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Newton se reconnaît plutôt comme élève de Descartes

mètres du xvii'' siècle trouvaient, dans les écrits des anciens, beaucoup moins d'indications que pour les quadratures. Le problème n'en fut recherché qu'avec plus d'ardeur et Descaries déclare que c'est le seul qu'il ait vraiment désiré de résoudre.

Il donna dans sa Géométrie une méthode applicable en principe à toutes les courbes algébriques. Elle consiste essentiellement à déterminer des coefficients laissés indéterminés dans une équation auxiliaire de façon a en rendre égales deux racines. Au moment où il faisait distribuer son livre, Descaries reçut de la part de Fermât, par l'intermédiaire de Mersenne, la brève indication d'une règle pour ramener le problème des tangentes à celui des maxima et pour résoudre ce dernier par un procédé plus simple, parce qu'il repose de fait sur la considération directe de la limite du rapport des accroissements infiniment petits d'une variable et de sa fonction, c'est-à-dire sur le même principe que le calcul différentiel; il épargnait des détours inutiles et était susceptible d'une généralisation plus facile.

En même temps. Descaries apprenait par Mersenne que Fermât avait critiqué sa démonstration a priori de la loi de la réfraction de la lumière. Quoique Fermât ne l'eût dailleurs fait que sur la prière de Mersenne, et que Descaries eût lui-même invité son correspondant à provoquer les objections contre cette théorie, il y avait là une coïncidence pouvant faire croire à un parli pris de dénigrer les essais joints au Discours de la Méthode. Dès lors, non content de se défendre. Descartes prit l'offensive et, profitant de certaines obscurités dans l'exposition de Fermai, il déclara la méthode des tangentes de ce dernier illusoire et fautive. Mersenne communiqua sa lettre à Roberval, et celui-ci, qui avait déjà pu apprécier la valeur du procédé de Fermai, en prit vivement la défense. Alors commença une dispute célèbre, où d'ailleurs Fermât ne prit guère part; elle se termina assez vite par un accommodement, aussitôt que Descarles eut reconnu la valeur de son adversaire ; mais une froideur marquée subsista entre les deux grands géomètres.

Ce fut dans cette dispute que Roberval proposa le problème de mener la tangente à la cycloïde (courbe transcendante), en avouant qu'il n'en connaissait pas la solution. Fermât l'ob-

tint par sa méthode, tandis que Descartes dut recourir à un artifice spécial (considération du centre instantané de rotation dans les cas de roulement). Leurs constructions permirent à Roberval de trouver également une solution géométrique qui lui appartient en propre et dont il généralisa le principe en considérant les courbes comme engendrées par la combinaison de deux mouvements. Le problème de la tangente est alors ramené à la composition des vitesses de ces mouvements. De son côté, Torricelli arriva un peu plus tard à la même méthode et devança encore Roberval pour la publication. Mais les exemples les plus nombreux et les plus importants restent dus au géomètre français; Tintérèl historique de cette méthode est qu^elle a fourni à Newton le principe caractéristique de son invention analytique des fluxions, tandis que les différentielles de Leibniz dérivent plus directement du procédé de Fermât.

Astronomie. — Pendant que la mathématique pure arrivait ainsi à dépasser sur tous les points les limites atteintes dans Tantiquité et qu'elle préparait les voies aux inventions capitales qui illustrèrent la fin du xvu^ siècle, Taslronomie subissait également une profonde réforme.

L*homme qui domine tout d'abord est Tycho-Brahé (1546- 1601). Noble danois, il s'éprend pour la science dès Tâge de quatorze ans; en 1576, il était déjà assez célèbre pour que le roi Frédéric II lui concédât la petite tle de Bven et y fit bâtir pour lui le château d'Uranienborg. Tycho y passa vingt ans. A Tavènement de Christian IV, qui lui retira la protection royale, il quitta (1597) le Danemark et, après être resté deu^ ans chez le comte de Rantzau, près de Hambourg, il accepta la position que l'empereur Rodolphe II lui offrait à Prague et on, bientôt après, Kepler devait lui succéder.

Le rôle capital de Tycho est d'avoir réformé les instruments d'observation et d'avoir rendu les mesures beaucoup plus précises. En dehors des matériaux qu'il légua à Kepler et dont celui-ci tira ses immortelles découvertes, on lui doit en particulier la constatation et la mesure des effets de la réfraction atmosphérique, la découverte de la troisième inégalité lunaire {variation), celle des changements que subissent l'obliquité de

Técliptique et rinclinaison de lorbite lunaire, Texacte détermination de la précession des équinoxes, etc.

A côté de ses observations, on doit surtout signaler pour leur remarquable exactitude celles -qui furent faites ou dirigées par le landgrave Gdiillaume IV de Hesse-Cassel et que publia Snellius en 1618 '.

L'astronomie pratique ne pouvait guère, avant Tinvention des lunettes, s'élever plus haut; mais la réforme de la théorie, commencée par Copernic, devait s'accomplir définitivement sans nouveaux progrès dans les procédés d'observation.

Copernic, en proposant le système héliocentcique, avait renouvelé une hypothèse de l'antiquité et grandement simplifié la machinerie de Ptolémée; mais conservant le postulat classique, — que les mouvements célestes doivent être circulaires et uniformes ou composés de tels mouvements, — il n'avait pu supprimer tous les excentriques et épicycles. C'était le progrès indiqué qui restait à accomplir; il fallait évidemment abandonner Id postulat dont les astronomes avaient inutilement abusé ; il fallait chercher une autre loi géométrique permettant de représenter les mouvements des planètes avec une simplicité réelle. C'est ce -que comprit Johann Kepler (1571-1630).

