‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 28 sur 125 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

/. — Marie de Médicis; de Luynes.

La royauté firançaise & ravènement de Louis XHI.

— A la mort de Henri IV, les grands étaient matés. Rohan, dans ses Mémoires, parle c de la gueuserie où ce roi avait laissé tous les princes ». Vint la régence de Marie de Médicis; la régence fut faible, ils redevinrent forts et Ton s*étonna de leur pouvoir. De cette comparaison entre deux époques, Ton peut conclure que le roi, pour peu qu'il fût dans la vigueur de Tàge et suffisamment habile, était personnellement assez puissant pour dominer les nobles; mais que les institutions gouvernementales n'élaient pas assez fortes, par elles-mêmes, pour contrebalancer Tinfluence des seigneurs rebelles, si le roi était enfant, s'il était fou, prisonnier ou seulement trop maladroit. Les institutions permanentes du pays, plus que le pouvoir personnel du roi, avaient donc besoin d'être renforcées.

On comprend, en eflet, que plus les rois accumulaient de puissance entre leurs mains, plus leur mort créait un vide qu'on cherchait à combler sans aucun retard. Dans les siècles antérieurs, il y avait interrègne à la mort du prince, jusqu'à ce qu'un nouveau souverain eût été sacré. Le régent faisait toutes choses en son nom et sous son sceau : celui du roi défunt étant

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enfermé avec lui dans sa sépulture. Depuis Charles V, ce sysième avait été remanié et tout dut se faire au ncra du roi, quoique mineur. Dès lors, au lieu de gouverner directement le royaume, le régent gouverna le roi ; mais le roi devint responsable et le régent cessa de Têlre. La régence d'ailleurs n*élait réglée par aucune loi écrite. Chaque prince en disposait à sa guise, en mourant, sauf à sa veuve ou à ses proches parents à faire changer, après sa mort, ses dispositions dernières. Ce fut ce qui arriva lors de Tavènement de Louis XIII, de Louis XIV et de Louis. XV.

La tutelle du prince et la régence du pays devinrent inséparableSy en fait, dès Tépoque où le dauphin fut roi à Tinstant de la mort de son père; parce que la lutelle d'un prince régnant est une véritable régence. Le tuteur légal (la mère si elle vivait) fut le régent nécessaire. Une position de famille conféra ainsi un droit politique.

' La reine et les parents du roi. — Ceux qui touchaient de si près au souverain devaient nécessairement avoir une grande place dans la monarchie. Quoique la coutume du partage égal du royaume entre les fils du roi, pratiquée sous les deux premières races, fût bien oubliée au commencement du xwv!" siècle, on en trouvait encore la trace dans la formule des apanages des fils de France. Sous Louis XIII, dans les lettres patentes conférant à Gaston, son frère, les duchés d'Orléans et de Chartres avec le comté de Dlois, il est dit que, moyennant ces concessions, ce dernier « renonçait à tout droit sur les terres échues par le trépas du roi son père ». A Favènement de Louis XIII, les mâles de la famille royale étaient peu nombreux. En dehors de son frère cadet, le roi n'avait d'autres proches parents que deux cousins germains de son père, le comte de Soissons, mort en 1612, dont le fils n'avait que six ans en 1610, et le prince de Conti son frère, mort en 1614, imbécile. Le prince de Condé, alors âgé de vingt-deux ans, cousin issu de germain du nouveau monarque, tira donc de sa situation de « premier prince du sang » une autorité qui devait contrebalancer celle dont la reine s'était fait investir par le Parlement,

Poussée par Sillery, Villeroy, Jeannin, Bassompîerre, Belle-

garde, par Guise et par d'Epernon surtout, Marie de Médicis avait pris le titre de régente, après avoir fait rendre un décret conforme par les magistrats : « Sur ce que le procureur général a remontré.... la matière mise en délibération.... la Cour a déclaré et déclare ladite reine, mère du roi, régente en France. »

Le Conseil d'État. — Le ministère, dans le sens actuel du mot, c'était alors le Conseil. Au Conseil d*Etat d'autrefois, comme au Conseil des ministres d'aujourd'hui, appartenait le pouvoir exécutif, la direction générale des affaires. Donner ou retirer à un personnage \ entrée au conseil, c'était l'appeler au gouvernement ou l'en écarter; car le titre de conseiller d'Etat ne signifiait pas grand'chose en lui-même. Le Conseil ne rédigeait point de procès-verbal de ses séances, comme faisaient le Parlement et la Chambre des comptes. Si le compte rendu, même sommaire, de quelques-unes est parvenu jusqu'à nous, c'est grâce à la plume de quelque témoin auriculaire qui Va inséré dans ses mémoires particuliers. Il n'existe même pas de registre des arrêts du conseil.

La formule : Extrait des registres du conseil d'État, était une pure fiction. Ce que l'on conservait c'étaient des liasses de feuilles volantes, sur lesquelles avaient été rédigés et signés les arrêts. C'étaient les minutes mêmes, apportées à la séance par chaque conseiller, toutes prêtes, sauf la conclusion. Ces documents débutaient ainsi : Sur la requ&te présentée au roi..,,; ces mots étaient suivis de l'exposé de l'afTaire. Puis, sous cette rubrique, Vu par le roi en son conseil..., y enail la liste des pièces produites ou l'ensemble des considérants. Tel était le rapport, qui se terminait par la formule, inscrite comme une pierre d'attente : Le roi en son conseil.... Le rapporteur concluait verbalement; on vot(iit, et un secrétaire écrivait (après ces mots : Le roi en son conseil) le résultat du vote, c'est-à-dire l'arrêt du conseil, qui représente l'ensemble de ce que nous nommons

aujourd'hui, décrets en conseil d'Etat, décrets simples et arrêtés ministériels.

