LUTTE CONTRE L'INFIDÈLE ET L'HÉRÉTIQUE
La mer et les vents lui coûtèrent plus cher que cette bataille de dix jours (30 juiIlet-10 août). Il perdit la plupart de ses navires sur les rochers des Orcades et des Hébrides, et dans les détroits dangereux qui avoisinenl TEcosse. Les équipages ou furent engloutis par les flots ou assommés par les riverains. Les sauvages populations de llrlande, quoique catholiques, ne se montrèrent pas plus hospitalières. Un seul homme tua de sa main 80 naufragés. Plus de 50 vaisseaux, 8000 marins et soldats disparurent dans ce désastre.
Philippe savait se résigner, mais Tépreuve était terrible. Il eut une peine extrême « de n avoir pu rendre à Dieu ce grand service ». L'intérêt de Torthodoxie n'était pas seul en jeu : la disparition de la flotte laissait l'Espagne ouverte à toutes les insultes. Les Anglais suivirent, pour ainsi dire, les vaincus à la piste. Ils tentèrent de soulever le Portugal. Norris attaqua la Corogne (1589). Drake essaya de forcer lentrée du Tage et de surprendre Lisbonne.
Ces attaques auraient dû servir d'avertissement. Mais, dans son immense efiort contre la France, le Roi Catholique épuisait ses ressources; la marine dépérissait; la défense des côtes était négligée. Cadix, qui avait déjà reçu la visite de Drake, restait exposée à un coup de main. L'ennemi proflta de cette incurie. Une flotte commandée par lord Howard, le vainqueur de l'Armada, vint débarquer aux abords de la ville iOOOO Anglais et 5000 Hollandais. La garnison sortit pour barrer la route aux assaillants; elle fut repoussée; vainqueurs et vaincus entrèrent pêle-mêle dans la place. Maîtres de la ville et de la cita- ; délie, Anglais et Hollandais procédèrent avec ordre et méthode 1 à l'œuvre de rapine et de dévastation. Ils vidèrent les maisons, comme ils dépouillèrent les personnes une à une, sans excès ni violences; ils laissèrent partir les femmes avec la robe qu'elles portaient. Le butin qu'ils firent fut immense : Cadix était la ville la plus riche de l'Espagne, le grand entrepôt du commerce de la métropole avec les colonies. Après le pillage, elle fut brûlée (1^96). C'est du sac de Cadix qu'on peut dater la fin ; de la marine espagnole et l'avènement des nouveaux dominateurs des mers.
Philippe n et les Valois. — La paix de Cateau-Cambrésis (1S59) n*avait pas été une simple réconciliation. Le mariage de Philippe II avec Elisabeth de Valois, fille de Henri II, paraissait le gage d'une alliance étroite entre les deux Etats. S'il est peu vraisemblable que les deux rois se soient entendus pour une action commune contre les hérétiques, il est certain que le duc d'Albe, au nom de son mattre, offrit assistance contre le parti protestant français. Déjà se montrait, sous le couvert de lamitié, ce système d'intervention qui coûta tant de sang aux deux royaumes.
La mort de Henri II, la faiblesse de ses successeurs, ouvrirent la France aux influences étrangères. Philippe était singulièrement intéressé à y faire prédominer la sienne ; la politique de répression qu'il voulait imposer aurait eu le double avantage d'entretenir les troubles chez ses voisins, et d'enlever aux réformés des Pays-Bas l'appui de leurs coreligionnaires français. Son ambassadeur, don Juan Manrique de Lara, qui venait féliciter Charles IX sur son avènement, eut l'ordre d'exposer « clairement et ouvertement » les vues de son gouvernement et d'exhorter la reine mère « au plus grand soin et à la plus grande vigilance pour les choses de la religion. »
Si cette sorte de tutelle avait quelque chose de blessant, la responsabilité en remontait jusqu'à Catherine de Médicis, qui ne savait pas assez sauvegarder sa dignité. Au lieu de subordonner toutes les considérations à l'intérêt de l'Etat, elle pour suivait avec passion des alliances de famille. Non contente du mariage d'Elisabeth avec Philippe, elle voulait unir Marguerite de Valois à don Carlos et caressait cette espérance avec l'ardeur d'une mère et la passion d'une parvenue. Mais les deux gouvernements n'étaient pas près de s'entendre. Philippe ne voulait pas payer si cher un concours incertain. Il cherchait à arracher gratuitement des promesses qu'on mettait à très haut prix. C'est la moralité de l'entrevue de Bayonne, ou chacun chercha à duper son voisin, mais où Catherine fut en somme la dupe.
Elle ne montrait pas plus de docilité dans la politique extérieure. Son activité brouillonne, le besoin d'intriguer, et parfois le sentiment des vrais intérêts de la France la poussaient à