Philippe Dcsporles, né à Chartres (1546), mort en
2. Jean Bertaut, né à Caen (1552), mort à Séez, évéque de cette ville (1611).
chait d'être un peu trop sage, semble, en effet, s'être beaucoup défié de ses forces; mais s en est-il mal trouvé? Il a gardé la réputation discrète qui convient bien avec son talent. Il cherche Tesprit plus que Téclat; et trop souvent sa finesse dégénère en pointes; son goût maniéré annonce déjà le goût « précieux », qui ravira le siècle de Voiture et de Théophile. Mais quand il veut bien rester simple, il est quelquefois exquis. Comme Desportes, il a laissé des poésies d amour et des poésies religieuses; mais, au rebours de Desportes, il est peut-être plus sincère et plus sérieusement inspiré dans celles-ci que dans les premières, ainsi qu'il sied d ailleurs à un poète qui mourut aumônier de la reine et évêque de Séez.
D'Atiblgné. — C'est une singulière fortune que celle d'Agrippa d'Aubigné *. Son œuvre capitale, les Tragiques, commencée dès 1571, ne vit le jour qu'en 1616, trente ans trop tard, en plein règne de Malherbe; et elle ne fut pas même lue, quoiqu'elle renferme des pages dont rien au xvi'' siècle ne surpasse la beauté. Mais le goût et l'esprit public étaient ailleurs, et ne pouvaient plus rien comprendre à cette sorte de satire épique, toute brûlante encore de passions désormais éteintes, toute hérissée d'excès de langue et d'images dont Malherbe avait déjà dégoûté ses contemporains, au profit d'une poésie plus sobre et plus sage. De nos jours, la poésie des Châtiments et de la Légende des siècles a ramené l'attention sur d'Aubigné; et peut-être n'a-t-on pas encore assez étudié l'influence des Tragiques sur Victor Hugo.
D'ailleurs, il faut avouer que d'Aubigné ne sait pas plus composer que juger; son œuvre est un chaos; ses passions sont d'un sectaire; lui-même avoue « sa haine partisane » et s'en vante. C'est trop de douze mille vers pour maudire les ennemis et les persécuteurs de sa foi calviniste, pour en exalter les héros et les martyrs. Une sombre monotonie plane sur cette interminable galerie de tableaux farouches et d'anathèmes furibonds. Mais quel feu, quelle verve! quels cris de rage! quelle puissance dans le sarcasme ! et quelle éloquence dans la