‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 33 sur 125 · Voir ci-dessous, chap. xx (Empire ottoman · texte numérisé non relu

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n'avaient guère chacun qu'une province. A ces huit « sénats » on en adjoignit deux sous Louis XIII. Le parlement de Pau prit la place (1650) du c Conseil souverain » de Béarn et de la € Chancellerie » de Navarre, qui avaient eux-mêmes succédé à la cour du vicomte et aux alcades majofs du moyen âge. Le parlement de Metz détrôna, non sans de.vives réclamations, la « Cour de justice et les audiences seigneuriales », jusque-là ma! tresse dans les Trois-Evêchés.

Si, quittant le sommet occupé par les parlements, on descend aux tribunaux de second et troisième ordre, — présidiauxy bailliages et sénéchaussées; — surtout si Ton s'enfonce dans l'obscurité des sièges subalternes que se partagent, ou plutôt se disputent, le roi, les seigneurs, les villes, les abbayes, on a peine à se reconnaître dans ce dédale. La preuve que le mécanisme judiciaire fonctionnait fort péniblement, c'est que les procès c en règlement de juges » sont aussi nombreux à eux seuls que tous les autres. Nulle part comme dans la justice, le système féodal et le système royal ne nous apparaissent aussi inextricablement emmêlés. C'est que, pendant six siècles, l'Etat créa de nouveaux tribunaux sans supprimer les anciens. Tout au plus les dépouillait-il d'une partie de leurs attributions. Immédiatement au-dessous des cours souveraines venaient les présidiaux, au nombre de 88 a la mort de Louis XIII. Us avaient été créés, à partir de 1551, un par un, sous des influences diverses; ils étaient très inégalement répartis dans le royaume, mais avaient cet inestimable avantage d'être égaux en compétence. C'était un grand pas vers l'unification.

A côté des innombrables sièges de droit commun, il y en avait d'exceptionnels, comme les officialilés, pour certaines classes d'individus, ou comme les prévôts de la maréchaussée, la Table de marbre^ les cours d'amirautés, celles des eaux et forets, pour certains morceaux du territoire. Il y avait aussi des tribunaux extraordinaires : les commissaires, dont la mission interrompait le « cours ordinaire de la justice ». Les juges ne cessèrent de protester contre l'abus qui en fut fait par Richelieu, et l'opinion publique était notoirement hostile à ces créations intéressées.

L^administratioii provinciale. — La France, comme nous venons de le dire pour les fînances, est partagée en deux zones, au point de vue administratif : provinces vivantes, provinces mortes. L aspect des anciens rouages est donc fort différent dans les pays d'États ou d'élections, à Amiens ou à Toulouse. Le régime de la nation se ressentait des conditions historiques dans lesquelles elle était venue au monde. Le roi gouvernait pleinement mais diversement les provinces, suivant quelles étaient depuis plus ou moins longtemps sous son sceptre, et plus ou moins éloignés du centre de l'autorité . La Loire trace entre les habitants d*au delà et les habitants d'en deçà une ligne de démarcation profonde. Les Nîmois envoient saluer le roi à la limite du Languedoc, « parce qu'il est sur le chemin de retourner en France ». Les Français sont aussi étrangers en Provence que les Allemands à Paris. Cependant les provinces ne sont déjà plus que de pures expressions géographiques, aux limites traditionnelles et mal définies. La monarchie les avait remplacées par une division plus uniforme : les généralités.

Les généralités avaient à leur tête les trésoriers de France composant le « bureau des finances »; mais à côté des généralités il y avait les gouvernements, placés sous l'autorité des hommes d'épée, et des ressorts parlementaires et présidiaux où dominent les magistrats. Par la tendance naturelle de ces autorités diverses à empiéter les unes sur les autres, il arrive que c'est presque toujours la plus voisine qui est la plus forte. Ici les membres du présidial sont à peu près les maîtres, là ce sont les officiers de finance; ailleurs c'est le gouverneur, ou le parlement, ou les Etats. Les citoyens, en ce temps-là, ne se trouvaient pas en face d'agents du pouvoir central, se soutenant tous avec acharnement et tous craignant de se compromettre vis-à-vis les uns des autres; ils trouvaient l'excès contraire : des pouvoirs rivaux, disposés sans cesse à se critiquer et à se combattre. Seulement cette indépendance des fonctionnaires entretenait une sorte d'élasticité dans la monarchie; la liberté administrative corrigeait quelque peu le despotisme légal. Le gouvernement était par là plus faible mais plus doux.

Les intendants. — II n'existait point de représentants du pouvoir exécutif pour surveiller toutes les branches de la vie publique, sans appartenir précisément à aucune. Ce devint le rôle des « intendants de justice, police et finances ». Leur création, bien qu'antérieure a Richelieu (dès le règne de Henri II, on trouvait des « commissaires départis » exerçant l'emploi et portant même quelquefois le nom des « intendants » futurs), mérite cependant de lui être attribuée par l'histoire, comme elle le lui a été par ses contemporains. Pris en bloc, les intendants n'ont pas d'acte de naissance. Aucune déclaration royale, aucun édit ne leur a donné le jour. Les papiers personnels du cardinal n'en parlent pas; ses Mémoires et son Testament politique ne les mentionnent qu'une seule fois et comme un projet à méditer, plutôt que comme une institution existante.

