DES DUCS DE BOURGOGNE A PHILIPPE II
aÎDsi au-dessus de TEmpereur et de son gouverneirienl (Bulle lia i^' juin 1523). La mort enlève inopinément Adrien VI, et Charles-Quint ea profite pour destituer Van der Hulst (9 octobre 1523). Seulement la leçon n'avait pas été perdue. L*Empereur coniprend qu*il vaut mieux agir de concert avec le Saint-Siège, et, d'accord avec lui, le pape Clément VII désigne trois ecclésiastiques pour remplir les fonctions d'inquisiteurs généraux des Pays-Bas, les émancipant des évèques et leur conférant le droit de désigner des inquisiteurs spéciaux dans chaque province (Bulle du 17 juin 1524). Les biens dos hérétiques seront confisqués au profit de l'Etat, qui prend à sa charge les traitements des inquisiteurs et les autres frais de l'Inquisition néerlandaise réorganisée définitivement. Dorénavant l'Église et le bras séculier se prêtent un mutuel appui pour écraser l'hérésie.
Répression du protestantisme. — Les édits ou placards de Charles-Quint, < plustost escripts de sang que d'encre », se succédèrent sans interruption à partir de 1521; on en compte une douzaine jusqu'à l'Édit perpétuel du 25 septembre 1550, qui renchérit sur les autres et fixa la législation en matière d'hérésie pour les premières années du règne de Philippe II. Cet édit décrétait la peine de mort par le fer, la fosse (pour les femmes) ■et le feu, non seulement contre les hérétiques, mais encore contre tous ceiuc qui vendaient, achetaient, copiaient ou possédaient des livres suspects, qui fabriquaient ou vendaient des figures opprobrieuses de la Vierge, des saints ou du clergé, qui brisaient des images religieuses, qui tenaient des conventicules, qui disputaient sur l'Ecriture sainte en public ou en secret, qui logeaient, nourrissaient ou favorisaient les hérétiques ou qui ne les dénonçaient pas. Leurs biens confisqués étaient attribués par moitié aux délateurs. Dans le préambule, Charles- Quint déclarait qu'il agissait ainsi, « faisant office de bon prince ». Dès 1546, il avait donné aux inquisiteurs une instruction détaillée, conçue dans le même esprit. Les premiers historiens du protestantisme, se faisant l'écho des contemporains terrifiés par le nombre croissant des victimes de l'Inquisition néerlandaise, ont cité des chifl'res fantastiques. Grotius
parle de 100 000 exécutions. Le prince d*Orange les réduisait à 50 000. On n'en saura jamais le nombre exact, les données précises manquant par suite de la perte de tant d'archives brûlées pendant les guerres ou détruites par incurie.
Quoi qu*il en soit, aux luthériens décimés étaient venues s'ajouter les nombreuses sectes anabaptistes, les unes pacifiques et résignées comme les luthériens, les autres, au contraire, pleines d'une ardeur révolutionnaire, qui allait jusqu'au communisme le plus radical. Enfin, dans les dernières années du vieil empereur, les calvinistes arrivèrent par la France, plus fougueux et plus tenaces que tous les autres sectaires. Tout le monde prend parti pour ou contre Rome; la littérature et les arts s'imprègnent profondément des querelles théologiques. En vain, l'université de Louvain fournit des apologistes et des inquisiteurs. La noblesse, à court d'argent; la bourgeoisie mécontente de la violation de ses privilèges municipaux et du trouble que les persécutions religieuses jettent dans les transactions commerciales et dans l'industrie; le peuple des villes et des campagnes, travaillé par les émissaires des nouvelles doctrines et écrasé sous le poids des impôts et des charges militaires : tous sont envahis par un malaise et une désaffection qui vont éclater, dès que Charles-Quint aura cédé à son fils Philippe II ses Étatshéréditaires. L'imposante cérémonie de sonabdication(2o octobre 1555), qui eut lieu à Bruxelles, en présence de la 'fleur de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie, réunissait la plupart des acteurs principaux de la tragédie prochaine : le cardinal Granvelle, le duc d'Albe, les comtes d'Egmont et de Hornes, qui devaient porter leurs têtes sur l'échafaud, tant d'autres encore, qui allaient périr sur les champs de bataille ou dans les flammes du bûcher, enfin le jeune prince d'Orange, qui devait être l'âme du soulèvement et sur l'épaule duquel le vieil empereur s'appuyait avec confiance en adressant ses adieux à ses sujets des Pays-Bas.
//. — Philippe II : prologue de la révolution.
Commenoements du nouveau règne. — En quittaot le pouvoir, Charles-Quint avait fait promettre solennellement à son fils de ne pas faiblir dans la défense de la religion catholique. La recommandation est significative, mais elle était inutile : Philippe II n*avait pas besoin de ces conseils paternels. L'un de ses premiers soins fut de faire republier Tédit de 1550 et de confirmer l'instruction de 1546 relative à llnquisition. Or, peu à peu l'opinion publique s'était modifiée depuis le commencement de la lutte entamée par l'Église et l'État contre les sectaires, dont le nombre augmentait sans cesse malgré les rigueurs de la répression. Le peuple disait hautement qu'il y avait tyrannie à violenter les consciences, qu'il était barbare.de punir de mort des opinions dont Dieu seul était juge. Les grands ne cachaient pas l'horreur que cette législation leur inspirait. D'abord approuvée par la majorité de ses sujets, subie ensuite sans grande opposition, elle avait fini par devenir antipathique ou odieuse à la masse, au moment où Philippe II la reprend en bloc et l'applique aveuglément.
Le premier souci de Philippe II fut la guerre de France. La bravoure du comte d'Egmont, brillant général de cavalerie, décida des victoires de Saint-Quentin (1657) et de Gravelines (1558); et une paix avantageuse fut signée à Cateau-Cambrésis (1559). A peine Philippe II s était-il embarqué pour l'Espagne, quittant les Pays-Bas pour n'y plus jamais revenir (26 août 1559), que les difficultés intérieures commencèrent.
Mécontentement des Pays-Bas. — La régence avait été confiée par le roi à sa sœur naturelle Marguerite de Parme, fille de Charles-Quint et d'une servante d'Audenarde. L'Empereur l'avait fait élever soigneusement à la cour et l'avait mariée à Octave Farnëse, duc. de Parme. Elle était douée de grands talents politiques et allait continuer dignement les traditions des deux régentes de Charles-Quint, mais dans des circonstances autrement difficiles. Les trois Conseils collatéraux
l'aidaient dans le gouvernement des Pays-Bas; seulement Philippe II avait placé au-dessus d'eux la Consulte (TEtat, où slé^ geaient, avec la gouvernante générale, les trois hommee de confiance du roi, Granvelle, Viglius et Berlaimont, trois parvenus dont la puissance excitait le dépit des chefs de la noblesse, des « grands maîtres » : Orange, Egmont et Homes. Antoine Perrenot de Granvelle, évoque d'Arras et bientôt archevêque de Matines et primat des Pays-Bas, était le fils d'un Franc-Comtois, ministre favori de Charles-Quint. Celui-ci l'avait distingué dès sa jeunesse et Philippe II lui avait continué cette confiance. Politique habile et sans scrupules, il déploya de grands talents, mais se brouilla rapidement avec Guillaume de Nassau, prince d'Orange, le premier, le plus puissant et le plus riche des nobles des Pays- Bas. On le surnommait a le Taiseux » (qui sait se taire à propos) et la postérité l'appelle à tort le Taciturne. C'était un homme de premier ordre, éloquent, avisé, ambitieux, jouissant d'une grcmde popularité. Ceux qui entouraient les deux rivaux, n'étaient que des comparses. Les rivalités et les intrigues de la cour de Bruxelles furent une première cause d'embarras.
