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Louis pour patron et le pape pour parrain. Cinq autres enfants se succédèrent presque d année en année. Néanmoins, entre cette « grosse banquiëre » et le roi vert-galant Tentente ne fut pas longue. Marie était sans charmes, dominée par son entourage florentin, aigrie d'ailleurs par le spectacle continu et non dissimulé des galanteries royales. L*amant de Gabrielle d*Estrées était, déjà au moment de son mariage, captivé par Henriette d*Entragues, qu'il fit marquise de Yerneuil. A celle-ci même il donna pour rivales Charlotte des Essarts, Jacqueline de Moret, et d'autres maîtresses moins connues, qui complètent une liste où l'histoire a relevé jusqu'à cinquante-six noms. Les gens austères n'étaient pas seuls à dénoncer cette scandaleuse liberté de mœurs, prolongée jusqu'au seuil de la vieillesse, et Louis XIV, en légitimant ses bâtards, a pu s'autoriser des exemples donnés par son aïeul.

///. — Gouvernement et politique étrangère.

Le roi et ses auxiliaires. — Comme au xv^ siècle, la royauté avait rendu à la France la foi monarchique et la conscience d'elle-même. En la royauté seule résidait l'unité de l'Etat comme la garantie de la paix publique. Elle bénéficia la première de l'œuvre accomplie : à Tintérieur, en s'élevant au-dessus de tous les autres pouvoirs; à l'extérieur, en se plaçant, pour toute la fin du siècle qui s'ouvrait, à la tète des monarchies européennes.

« Par patience et cheminer droit, avait dit le roi de Navarre en 1586, je vaincs les enfants de ce siècle. » — « Tout se fera petit à petit, répétait le roi de France : Paris ne s'est pas fait en un jour. » Il poursuivit donc lentement la double tâche que lui imposaient les circonstances, appelant à son aide indistinctement les ligueurs repentants et les huguenots convertis ou résignés. C'étaient, parmi les premiers, tous gens de robe, Villeroy, un vieux serviteur des Valois; le président Jeannin, qui avait protesté contre la Saint-Barlhélany avant d'être le conseiller

de Mayenne; Sillery et Bellièvre, qui avaient négocié la paix de Vervins. Parmi les seconds, Rosny, que Henri IV fit duc de Sully et qui fut son principal confident ; Duplessis-Mornay, qui se maintint à distance égale du roi et de ses coreligionnaires; d*Aubigné enfin, hôte intermittent de la cour, ami grondeur et cependant toujours écouté.

L'autorité royale; notables et parlements. — Appuyé sur ces hommes de son choix, Henri IV n*associa point activement les Ordres de la nation à son gouvernement. Leur intervention, il venait de rapprendre par expérience, n'eût servi que les passions des partis. Il se garda donc de convoquer les États généraux et se borna à réunir à Rouen (novembre 1596) une assemblée de notables choisis et mandés individuellement, composée surtout de gens du Tiers. Il leur exposa, dans une harangue restée célèbre, ses vues sur la restauration de TÉtat et déclara vouloir se mettre en tutelle entre leurs mains, « envie qui ne prend guère aux rois, aux barbes grises et aux victorieux >. Il est vrai qu'il gardait, ainsi qu'il disait dans l'intimité, son épée au côté, c'est-à-dire le dernier mot. Les notables instituèrent en se séparant une commission permanente, unjc^Conseil de raison >, qui, après quelques mois, se déclara inutile et supplia le roi de reprendre la plénitude de son autorité.