Le pouvoir des intendants fut général et absolu; il ne s'établit pas sans conteste. Pour les gouvernants du cru, ce nouveau' venu < sans habitude ni crédit dans la province », où il arrive avec sa « commission » en poche, est un rival, un ennemi. Il saura, s'il le faut, pour se faire obéir, avoir recours à la force ; et, comme Machault en Languedoc, se faire accompagner de j deux régiments « partout où besoin sera ». Apôtres de l'obéis- I sance passive, les intendants la subissent et l'imposent. La plupart sont des hommes intelligents, appliqués, intègres. Leurs qualités — ils en eurent de grandes — tiennent toutes à leur personne; leurs défauts tiennent presque tous à leur emploi, à l'immensité ou mieux à l'absence de limites aux attributions de ces hommes qui peuvent tout faire, qui exercent d'une façon permanente jusqu'aux extrémités du royaume l'omnipotence du pouvoir central et qu'un caprice du pouvoir central peut, d'un instant à l'autre, faire rentrer dans l'obscurité et le néant.

BIBLIOGRAPHIE

DfM*uitieiit« et «onrccs. — Les ARCHIVES DU ministère des affaires ÉTRANGÈRES Contiennent, dans le fonds France, une masse énorme de correspondances adressées à Richelieu et des papiens administratifs de toute sorte, d'un intérêt de premier ordre pour Thistoire intérieure du règne. Les fonds des divers pays étrangers ont la même importance pour l'histoire diplomatique, et sont encore inédits, pour la plupart. On trouvera également de nom-

breux documents aux Archives du ministère de la guerre, sur la politique, Fadmiaistration provinciale, etc. (t. XXIV et suivants). —Aux Archives nationales, les Arrêts du conseil d'Etat (cartons E 78 à E 158), le Plumitif de la Chambre des Comptes (P. 2750 et suivants), les registres du Conseil secret du Parlement (X*a, 8387) fournissent, sur les mêmes sujets, d'innombrables renseignements. — A la Bibliothèque de l'Institut, nous signalerons la collection des manuscrits Gtodefroy, CXXX et suivants; etc. — Des documents imprimés, que l'on peut cependant regarder comme inédits, en raison de leur rareté, sont ceux qui composent, aux Archives nationales, la coUection Rondonneau (AD -h). Elle comprend les édits, ordonnances, déclarations, arrêts des cours souveraines, du conseil, et autres actes officiels dont le plus grand nombre ne se trouve que là, recueillis et mis en ordre chronologique.

Les principales sources imprimées sont les mémoires : tout d'abord, ceux de Richelieu, en trois volumes (collections Pctitot et Michaud). Dans les mêmes collections, les mémoires de Monglat, de Fontenay-Mareuil, du président Jeannin, de Pontchartrain, du duc de Rohan, de Bassompierre, Mlle de Montpensier, d'Estrées,de Pontis,Mme de MotteviUe, le cardinal de Retz, Montrésor, Brienne, Amauld d'Andilly, Talon, La Porte, etc. — Dans la CoUection de la SociiUé de l'histoire de France, les mémoires de Nicolas Goulas, et de Colligny-Saligny. En outre les mémoires de lord Herbert Cherbury, ambassadeur d'Angleterre, de Montchal, archevêque de Toulouse (importants pour l'histoire religieuse), d'O. Lefèvre d'Ormesson, du duc d'Orléans (attribués à Algay de Marlignac), de Segrais, de Puységur (très intéressants pour l'histoire militaire), de l'abbé Amauld, de Thomas du Fossé, etc. Compléter les indications d'éditions avec la Bibliographie de G. Monod, Paris, 1888. — Sur le même rang que les mémoires, on doit mettre les Historiettes de Tallemant des Réaux, véridiques le plus souvent, quoique médisantes, — nous en avons trouvé maintes preuves, — et les lettres de Gui Patin, auxquelles on peut se fier quand il n'a pas de haine spéciale qui le pousse à calomnier. Il est cependant moins bien renseigné que Tallemant. — Ensuite la Gazette et le Mercure français, mines précieuses, et les Relazioni dei amhascialori Veneti, — Parmi les publications modernes, viennent en première ligne les Lettres, instmctions diplomatiques et papiers dÉtat ctu cardinal de Richelieu, 8 vol. in-4, publiés dans la Collection des documents inédits de l'histoire de France, par d'Avenel.

Livres. — Au point de vue politique, comme au point de vue administratif, social et économique, la liste des ouvrages généraux ou spéciaux, qui ont traité du ministère de Richelieu est trop longue pour être donnée ici. On trouvera l'indication de ces livres dans Richelieu et la monarchie absolue, 4 vol. in-8«>, par le vicomte G. d'Avenel, i 884-^890, dont les notes très explicites suffiront, croyons-nous, à guider le lecteur, suivant la nature de ses recherches sur les diverses institutions de la France. — Pour le récit des faits proprement dits, les histoires du cardinal de Richelieu ou de Louis XIII, par Aubery, en 1660, par Le Clerc, en 1753, par ICichel le Vassor, en 17o7, sont toutes incomplètes ou empreintes de parti pris. Celle du père Griffet (1758) a été la plus solidement construite jusqu'à notre siècle, mais Fauteur n'a pas connu les Mémoires de Richelieu. — Bazin, dans son Histoire de Louis XHI, parue en 1846, n'a pas eu à sa disposition les papiers personnels ou politiques du cardinal. Son ouvrage conservera néanmoins de l'intérêt jusqu'à la publication complète deïHistoire du cardinal de Richelieu, par G. Hanotaux, dont les deux premiers volumes seuls ont paru. Nous recommandons aussi G. Fagniez, le Père Joseph et Richelieu (voir ci-dessous, bibliographie du chapitre xii : VAllrmagnc et la 'juerre de Trente ans).

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