Trois à quatre mille mercenaires espagnols, qui avaient servi dans la guerre de France, étaient restés aux Pays-Bas et, laissés sans solde, y commettaient toute sorte d'exactions. Les Etats généraux, poussés par les plaintes du peuple, réclamèrent jusqu'en 1560 leur éloignement; Philippe II, reculant d'année en année leur départ pour l'Espagne, comptait sur eux pour réprimer les troubles imminents. Sa concession tardive ne fit qu'enhardir l'opposition contre le souverain, qui n'avait pas su se faire aimer et avait déplu à tout le monde par son caractère sombre et hautain, par son ignorance des langues parlées par ses sujets des Pays-Bas et par la préférence qu'il accordait aux Espagnols. Ceux-ci, qui avaient à prendre une revanche sur la tyrannie et la cupidité des favoris flamands et wallons de Philippe le Beau et des premières années de Charles-Quint, abusèrent maladroitement de la faveur du prince et envenimèrent les antipathies nationales.
La noblesse des Pays-Bas, ruinée par son imprévoyance et son faste, était tenue à l'écart des charges publiques où elle aurait
PHILIPPE H : PllOLOÛUE DE LA RÉVOLUTION 183
pu refaire sa fortune. Elle subissait en frémissant le joug des ] étrangers, dont Granvelle était le chef détesté. La création des nouveaux évèchés (1560), que GharleskQuint avait vainement réclamée du Saint-Siège pendant son long règne, et qui, en principe, était une réforme absolument justifiable, retomba lourdement sur Philippe II, qui ne faisait cependant que réaliser un projet favori de son père. On mécontentait par là le clergé, parce qu'on avait dû exproprier quelques abbayes pour doter les dix-huit nouveaux évèchés, les nobles qui voyaient exclure des prélatures ecclésiastiques leurs cadets de famille, puisqu*on exigeait dorénavant des aspirants à Tépiscopat le grade de docteur en théologie, et qui s*indignaient de voir entrer à rassemblée des Etats de petits théologiens de Louvain en leur qualité d^évèques, enfin le peuple, qui appréhendait non sans raison un renforcement indirect de Tlnquisition, à la suite de celte fournée d*évèques, dont plusieurs étaient d'anciens inquisiteurs qui s'étaient signalés par leur zèle.
L^exaspération fut à son comble lorsque Granvelle devint cardinal et primat des Pays-Bas, obtenant ainsi le pas sur tous les grands seigneurs. Orange et Egmont, appuyés sur la noblesse et soutenus par toute la nation, réclamèrent le départ de Granvelle et refusèrent de siéger avec lui au Conseil d'Etat. Le cardinal tint bon d'abord; mais, abandonné a la longue par la régente, il fut rappelé par Philippe II et quitta les Pays-Bas, en mars 1864. Un grand désarroi suivit. Orange et Egmont demandaient des réformes et l'adoucissement des placards d'hérésie; les inquisiteurs, stimulés par Philippe II, redoublaient d'activité et de sévérité ; le peuple murmurait et réclamait la convocation des États généraux. Vainement Egmont alla en Espagne exposer au roi les doléances de ses sujets. A peine élait-il de retour que Philippe II envoyait à Bruxelles ses fameuses dépèches, datées du Bois de Ségovie (11 octobre 1565) : il ordonnait de réprimer l'hérésie sans le moindre ménagement. Pour lui, il estimait « que la cause du mal qu'il y a eu, et de ce qu'il soit ainsy augmenté et passé si avant, ait esté par la négligence, flocheté et dissimulation des juges ». En même temps, il refusait les réformes et la convocation des États.
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Viglius raconte que le prince d'Orange s*écria avec une joie non dissimulée : que c'était c le commencement d'une belle tragédie. »
Le « Compromis des nobles ». — Trois jeunes seigneurs se rencontrant aux eaux de Spa vers Tautomne de 1565, Louis de Nassau, frère cadet du Taciturne, Jean de Marnix et Nicolas de Hames, héraut d'armes de la Toison d'Or, conçurent alors le projet d'une confédération de la noblesse pour le redressement des griefs. Henri de Brederode, Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, une foule d'autres se joignirent successivement à eux; le Compromis des nobles fut définitivement arrêté à Bréda, dans un château du prince d'Orange, qui encourageait sous main le mouvement. UAcle (T alliance y que les adhérents signèrent sur des copies qui circulèrent dans toutes les provinces, déclarait que les gentilshommes entendaient ne rien entreprendre contre l'autorité du roi, mais s'unissaient pour obtenir l'abolition de l'Inquisition, fonctionnant a au grand déshonneur du nom de Dieu et à la perte, désolation et ruine totale des Pays-Bas, rendant toutes personnes perpétuels et misérables esclaves >. c Nous promettons Tun à l'autre toute assistance de corps et de biens, comme frères et fidelles compagnons, tenant la main l'un à l'autre, que nul d*entre nos confrères et confédérés ne soit recherché, tourmenté ou persécuté en façon ou manière quelconque », auquel cas tous les signataires lui prêteraient aussitôt aide et protection « sans rien y espargner. »
La Confédération comptait plus de deux mille membres, quand elle obtint une audience de la gouvernante. Les nobles firent leur entrée à cheval à Bruxelles au nombre de deux à trois cents. Le lendemain, 5 avril 1566, ils se rendirent à pied au palais, marchant deux à deux aux acclamations de la foule. Marguerite de Parme les reçut, entourée des membres du Conseil d'Etat : Orange, Egmont, Homes, Viglius et Berlaymont. Le comte de Brederode lui remit une requête qui protestait du dévouement de la noblesse et du peuple, mais regrettait c la dernière résolution de Sa Majesté » quant à la répression du protestantisme, et demandait qu'on envoyât en Espagne auprès du roi un personnage honorable pour réclamer l'abolition de rinquisition et la convocation d'Etats généraux chargés de
modérer la législation religieuse. Les gentilshommes déclaraient dans cette requête qulls croyaient avoir c juste occasion de craindre que s*en pourra finalement ensuyvre une esmeute et sédition générale, tendant à la misérable ruine de tout le pays ». Le soir, réunis dans un banquet, ils prirent au milieu d*un grand enthousiasme le nom de GueuXj dont Torigine exacte resta douteuse pour les contemporains comme pour la postérité. Le lendemain, la gouvernante leur donna une réponse brève et vague, promettant de transmettre au roi les vœux de la noblesse.
Les « briseurs d'images ». — Les Pays-Bas se mirent alors à espérer en des jours meilleurs. Partout on acclamait les Gueux comme les sauveurs de la patrie, et, dans les chansons populaires, on se croyait déjà délivré c de tous les inquisiteurs d'hérésie >. En même temps, les commerçants et les bourgeois avaient organisé une confédération qu'on a nommée le Compromis des marchands et qui se mit en rapport avec les nobles, leur offrant l'argent nécessaire pour organiser la résistance et lever des troupes. De leur côté, les ministres calvinistes s'enhardirent jusqu'à tenir à Anvers, à Gand, à Bruges, partout, des prêches en plûn air aux portes des villes. La foule s'y rendait en armes, à la barbe des autorités impuissantes et en violation ouverte des placards. L'effervescence populaire éclata bientôt en voies de fait : dans le courant du mois d'août, les églises et les chapelles furent envahies et les images des saints, emblèmes de « l'idolâtrie romaine >, arrachées et brisées. Ce fut comme une tourmente qui passa avec la rapidité de la foudre sur les dix-sept provinces des Pays -Bas, prenant tout le monde à l'improviste, doublant l'exaltation des calvinistes, terrifiant les catholiques et le gouvernement, brouillant les calculs opiniâtres, mais prudents, du prince d'Orange. Un nombre incalculable de chefs-d'œuvre des grands peintres et des grands sculpteurs du moyen âge furent ainsi anéantis en quelques jours par le fanatisme aveugle de la multitude déchaînée. La magnifique cathédrale d'Anvers et tant d'autres églises, qui étaient de véritables musées d'objets d'art, perdirent toutes leurs richesses.