Les parlements, les « huit fortes colonnes sur lesquelles était appuyée cette grande monarchie > (Castelnau), étaient propres à éclairer, sans le gêner, le pouvoir souverain. Après les avoir réorganisés en faisant siéger côte à côte royalistes et ligueurs, Henri IV consacra par l'impôt dit de la Pauleile (1604) la vénalité des charges; il conféra à tout officier de justice, moyennant un impôt annuel, la propriété héréditaire de sa chaîne, ce qui était transformer en aristocratie judiciaire un corps éprouvé par sa fidélité et sa modération, glorieusement représenté alors par Groulard à Rouen, du Vair à Aix, Fremyot à Dijon, du Harlay, Le Maistre, Pasquier à Paris. A cette aristocratie il permit le contrôle sur ses finances et le droit général de remontrances, « sans tirer à longueur ». Ces remontrances s'adressèrent aux actes les plus importants de son règne. Le roi débattait alors avec les magistrats, sur un ton moitié familier,

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moitié sérieux, les conditions de leur concours; mais ses conclusions étaient nettes et n'admettaient pas de réplique : « Ma volonté devrait servir de raison ; on ne la demande jamais au prince dans un État obéissant. Je suis le roi, je vous parle en maître, je veux être obéi. »

Ainsi c'était le régime du bon plaisir qui, succédant à l'anarchie nobiliaire ou communale, renaissait et s'affermissait, du consentement de tous. On trouve déjà sous la plume d'un écrivain employé à l'éducation du dauphin (A. Duchesne) cette pensée que Bossuet inscrira plus tard, en une phrase célèbre, au seuil de Versailles : « Quiconque a dit qu'ils (les rois) étaient des dieux en terre et les enfants du Très-Haut, il a dit la vérité. »

Henri IV entendait « désaccoutumer ses sujets de se faire raison ». Lui-même cependant n'a pas toujours résisté aux tentations dangereuses du pouvoir absolu. Il attentait aux franchises municipales, lorsqu'il remplaçait par des hommes de son choix les élus de la milice et de la commune de Nantes ; à l'indépendance des tribunaux, lorsqu'il signait certaines lettres d'abolition ou commandait purement et simplement au chancelier d'ar-

rôter le cours de la justice; à l'honneur de l'Eglise, lorsqu'il laissait élire évoque de Metz son bâtard le duc de Verneuil, âgé de sept ans. Encore mal aiîermi dans sa toute-puissance, il croyait devoir rendre aimable la dictature dont il était investi : « Mes prédécesseurs vous craignaient et ne vous aimaient pas, dit-il au Parlement; moi, je ne vous crains pas et je vous aime. » Et à l'assemblée du clergé : « Mes prédécesseurs vous ont donné de belles paroles; mais, moi, avec ma jaquette grise, je vous donnerai de bons eflets. Je suis tout gris au dehors, mais je suis tout doré au dedans. »

Rapports du roi avec les trois ordres. — Les guerres civiles avaient jeté les trois ordres hors de leurs voies; la paix rétablie, iJs oublièrent peu à peu, le clergé les idées propagées dans les chaires ligueuses, la noblesse les prétentions nées de l'ambition des Lorrains, le Tiers les excès de la démocratie urbaine.

Le sens donné aux événements décisifs du règne par l'évocation des traditionnelles franchises gallicanes s'accentua encore.

GOUVERNEMENT ET POLITIQUE ÉTRANGÈRE 29t

Les 95 articles, rédigés par Pithou en 1594, précèdent et annoncent les Déclarations de 1663 et de 1682. La Sorbonne réagit contre elle-même, et Ricber en personnifie les tendances nouvelles quand il publie en 1607, malgré Topposition du nonce, son édition de Gerson. L'université, après la revision de ses statuts et la réforme de son enseignement, renie également sa récente alliance avec la Ligue, et, dans TÉglise de France, ce qui est retiré à Tinfluence pontificale profite surtout à Tinfluence royale. Henri se conduisait envers les chefs du clergé en tuteur bienveillant, capricieux néanmoins et tenté, par amour de la paix, de leur imposer silence : « Regardez d'abréger, écrit-il un jour à l'assemblée du clergé, autrement je vous retrancherai. » Du moins il ouvrit sans s'en douter la carrière à son véritable successeur en plaçant, avec dispense d'âge, le jeune Richelieu sur le siège épiscopal de Luçon.

