Né à la Ferté-Bernard (1534), mort en
renferment des narrations et des morceaux lyriques tout à fait remarquables. Ses pièces n'étaient pas représentées (selon toute apparence), mais lues, comme celles de Sénèque à Rome. Si Ton admet ce genre, les tragédies de cabinet, celles de Garnier sont vraiment belles, et le mouvement du style y supplée, pour le lecteur, à la langueur de Taction. Une seule fois (dans les Juives ou Sédécias) il a mêlé au récit et au chant un peu d'intérêt dramatique, une ébauche de caractères.
Ainsi la réaction contre le Mystère fut d'abord absolue. Le Mystère avait été tout mouvement et toute action; la tragédie commença par n'être que l'exposition oratoire et lyrique d'une situation pathétique, mais presque immobile.
Dans la comédie, celui de tous les genres littéraires que la Renaissance a le moins modifié, le plus grand changement fut d'abord ce nom antique remis en honneur, au lieu du nom de farce ou de moralilé. Mais la comédie de Jodelle, Eufjène ou la Rencontre (représentée avec Cléopâtre), quoique divisée en actes, est, d'ailleurs, une véritable farce. — Après Jodelle, Gré vin, Jean de la Taille, ne composent encore que des farces plus développées, tout en se vantant, dans les Prologues, « de donner aux Français la comédie en telle pureté qu'anciennement l'ont baillée Aristophane aux Grecs, Plante et Térence aux Romains ». — Pierre Larivey *, Champenois de naissance, Italien d^origine, développe et varie le genre dans ses neuf comédies italiennes, qu'il rend françaises en les accommodant au langage et aux mœurs de Paris. Quoiqu'il n'ait pu réussir à acclimater la comédie en prose (longtemps dédaignée chez nous, jusqu'à Molière, et encore après lui), le style de Larivey est excellent, vif, preste, agile, spirituel sans eiïort et très propre à la scène. On ignore toutefois si ses pièces furent représentées; et c'est une curieuse époque dans l'histoire du théâtre français que celte seconde moitié du xvi* siècle, où les pièces qu'on jouait sont inconnues, tandis que celles qu'on connaît semblent, pour la plupart, n'avoir jamais été jouées : jamais le divorce ne fut plus complet entre le théâtre et la littérature dramatique.