Désarroi universeL — La stupeur et la consternation des catholiques furent telles que, dans les premiers temps, les prè-
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ires n'osaient plus se montrer qu'en habit laïque, laissaient croître leur barbe et disparaître leur tonsure. Les couvents se vidaient; beaucoup de moines et de religieuses se mariaient. Les églises, rouvertes à la hâte, n'attiraient plus les fidèles; les magistrats des villes se voyaient même partout obligés d'en accorder la jouissance aux calvinistes ou d'autoriser ceux-ci à se construire des temples. < En ce temps là », dit le chroniqueur gantois Marc van Vaernewyck, « sur vingt personnes, il n'y en avait pas une qui pût savoir comment les choses tourneraient. Les uns disaient : < Les Gueux triompheront »; les autres : « Les papistes remporteront la victoire. t>
La gouvernante affolée avait voulu s'enfuir dé Bruxelles; elle en avait été empêchée; elle avait dû arrêter le fonctionnement de l'Inquisition et suspendre les placards d'hérésie. Mais la noblesse s'était refroidie; seuls les seigneurs calvinistes, d'accord avec les marchands protestants, se préparaient à maintenir les avantages obtenus et prenaient les armes. Orange, abandonné par Egmont et la plupart des « grands maîtres », refusait de se mettre à la tête du parti radical et était devenu suspect à tout le monde. Bientôt le gouvernement, revenu de sa première frayeur, renforça les garnisons et reprit une à une les concessions. Les petites armées levées par les calvinistes furent taillées en pièces à Lannoy et à Watrelos en Hainaut et plus tard à Austruweel (13 mars 1561) sous les murs d'Anvers; Jean de Marnix y perdit la vie avec plusieurs autres chefs du mouvement. Valenciennes, où les calvinistes s'étaient fortifiés, fut prise et châtiée. La résistance était domptée. Quant à Philippe II, en apprenant les excès des iconoclastes, il avait juré de venger Dieu et son Eglise et promis de se rendre en personne dans les Pays-Bas; mais il préféra y envoyer son meilleur général, l'inexorable duc d'Albe, avec 17 000 hommes de troupes d'élite, en majorité espagnoles. A l'annonce de son arrivée prochaine, une émigration en masse vers l'Angleterre et les régions protestantes de l'Allemagne se produisit dans les Pays- Bas. Le prince d'Orange, après avoir vainement tenté de renouer avec Egmont et les chefs de la noblesse, se retira dans sa famille à Dillcnburg dans le duché de Np^ssau, où il était né.
Le duc d'Albe et le 4c Tribunal du Sang » . — Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, alors âgé d'environ soixante ans, était < un vieux, long, maigre, portant une longue et mince barbe blanche ». Sous Charles-Quint, il 8*était illustré à Pavie, dans les campagnes contre les Turcs, a Tunis et à Alger, en Provence et au siège de Marseille. Il avait taillé en pièces les protestants allemands à Mûhlberg et gouverné ITtalie d'une main de fer, au nom du roi d'Espagne, envers et contre tous, même contre le pape. Philippe II savait à qui il confiait le soin de sa vengeance.
Le duc d'Albe rassembla ses troupes en Lombardie, franchit les Alpes et arriva au mois d*août 1567 dans le Luxembourg. Son voyage jusqu'à Bruxelles fut une marche triomphale en pays conquis; les grands seigneurs catholiques venaient en foule le saluer sur son passage, même Egmont et Homes et le fils aîné du Taciturne, Philippe-Guillaume, comte de Buren, qui faisait ses études à Louvain. D'ailleurs, les Pays-Bas étaient déjà pacifiés et Marguerite de Parme voyait d'un mauvais œil l'arrivée de ce $oldat armé de pleins pouvoirs. Dès les premiers jours, elle avait offert sa démission au roi, ne voulant pas subir la tutelle du duc d'Albe, qui agissait en maître. Il jeta déflnitivement le masque, quand, le 9 septembre 1567, ayant mandé chez lui les comtes d'Egmont et de Hornes pour assister à un conseil de guerre, il les fit arrêter dans son propre hôtel à l'issue des délibérations auxquelles ils avaient pris part. D'autres arrestations de personnages importants suivirent, parmi lesquelles celles du bourgmestre d'Anvers et du jeune comte de Buren, qui fut envoyé en Espagne, firent presque autant sensation que la capture des deux comtes. Peu de temps après, la gouvernante générale obtint son congé, transmit ses pouvoirs au duc d'Albe et se retira dans ses possessions d'Italie.
Le duc d'Albe commença par instituer une juridiction spéciale pour connaître des méfaits commis contre le roi et la religion : le Conseil des Troubles^ que la voix populaire baptisa bientôt du nom mérité de Tribunal du Sang. Ce Conseil, qu'il présidait lui-même, était composé des Espagnols Yargas et Del Rio, qui seuls avaient le droit de voter, et de quelques magistrats des Pays-Bas, qui pour la plupart s'abstinrent par
pudeur d'y venir siéger. D'ailleurs, le duc d'Albe s'était réservé à lui seul la sentence définitive. Dans chaque province, des limiers de police allèrent dresser la liste de ceux qui avaient été mêlés aux Compromis des nobles et des marchands, aux excès des briseurs d'images et à la prise d'armes des calvinistes. Tous ceux dont on put se saisir furent exécutés. Les biens de centaines de mille émigrés furent confisqués. Il faut consulter les volumineux Registres des condamnés et bannis à cause des troubles des Pays-Bas, aux archives de Bruxelles, pour se rendre compte de la sévérité de cette répression méthodique et en masse. Dans toute l'étendue des dix-sept provinces on pressa des potences et des bûchers; même aux arbres des grandes routes on vit pourrir les cadavres, au point que l'atmosphère devint un foyer d'infection. Les deux victimes les plus illustres furent les comtes d'Egmont et de Horne.s» décapités le même jour côte à cOte sur un même échafaud, dressé sur la Grand'Place de Bruxelles (5 juin 1568). Les deux tètes sanglantes y restèrent exposées sur des piques pendant trois heures. La consternation était universelle et le duc d'Albe put croire qu'il en avait fini avec ce peuple de révoltés. Le 8 juin, il écrivait au roi que les Pays-Bas étaient matés et il proposait une amnistie générale : < Ce peuple est si facile que la clémence de Votre Majesté lui fera supporter l'obéissance d'aussi bon gré qu'il la supporte aujourd'hui avec peine. >
IIL — Les guerres de religion.
Première campagne du prince d*Orange. — Mais déjà les bannis et les émigrés avaient relevé la tète et se proposaient de délivrer à main armée la patrie écrasée. Le Taciturne, afin de lever des troupes, mit en gage ses derniers biens et les bijoux qu'il avait pu sauver. Ses frères et quelques princes protestants dWUemagne lui avancèrent de l'argent. Puis le comte Louis de Nassau envahit hardiment les seigneuries de Groningue et de Frise. Ses drapeaux portaient la fière devise :
Recuperare aut mort. Le 23 mai 1568, il remporta une victoire à Heiligerlee sur une petite armée espagnole dont le commandant, le comte d'Aremberg, fut tué. Le duc d'Albe accourut et mit ses troupes en déroute à Jemgum ; le comte Louis ne sauva sa vie qu'en traversant TEms à la nage (21 juin). Pendant ce temps le prince d'Orange avait passé la Meuse au nord de Mae3tricht avec une autre armée. Tongres et Saint-Trond dans li principauté de Liège lui ouvrirent leurs portes, mais le du: d'Albe le força à battre en retraite vers la France (novembre 1568). Les Pays-Bas n'avaient pas bougé, sauf la petite ville de Diest en Brabant, qui fut cruellement punie. Le duc d*Albe fit procéder à de nouvelles exécutions pour fêter son triomphe et reçut du pape Pie V un chapeau orné de pierreries et une épée d'or, qui portait l'inscription suivante : Accipe sanclum gladium munus a Deo^ in quo dejicies adversarios populi mei Israël. Mais Marnix de Sainle-Aldegonde, qui du fond de l'exil à Embden avait lancé son virulent pamphlet : Byenkorf der H. Roomsche Kercke (La ruche à miel de la Sainte Église romaine), où, suivant le mot de de Thou, il avait « mis la religion en rabelaiserie », releva les courages par les strophes d'une gravité enflammée de son hymne Wilhelmus van Nassouweny qui jusqu'à ce jour est resté le chant national de la Hollande. a Le dixième denier. » -^ Cependant le duc d'Albe, pour rétablir l'équilibre dans les finances, réunit les Etats généraux à Bruxelles au mois de mars 1569 et leur communiqua son projet de créer trois impôts nouveaux : le centième, le vingtième et le dixième denier. On exigerait, pour une fois seulement, 1 p. 100 de la valeur de tous les biens, meubles et immeubles; on paierait à l'avenir 5 p. 100 (le vingtième) pour toute mutation d'immeubles; enfin 10 p. 100 seraient prélevés en permanence sur toutes les transactions. Les députés des Etats généraux, malgré leur mécontentement, se confondirent en platitudes et retournèrent, suivant l'usage, dans leurs foyers pour soumettre les propositions du gouvernement aux Etats provinciaux. Les menaces du duc d'Albe et de ses agents eurent raison de toutes les résistances, et les impôts furent enfin votés; mais on recula le moment où ils seraient perçus intégrale-
ment. En juillet 1570, le duc d'Âlbe fit proclamer une amnistie dérisoire à Anvers et y assista à Tinauguration de sa propre statue, qu'avec le bronzQ. des canons pris à Tennemi il avait fait ériger dans la nouvelle citadelle construite pour tenir en respect la grande métropole. Il y était représenté, foulant aux pieds rhérésie figurée sous les traits du prince d'Orange. Cette apothéose marqua lapogée de sa toute-puissance.
