Né en Saintonge (1562), mort à Genève
haine ! Il ne faut pas que de tels poètes fassent école ; mais, à les juger seulement comme écrivains, ils sont nécessaires pour montrer que notre langue, dont on loue, à satiété, la clarté, la justesse, la mesure et la probité, est capable aussi d'audace et d'outrance, et peut se prêter, sans faiblir, même aux imprécations d'une satire ardente.
Le théfttre : Jodelle, Gamier. — Nous avons vu la lente décadence, puis la chute subite des Mystères^ à Paris d'abord; bientôt après, dans la France entière. L'arrêt du Parlement qui en interdit la représentation est du 17 novembre 1548. Trois mois après, du Bellay, dans la DéfensCy faisait ainsi appel au jeune poète de l'avenir : < Quant aux comédies et tragédies, si les rois et les républiques, les voulaient restituer en leur ancienne dignité, je serais bien d'opinion que tu t'y employasses. » Jodelle, à peine âgé de vingt ans, prit pour lui l'invitation, et, dès 1552, fit jouer Cléopâtre à l'hôtel de Reims, et, une seconde fois, au collège de Boncour. L'auteur et ses amis tenaient les rôles. Le succès fut immense et bruyant. La Pléiade enthousiasmée offrit même à Jodelle un bouc symbolique, en souvenir des concours tragiques d'Athènes. Leurs ennemis les accusèrent ridiculement d'avoir fait un sacrifice à Bacchus. Cléopâtre ne méritait peut-être pas tout ce bruit. La pièce, vide d'action, chargée de chœurs interminables, qui alternent avec de longs monologues, est & moitié lyrique, à moitié didactique, nullement dramatique. Tout au plus peut-on dire qu'elle annonçait déjà la tragédie par le choix du sujet, par la simplification de l'action, par l'observation des unités, par l'effort soutenu vers la noblesse du style. Une autre tragédie de Jodelle, Didon se sacrifiant, offre à peu près les mêmes caractères, mais elle est mieux écrite, grâce à Virgile, dont VÉnéide (au IV* livre) a servi de modèle au poète français.
Jodelle eut des successeurs, par qui le genre fit peu de progrès, jusqu'à Robert Garnier *. Celui-ci est un vrai poète : encore peu dramatique ; mais les sept tragédies qu'il a laissées