Voir ci-dessus, t. IV, p. 35 et
3. Pie V, canonisé en 1712 par Clément XI, est le dernier pape qui ail été l'objet de cette faveur.
30 LA COUR DE ROME ET LA RÉFORME GATHOLIQUii:
d'excommunication ou de péché mortel. En 1564, Pie IV eu publia une seconde édition, préparée par les soins du concile, en y ajoutant dix règles dites Regulœ Indicts. Son successeur, Pie V, pour tenir à jour cet hidex du concile, institua une commission de cardinaux sous le nom de « Congrégation de rindex ».
Sixte-Quint la confirma en 1588 et Clément VIII (1592 1605) lui donna le pouvoir de trancher toutes les questions relatives i V Index et aux Regulœ Indicis.
A 1 égard des livres canoniques, le concile avait fait choix, comme version officielle de la Bible, de la Vulgate^ traduction latine consacrée dans TÉglise par un usage séculaire; il avait prescrit la revision du Missel et du Brémaire^ ordonné la rédaclion d'un Catéchisme universel, et enjoint à tous ceux qui voudraient publier des livres traitant de choses saintes, de demander auparavant Yimpi'imalur de TOrdinaire. Ce fut le Catéchisme .romain^ appelé à tort « Catéchisme du concile de Trente », qui vil le jour le premier : il fut préparé, sous la surveillance de saint Charles Borromée, par quatre théologiens éminents, et publié par Pie V en 1566. Le même pape publia la première édition expurgée du Bréviaire (1568) et du Missel romains (1570), destinés à remplacer les liturgies diocésaines et à rétablir Tunité des rites dans TEglise latine *. Quant à l'édition officielle de la Vulgate, œuvre considérable et difficile à mener à bien, elle ne fut donnée qu'en 1590 par Sixte-Quint, fondateur de Timprimerie vaticane. Une deuxième édition, corrigée par les soins du savant cardinal Bellarmin, parut en 1592; une troisième et une quatrième en 1593 et 1598. — Quelques années auparavant (1582), Grégoire XIII avait publié de même une édition officielle du Corpus juris canonici, dont Pie V avait dès 1566 ordonné la revision *.
En même temps qu'ils les exécutaient, les papes prenaient des précautions pour que le sens des décrets du concile ne fût point altéré sous prétexte de les interpréter. Dans la bulle même qui les confirmait, le pape Pie IV défendit
f. Le Bréviav*e fut revisé de nouveau sous Urbain VIII, en 1643. 2. Sur te Corpus j'uris canonici, voir lonic II, p. 2G2 et suiv.
toute espèce de c commeataires, gloses, annotations et scholies desdits décrets », sous peine d*excommunication, réservant au Saint-Siège le soin de les expliquer si besoin était. Quelques mois plus tard (2 août 1564), il créa, pour l'aider dans cette tâche, une institution nouvelle dont Timportanc^ alla toujours en grandissant : la Congrégation des cardinaux interprètes du concile de Trente {Sacra Congregatio cardinalium concilii Tridentini inlerprelum). Cette congrégation n'eut d*abord aucun pouvoir de décision propre : elle le reçut de Sixte-Quint (22 janvier 1588), et devint dès lors un corps important, ayant pour mission générale de fixer par des déclaralionB le sens des décrets de réforme du concile, de trancher les questions litigieuses qu'ils pouvaient soulever, et enfin d'en procurer Texécution dans toute TEglise; Tinterprétation des canons dogmatiques restait réservée au pape. — Sixte-Quint d'ailleurs ne se contenta pas d'augmenter les pouvoirs des deux congrégations de l'Index et du Concile. Pour alléger le gouvernement pontifical, il généralisa le système de ces congrégations cardinalices, qu'il porta au chiffre de quinze, et qui sont devenues de véritables ministères, entre lesquels se trouvent réparties les différentes affaires ressortissant à la cour de Rome.
Le prédécesseur de Sixte-Quint, Grégoire XIII (1572-1585), si connu par sa réforme du calendrier julien ', s'était surtout occupé des questions d'enseignement, désormais vitales. Il établit des collèges de Jésuites en France, en Allemagne, en Hongrie. A Rome, il fonda le collège grec de Saint-Athanase, le collège anglais de Saint-Thomas, le collège des Maronites, agrandit le collège germanique créé par saint Ignace en y annexant le collège hongrois, et réorganisa le collège romain^ fondé également par saint Ignace et souvent appelé depuis « Université grégorienne ». On a calculé qu'il avait consacré à ces diverses fondations la somme énorme de deux millions d'écus.
Tout cela prouve que la papauté participait largement au réveil religieux que le concile de Trente avait suscité; aussi
i. Voir ci-dessous, pp. 01 et 473.
reprenait-elle peu à peu sur la chrétienté ce pouvoir suprême que les papes de la décadence lui avaient fait perdre. Le premier pape qui le revendiqua nettement fut l'énergique Paul IV. En 1559, se fondant sur la plénitude de puissance dévolue au pontife romain super génies et régna, il publia la bulle Cinn ex apostolatus officio, qui déclare déchus de leurs droits et dignités tous ceux, clercs ou laïques, princes ou sujets, qui s'écarteraient de la foi. Pie V ordonna à son tour de publier chaque jeudi saint dans toute la chrétienté la bulle In cœna Domini, qui depuis Urbain V (1363) se lisait ce jour-là à Rome. Cette bulle, qui avait pour objet principal de protéger la juridiction et les immunités de TEglise contre leurs violateurs, hérétiques, schismatiques, ou autres, énonçait une série de péchés graves dont l'absolution était réservée au souverain pontife. Pie V y ajouta en 1567 l'anathème contre les protestants, et Urbain VIII lui donna en 1627 sa forme définitive. — La renaissance du pouvoir pontifical se manifesta extérieurement sous le pontificat de Clément VIII (1592-1605) : aux fêtes du jubilé séculaire de Tan 1600, on vit accourir à Rome trois millions de fidèles.
Les ordres religieux en Italie et en Espagne. — La réforme du clergé séculier après le concile de Trente fut accompagnée, comme l'avait été la réforme de Grégoire VII, par la régénération et l'extension des ordres monastiques. La décadence où ils étaient tombés s'était révélée subitement, à l'époque de la révolte de Luther, par la défection d'un grand nombre de religieux et de religieuses : si bien qu'en 1538 une commission de cardinaux et de prélats avait proposé de les dissoudre. Les Pères de Trente n'avaient pas voulu entrer dans cette voie. Ils s'étaient bornés à édicter dans leur dernière session des règles sévères, qui devaient aider à la réforme. Certains ordres se réformèrent d'eux-mêmes, notamment le» Franciscains et les Carmélites.
La réforme des Franciscains avait commencé dès 1528 au couvent de Montcfalconi, où l'austère Matteo de Bassi, qui appartenait au parti rigoriste *, avait entrepris de faire revivre