Déjà Torage grondait sourdement. Le clergé et les catholiques fanatiques avaient applaudi à Técrasement impitoyable des protestants. La masse de ceux qui n'avaient pas cru devoir fuir devant le duc d'Albe, avait courbé la tête en silence. Mais, lorsque l'impérieux gouverneur général annonça qu'il allait faire recouvrer les nouveaux impôts, tous se sentirent atteints dans leur bourse et se préparèrent à la résistance. Le dixième denier était particulièrement intolérable et portait le coup (le mort aux affaires déjà languissantes. Les commerçants se mirent en grève plutôt que de payer 10 p. 100 sur la vente de leurs marchandises. A Bruxelles même, les bouchers et les boulangers fermèrent boutique. Le duc d'Albe exaspéré avait, dit-on, fait préparer des cordes pour pendre les récalcitrants chacun devant sa porte, quand arriva la nouvelle foudroyante de la prise de La Brielle par les « Gueux de mer. >
Les « Gueux de mer » . — Depuis plusieurs années, une partie des bannis tenaient la mer au nom du prince d'Orange et inquiétaient les navires à Téntrée et à la sortie des ports des Pays-Bas. Elisabeth leur avait ouvert les villes maritimes de l'Angleterre et ils trouvaient le même appui sur les côtes allemandes ; de là ils exerçaient des pirateries continuelles, mais en somme peu efficaces. Au commencement de l'année 1512, Elisabeth fut obligée de se rapprocher de l'Espagne et leur interdit l'entrée de ses ports. C'est ainsi qu'une flottille des Gueux, chassée d'Angleterre, fut jetée par un vent contraire dans l'embouchure de la Meuse et se croyait déjà sûre de tomber entre les mains des Espagnols, lorsqu'elle apprit que la ville prochaine, La Brielle dans l'île de Voorne, n'avait plus de garnison espagnole. Aussitôt les Gueux débarquèrent et s'en emparèrent (1*' avril 1572); puis ils s'y maintinrent, repoussant
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toutes les attaques. Ce fut le signal de la délivrance. D*un bout à l'autre des Pays-Bas, le peuple, exaspéré par les nouveaux impôts, chansonnale gouverneur général Jusqu'alors invincible. Le 6 avril, Flessiugue dans Tile de Walcheren chassa les troupes espagnoles. Veere suivit; puis, à la fin de mai, Enkhuizen en Hollande. Le charme semblait rompu et les deux comtés de Zélande et de Hollande, où les émigrés affluèrent bientôt d'Allemagne, d'Angleterre et de France, cillaient devenir le boulevard de la résistance.
Deuxième campagne du prince d'Orange. — Le Taciturne et son frère Louis résolurent alors de tenter de nouveau le sert des armes pour délivrer les Pays-Bas. Après sa défaite de Jemgum, Louis de Nassau s'était retiré au milieu des huguenots en France et avait combattu dans leurs rangs à Jamac et à Moncontour. D'accord avec Goligny, il marcha sur le Hainaut avec une armée de protestants français et s'empara de Mons (24 mai 1572). A cette nouvelle, la plupart des villes de Hollande et de Zélande se déclarèrent pour le prince d'Orange et le mouvement insurrectionnel gagna ensuite la Gueidre, rOver-Yssel, la Frise et Utrecht. Le Taciturne envoya Marnix de Sainte-Aldegoode en Hollande; lés Etats du comté, réunis à Dordrecht (mi-juillet), lui accordèrent des subsides et, par une fiction légale qui était bien dans les idées du temps, ils reconnurent le prince d'Orange comme lieutenant du ror chargé de les délivrer de la tyrannie du duc d*Albe, tout en stipulant que ni le prince ni les États ne se réconcilieraient séparément avec Philippe H. Les deux religions seraient tolérées simultanément. Cet acte célèbre, Wnion de Dordrecht^ jeta les premières bases de la république des Provinces-Unies.
Guillaume d*Orange lui-même n*était pas resté inactif. Ayant réuni une armée en Allemagne malgré TEmpereur, il s*empara de Ruremonde en Gueidre (23 juillet), puis il entra en Brabant. Plusieurs villes lui ouvrirent leurs portes. Le duc d*Albe était pris ainsi entre deux feux. Mais le massacre de la Saint-Barthélémy fut pour le Taciturne « un coup de massue », comme il disait. Tout espoir d'être secouru par la France s'évanouissait. En vain, il s'avança contre le duc d'Albe qui assiégeait Louis de
Nassau dans Mons. Celui-ci dut capituler et, le 21 septembre, il sortit de la ville avec les honneurs de la guerre. Quant au prince d'Orange, il se retira au milieu des révoltés de Hollande, < pour maintenir les affaires par de là tant que possible sera, ayant délibéré de faire illecq ma sépulture. »
Vengeances du duc d*Albe. — Le gouverneur général, que la peur avait rendu féroce, punit cruellement Mons et, pour faire un exemple, livra Malines durant trois jours aux excès inénarrables de sa soldatesque. C'est ce que les contemporains appelèrent avec horreur la Furie espagnole à Malines^ prélude de tant d'autres. Ensuite, avec son digne fils Frédéric de Tolède, il s'avança vers le nord pour en déloger les révoltés. Les Espa* gnols renouvelèrent à Zutphen et à Naarden les abominables massacres de Malines. Haarlem tomba entre leurs mains après un siège héroïque. Mais la résistance victorieuse d'Âlkmaar, où don Frédéric dut lever le siège piteusement (23 octobre 1573), suivie de près par la défaite navale des Espagnols sur le Zuiderzee et par la capture de leur amiral, Boussu, ranima tous les courages. Vers la même époque, le prince d'Orange, qui jusqu'à l'âge de onze ans avait été élevé par ses parents dans la confession luthérienne et était devenu alors catholique pour recueillir l'opulente succession de son oncle dans les Pays-Bas, passa officiellement au calvinisme. Sur ces entrefaites le duc d'Albe, désabusé, abandonné par Philippe II, remit ses pouvoirs au successeur que le roi lui envoyait d'Espagne, et quitta les Pays- Bas, chargé des malédictions de tout un peuple.
Requesens. — Le nouveau gouverneur général, don Louis de Requesens y Çuniga, grand commandeur de Castille, était un homme modéré et prudent, administrateur habile et brave général. A la tyrannie du duc d'Albe il fît succéder un régime plus supportable, mais il était d'accord avec le roi pour ne rien céder en matière de religion. La guerre continua dans le nord, où Leyde était bloqué par les Espagnols et résistait indéfîniment. Middelbourg, la capitale de la Zélande, tomba aux mains des révoltés; mais Louis de Nassau, « le Bayard hollandais », qui amenait d'Allemagne une nouvelle armée, fut défait et périt avec son frère Henri à Mook pr^s de Nimègue (avril 1574). Le
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Taciturne, qui avait perdu trois de ses frères sur les champs de bataille, restait inébranlable à la tète de la poignée de patriotes qui, de toutes les provinces, étaient venus se grouper autour de lui pour défendre les quelques villes de Hollande et de Zélande où flottait sa bannière : orange, blanc et bleu.
