‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 41 sur 125 · Honorât de Racan, né en Touralne (1589), mort en · texte numérisé non relu

Honorât de Racan, né en Touralne (1589), mort en

c'est Malherbe qui lui enseigna à ne pas se contenter du premier jet d'une veine trop abondante et à chercher la perfection. Racan l'atteignit quelquefois. Ce ne fut pas en imitant de trop près Malherbe, mais plutôt en essayant de rendre très simplement des sentiments très simples, mais vifs, comme Tamour de la campagne, le goût de la retraite et la douceur du repos. 11 y a, en ce genre, des pages exquises dans ses Bergei^ies, longue pastorale dramatique, un peu monotone (toutefois jouée avec succès vers 1618).

Maynard*, moins naturellement poète que Racan, mais bien plus spirituel, n'a pas toute la réputation qu'il mérite; et la mauvaise chance qui le maintint toute sa vie loin de Paris et des théâtres en vue, semble l'avoir suivi après sa mort. Son vers, un peu sec, et côtoyant la prose, mais correct et pur, n'a presque pas vieilli, et souvent semble fait d'hier. Voltaire s'étonnait déjà de trouver si peu archaïque un homme né sous Henri III.

Mathurin Régnier, à peine plus âgé, semble d'un autre siècle; et d'ailleurs, quant au style, retardait déjà de son vivant*. Mais sa verve, son esprit, le pittoresque de son style, la finesse de son observation morale ont fait durer son œuvre, malgré les archaïsmes, et cet auteur difficile est encore lu et très goûté. Quoiqu'il emprunte beaucoup de traits aux satiriques italiens du xvi** siècle (Berni, Mauro, Caporali), quoiqu'il imite souvent et quelquefois traduise Horace et Juvénal, Régnier est profondément original ; car toutes les idées que ses modèles lui suggèrent, il les pense à nouveau, et l'expression qu'il y donne ensuite, est absolument personnelle. Ainsi ses satires, où personne n'est nommé, ni désigné, n'ont toutefois rien d'abstrait. D'ailleurs ses vers, pleins de trouvailles heureuses, sont trop peu travaillés, faits de génie et de négligences; défectueux surtout par l'obscurité, l'incorrection de sa syntaxe. N'est-ce pas à cette marque qu'on reconnaît un auteur paresseux ou dédaigneux, qui ne se corrige jamais?

De cette négligence, par réaction contre Malherbe, il faisait presque une méthode : il faut, disait-il, « laisser aller la plume

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