‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 9 sur 125 · LUTTE CONTRE L'INFIDÈLE ET L'HÉRÉTIQUE · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE L'INFIDÈLE ET L'HÉRÉTIQUE

né pacifique et redoutait les grandes entreprises. L'agitation des Pays-Bas, le caractère religieux des troubles, les secours que les révoltés trouvèrent auprès des huguenots français et des Anglais le forcèrent, pour ainsi dire, à se poser en adversaire juré du protestantisme européen. Dans les efforts qu'il faisait pour réduire les provinces soulevées, il se heurtait à chaque pas à la force des croyances hostiles aux siennes. C'est ainsi qu'il fut peu à peu conduit à confondre l'intérêt de l'Église avec son propre intérêt.

Il n'est pas non plus vraisemblable qu'il ait conçu du premier coup le projet de dominer le monde. Il n'y vint que peu à peu entraîné par l'ardeur de la lutte, poussé par les provocations de ses adversaires et par la nécessité d'agir contre les Etats qui fomentaient la révolte dans ses provinces. Quand on songe aux provocations de la France et de l'Angleterre, sa longanimité tient du prodige.

C'est seulement à partir de 1580 qu'il prend une attitude plus 1 agressive. La facile conquête du Portugal a enflé son orgueil ; la présence de Granvelle à Madrid évoque le souvenir de Charles-Quint et les rêves de grandeur impériale. Les difficultés intérieures sont résolues ; il prend goût au rôle que les événements ont commencé à lui imposer au dehors. L'Empire, aux mains de Maximilien II et de Rodolphe, a perdu la maîtrise de l'Europe ; c'est au roi d'Espagne qu'elle parait, échoir. II irait siennes les ambitions que la tradition attribuait à l'Empereur; il se considère comme le régulateur du monde, comme le chef de la chrétienté. |

L'Espagne et la papauté. — C'est là-dessus qu'il règle ses relations avec les papes. Il est leur protecteur, mais il est aussi leur patron. Plus respectueux que Charlcs-Quint, plus dévoué et plus fidèle, il n'est guère plus docile. Son règne débute par une guerre contre Paul IV. Le généralissime espagnol, le duc d'Albe, osait écrire au pape qui préparait, avec le concours de la France, l'envahissement du royaume de Naples : que sa conduite inspirait de l'horreur au monde entier, qu'elle mettrait sur son nom une souillure dont il aurait de la peine à se laver devant la postérité. Il jurait que si le pape poursuivait

ses préparatifs et continuait à se montrer le parâtre du souverain dont il devait être le père, il l'en ferait repentir. « Ce sera la preuve de son entêtement, et Dieu imposera le châtiment. »

Si le roi est moins violent dans la forme, il est aussi net dans le fond. A la nouvelle que le pontife se disposait à lexcommunier, il écrivit de Londres à la régente d'Espagne qu'en dépit de l'interdit, il continuerait à pratiquer les sacrements ; que ses peuples devaient faire de même et tenir toutes les censures pour nulles, injustes, sans valeur, sans fondement, « puisqu'il a pris avis de ce qu'il peut et doit faire ». Il recommande à sa sœur de bien garder tous les passages et de faire grand et exemplaire châtiment des porteurs d'excommunications.

Ce sont là des situations violentes où la vivacité de la lutte fait perdre toute mesure. Quand Paul IV eut été réduit à demander la paix, Philippe II n'abusa pas de la victoire comme l'aurait fait Charles-Quint; il ne chercha pas à humilier le pontife vaincu. Il ne cessait pas de le révérer comme le représentant de Dieu et sentait la nécessité d'agir de concert avec lui. Mais ces sentiments de vénération bien connus le dispensaient de montrer une obéissance passive. On voit un souverain qui sait le prix de son alliance et de ses services» Il rappela vivement à la discrétion Pie V qui s'était avisé, de le faire tancer par le nonce. A ce propos il exposait au pape les véritables conditions de leur entente : « Qu'à l'avenir il y ait entre nous, ainsi que l'exigent le service de Dieu, le bien de la chrétienté et le remède aux maux présents, une si bonne correspondance^ un respect et un amour si réciproques, que l'on n'en arrive jamais à de tels termes, et que l'on ne donne lieu à de pareils déplaisirs : car il n'en peut résulter qu'un grand desservice envers Dieu et un grand contentement do tous les mauvais, lesquels ne désirent autre chose que de faire enlrei la défiance dans nos esprits et nos volontés, de l'union desquèU dépendent leur châtiment, le recouvrement de ce qui est perdu, la conservation et l'accroissement du Saint-Siège. » Il comptait sur un concours réciproque ; il entendait que son zèle fût payé de retour. Il voulait au dedans être le maître de son clergé ; il

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voulait au dehors diriger la politique pontificale. On sait avec quelle hauteur il répondit aux conseils de modération que lui faisait entendre Pie Y. Aussi n*excita-t-il jamais à Rome qu'une sympathie très tiède sans rapport avec ses services. Même des papes comme Sixte Y se montrèrent très rebelles à son influence et lui témoignèrent les sentiments les plus hostiles. Il fut plus heureux avec les successeurs de ce pontife : Grégoire XIII et Clément YIII suivirent par crainte et par politique la direction qui venait d'Espagne. Mais la cour romaine répugnait à tant / de docilité; plus d'une fois il y eut des tentatives de résistance. L'abjuration de Henri IV ne sauva pas seulement l'indépendance française : elle contribua à affranchir la papauté. \

Lutte contre les Barbaresques et les Turcs. — Philippe II avait bien droit cependant à quelque reconnaissrance pour avoir fait tète à tous les ennemis de la papauté, à l'infidèle comme à l'hérétique. Depuis que les Barberousse avaient donné à la piraterie une capitale, la Méditerranée était infestée de corsaires. D'Alger partaient tous les printemps les galiotes rapides et légères qui battaient en tous sens la mer, guettaient les navires, interrompaient le trafic do l'Espagne avec les autres pays. Les reîs se hasardaient même à débarquer sur les côtes, guidés par les signaux ou par les avis des Morisques*. La terreur qu'ils inspiraient était si grande que les habitants, à l'approche de la belle saison et de la course, se retiraient a cinq ou six lieues dans l'intérieur des terres. Les cris des populations appelaient une répression énergique. On a déjà vu | les luttes de l'Espagne contre les Barbaresques et l'échec des / musulmans devant Malte (156S) '.

Les Barbaresques, qui servaient, pour ainsi dire, d*avantgarde à la puissance ottomane, auraient pu, s'ils l'eussent voulu, pendant la révolte de Grenade, porter la guerre dans la péninsule même et soulever aux flancs de la Castille une insurrection plus . terrible que celle des Pays-Bas. Distraits par d'autres soins ou indifférents, les Turcs ne comprirent pas quels avantages il y avait à soutenir les Morisques. Le Beglierbeg

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