Requesens proclama une amnistie, qui n'exceptait que 300 personnes du pardon général (6 juin 1574), et abolit le Tribunal du Sang. Ces concessions arrivaient trop tard. Les Hollandais percèrent leurs digues pour dégager Leyde, et la flotte des Gueux, conduite par Tamiral Louis de Boisot, naviguant au-dessus de la terre ferme, vint ravitailler la ville délivrée après un siège d*un héroïsme antique (octobre 1574). Pour récompenser les habitants, le prince d^Orange leur laissa le choix entre Texcmption des impôts et une université calviniste; ils choisirent noblement Tuniversité, qui s'ouvrit en 1575 et devint Tun des centres scientifiques les plus renommés de l'Europe. De stériles négociations avec le Taciturne occupèrent Requesens pendant la première moitié de 1575. « Vous voulez nous extirper, s'était écrié Marnix aux conférences de Bréda, mais nous ne voulons pas nous laisser extirper I » Requesens résolut alors de reconquérir la Zélande. Ses troupes passèrent à gué les bras de mer qui séparent les lies, ayant de l'eau jusqu'au cou, et s'emparèrent de Duiveland et de Schouwen; mais Requesens, qui souffrait d'une maladie de langueur, expira le 5 mars 1576.
lia « Pacification de Oand ». — Le Conseil d'État, qui exerça la régence, se trouva devant une situation inextricable. Pendant qu*il suppliait vainement Philippe II de consentir à la réunion des États généraux, les troupes espagnoles, laissées sans solde, se révoltèrent et se payèrent en Flandre et en Brabant par des exactions intolérables. Après avoir pillé Alost, les mutins se concentrèrent dans la citadelle d'Anvers. Un coup de main, habilement conduit par des partisans du prince d'Orange, amena l'arrestation du Conseil d'Etat à Bruxelles (14 septembre). Sans convocation du roi, les députés de Brabant, de Flandre et de Hainaut, suivis bientôt par ceux des autres provinces calholiques, ouvrirent les Etats généraux à Bruxelles et entamèrent des négociations avec le prince d'Orange et les deux provinces
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calvinistes de Hollande et de Zélande. Des conférences, tenues à Gand, aboutirent à un traité de réconciliation dirigé contre TE^agne. Cette Pacification de Gand (8 novembre 1576), dont Marnix de Sainte-Aldegonde fut le négociateur principal, stipulait une amnistie générale, une alliance armée des catholiques et des protestants pour expulser les soldats espagnols, la convocation d'Etats généraux chargés de régler les affaires de religion immédiatement après cette expulsion, la suspension des placards d'hérésie dans l'intervalle, le statu quo calviniste en Hollande et Zélande, le retour des proscrits dans les pro^ vinces catholiques, la reconnaissance du prince d'Orange comme lieutenant du roi dans les territoires révoltés, la réhabilitation des condamnés du Tribunal du Sang et la restitution de leurs biens confisqués, etc.
Ce qui avait rendu si coulant sur la question religieuse les députés du clergé et de la noblesse catholique, c*est qu'il n'y avait d'autre, armée disponible que les troupes calvinistes du prince d'Orange pour protéger les abbayes et les châteaux du plat pays contre les brigandages de la soldatesque espagnole. Avant même que la Pacification fût signée, elle avait donné la mesure de sa cupidité et de sa cruauté en mettant à sac la riche métropole du commerce : la Furie espagnole à Anva^s (4 novembre 1576). On évalue à 8000 le nombre des habitants qui y périrent. Pour faciliter le pillage, les Espagnols mirent le feu aux quatre coins de la ville; l'incendie détruisit plusieurs quartiers avec le superbe hôtel de ville tout neuf, dont il ne resta que les quatre murs calcinés. Les pertes furent incalculables et Anvers ne se releva jamais complètement de cette ruine.
Don Juan d'Autriche. — Le jour même où commença le sac d'Anvers, le nouveau gouverneur général de Philippe II, son frère naturel don Juan d'Autriche, le vainqueur de Lépante, était arrivé à Luxemboui^. Pour se faire reconnaître, il dut négocier laborieusement avec les Etats généraux catholiques, approuver la Pacification de Gand et promettre l'éloignement des troupes espagnoles. Le Taciturne, qui avait conseillé de l'arrêter, se tint à l'écart, mais mina énergiquement son auto-
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rite. Perdant patiëneç, don iuan s'*empara dé la dtadelte de Namur (21 juillet 1577), rappela. autour de lui les mercenaires i
qui se retiraient dans, le Luxenthoui^^, et rompit ouvertement j
avec les États généranx, les jetant àinsiidaas les bras du prince d'Orange. Celui^i; appelé par le peuple du BrsJ^ant, fit une entrée triomphale à Bmlelles (23 septemlire.) et acquit aussitôt une influencée prépondérante, au grand dépit des évérques et des nobles catholiques, d<mt le vaniteux dxic d*Aersch6t était le chef. Oeux-ci crurent lui avoir suscité* un rival en appelant d'Allemagne le fils d'une sœur de Philippe II,. larchiduc Hathias^ jeune homme de vingt ans sans expérience ni talents; Proclamé gouverneur générai, il fut un instrument docile entre les mains du prince d'Orange; qui fut nommé gouverneur du Brabant, tandis que par compensation le duc d'Aerschot obtenait le gouvernement de la Flandre. A Bruxelles, le Magistrat catholique avait été remplacé par un comité de dix-huit calvinistes. François de la KethuUe, seigneur de Ryhove, et son ami Jean d'Hembyze provoquèrent un revirement analogue à Gand, après y avoir jeté en prison le duc d'Aerschot, les évèques de Bruges et d'Ypres et plusieurs autres catholiques de marque. Les États généraux, par leurs remontrances, ne pvvinrent qu'à faire rendre la liberté à Aerschot seul. Bruges, où Ryhove était entré par surprise, eut aussi son comité des dix-huit (19 mars 1578), et cet exemple fut suivi dans beaucoup de villes de la Flandre et du Brabant.
Don Juan, qui avait été déclaré rebelle avec tous ses adhérents par les Etats généraux, était déjà entré en Brabant et avait taillé en pièces l'armée nationale à Gembloux (31 janvier 1578). Mathias, le prince d'Orange et les États généraux se retirèrent à Anvers, tandis que don Juan, qui n'avait pu s'emparer de Bruxelles, installa un gouvernement rival à Louvain. Pour obtenir des secours^ les calvinistes effrayés négociaient avec Elisabeth, l'Empereur et le duc d'Anjou, et Marnix haranguait la diète allemande réunie à Worms. Dans plusieurs villes on se mit à molester le clergé, les moines et les catholiques, à fermer les églises, à piller les couvents, à briser les images, A Gand régna bientôt une véritable terreur calviniste,
dirigée par Hembyze et par le fougueux pasteur Dathenus, qui traitait le prince d*Orange d'Antéchrist à cause de sa modération. En même temps se formait en Artois et en Hainaut le parti des Malcontents ou catholiques intransigeants.
La « Paix de Religion » • — Au milieu de ces fanatismes déchaînés le Taciturne crut le moment venu de régler les difficultés religieuses sans attendre lexpulsion des Espagnols. Le 12 juillet 1578^, les Etats généraux arrêtèrent à Anvers un projet de Paix de religion qui devait être soumis à Tapprobation des Etats provinciaux et des villes. Cet acte admirable proclamait d abord la liberté de conscience : < Touchant les dites religions, chacun demeurera franc et libre comme il en voudra répondre devant Dieu. » L'exercice public des deux cultes rivaux sera autorisé partout où cent ménages, établis depuis un an, en feront la demande. Les autorités locales désigneront les lieux de culte. L'exercice privé sera permis à portes fermées dans les maisons. ' Quiconque insultera aux croyances d'autrui par prêches, chansons, pamphlets, cris ou voies de fait, sera sévèrement châtié. Toutes les injures passées en matière de religion seront oubliées. Toutes les autorités civiles et militaires, ainsi que les ministres des cultes, en entrant en fonctions, jureront la Paix de Religion.
