DES DUCS DE BOURGOGNE A PHILIPPE H
pendance des Pays-Bas vis-à-vis de la France, il renoue le lien à peu près rompu avec l'Empire. Par la Transaction d'Augsbourg (1548) il constitue ses dix-sept provinces en cercle de Bourgogne^ que Maximilien avait déjà platoniquement fait décréter par une diète en 15i2;enfln, parla Pragmatique sanction de Bruxelles (1549), il en fait un tout indivisible et inaliénable. Dans cette œuvre de patience et d'habileté autant que de force, il avait eu pour collaborateurs des ministres d*élite, mais surtout deux femmes d*un rare talent politique, les deux régentes qui gouvernèrent les Pays-Bas pendant qu*il courait les routes et les champs de bataille de TEurope et de l'Afrique : sa tante Marguerite d'Autriche et sa sœur Marie, reine douairière détrônée de Hongrie. Un grand État, fruit des efforts opiniâtres des maisons de Bourgogne et de Habsbourg pendant plus de cent cinquante ans, semblait ainsi définitivement constitué en Occident en face de la France, de TEmpire et de l'Angleterre.
Mais Charles-Quint avait violenté ses sujets des Pays-Bas en matière politique, financière et religieuse * : son œuvre ne lui survécut pas. Il avait cependant renforcé notablement la monarchie ébauchée par les ducs de Bourgogne. Dès 1531, il avait institué à Bruxelles un gouvernement central appuyé solidement sur les trois Conseils collatératix (privé, d'Etat et des finances). 11 avait, pendant son règne de quarante ans, réformé l'armée, la marine, les finances, l'assistance publique, la justice; et durant deux siècles on vécut sur ses réformes. Mais ses guerres européennes épuisaient les Pays-Bas d'hommes et d'argent; le peuple de toutes les provinces murmurait contre les impôts écrasants, contre les excès des soldats, qui se dédommageaient de leur solde arriérée sur le paysan sans défense, contre la violation des privilèges jurés et surtout contre la sévérité draconienne de la législation nouvelle en matière d'hérésie. Cette dernière^ eau se de. désaffection minait sourdement le trôné^enapparence si solide de Charles-Quint et devait conduire à la tragédie du règne de Philippe II. En effet, ce fut TîEaiTes^^Ouint lui-même, et non son fils, qui organisa méthodi-
i. Pour la révolte de Gand (!539-lo40^, voir ci-dessus, t. IV, p. \ 17-119, chap. lu (guerres d'Italie, deuxième partie).
Histoire o£n£kalb. V. **>
quement rextirpation des protestants dans les Pays-Bas et qui doit portai* la plus grande part de responsabilité dans tout ce qui s'ensuivit. Tandis que la politique l'obligeait à biaiser, à temporiser, même à céder en Allemagne, il se montre implacable dans ses « pays de par deçà. »
Réorganisation de l'Inquisition néerlandaise. — La Réforme, préparée. par Erasme et les humanistes, s'y élait répandue avec une rapidité foudroyante aux premiers éclats de la voix de Luther. Dès 1519, le couvent des Augustins i Anvers devient le foyer de l'opposition religieuse et le centre des prédications luthériennes. Le 22 mars 1521 , Qharles-Quint donne à Malines son premier placard d'hérésji qui condamne aux Qammes les écrits de Luther et de ses adhérents ; puis il part pour la diète de Worms et y promulgue son célèbre édit du 8 mai, qu'il fait aussitôt publier dans les deux langues du pays (français et flamand) dans les dix-sept provinces des Pays-Bas. Se substituant au souverain pontife et à la Vieille Inquisition papale du moyen âge, il se chaire lui-même d'extirper dans ses Etats patrimoniaux, par le fer et par le feu, l'hérésie luthérienne. Sans consulter le Saint-Siège, îl réorganise l'Inquisition et investit des fonctions d'inquisiteur général des Pays-Bas un laïque, le conseiller François van der Hulst, auquel il subordonne des assesseurs ecclésiastiqies (23 avril 1522). Aussitôt les protestants sont tiraqués partout. Les Augustins d'Anvers, arrêtés en masse, voient détruire de fond en comble et raser leur couvent; ils échappent à la niort par l'abjuration, sauf trois qui s'obstinent dans l'hérésie : l'un d'eux meurt mystérieusement en prison; les deux autres, Henri Voes et Jean van Essen, sont brûlés vifs sur la Grand' Place de Bruxelles (l*^'^ juillet 1523), et Luther, du fond de l'Allemagne, célèbre dans des strophes enflammées ces premiers martyrs de la Réforme en Europe.
Cependant Yan der Huist abuse de ses pouvoirs, se brouille avec la régente des Pays-Bas et avec les autorités locales; puis, frappant un grand coup, il négocie secrètement avec son ancien condisciple de l'université de Louvain, devenu pape, et Adrien YI l'investit des fonctions d'inquisiteur papal, le mettant