‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 10 sur 125 · Voir ci-dessus, t. IV, p. 743 et · texte numérisé non relu

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d'Alger, Euldj-Ali, se borna à envoyer quelques milliers de janissaires aux chefs de Tinsurreclion. — Le successeur de Soliman le Magnifique, Sélim II, avait reporté ses efforts en Orient. On verra plus loin (p. 856) son attaque contre Chypre, la ligue des puissances chrétiennes et la victoire de Lépante.

Philippe n et Elisabeth. — L'Espagne ne remporta jamais que des victoires éphémères contre les puissances maritimes. Elle fut moins heureuse encore contre les Anglais que contre les Turcs.

Elisabeth et Philippe II personnifient les principes en lutte, les deux religions qui, au xvi* siècle, se disputèrent l'empire. Comme ils ont été les principaux acteurs de ce grand drame, ils ont recueilli la gloire ou subi la peine de leur rôle. Les historiens, enclins à juger moins sur la valeur des actes que sur celle de la cause, ont montré des préférences pour la reine d'Angleterre. Au moins ne faudrait-il pas oublier que des calculs mesquins se mêlent aux plus nobles desseins et que les principes les plus respectables sont souvent défendus avec les armes de la mauvaise foi.

S'il est naturel que les souffrances des réformés flamands aient passionné leurs coreligionnaires anglais, s'il est vrai que l'Inquisition d'Espagne a brûlé sans façon des marchands britanniques et qu'elle a même, en dépit du droit des gens, soumis l'ambassadeur de la reine à une surveillance tyrannique, il est aussi certain que les Espagnols déplaisaient moins' comme papistes et persécuteurs que comme propriétaires d'immenses colonies et comme défenseurs intraitables du monopole commercial le plus exclusif. L'ambassadeur d'Angleterrese plaignait avec véhémence d'un régime qui interdisait à ses compatriotes de charger des marchandises espagnoles et obligeait leurs navires à revenir sur lest. A une époque où la marine anglaise prenait son essor, il devait être bien douloureux aux explorateurs et aux trafiquants de se voir fermer les pays producteurs de l'or et de l'argent, et par un peuple dont la religion paraissait à tout bon sujet britannique une avilissante idolâtrie. Ce fut du côté de ces réformés convoiteux que vinrent les provocations. Comme les règles du droit international

LUTTE CONTRE L'iNPIDÈLE ET L'HÉllÉTIQUB 83

étaient mal établies, et que le nom de pirate sonnait aussi bien que celui de corsaire, de hardis partisans se mirent à courir les mers sans que leur pays fût en guerre avec le prince dont ils bravaient les lois ou ravageaient les possessions. Malgré toutes les interdictions, John Hawkins se livra à la traite lucrative des nègres dans les colonies espagnoles. Elisabeth avait sa part d^intérèt dans ces profits illégitimes. Pour venger la défaite du négrier et l'incendie du vaisseau le Jésus qu'elle commanditait, elle fit saisir dans ses ports les navires qui portaient la solde de l'armée de Flandre. — Les ravages des « chiens de mer » continuèrent. Sir Francis Drake renouvelait, en les étendant, les déprédations d'Hawkins. Parti de Plymouth en 1577, il franchissait le détroit de Magellan et allait attaquer le Roi Catholique sur ces rivages du Chili et du Pérou qui n'avaient jamais vu un navire ennemi. Les tentatives de Philippe II pour venger ces insultes furent vaines. Comme si l'hérésie et la perfidie de son ennemie le dispensaient de tout devoir d'humanilé et de justice, il approuva un projet d'assassinat, qui échoua. Il ne réussit pas mieux à soulever l'Irlande. Drake, toujours plus 1 audacieux, vint insulter les côtes de la Péninsule.

LTnvincible Armada (1588). — Ces provocations, l'entrée de Leicester et de 6000 Anglais aux Pays-Bas, le meurtre juridique de Marie Stuart, hâtèrent l'exécution du dessein, depuis longtemps médité, d'une descente en Angleterre.

C'était la grande pensée du règne. L'intérêt du catholicisme s'unissait au désir de vengeance. Philippe détestait Elisabeth comme hérétique et la méprisait comme femme. Par politique, il l'avait ménagée longtemps. Maintenant la mesure était comble. Il avait fait* lentement ses préparatifs; une flotte immense se rassemblait dans les ports du Portugal et de l'Andalousie sous l'habile direction du marquis de Santa-Cruz. Elle devait embarquer les vieux régiments d'Italie et faire voile vers la Manche pour protéger le passage d'Alexandre Farnèse et de l'armée de Flandre.

Une première fois, les Anglais se jetèrent dans cette masse en voie d'oi^^anisation (29 avril 1587), brûlèrent les navires, détruisirent les approvisionnements. Puis Santa-Cruz mourut.

Philippe répara ses pertes, remplaça Santa-Cruz par Médina- Sidonia et donna l'ordre du départ. A peine Tescadre quittaitelle Lisbonne qu'elle fut assaillie par une violente tempête, dispersée, forcée de se réfugier dans les ports de la Galice. Enfin, le 22 juillet, elle gagnait la haute mer et se dirigeait vers le nord. L'Invincible Armada comprenait 130 vaisseaux et 2640 canons; elle était montée par 16 000 marins et 19 000 soldats. Philippe n'avait rien négligé, rien laissé au hasard.

Elisabeth a-t-elle montré la même prévoyance? Elle n'avait pris aucune mesure de défense. Elle plaça les troupes de terre sous les ordres de l'incapable Leicester; sa flotte consistait en une trentaine da vaisseaux, auxquels vinrent s'adjoindre environ 150 petits navires. Elle économisait sur la poudre, sur les vivres des équipages, sur la bière. L'initiative de la nation a tout fait. L'Angleterre a par bonheur des hommes de mer à toute épreuve : Drake, Hawkins, Frobisher, Raleigh.

Medina-Sidonia aurait pu surprendre la flotte en formation à Plymouth. Il aima mieux suivre docilement ses instructions et continuer sa route vers la Flandre. Les Anglais, qu'il avait ménagés, vinrent l'attaquer de nuit. Leurs navires, plus légers, moins hauts de bord, meilleurs voiliers, se glissèrent le long des lourds galions et les criblèrent de boulets. Pendant quatre jours, ils tournèrent autour de ces citadelles flottantes et ne lâchèrent prise que lorsque la poudre manqua.

Medina-Sidonia fît retraite vers Calais, où il pensait reprendre haleine (6 août). Mais les voiles ennemies reparaissent ; pendant la nuit, Drake lance ses brûlots parmi les vaisseaux à Tancre. A la vue de ces masses embrasées qui portent l'incendie, l'épouvante se met parmi les équipages; ils coupent les câbles et prennent le large. Au jour levant, cette flotte désemparée est de nouveau assaillie. Le vent du sud-ouest fraîchit et tourne en tempête. Les Anglais rentrent dans leurs ports; les Espagnols restent livrés à toute la fureur des éléments. Medina-Sidonia, découragé, abandonne l'entreprise, donne le signal de retour et, pour éviter l'ennemi, il se résout à faire le tour de la Grande-Bretagne.

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