Comme il fallait s'y attendre, ce projet, éternel titre de gloire du Taciturne aux yeux de la postérité, fut très mal accueilli. La Hollande et la Zélande ne voulaient pas abandonner le régime d'exception que leur garantissait la Pacification de Gand; en Flandre et en Brabant, les calvinistes ne voulaient pas rouvrir les églises aux catholiques, et ceux-ci, en Hainaut et en Artois, persécutaient les protestants. Les calvinistes appelèrent d'Allemagne Jean-Casimir, frère de l'Electeur palatin, et les catholiques firent venir de France le duc d'Anjou, frère du roi. La confusion était à son comble, lorsque don Juan mourut de la peste (10 octobre 1518).
Le duc de Parme. — Alors entre en scène un homme dont l'action fut décisive dans les Pays-Bas : Alexandre Farnèse, duc de Parme, petit-fils de Charles-Quint par sa mère, l'ancienne régente. Il avait trente-trois ans. On le savait fort
brave, mais il se révéla bientôt comme général et homme d'Etat de premier ordre, digne de se mesurer avec le Taciturne en diplomatie et le surpassant de beaucoup en talents militaires. Il comprit immédiatement le parti qu^il y avait à tirer des Malcontents des provinces wallonnes et mit tout en œuvre pour se les attacher. A Gand et ailleurs, les excès des calvinistes Taidaient puissamment à lui ramener les catholiques ; le prince d*Orange s*épuisait en efforts stériles; Jean-Casimir et le duc d'Anjou, déçus, retournaient chacun chez soi. La scission entre catholiques et protestants, que la Pacification de Gand avait réconciliés, s'opéra en janvier 1579.
Les « Unions » d'Arras et d'Utrecht. — Les catholiques de l'Artois, du Hainaut et des villes wallonnes de la Flandre (Lille, Douai et Orchies) conclurent VUnion d'Arras (6 janvier 1579), par laquelle ils se séparaient des Etats généraux, pour le maintien des privilèges, lobéissance au roi et la conservation de la seule foi catholique, < conformément à la Pacification de Gand ». De leur côté, les protestants de Gueldre, Hollande, Zélande, Utrecht et Groningue, auxquels se joignirent bientôt les villes calvinistes de Flandre et de Brabant, conclurent ÏUnio7i (fUireclU (23 janvier 1579). Elle renouvelait Talliance contre les Espagnols, laissait à la Hollande et à la Zélande son régime d'exception et acceptait la Paix de Religion pour le reste des provinces, < demeurant ainsi chacun particulier franc et libre en sa religion, suivant la dicte Pacification faicte à Gandt ». Par un phénomène fréquent en histoire, les Malcontents invoquaient Tacte de réconciliation de 1576 pour proscrire l'hérésie, tandis que les protestants se fondaient également sur lui pour proclamer la tolérance religieuse. D'autre part, il ne faut pas voir dans les Unions d'Arras et d'Utrecht, comme trop d'historiens le font, la marque d'une séparation opérée entre les provinces du nord et celles du midi, entre la Hollande et la Belgique, comme on dirait aujourd'hui. Cette opposition n'existait pas encore. Ce sont simplement deux ligues, l'une catholique et l'autre protestante. Grâce à l'habileté et à l'or d'Alexandre Farnèse, l'Union d'Arras fut transformée dès le mois de mai en traité de réconciliation définitive avec
•fftg ' JiES PAYS-BAS. . ,-
TEspagne, tandis que T Union ff Utrecht devint et resta la constitution, de la célèbre république des Provinces-Unies, qui n'en eut pas d'autre jusqu'à la fin de Tancien régime.
Le duo d'Anjou. -^ Désormais les Pays-Bas sont, comme avant la Pacification de Gand, scindés en deux groupes hostiles, qui se combattent, les armes à la main : les catholiques groupés autour du gouverneur général et de Philippe II, les protestants groupés autour des Etats généraux et du prince d'Orange. Vainement Tempereur Rodolphe II essaie d'amener un rapprochement par des négocations, qui traînèrent en longueur à Cologne. Les Malcontents s'avancent en Flandre ; après un long siège Farnèse s'empare de Maestricht; Matines se déclare en sa faveur, ainsi que Bois-le-Duc. La trahison de leur gjouverneur Rennenberg hii ramène Groningue, Drenthe et une partie d'Over-Yssel. Il fallait chercher un poènt d'appui extérieur contre l'Espagne. En présence de la tiédeur des princes protestants d'Allemagne et des hésitations d'Elisabeth, le prince d*Orange se décide à rappeler le duc d'Anjou pour le mettre à la tète des Pays-Bas. Mais ce prince catholique inspirait de vives méfiances aux calvinistes; de plus, Talliance française était très impopulaire dans les masses. Le Taciturne passa outre, et les députés des Etats généraux conclurent avec le duc d'Anjou le traité de Plessisles-Tours (19 septembre 1580), qui lui transférait la souveraineté des Pays-Bas. Déjà Philippe II avait mis à prix la tète du prince d'Orange et promis 25 000 couronnes d'or et des titres de noblesse à celui qui le débarrasserait de ce dangereux ennemi du trône et de l'Eglise. Le prince d'Orange y répondit par un réquisitoire éloquent et passionné, sa fameuse Apologie. Les Etats généraux, de leur côté, réunis à la Haye, y répondirent en proclamant la déchéance de Philippe II comme souverain des Pays-Bas (26 juillet 1581), énonçant nettement le principe que « les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les rois ». Mathias était retourné en Allemagne, et Anjou avait été inauguré; mais, pendant que Farnèse prenait Tournai et poursuivait le cours de ses succès, Anjou se rendait impossible par son coup d'État avorté (la Furie français à AnoerSj 17 janvier 1583) et rentrait honteusement en France^
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tandis que le prince d'Orange se retirait dans le nord, confiant à Marnix le soin de défendre Anvers contre Farnèse.
Celui-ci reprenait une à une les villes de la Flandre et du Brabant, autant par la modération que par les armes; ses capitulations accordaient la vie sauve aux protestants, auxquels un délai de quelque3 mois ou même de plusieurs années était laissé pour régler leurs affaires et émigrer, s'ils ne rentraient pas dans le giron de TEglise. Pendant ce temps la Hollande et la Zélande, où se concentrait la résistance à TEspagne, se préparaient à conférer )a dignité comtale au prince d*Orange, lorsque celui-ci fut assassiné à Delft par Balthazar Gérard, un Franc-Comtois fanatique (10 juillet 1584). Guillaume expirant prononça ces paroles touchantes : c Mon Dieu, aie pitié de mon âme et de ce pauvre peuple! »
Leioester. — L'assassinat du Taciturne fut un coup terrible. L'année suivante amena la prise d'Anvers, le dernier boulevard des provinces méridionales, que Marnix avait défendu pendant quatorze mois contre le duc de Parme et qui enfin dut capituler (17 août 1B85). Amsterdam, Flessingue et Rotterdam héritèrent de son commerce; car aussitôt les Gueux bloquèrent l'embouchure de l'Escaut, qui resta fermée pendant plus de deux siècles. Les révoltés aux abois offrirent la souveraineté des Pays-Bas au roi de France, Henri III la refusa. Elisabeth fit de même, mais envoya son favori Robert Dudley, comte de Leicester, qui fut investi de l'autorité suprême. A ses côtés on plaça Maurice de Nassau, fils du Taciturne, alors ftgé de dix-huit ans. Leicester embrouilla toutes choses, comme jadis Anjou, et se retira en décembre 1587. Jean d'Oldenbarnevelt sut lui tenir tète et sauver de la ruine la république naissante.