C'était dans la noblesse, sevrée désormais de ses ambitions, condamnée à servir sans intriguer, que les mécontents étaient le plus nombreux, qu'on accusait davantage l'ingratitude du roi, sa répugnance soit à louer, soit à récompenser ses bons serviteurs. D'Eperaon, dans son gouvernement de Metz, essayait de iouer au « roi d'Auslrasie ». Mercœur allait se battre au loin contre les Turcs. Ceux qui s'étaient réfugiés sur leurs terres maugréaient tout bas, a l'exemple de ce gentilhomme bourguignon qui avait inscrit sur la porte de son château celte maxime : « C'est honneur, c'est état de n'avoir en ce règne ni charge ni état. » Les nobles restés à la cour durent soumettre leurs querelles à un tribunal d'honneur présidé par le roi. Deux édits furent rendus contre les duels; un autre édit déclara que la profession militaire n'anoblissait plus.

Quant au peuple proprement dit, s'il ne fut pas partout et toujours plus heureux que par le passé, il se sentit entouré d'une sollicitude sincère. Les misères à réparer étaient grandes : témoin cette révolte désespérée des Croquants qui désola en 15941e Limousin, le Périgord et la Guyenne. Henri IV, dit la tradition populaire, eût voulu que chaque paysan put mettre la poule au pot le dimanche ; ce qui est authentique, c'est la série de ses déclarations pour réprimer les pilleries des gens de

guerre, pour alléger les impôts, soulager les pauvres : « Si on ruine mon peuple, qui me nourrira, qui soutiendra les chaînes de rÉtat? » disait-il quelques jours avant sa mort. On verra plus loin tout ce qu'il fit afin de reconstituer la richesse nationale. Régicides et ooaspirateurs. — Malherbe écrit en 1605 :

Un malheur inconnu glisse parmi les hommes, Qui les rend ennemis du repos où nous sommes.

Il y eut, en dix ans, huit attentats préparés ou consommés contre la vie du roi par des visionnaires ou des fanatiques, émules de Châlel, précurseurs de Ravaillac. Il y eut aussi des complots qui visaient à ramener la France à Tétat de monarchie fédérale et élective : le maréchal de Biron, le comte d'Auvergne, le duc de Bouillon en furent les principaux auteurs.

Biron, un des meilleurs lieutenants de Henri IV, avait été comblé par lui; il s'imagina, dans son gouvernement de Bourgogne, pouvoir recommencer le connétable de Bourbon, mais avec plus de succès. Le comte d'Auvergne était un courtisan, frère de la marquise de Verneuil. Turenne, prince souverain à Sedan par son mariage avec l'héritière de Bouillon, se donnait aux Allemands comme le chef du parti protestant en France.

Entre ces trois mécontents, il y eut partie liée dès 1600. Le plus impatient, Biron, espérait se ménager, avec l'appui secret du duc de Savoie, la souveraineté des deux Bourgognes. Instruit de ses menées, le roi eut égard à ses services et à ceux de son père, et lui pardonna. Biron conspira de nouveau, et, dénoncé par un de ses agents, s'obstina à refuser à son maître un aveu qui lui eût peut-être fait pardonner sa récidive. Il fut arrêté, jugé par le Parlement, toutes chambres réunies, et exécuté dans la cour intérieure de la Bastille (30 juillet 1602).

Deux ans après, la marquise de Verneuil formait, avec d'Entragues son père et d'Auvergne son frère, un complot pour livrer son fils aux Espagnols et le faire déclarer avec leur concours héritier de la couronne. D'Entragues et d'Auvergne furent condamnés à la peine de mort, commuée ensuite en un emprisonnement perpétuel ; plus tard, la marquise et son père rentrèrent, chacun à sa façon, en grâce.

