénité divine, et la musique prend le caractère d'une
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révélalion religieuse. Six mois après, Wagner mourait à Venise, le 13 février 1883, en pleine force et en pleine victoire.
Son unique rival, Johannes Brahms, lui survécut jusqu'en 1897; mais sa renommée, éclatante en x\!lcmagne, a difficilement passé la frontière. Grand musicien, nourri des classiques et continuant leur tradition, Brahms, fut une personnalité de second ordre, une àme grave, sereine, intelligente, mais indécise et monotone, de peu de passion et d'originalité médiocre. Il abandonna le théâtre à AVagner, et écrivit un nombre considérable de musique de chambre, de musique religieuse, de lieder, quatre symphonies (1877-1886) et de grandes œuvres chorales avec orchestre : le Iietjiiie/n aUemand (1866-1867), le Rincddo sur un poème de Gœthe(1869), le Schicksalslied (iSli), le Triumphlied (1872), dédié à l'empereur Guillaume I" pour la victoire des armées allemandes, la gracieuse Xcinie sur un poème de Schiller (1881), Le Chant des Parques (1883) sur un poème de Gœthe. La plupart de ces œuvres sont d'un charme savant et mélancolique, encore qu'un peu morne et languissant. Son intelligence psychologique et ses fines demi-teintes lui ont valu de certains critiques français le nom de SuUy-Prudhomme de la musique; et la pureté de son style néo-antique la fait appeler en Allemagne le Bramante de la musique. A vrai dire, à ce très noble musicien, il n'a manqué qu'une chose : le génie.
Autour de Wagner et de Brahms continuent quelques musiciens de la période précédente : le symphoniste Joachim RafT (1822-1882), Franz Liszt, l'ami et le beau-père do Wagner, grand virtuose, compositeur trop apprécié, mais dont les idées eurent une grande influence sur l'école nouvelle (1811-1886), Ferdinand Hiller (1811-1885), Flotow (1812-1883), Jensen, Henselt, Max Bruch, Ueinecke, Lachner, Ignace Briill, IIofTmann, « le roi de la valse » Johann Strauss (1823-1899), Peter Cornélius, auteur d'un opéra-comique célèbre en Allemagne, le Barbier de Bagdad, surtout Karl Goldmark et Anton Bruckner.
Parmi les contemporains, un seul nom a quelque grandeur : celui (.le M. Richard Strauss. Xé à Munich en 1864, il est le représentant d'un genre qui semblait jusqu'alors plus français qu'allemand : le poème symphonique, la musi([ue à programme.
LA MrsiorE K\ ErnoPE i»ei»l'is isto oi:î
11 y a poi'lé une iinagiiialioii hriihuilo, une voloiilé violciile et fantasque, et une science prodigieusement raffinée. Ses principales œuvres sont Todund Ver/ilârun;/ (1889), Ti/I Kulenspief)''! {lS'dï),Also spmcli ZaratliKsIrà (1895), Don Qiu.volle (1897), et Heldenleben (1899). 11 a écrit aussi un (jpéra, Gunlram, et beaucoup Je musique vocale et instrumentale.
Les autres musiciens allemands sont de moindre importance; nous citerons seulement MM. Woingartiier et Max Schillings. Un curieux mouvement s'est dessiné dans ces dernières années. De jeunes compositeurs wagnériens reviennent de parti pris à la tradition de Weber et à la légende populaire, voire au conte de veillée. Ainsi M. llumperdinck, dans son opéra d'Hœnsel el Grelel, applique les procédés wagnériens aux lieder populaires et aux récits de la mère l'Oie. Le fils de Wagner, M. Siegfried Wagner, vient, dans son opéra du Bœreuliauler, d'apporter à ce genre l'autorité de son nom.