Cependant Farnèse poursuivait ses succès militaires dans le nord et bientôt les révoltés se trouvèrent presque réduits aux petits territoires de Hollande et de Zélande, comme avant la Pacification de Gand. Mais Philippe II, au lieu de permettre à Farnèse de terminer la conquête des provinces rebelles, que le départ de Leicester avait laissées dans une confusion lamentable, l'obligea à se détourner de cette proie presque assurée pour
coopérer à l'expédition contre l'Angleterre {V Invincible Armada) et aux guerres infructueuses contre Henri IV en France. C'est ce qui sauva les Provinces-Unies.
Oldenbamevelt et Maurice de Nassau. — Oldenbarnevelt et Maurice de Nassau, ces deux hommes qui plus tard se brouillèrent à mort et dont le premier devait périr sur l'échafaud dressé par l'autre, étaient alors parfaitement unis. Oldenbamevelt fut la tête et Maurice l'épée qui fondèrent la république des Provinces-Unies. Après avoir réorganisé et discipliné l'armée, celui-ci entreprit en 1591 la première campagne offensive et s'empara de Zutphen, Deventer, Nimègue, etc. L'année suivante, il reprit le cours de ses succès. La mort le débarrassa du duc de Parme, qui expira à Arras au moment où par une noire ingratitude Philippe II le disgraciait (3 décembre 1592). L'Espagne ne put le remplacer dignement et Maurice recommença ses conquêtes : Groningue fut la plus importante (1594). Par là se trouvèrent réunies en un solide faisceau les sept provinces maritimes qui s'étendaient le long des côtes de la mer du Nord depuis TEms jusqu'à l'Escaut.
En France, Henri lY était monté sur le trône et était devenu l'allié des Hollandais. L'alliance française, rêvée par le Taciturne et à laquelle il avait sacrifié jusqu'à sa popularité, se réalisait enfln, émancipant du même coup la jeune république de la tutelle humiliante et égoïste de l'Angleterre. En 1596, les Provinces-Unies, reconnues par Henri IV et par Elisabeth, formèrent avec eux, contre l'Espagne, une triple alliance qui leur fit prendre rang au milieu des puissances européennes. Maurice remporta une brillante victoire à Turnhout, tandis que la France dictait à l'Espagne la paix de Yervins (1598).
Les archiducs. — Pour sauver ce qui lui restait des Pays- Bas, Philippe H venait de les céder à sa fille Isabelle (6 mai 1598), qu'il maria à son cousin le cardinal-infant Albert d'Autriche, dûment dispensé par le pape. On put croire qu'une dynastie nationale allait régner sur les provinces méridionales; mais, comme c'était prévu, les archiducs n'eurent pas de postérité et un article secret laissait à l'Espagne la suprématie
militaire et diplomatique. Avant même la célébration de ce mariage, le roi d^Espagne était mort (13 septembre 1598). . Albert et Isabelle, appuyés sur l'Espagne, réclamaient la soumission des provinces rebelles, que la France avait abandonnées à la paix de Yervins. Mais Maurice envahit la Flandre et remporta à Nieuport une victoire éclatante (2 juillet 1602). Le siège d'Ostende, la dernière place que détenaient encore les Hollandais dans le sud, dura plus de trois ans ; Ostende tomba enfin aux mains des archiducs (1604); mais Maurice leur enleva Bois-le-Duc, Grave, TEcluse. En même temps, les Provinces-Unies avaient battu les flottes ennemies et commencé leurs conquêtes d'outre-mer au détriment des colonies espagnoles et portugaises. En 1602, Oldenbarnevelt avait créé la Compagnie des Indes,
La trdve de douze ans. — Cependant Tépuisement élait extrême dans les deux camps; on entama des négociations, qui traînèrent pendant des années, parce qu*une réconciliation entre TEspagne et les Provinces-Unies était d'une difflculté presque insurmontable, mais qui aboutirent néanmoins, parce que la paix était devenue une impérieuse nécessité. On commença en 1607 par conclure des armistices qu'on renouvelait à leur expiration. Enfln les conférences commencées à La Haye, puis rompues, puis continuées à Anvers, aboutirent à la Tf^éve de douze ans (9 avril 1609). L'Espagne reconnaissait Tindépendance des Provinces-Unies et leur concédait en termes ambigus la liberté du commerce avec les Indes. L'Escaut restait fermé.
Avant les guerres de religion, la Flandre et le Brabant payaient à eux deux autant d'impôts que les quinze autres provinces. Guichardin nous en a laissé une description enthousiaste et pleine de détails saisissants. Après les victoires de Farnèse s'était produite une dernière émigration en masse vers la Hollande et la Zélande. Les villes et les campagnes se vidèrent : la Flandre, le Brabant, le Hainaut étaient dévastés et leur population décimée; le « jardin de l'Europe » n'était plus régulièrement cultivé faute de bras, et les loups erraient dans les champs laissés en friche; les artisans calvinistes avaient transporté leurs industries et leurs métiers à Amsterdam,
Leyde, Haai*lem, Utrecht. etc. Les vaisseaux de mer n'abordaient plus aux quais d'Anvers. Des rues entières y étaient à vendre ou à louer, comme à Gand, Bruges, Ypres, Bruxelles, Mons, Tournai et Yalenciennes. Par contre, Amsterdam avait plus que triplé son enceinte, grâce à lafflux des émigrés de Flandre et de Brabant. Parmi ceux-ci on comptait des hommes de premier ordre qui apportèrent aux provinces septentrionales l'appoint de leurs talents les plus divers : les philologues Daniel Heinsius, de Gand, Bonaventure Desmet (Yulcanius), de Bruges, Juste-Lipse, d'Overyssche (près de Bruxelles), qui professa d'abord à Leyde, puis i Louvain; le botaniste Rembert Dodoens (Dodona&us), de Malines, le mathématicien Simon Stevin, de Bruges, qui fut le maître de Maurice de Nassau ; une foule de professeurs de Leyde, de pasteurs protestants et de théologiens parmi lesquels le célèbre François Gomarus, de Bruges, le chef du parti orthodoxe; le typographe Louis Elzevier, de Louvain, le navigateur Isaac le Maire, de Tournai, qui découvrit en 1615 un nouveau passage au sud de l'Amérique et lui donna son nom; les géographes Josse de Hont et Philippe van Lansberghe, de Gand, et Jean de Laet, d'Anvers, les historiens Jean le Petit, de Béthune, et Emmanuel van Meleren, d'Anvers; le poète Jacques van Zevecole, de Gand, le prince des poètes hollandais, Vondel (né à Cologne de parents anversois); de nombreux peintres, parmi lesquels Gérard de Lairesse, de Liège, l'admirable Frans fiais, de Malines, et Charles van Mander, de Meulebeke, qui fut le premier historiographe de la peinture aux Pays-Bas; enfin un grand nombre d'hommes de guerre et de politiques, parmi lesquels il faut placer en tête celui qui fut le bras droit du Taciturne, Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, à la fois diplomate, soldat, théologien, poèie et prosateur de premier ordre en flamand et en français.
Les dix-sept provinces de Charles-Quint étaient définilivement coupées en deux : au nord, une république protestante, déjà riche et puissante, où les bannis de Flandre et de Brabant avaient coopéré, peut-èlre encore plus que les Hollandais, à la grandeur soudaine des rebelles ; au sud, les Pays-Bas espagnols
OU catholiques, comme on les appelle désormais, dépeuplés, ruinés, ayant perdu leur port principal, Anvers, et ayant vu passer aux répons septentrionales tout ce qui avait fait leur force et leur supériorité sous les ducs de Bourgogne et sous Cbarles-Quint : la liberté, Tindustrie, le commerce, les sciences, les lettres et les arts.
