MARIE DE MÉDIGIS; DE LUYNES
les autres sont messires, nobles hommes, écuye7*s ou seigneurs de fiefs-
Ce fut cependant cet ordre du Tiers, à demi anobli et possessionné, que la noblesse parut avoir à cœur de tenir à grande dislance. La dispute entre les trois ordres occupa toute la partie de la session de 1614 qui ne fut pas absorbée par l'article relatif à rindépendance de la couronne vis-à-vis de TEglise. Cet article, le premier du cahier du Tiers, avait pour titre : De la sûreté des rois, et posait « comme loi fondamentale, qu'il n'y a personne en terre, quelle qu'elle soit, spirituelle ou temporelle, qui ait aucun droit sur le royaume; le roi ne tenant sa couronne que de Dieu seul.... que tous les sujets devront tenir cette loi pour sainte et véritable.... » Les réclamations furent si fortes de la part du clergé et de la noblesse, que le roi évoqua à lui cet article et défendit de Tinsérer dans le cahier. On l'y inséra pourtant sous figure d'exprimer cette réserve.
Les Etats demandèrent qu'on ne les séparât qu'après avoir répondu à leurs propositions, qu'ils pussent seuls juger de leurs cahiers, ce qui revenait à faire seuls les réformes; que tout au moins trois ou quatre des députés de chaque chambre fussent au Conseil, lorsqu'il s'agirait de leurs affaires. On le leur refusa deux fois, et deux fois ils revinrent à la charge. Le lendemain du jour où leurs cahiers furent déposés, on ferma la porte de leur salle. Mais loin de penser à faire le Serment du jeu de paume, les députés de 1614, brusquement dispersés, ne demandèrent qu'à regagner leurs provinces.
Conoini : son élévation; sa mort. — Quoique le roi fût majeur et marié, Marie de Médicis conserva les apparences du pouvoir et Concini en eut la réalité, plus encore qu'il ne l'avait eue jusque-là. Les mécontents formèrent alors une nouvelle ligue (1616), que Ton désarma par le traité de Loudun, toujours au prix de concessions d'argent; Condé et ses acolytes se partagèrent 7 millions de livres. Sillery, Villeroy, Jeannin, qui avaient « moyenne » cette paix honteuse, en furent les premières victimes; on les congédia. Condé, introduit au conseil par Concini, entrait et sortait du Louvre avec une plus grande suite que le roi; déjà ses partisans se vantaient que c Dieu seul pourrait les
empêcher de changer le gouvernement ». Ainsi Fun des griefs des grands seigneurs, depuis la mort de Henri IV, avait été qu*on < ne leur donnait aucune part aux affaires >. Maintenant que ces affaires étaient remises entre leurs mains, ils demeuraient factieux et tournaient contre le roi lautorité qu*ils tenaient de lui. C*est là ce que fit valoir un nouveau venu dans le conseil, le jeune Armand Duplessis de Richelieu, évèque de Luçon. Ce fut sans doute lui qui décida Goncini à faire emprisonner Condé. Mais le maréchal était lui-même à la veille de la ruine. Un cadet de Provence, Albert de Luynes, âgé de trentehuit ans, fils d'un officier de fortune, d abord « maître de la volerie du cabinet », avait su prendre crédit dans l'esprit du roi par une familiarité constante d'amusement et de caprice. Il eut l'adresse d'envenimer l'àme sournoise et jalouse de Louis XIII et obtint le commandement de tuer Goncini. Yitry, capitaine des gardes, s'en chargea et en fut récompensé par le brevet de duc. Quant au jeune roi, il y gagna son surnom de < juste », que l'évêque de Mâcon lui décerna et que ratifia l'opinion publique, peu difficile en cette matière et acharnée contre l'insolent Florentin. Sa veuve, Léonora Galigaï, fut brûlée comme sorcière, par arrêt du parlement, sans que la reine ait paru la regretter.
Ministère de Luynes; paix de Montpellier. — A la mort de Goncini (1617), les princes, comme si la paix avait été publiée, revinrent d'eux-mêmes à la cour. On ne tarda pas à s'apercevoir que, selon le mot du duc de Bouillon, « la taverne était restée la même et que le bouchon seul avait changé ». L'ignorance de Luynes, qui ne connaissait que les chiens et les oiseaux, était extraordinaire. L'ambassadeur d'Angleterre lui entendit demander un jour « si la Bohême était dans l'intérieur des terres ou sur le bord de la mer ». Favori insatiable, il fît oublier l'avidité de son prédécesseur; et, cumulant la dignité de garde des sceaux avec celle de connétable, il mérita ce jugement de ses contemporains : qu'il était aussi propre à faire un magistrat en temps de guerre qu'un général en temps de paix.