Plus que ces intrigants, Henri lY redoutait Bouillon, qui se posait en chef de parti politique et religieux. U alla occuper en personne, à main armée, ses domaines de Limousin (octobre 1605), fit juger par des Grands Jours treize gentilshommes ses complices, l'obligea enfin à capituler dans Sedan et à lui remettre cette place pour quatre ans. A ce prix, Bouillon obtint sa gràce et même reparut à la cour. Ce fut le père du grand Turenne.

Le a Grand Dessein » . — Non seulement Henri IV releva Tautorité royale et la reùdit médiatrice souveraine pour le bien de la paix, mais il devint sans bruit, pour la gloire de la France, en face des descendants de Charles-Quint, larbitre de TEurope. Est-ce à dire qu*il ait dans ses vues d'avenir refait la carte de la chrétienté et conçu ce qu'on a appelé le Grand Dessein'i Sully s'est fait copieusement remémorer, par les quatre secrétaires rédacteurs de ses Œconomies royales, un vaste plan soi-disant élaboré en commun avec son maître, qui montre les Turcs refoulés en Asie, l'Europe répartie en six monarchies héréditaires, cinq monarchies électives et cinq républiques, gouvernée par une sorte de Conseil amphictyonique, gardien de la paix perpétuelle, arbitre entre les rois et les peuples. Il serait difficile de distinguer exactement, dans cette utopie, ce que Henri IV y avait mis de son esprit généreux et ce que Sully y a mis ensuite de son imagination excitée par l'amour-propre '. On peut du moins suivre sur des documents authentiques le sens général de la politique extérieure, durant les dix dernières années du règne. Henri IV n'était pas indifférent à l'idée d'arrondir ses frontières; mais il attendait de semblables avantages du temps, des circonstances et n'entendait violenter à cet effet ni la fortune, ni les consciences. En attendant, il se propose deux buts : l'abaissement de cette maison d'Autriche qu'il avait affai blie en Espagne et qu'il jugeait encore trop forte dans l'Empire; l'équilibre européen, c'est-à-dire la satisfaction donnée

1. Cette quesUon a donné lieu, et depuis longtemps, à de nombreuses dissertations, tant en Allemagne qu*en France. On les trouvera énumérées et citées dans le récent travail de M. Pfister (Revue historique^ 1894) intitulé : Les (Economies ivyales et le Grand Dessein de Henri IV.

aux intérêts d'autrui, sous réserve de la sauvegarde des siens, et rétablissement d'un régime de pondération et de tolérance étendant à toute l'Europe les bienfaits de TEdit de Nantes.

Affaires d'Italie et de Suisse. — En Italie, où l'influence espagnole avait deux centres, Naples et Milan, il apparut comme le champion désintéressé des petits Etats, parmi lesquels il comptait Venise et Florence, ses deux plus anciens alliés. Il facilita à Clément VIII (1597) la reprise de possession du duché de Ferrare, après l'extinction de la maison d'Esté, et se porta médiateur, en 1606, entre Paul V et Venise, entre Saint- Pierre et Saint-Marc. Secondé ici et là par les cardinaux du Perron et de Joyeuse, sans prendre d'engagement avec aucune des deux parties, il termina à la satisfaction de toutes deux un conflit qui pouvait dégénérer en une guerre de religion et s'étendre à l'Europe entière. En outre, les papes lui surent gré de ses eB'orts pour améliorer en Angleterre, en Hollande et dans les Etats protestants de l'Allemagne la condition des catholiques. Les chanoines de Latran, dont il avait augmenté les revenus et qui l'avaient admis ad honores dans leurs rangs, lui élevèrent sous le portique de leur basilique une statue existant encore, avec cette inscription : Propugnalori Ecclesiœ,