BIBLIOORAPHIE
1. Ëjcm iireiiilers HftlMiboiiPff. — Les règnes de Maximilicn et de Phi lippe le Beau dans les Pays-Bas n'ont pas encore été étudiés comme ils le mériteraient. Les sources principales sont : OL de la Marche, Mémoires (jusqu'en 1492) ; ^ean Molinet, Chroniques (jusqu^en 4506) ; Oachard, Lettres inéd. de Maximilien sur les affaires des Pays-Bas, 1478-1508. — I. Diegeriok, Corr, des magistrats d^Ypres, 1488. — ^ean Burqnet, Hist. des guerres et des troubles de Flandre, 1487-90. — R. de Doppere, Chron. brugeoUe, 1491-98.
Ouvrages modernes : K. Haltaut, Geschichte des Kaisers Maxhnilian /. — H. Ulmann, Kaiser Maximilian L — J,-J, de Smet, ifefm. sur la guêtre de Maximilien en Flandre. — C. Ton Hœfler, Kritische Untersuckungen iiber die QueUen der Geseh. PhUipps des Schônen; Depeschen des Venetianischen Botschafters bei Erzkerzog PMlipp von Burgund, 1505 1506.
2. Rèflrne cle ClM^rles #ulpt. — Ici les collections de documents commencent à abonder. Outre ceux publiés par K. Lanz {Correspondenz Kaisers Karl V, Staatspapiere, Aktenstùcke), on doit ciler : Leglay, Corr, de Maximilien et de Marguerite d^ Autriche, 1507-1519; JVé^^. diplom. entre la
. France et FAuêriche, 1501-1530. — Van den Bergh, Corr. de Marguerite sur les affaires des Pays-Bas, 1506-1528. — Oaohard, Corr, de Charles-Quint et S Adrien VI; Itinéraires de Maximilien, de Philippe le Beau et de Charles- Quint; RekUUm des troubles de Gand sous Charles-Quint (330 doc. inéd. en appendice). — CSh. Laurent, Recueil des ordonnances de Cfiarles-Quint, t. I.
— L. Oaletloot, Liste chron. des édits et ordonnances de Charles -Quint, 1506-1555, avec le supplément de Ch. Laurent.
Les mémoires, si nombreux sous Philippe II, commencent à faire leur apparition : Robert Macquereau, 1500-1527, Pontus Heuterus, Fleurantes, 1490-1537, François de Enzinas, 1543-1548, François de Rabutin, 1551-1558.
Ouvrages modernes : outre les livres traitant de Gharles-Quint en général et parmi lesquels le plus important est H* Banmgarten, Geschichte Karls V, inachevé; A. Henné, Hist. du régne de Charles-Quint en Belgique, 10 vol. — Th. ^uste, Charles-Quint et Marguerite d'Autriche; Vie de Marie de Hongrie.
— Ch. Rahlenbeck, Les trois régentes des Pays-Bas, 1507-1567. — P. Fredeiicq. De Nederlandenonder Keizer Karel V, 1500-1530.
3. — Rèffne cle Pldlippe H. — Aucune époque de Thistoire des Pays- Bas n'a été étudiée avec plus d'ensemble ni n'a fait Tobjet de plus de publications de documents inédits. Certaines sont justement célèbres : Oachard, Corr. de Philippe FI sur les affaires des Pays-Bas, 5 vol. ; Corr. de Marguerite de Parme, 3 vol. ; Corr, de Guillaume le Taciturne, 6 vol. ; Actes des États généraux des Pays-Bas, 2 vol. — Oroen Tan Prinsterer, Archives de lu maison d'Orange- Sassau, 14 vol. — Ch. Weiss, Papiers du cardinal de Granvelle, 9 vol. — B. Poullet et Ch. Piot, Corr, du cardinal de Granvelle,
li vol. — Kerryn de LettenhoTe, Relations politiques des Pays-Bas et de r Angleterre sotis Philippe II, 10 vol. — Des fragments considérables de la corr. du duc d*Albe (J.-C. de Jonghe et Gachard), d'Alexandre Farnèse (Gachard), du duc d'Anjou (P.-L. Muller et A. Diegerick), etc. — L. Didier, Lettres et négociations de Mondoucet, résident français aux Pays-Bas, 2 vol. Des recueils de lettres de Yiglius, Hopperus, Sonnius, Louis de Nassau, Marnix, Adrien Yl, etc. Des documents sur les négociations de la Pacification de Gand (Gachard et L Diegerick). Enfin plusieurs volumes de la riche Coll. de doc. ineditos para la histona de Espana,
D'excellents catalogues des innombrables pamphlets du temps ont été publiés par Van der Wulp (collection Meulman, à la bibliothèque de TUniversité de Gand), P.-A. Tiele (collection Fréd. Muller, à la même bibliothèque), L.-D. Pelit (collection Thysius, à la bibliothèque de TUniversilé de Leyde), W.-P. Knuttel (à la bibliothèque royale de La Haye). La Bibl. royale de Bruxelles possède également une riche collection de ces pamphlets.
Les principaux mémoii^s contemporains (voir public, de la Soc. de Phist. de Belgique, Bruxelles) sont ceux de Viglius, Hopperus, Wesembeke, Feiy de Guyon, Marc van Vaernewyck, Mendoça, Emm. de Lalaing, Pontus Payen, Del Rio, Grobbendoncq, F. de Ilalewyn, les deux van Campene, Assonleville, révèque Metsius, Berty, ab Isselt, Roger Williams, Francis Vere.
Dès le xviF siècle, les troubles religieux des Pays-Bas ont été retracés dans les importants ouvrages de van Meteren, Hooft, van Reydt, Grolius, Bor, Strada, Le Petit, Renon de France, Carnero,Gampana, Gonnestagio, Gornejo» Lanario, Ulloa, Goloma. Parmi les plus récents ouvrages du xix« s., citons : Prescotty History of the reign of Philipp IL — Motley, The rise of the Dutch Republie; The United Netherlands. — Cabrera de Côrdoba, Historia de Felipe segundo. — Fomeron, Hist. de Philippe IL — En Hollande : Bakhuizen Tan den Brink, Studien en schctsen. — J. Tan Vloten, Nederland tijdens den volksopstand tegen Spanje. — W. J. Nuyens, Gesch. der Ncderlandsche beroerten. — P.-L. Muller, De Staat der Vereenig de Nederlanden in de ^ jaren zijner wording. — R. Fruin, Tienjaren uU dentctchtigjangen oorlog. — Van Oroningen, Gesch. der ^atergeuzen. — En Belgique : A. Borgnet, Philippe II et la Belgique. — Th. Jugte, Hist. de la révolution des Pays-Bas sous Philippe IL — Kerryn de LettenhoTe, Les Huguenots et les Gueux. — Mentionnons aussi les monographies consacrées au Taciturne et aux comtes d'Egmontet de Homes par Th. Juste, à Philippe de Marnix de Sainte- Aldegonde par W. Broes, Edgar Quinet, Th. Juste et P. Fredericq, à Louis de Nassau par P.-J. Block, à Timprimeur Ghr. Plantin par Max-Rooses, etc. — Martin- Philippton, KardinalGranvellaamSpanischenHofe, Berlin, 1895.— -Modetto Lafuente, Hist. général de Espana, t. X, 1889. — Voir ci-dessus, p. 173-174.
Histoire rell^lense. — J.-G. de Hoop Scheffer, Gesch. der Kerkhervorming in Rederland tôt 1531. — J.-J. Altmeyer, Les persécuteurs de la Réforme aux Pays-Bas — H.-Q. Jantten, De Kerkhervorming in Vlaanderen. — J. ReitsmEy Gesch. van de Hcrvorming en hervormde Kerk der Nederlanden. — P. Fredericq, Corpus doc. Inquisitionis Neerlandicae, t. IV et V.
Les histoires générales des Pays-Bas d*Arend, Namèche, Wenzelhurger^ D.-C. NijhoffetP.-J. Blok.
4. Mjem areUIdne». — Outre la Coll. de docum. ined. para la histona de Espaiia, il y a à citer les mémoires de Montpleinchamp, Rombaut van Uden,. G. Baudartius, Charles de Croy, etc. —Ouvrages modernes : Ch. Potvin, Albert et Isabelle; Coremans, U archiduc Albert ; des monographies sur le siège d'Ostende par van Sijpensteyn, P. Henrardet Ed. Belleroche, etc.