MARIE DE MEDIGIS; DE LUYNES
sur les réserves faites pendant les années réparatrices du dernier règne.
États généraux de 1614. — En 1614, suivant la promesse faite par la reine, dont le pouvoir officiel allait cesser avec la majorité du roi, les Étals généraux furent convoqués pour le 15 octobre, à Paris. Cette forme de communication directe du souverain avec la nation avait, au siècle précédent, rendu d incontestables services : « les ordonnances dressées par les Etats, écrit un personnage officiel sous Louis XIII, sont reçues et observées par les peuples avec beaucoup plus d'obéissance et de respect que celles qui sont publiées en d'autres temps. » L'objet de leur session était double : le roi leur présentait ses demandes; ils présentaient leurs cahiers au roi. Les affaires royales avaient la priorité; contribution à voter, jugement à rendre, la besogne élait facile. Celle qui consistait à faire aboutir les vœux du pays l'était moins. Les députés échouèrent plus d'une fois dans cette mission. Le cahier remis, l'assemblée dissoute, ils retournaient dans leur province.
Il en fut ainsi à cette dernière assemblée, qui demanda de se réunir tous les dix ans, mais dont la session suivante se fit attendre cent soixante-quinze ans. En 1614, les trois ordres ne montrèrent ni conviction ni esprit politique. Uniquement préoccupés de leurs intérêts particuliers, chacun d'eux défendit ses prérogatives et se contenta de sacrifier celles des deux autres. L'intérêt général fut perdu de vue. Le clergé ne s'occupa que de l'indépendance de TEglise, la noblesse que des pensions et de l'exemption des impôts, le Tiers que de l'hérédité des charges. L'opinion publique se désintéressa des États, et les grands seigneurs, qui les avaient réclamés, paraissent n'y avoir attaché aucune importance. Bassompierre en parle comme d'un fait divei's : « L'an 1615, dit-il, commença par la contestation de l'article du Tiers, qui fit un peu de rumeur dans les États; enfin on le plâtra. Le carnaval suivit, auquel M. le Prince fit un beau ballet, et le lendemain fut la conclusion des États. » Le duc de Rohan, ce grave politique, dit simplement : « Il faut maintenant venir aux Etats, qui commencèrent à la fin d'octobre 1614, où toutes choses se passèrent au désir de la reine, qui les fit séparer
avant que leur répondre. » Les autres mémoires contemporains, sauf ceux de Richelieu, n'en parlent pas. Nous connaîtrions à peine cette assemblée par ses cahiers, si Tun des membres du Tiers, Florimond Rapine, ne s'était chargé d'en écrire l'histoire. Le suffrage, pour la nomination des députés, était universel et direct dans le clergé et la noblesse. Les femmes môme étaient admises à voter quand elles possédaient un fîef en propre. Le suffrage à deux degrés était usité pour le Tiers. Les communautés rurales paraissent nommer deux délégués qui concourent, avec les habitants des villes, à la nomination du député. Le nombre des députés était, pour chaque ordre et pour chaque bailliage, très variable. Les collèges électoraux envoyaient à peu près aulant de membres qu'il leur plaisait. En 1614, la noblesse, qui comptait 130 membres, et le clergé, qui en comptait 144, formaient à eux deux l'immense majorité vis-à-vis du Tiers,
.qui n'avait que 192 représentants. Aux Etats de 1560, le Tiers avait eu 219 membres, tandis que le clergé n'avait député que 98 personnes et la noblesse que 76. La question avait en
soi peu d'importance, puisque les Etats votaient par ordre et que, dans chaque ordre, ils votaient par bailliages ou par gouvernements. Les députés de Paris avaient, dans leur gouvernement, deux voix chacun : l'une pour la « ville », l'autre pour « le bailliage ». Ayant deux voix, ils avaient deux mandats, qu'ils avaient accepté de soutenir et qui souvent étaient contraires; ce qui les plaçait dans une situation difficile.
L'ordre du clergé ne contenait, en 1614, qu'une vingtaine d'archevêques ou évèques; en revanche les membres de la noblesse appartenaient aux plus illustres familles. Quant au Tiers, sur 192 députés, 156 sont des officiers de justice ou de finance, par conséquent des fonctionnaires propriétaires; il n'y a pas plus de 15 maires ou échevins et de 3 marchands. Le menu peuple n'était guère représenté. Aux Etats de 1576, plusieurs députés sont qualifiés de laboureurs; mais le fait ne se renouvela pas. Pour faire partie de la noblesse, il fallait nécessairement être gentilhomme; mais, pour être membre du Tiers, on n'était pas tenu d'être roturier : 76 membres seulement, sur 192, paraissent appartenir à la pure roture. Tous