Les Suisses et en général les petits Etats alpestres reprirent leur place dans la clientèle française. Aux Cantons catholiques, déjà liés envers l'Espagne, Henri IV arracha une promesse de neutralité politique, qui n'excluait pas d'ailleurs les capitulations militaires signées avec eux. Aux Grisons, de concert avec Venise, il fournit les moyens de se protéger efficacement contre les entreprises de Fuentès, le gouverneur espagnol du Milanais. Aux Genevois, jusqu'alors constamment menacés par le duc de Savoie, il fit accorder, par le traité de Saint-Julien (juillet 1603), le bénéfice des traités de Vervins et de Lyon; il les garantit notamment, dans un rayon de quatre lieues, contre toute fortification permanente et même contre tout rassemblement hostile.

Affaires d'Angleterre et de Hollande. — L'Angleterre l'avait soutenu dans ses mauvais jours, en sa qualité de roi protestant et d'ennemi de l'Espagne, mais elle avait prétendu se

payer par Toccupation de Calais, de Boulogne, de Brest. Plus tard Henri IV eut à se prémunir contre les empiétements des marins et des marchands de cette nation, contre Thostilité sourde de ses diplomates en Italie et en Orient. Aussi se déQait-il de Talliance anglaise, tout en s'efforçant de la conserver, au nom des intérêts communs, contre la maison d* Au triche. La tâche des ambassadeurs français à Londres, Thumery, Harlay de Beaumont, La Boderie et aussi celle des envoyés officieux ou extraordinaires, Antonio Ferez, SuUy, Biron, était donc particulièrement délicate. Avec Elisabeth, Henri IV sut toujours paraître d^accord, tout en gardant une attitude indépen-» dante. Avec Jacques I", qui s'était réconcilié avec TEspagne (1604), sauf à revenir à Talliance française après la « conspiration des poudres », il se conduisit de telle façon qu*il sut en faire son satellite dans toutes les affaires d'intérêt européen où lui-même avait une action prépondérante.

Il Tentralna en particulier à sa suite lors des négociations qui aboutirent à laffranchissement des Provinces-Unies. La Hollande, épuisée par sa longue lutte avec TEspagne, était disputée entre le parti de la guerre, celui du prince de Nassau, et le parti de la paix, celui de Barnevelt. De leur côlé, les Espagnols avaient pris, en 1607, Tinitiative d'une trêve, et Henri IV s'appliqua à prolonger cet état de choses et à en faire sortir la reconnaissance de la Hollande comme Etat libre par son ancien souverain. Son envoyé extraordinaire, le président Jeannin, signa (janvier 1608) avçc les Provinces-Unies un traité qui leur assurait l'alliance française en cas de reprise des hostilités. Cette démonstration suffît à faire consentir le roi d'Espagne à la trêve de douze ans (avril 1609).

Affaires d'Orient. — L'influence française en Orient fut rétablie par nos ambassadeurs à Constantinople, Savary de Brèves et Jean de Gontaut-Biron, seigneur de Salignac. Les Anglais avaient obtenu du sultan (1599) le droit d'aborder les Echelles du Levant sous leur propre pavillon. Les capitulations de François P*^ furent renouvelées solennellement en 1604, et si les Anglais conservèrent leurs droits, toutes les nations sans représentants auprès de la Porte furent replacées sous la

bannière de France. Les privilèges de protection sur le Saint- Sépulcre et les pèlerins furent remis en vigueur. Savary de Brèves vint en grande pompe à Jérusalem. Salignac obtint la reconstruction du Bastion de France sur la côte barbaresque; il installa à Gonstantinople une mission de Jésuites chaînés de combattre Tinfluence vénitienne au profit de Tinfluence française.

Henri IV pouvait laisser croire à ses alliés allemands, laisser dire à saint François de Sales ou à Malherbe qu'il enviait la gloire de Lépante et que le terme suprême de sa politique était la conquête de TOrient. Le sultan lui demeurait un épouvantail commode, avec son armée contre TEmpereur, avec sa flotte contre l'Espagne ; sa puissance à une extrémité de TEurope garantissait, à Tautre, la liberté de la France.