Une assemblée des notables avait été convoquée à Rouen; c il y fut fait beaucoup de belles propositions pour le bien de
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TEtai; mais, comme ce n*était pas la fin pour laquelle se tenait rassemblée, il n'en fut tiré aucun fruit... » G*était assez Tusage que dans ces assemblées de notables» composées de gentilshommes, d'évèques et de magistrats soigneusement triés parmi les amis de la cour, personne n*os&t même ouvrir la bouche. Cependant, en 1626, sous Richelieu, le premier président de la Chambre des comptes, Nicolaï, fit entendre un noble langage; en 1617, les notables < ne savaient pas le malin ce dont ils devaient délibérer Taprës-dinée > ; aussi s'abslinrent-ils de donner aucun avis.
Au milieu de Fabandon général qui avait suivi sa chute, la reine-mère vit se manifester peu à peu une réaction provoquée par rincapacité des gouvernants et par la pitié qu'inspira sa captivité au château de Blois. En 1619, elle s'évadait nuitamment et allait s'enfermer, avec d'Épernon, à Angoulème. Richelieu survint, au moment où les princes, qui avaient pris le parti de Marie et levé une armée pour la soutenir, se trouvaient à la veille d'en venir aux mains avec l'armée royale, sur les rives de la Loire, en amont des Ponts-de-Cé. Par son entremise, fut signé le traité d' Angoulème, qui réconcilia le roi et sa mère et valut à l'évèque de Luçon le chapeau de cardinal.
Le roi, qui s'était rendu ensuite dans le Béarn et la Basse- Navarre pour y remettre le clergé catholique en possession de ses biens, avait à peine repris le chemin de Paris que déjà les protestants du Midi se levaient en armes. Il se dirigea alors sur Montauban qui, défendue par la Force et par Rohan, repoussa tous les assauts. Il mit le siège devant Monheur,sur la Garonne, — où Luynes, qui l'accompagnait et dont il se montrait déjà las, mourut subitement. Enfin il investit Montpellier et ne fut pas plus heureux. — Mais la politique et les cadeaux avaient tour  tour désarmé les principaux chefs de l'armée protestante. Lesdiguières prit sur lui de traiter avec Rohan, et Louis XIII vit avec plaisir l'heureuse issue de négociations faites sans bruit. Par la paix de Montpellier, l'édit de Nantes fut confirmé, à la réserve des villes de sûreté que les huguenots avaient perdues.
Réconciliation du roi avec sa mère. Entrée de Richelieu au Conseil. — La réconciliation du roi avec sa mère n'avait été, à Angoulème, que de pure forme; mais après la mort de Luynes et le départ de Condé, qui était demeuré peu de temps en faveur depuis qu'il avait été rendu à la liberté, et qui venait de partir tout récemment pour Tltalie, la reine reprit peu à (>eu sur son fils une partie de son ancien ascendant. Elle en profit» pour rouvrir à son protégé, Richelieu, la porte du conseil, dont il était sorti sept ans auparavant, à la chute de Goncini.
Dix ans d'efforts allaient être couronnés de succès. Depuis le jour où Tévêque t crotté » de Luçon, comme il slntitule, pauvre et bien fâché de Tôtre, avait obtenu par lavocat Bouthillier, héritier du cabinet de Tavocat La Porte, grand-père de Richelieu, la faveur de la reine-mère, ses chances d'avenir avaient semblé plus d'une fois bien compromises. Ce n'est pas que le grand homme d'État, si glorieux au pouvoir par sa volonté de fer, n'eût montré une souplesse à toute épreuve pour y parvenir. Il avait dû plier devant tout le monde, endurer les rebuffades de ce rustre de Goncini, qui n'était même pas poli avec ses créatures; pis encore, il lui avait fallu, comme secrétaire d'Etat des affaires étrangères, en 1617, faire non pas seulement l'apologie d'un chef qu'il méprisait, mais surtout soutenir celte alliance espagnole qu'il détestait, et trouver des ai^uments pour défendre un système dont il devait être, dont il était déjà sans doute, dans son for intérieur, l'adversaire le plus clairvoyant et le plus redoutable.
Tout cela n'avait servi qu'à le compromettre inutilement : d'abord il est enveloppé dans la disgrâce de ses premiers protecteurs; au Louvre, le jour de l'assassinat du maréchal d'Ancre, il est en peine de trouver quelqu un « qui se voulût entretenir avec lui ». Non qu'il fût attaché au défunt : il semble avoir reçu, du vivant de Goncini, quelques ouvertures de Luynes, qui lui promet d'abord sa protection. La reine-mère elle-même n'intéresse guère le jeune prélat; il est tout prêt à l'abandonner; mais, puisque les nouveaux ministres ne veulent décidément pas de lui pour collègue, il fait de nécessité vertu et s'attache à la fortune de Marie de Médicis.