Dans l'ensemble, malgré beaucoup de talent et de science, on sent dans l'art allemand de l'incertitude et du déséquilibre, comme dans la Florence du xvi° siècle, après Michel-Ange; un symbolisme confus et un peu prétentieux s'y môle à une naïveté voulue, et à je ne sais quoi d'enfantin et de vieillot.
La Musique italienne — Verdi. L'opéra « vériste ». — Renaissance de l'oratorio. Don Lorenzo Perosi. — La nuit semble s'étendre sur l'art italien. Verdi reste seul et vieillit. La musique italienne s'éteindra-t-elle avec lui? On sent que l'Italie se pose cette question avec angoisse. Aussi son patriotisme salue avec fracas les moindres traces de vie artistique. 11 honore triomphalement Verdi; il salue d'acclamations enthousiastes les balbutiements de Boito, et il écrase de son adoration excessive les débuts de Mascagni.
Verdi écrit en 1874 son Requiem mélodramatique pour Aless. Manzoni, en 1887 son Otfllo, qui fait preuve d'une nouvelle évolution, plus surprenante encore que celle d\4ula. Verdi s'y concentre, s'attache à l'analyse expressive de trois ou quatre personnages. Plus intéressant encore dans ce genre est le Falstajf de 1893, œuvre froide et voulue, mais intelligente, pittoresque, remarquable surtout par la finesse savante de l'écriture
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aux joliesses travaillées, et par la subtile décomposition harmonique des pensées musicales. Quoi qu'on pense de l'art de Verdi, l'homme est un bel exemple de travail cl de conscience artistique, ne craig-nant pas à soixante-dix ans passés de se remellre à l'école, de chercher de nouveaux chemins pour l'art. Il fut un poète médiocre, mais un homme de théâtre; et c'est par là qu'il exerça une influence considérable sur tout l'art italien. La nouvelle école dramatique italienne procède de lui; c'est au travers de lui qu'elle a senti les influences germaniques et françaises. Elle se signale à la fois par ses exagérations mélodramatiques et par ses recherches d'harmonies. Elle a pour précurseurs, avec Verdi, Amilcare Ponchielli (1834-1889), auteur de la Gioconda (1876); Filippo Marchctti, auteur de Ruy Blas (1869), et M. Arrigo Boilo, dont le Me//slofele, représenté en 1815 à Bologne, n'est, malgré sa célébrité, que l'œuvre d'un littérateur distingué, où la musique fait défaut. La nouvelle école débuta en 1890 par un opéra dont le retentissement a dépassé de beaucoup le mérite : Cavalleria rusticana, de Mascagni (né en 1863), œuvre boursouflée, entachée de pathos, de mauvais goût, mais en somme vivante, spontanée, et promettant plus que n'ont tenu les compositions suivantes du même auteur (L'Ami Fritz, Les Rantzau, Ratcliff, Silvano, Zanetto, Lris, etc.). Leoncavallo, de Naples (né en 48o8), écrit les ParjUacci (1893), I Medici, La Bohème, Zaza (1900); Giacomo Puccini, de Lucques (né en 1858), Manon (1893), La Vie de Bohême, La Tosca (1900); Giordano, Andréa Chenier; Alberto Franchetti, Asraê'l, Crisfoforo Colombo, Signore di Pourceavgnac. Tous ces représentants de l'opéra « vital », de l'art « vériste » n'en sont encore qu'à leurs débuts, et le bruit qu'on a fait autour d'eux a nui à leur développement naturel. Mais on doit leur faire crédit. Il v a dans la race italienne un génie dramatiquc, qui cherche sa voie. Il lui a surtout manqué jusqu'à présent l'étude et le recueillement. Dans ces dernières années, l'instruction musicale s'est relevée, et déjà l'on en recueille les fruits. A peine les Tebaldini et les Enrico Bossi ont-ils procédé à la réforme de la musique religieuse, que s'est révélé le premier des artistes religieux d'aujourd'hui : Don Lorenzo Perosi
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(né le 20 décembre 18"2 à Toiione). 11 a créé de véiilahles drames chrétiens, où se montre avec une sincérité touchante une àme tendre et poétique, dont riiis[iiralion s'appuie sur une science solide. Ses premiers oratorios (Passion du (Jhrist, Trans fi fiuration, Résurrection de Lazare, Résurrection du Christ, Nativité, Massacre des Innocents, etc., 1S98-1000) ne doivent être considérés sans doute que comme des essais juvéniles; mais le génie (ju"on y sent poimlre fait liien augurer d'une renaissance prochaine île la musi(juc en Italie.