La décision prise était généralement succincte : trois ou quatre lignes au plus. D'après cette manière de procéder, le rapport même des conseillers devenait FaiTét original. Parfois Ton

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demandait le changement d'un mot, Fadjonction d'une phrase. La modification était faite séance tenante et l'on signait. On voit ainsi des minutes signées, et constituant par conséquent l'acte authentique, bien qu'elles soient surchargées de corrections et additions très importantes, d'une autre écriture et non approuvées ; si bien que rien ne s'oppose à ce que ces additions aient été faites après signature de l'original. Il arrivait même que le rapporteur faisait seul l'arrêt, en écrivant sa conclusion après ces mots : Le roi en son conseil. Mais, s'il avait trop présumé de son autorité, si l'on réformait son opinion en conseil, on barrait la fin de son rapport pour rédiger à la suite la décision nouvelle. Puis chacun signait, au bas de la page, où il pouvait, selon la place blanche qui restait libre. Le nombre et la qualité des signataires variaient à l'infini; il n'y en avait jamais moins de trois', mais il y en avait souvent six ou davantage. Quelquefois on y voit le parafe d'un grand seigneur, d'un maréchal, d'un prince du sang. Le prince de Gondé avait ce droit honorifique de signer toujours avec le chancelier; c'est ce qu'on appelait avoir la plume.

Marie de Médicis avait adopté pour tenir le conseil, qui n'avait aucun local fixe affecté à ses séances, une salle à côté de l'antichambre du roi : < assise sur une chaire, entourée des princes du sang, avec les conseillers debout en face d'elle, elle laissait entrer toutes les personnes de condition et faisait même approcher, dit Fontenay-Mareuil, ceux qui avaient intérêt à ce qui se disait. » Cet usage de faire entrer des étrangers au conseil subsista longtemps.

Révoltes des grands seigneurs. — Mais c'était là le conseil d'apparat ou d'administration officielle. A côté de lui se forma, au lendemain de l'assassinat de Henri IV, un conventicule secret dont les membres étaient le nonce du pape, l'amliassadeur d'Espagne, le médecin Duret, le père Colton, et surtout le Florentin Concini. Cet aventurier avait su prendre pied dans la maison de la reine, par son mariage avec Léonora Dori, dite Galigaï, sœur de lait de Marie de Médicis, dont elle était l'inséparable compagne. A l'intérieur comme à l'extérieur, le nouveau gouvernement n'eut d'autre politique que la conciliation, qui lui permet-

trait de vivre. Ravaillac avait à peine expié son crime en place de Grève, que déjà la puissante monarchie de Henri IV se délabrait sous la conduite d'une femme sans intelligence, entourée d'esprits médiocres.

A l'intérieur, les grands seigneurs se firent payer pour rester tranquilles, sans exiger d'ailleurs aucune part directe au gouvernement, dont les ministres du feu roi demeurèrent nominalement chargés. Le trésor, amassé à la Bastille par l'économe Sully, fut l'objet d'un pillage méthodique. Il devenait inutile d'ailleurs, puisque le « grand dessin » de Henri lY était aban* donné, et que l'alliance avec l'Espagne, pivot de la nouvelle diplomatie, remplaçait tous les plans longuement médités du dernier règne. Une des clauses du traité, qui fut conclu dès 1612 avec cette puissance, était le double mariage de Louis XIII

avec Anne d'Autriche et de Philippe d'Espagne avec Elisabeth de France. L'année précédente, Sully avait dû se démettre de sa charge de surintendant des finances, et s'était retiré, triste et fier, dans son gouvernement du Poitou.

Cependant les princes, Condé en tète, après avoir contribué à énerver par leurs prétentions exorbitantes le pouvoir de la régente, ne trouvèrent rien de mieux que de dénoncer au

peuple, dans un manifeste, le désordre de l'Etat. Bouillon, Lesdiguières, Nevers et Mayenne formèrent une espèce de Ligue et

réclamèrent les Etats généraux. Goncini, qui était devenu marquis d'Ancre et maréchal de France, poussa la reine à négocier. La paix se fit à Sainte-Menehould : « une espèce de paix assez malotrue », dit Sully, qui consista à indemniser les mécontents par un supplément de millions, de pensions et de gouvernements de villes ou de provinces. « On étourdit ainsi la grosse faim de leur ambition et de leur avarice. » A ces intrigues la bourgeoisie et la population des campagnes ne prenaient aucune part; comme les impôts n'étaient pas très lourds et ressemblaient assez à ce qu'ils avaient été sous Henri IV, l'état matériel fut de beaucoup meilleur sous ce mauvais gouvernement, et même sous celui de Luynes, qu'il ne le sera vers le milieu du siècle, durant les années glorieuses de Richelieu et de Mazarin. La France vivait encore, et vivra jusque vers 1625,

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