Affaires d'Allemagne. — En Allemagne, Henri lY maintint dans la clientèle du roi de France les anciens auxiliaires du roi de Navarre : Maurice le Savant, landgrave de Hesse, rÉlecteur palatin, le duc de Wurtemberg, TElecteur de Brandebourg, Son envoyé, le calviniste Bongars, eut à les rassurer sur sa conversion, sur ses relations avec la Savoie, sur son mariage florentin : puis à les convaincre du zèle de son maître pour les libertés germaniques, tantôt en s*efforçant de faire élire un roi des Romains en dehors de la maison de Habsbourg, tantôt en intervenant dans Taffaire de Tévôché de Strasbourg disputé entre un catholique et un luthérien, tantôt en s'employant auprès des Polonais pour obtenir à TÉlecteur de Brandebourg l'investiture du duché de Prusse. Ces princes étaient divisés entre eux par les querelles ordinaires entre luthériens et calvinistes; de plus ils hésitaient à s'allier ouvertement à la France, par crainte de se faire qualifier de traîtres à l'Empire. Henri IV entendait au contraire les associer à son offensive contre la maison impériale d'Autriche. Ses démarches aboutirent seulement, à partir de 1606, à une entente devenue publique lors de l'ouverture de la succession de Clèves et Juliers.

La guerre imminente contre les Habsbourg. — Ainsi

tous les Etats, petits ou grands, protestants ou catholiques, étaient insensiblement attirés dans une coalition éventuelle

contre la maison d'Autriche. A Madrid, un premier coup avait été déjà porté. Malgré le rétablissement de la paix, Philippe III continuait, disait-on, a avoir la main dans tous les embarras intérieurs de la France, et Henri IV prenait sa revanche en accueillant, à condition qu'ils se fissent chrétiens, les Morisques chassés d'Espagne. Antonio Ferez, le défenseur des libertés aragonaises, trouvait un asile à Paris, comme les ligueurs impénitents à Tournai et à Bruxelles. Malgré cette hostilité réciproque, il y avait au Louvre tout un parti qui voulait fonder la paix européenne sur un accord permanent et sincère entre les cours de France et d'Espagne. Yilleroy l'encourageait; la reine, petite-nièce de Charles-Quint, en était l'àme. Dès 1602, on mit en avant à Madrid un projet d'alliance entre le dauphin et la iîlle de Philippe III, entre une fille de Henri IV et le prince des Asturies. De la part du ministre dirigeant, le duc de Lerme, c'était un moyen de détacher des Hollandais le roi de France. On parla aussi d'unir une autre princesse française et un infant, destinés à gouverner en commun les Pays-Bas. L'ambassade de don Pedro de Tolède (1608) fut le dernier effort tenté pour une réconciliation impraticable, au moment où Henri allait assurer l'indépendance de la Hollande, puis s'attaquer dans l'Empire à la suprématie de la maison d'Autriche. On verra plus loin comment, à propos de la succession de Clèves et Juliers, Henri IV s'était décidé a la guerre '. Il avait les yeux sur Bruxelles, où l'attirait une passion hors de saison pour la jeune femme de son neveu, le prince de Condé. Afin d'échapper à ses importunités, elle s'était enfuie aux Pays-Bas et l'incorrigible vert-galant eût voulu l'y rejoindre. Henri regar^ dait aussi vers la Lorraine, car Bassompierre y négociait alors pour lui le mariage du dauphin avec l'héritière de ce duché; vers l'Italie, car Bullion et Lesdiguières y signaient avec le duc de Savoie une alliance offensive à Brusol (avril 1610). On parlait de remaniements territoriaux qui donneraient le Milanais au Piémont, la Sicile aux Vénitiens, Naples au Saint- Siège, la Savoie enfin au royaume de France : < Je veux bien,

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