La Musique russe. — L'école russe s'est considérablement développée depuis 1870, sans qu'il soit encore possible de prévoir nettement son avenir. Elle a des tendances descriptives très marquées, et par là se rapproche davantage de Berlioz que de Wagner. En même temps, elle fait du chant populaire son essence. C'est à ces admirables chants, dont plusieurs recueils précieux ont été publiés (et en particulier par des maîtres tels que Balakirew et Rimsky Korsakow), qu'elle doit le meilleur de son originalité, au point qu'on peut se demander ce qu'elle serait si on la déjtouillait de la collaboration de celte poésie populaire. Le bercement monotone et prenant de celte rêverie sans fin, la puissante variélé des rythmes et la curiosité des timbres, font jusqu'à présent l'attrait [irincipal de l'art russe, plus que la personnalité des artistes.
Quelques noms se détachent pourtant de la foule : d'abord, le g'roupe « des Cinq », et le premier d'entre eux, Moussorgsky (1839-1881), mort trop jeune, sans avoir donné sa mesure, artiste étrange, âpre, incorrect, mal pondéré, mais avec du g-énie, et dont le Boris Godunow (1 874) est sans doute l'œuvre dramatique la plus savoureuse de la musiijue russe, « de l'histoire vraie, la résurrection de la vie »; Borodine (1834-1887), musicien distingué, d'une poésie ténue et raffinée, auteur du Prince Ljor et de l'esquisse symphonique si connue : Dans les Steppes; Balakirew (né en 1836), qui écrivit de remarquables poèmes symphoniques, dont le plus célèbre est Tharnar; César Cui (né en 1833), d'origine française, compositeur facile et fécond; Rimsky Korsakow (né en 1844), auteur de poèmes symphoniques et de nombreux opéras, dont quelques-uns ont beaucoup
(le charme {La Pskovitaine, 1875; La Nuit de mai ^ 1880; Sncgonrolchka, \8S2 ; Mlada, 1892; La Xuit de Noël, 189o). Nous avons parlé, dans la période précédente, de Tschaïkowski (mort en 1893), et de Rubinstein (mort en 1894). Parmi les contemporains, citons Alex. Glazounow (né en 1865), élève de Rimsky, Joseph AV^ithol, Ant. Arensky, Alex. Scriabine, x\nat. Liadow, Tanéiew. La Société musicale russe, fondée en 1852, donna naissance en 1861 au Conservatoire de Saint-Pétersbourg-, et par ses succursales dans tout lempire contribua aux progrès de l'art russe. Dans Tabondance un peu désordonnée de celte musique, on sent de grands etîorls pour fonder l'art national; mais le génie où s'incarnent ces aspii'ations n'a pas encore paru.
Dans d'autres pays d'Europe, l'àme populaire cherche une expression artistique : en Norvège, où Grieg et Svendsen continuent d'écrire leurs œuvres poétiques et frêles, qui ont agi fortement sur les maîtres d'Allemagne, de France et d'ilalie, par la nouveauté des modulations; en Hongrie, en Bohème, av^ec Smetana, Dvorak et Bendl; en Espagne, avec F. Pcdrell; en Flandre, avec Edgar Tinel et Peler Benoîl. Dans presque tous les pays d'Europe, se réveille sous la torpeur séculaire le désir ardent et touchant de penser et de vivre par soi-même.
BIBLIOGRAPHIE
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