‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 42 sur 125 · Mathurin Régnier, né à Chartres (1573), mort en · texte numérisé non relu

Mathurin Régnier, né à Chartres (1573), mort en

OÙ la verve remporte ». Il ne faut pas « gêner Apollon par de sauvages lois ». La satire IX (à Rapin) est une bien jolie critique de Malherbe, de son œuvre, et surtout de son école. Régnier avait raison de croire que le génie est plus nécessaire au poète que le travail; mais Régnier avait tort de penser qu*un poète de génie peut se passer du travail.

Théophile de Viau * commença par professer la même erreur; et quand, devenu plus sage, il allait sans doute en guérir, la vie lui manqua. Aussi ce poète injustement ridiculisé par Boileau, ce poète admirablement doué, n'a-t-il laissé à la postérité rien dont elle se souvienne. Il avait assez d'esprit pour admirer beaucoup Malherbe (il se montre, en cela, plus large et plus équitable que Régnier) ; mais, persuadé que la liberté est Tessence de la poésie, il ne voulait soumettre son inspiration à aucune règle, fûtrelle dictée par Malherbe : « Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui », dit-il. Ailleurs :

J'approuve que chacun écrive à sa façon. La règle me déplait.

II disait aussi : « Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément » : principe singulier qui, à bien l'entendre, n*est point faux, mais qui est dangereux, car il mène i croire que tout ce qu'on fait aisément est bon. Théophile inclinait à cette erreur, charmé (comme il arrive aux jeunes, quand ils sont bien doués) de sa verve et de sa belle humeur, épris de ses propres idées. Il est vrai qu'il en avait de fort bonnes, et qui étaient bien à lui; par exemple quand il dit : « Il faut écrire à la moderne ; Démosthène et Virgile n'ont point écrit en notre temps, et nous ne saurions écrire en leur siècle; leurs livres, quand ils les firent, étaient nouveaux, et nous en faisons tous les jours de vieux. » Théophile mourut à trente-six ans, après une vie désordonnée, trop jeune pour justifier par une œuvre toutes ses ambitions; mais le peu qu'il a laissé mérite mieux que d'être étouffé sous l'arrêt méprisant de Boileau, qui ne permet qu'aux « sots de qualité » l'admiration pour Théophile.

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