Le dernier astrologue : Kepler. — Né dans un petit village de Wurtemberg, élevé aux frais du duc au collège de Tûbingen, où il eut pour maître l'astronome Maestlin, Kepler obtint a vingt-trois ans une chaire à Graetz (Styrie), la quitta en 1599 pour aider Tycho-Brahé à Prague et remplaça ce dernier en 1601 comme astronome de la cour impériale. S'il n'arriva jamais à se faire payer régulièrement ses appointements, celte fonction le mit au moins en évidence et hii permit surtout d'utiliser les observations manuscrites de Tycho.

1. Dans la seconde moitié du xvi' siècle, la France en est encore aux astrologues, Bassanlin ou Nostradamus. Une école scientifique est longue à s*y fonder, aussi bien qu'en Angleterre. La première observation importante est celle du passage de Mercure sur le soleil faite en 1631 par Gassendi. J.-B. Morin (1583-1656), professeur au Collège de France, proposa sans succès, pour la détermination des longitudes en mer, la méthode des distances lunaires. Il se signala surtout par ses diatribes contre les Coperniciens. Le premier astronome de profession est en fait Ismaël BouUiau (1605-1694). Son Astronomia philolaica (1643) témoigne d'une profonde érudition, malgré les erreurs théoriques qu'elle renferme.

A bien des égards, Kepler est loin d'être animé de Tesprit moderne : il croit sérieusement à Tastrologie, qui d'ailleurs, avec la composition des almanachs, est son véritable gagnepain. D*autre part, il est hanté de Tidée que le système du monde doit être construit d'après des relations mathématiques pleines d'une harmonie mystérieuse qu'il s'agit de découvrir. Dans ce but, il épuise toutes les combinaisons de nombres et de figures qui lui paraissent pouvoir le rapprocher du but qu'il vise. C'est l'objet de son premier grand ouvrage, le Mysterium cosmographicum (1596) ; ce sont les mêmes rêveries qu'il pour* suit pendant vingt-deux ans, jusqu'à ce qu'elles aboutissent (le 15 mai 1618) à la découverte de sa troisième loi : — la proportionalité entre les carrés des temps des révolutions des planètes et les cubes de leurs distances moyennes au soleil — qu'il publia dans son Harmonice mundi (1619).

Les deux premières lois sont insérées dans ses Commenlarii de molibus stellw MartiSy édiles dix ans auparavant : 1^ chaque planète décrit une ellipse dont le Soleil occupe l'un des foyers; â"" les secteurs elliptiques, formés en joignant au soleil les positions successives d*une même planète, sont de surface égale, s'ils sont décrits en des temps égaux.

< Que je sois lu par la génération présente ou par la postérité, peu m'importe », écrivait-il. « Dieu n'a-t-il pas attendu six mille ans un contemplateur de ses œuvres? » En fait, il fallut soixante ans pour que l'on comprit bien toute l'importance des lois de Kepler, lorsque Newton, s'étant posé le problème d'en déduire les variations de la force agissant sur les planètes, établit la gravitation universelle.

En réalité la valeur des découvertes de Kepler ne pouvait être de prime abord appréciée que par les astronomes. Pour comprendre leur énoncé, il fallait des connaissances mathématiques assez étendues; le bagage mystique qui les accompagnait était de nature à provoquer quelques défiances et à provoquer des vérifications que les hommes du métier pouvaient seuls entreprendre. D'autre part, elles supposaient, en même temps qu'elles le confirmaient, le système de Copernic *. La condamnation

1. On sait que Tycho-Brahé avait proposé un compromis. En laissant la Terre Histoire o£méhalb. V. 31

dont ce dernier fut l'objet les atteignit donc indirectement. L'adhésion qu'elles rencontrèrent fut dès lors surtout tacite et se limita au cercle des observateurs de profession. Toutefois et sous ces réserves, Kepler fut hautement apprécié, môme de son vivant, par quiconque était capable de porter un jugement sur ses travaux.

Le xvn" siècle n'a pas vu de découvertes plus considérables que les siennes, si l'on tient compte des conséquences qui devaient en être déduites et du travail énorme qu'elles ont exigé. J'insiste cependant sur ce point qu'en réalité elles ferment dans l'astronomie l'ère ancienne, où l'on s'est occupé du problème géométrique, au lieu d'ouvrir l'ère nouvelle, où l'on aborde le problème mécanique. Pour que ce dernier pût être résolu, il fallait d'ailleurs renverser de fond en comble les prétendus principes d'Aristote sur le mouvement et leur en substituer de nouveaux. Quels qu'aient été à cet égard les pressentiments de Kepler, la gloire de cette réforme était réservée à Galilée.

Le système du monde : Galilée. — En 1610, Tannée qui suivit la publication du grand ouvrage de Kepler sur les mouvements de la planète Mars, Galileo Galilei (1564-1642), professeur de mathématiques à l'Université de Padoue, avait déjà quarante-six ans. Sa réputation était à la vérité assez grande, mais ne dépassait pas un cercle restreint *. Il s'était surtout signalé par des inventions pratiques ingénieuses, notamment sa bilancetta, sorte de romaine hydrostatique, et son compas de proportion. Tout à coup un écrit de quelques pages, le Sidereus Nuntiusy apprend que sur de vagues renseignements relatifs à l'invention en Hollande d'une lunette formée de deux verres, il a construit un appareil grossissant plus de 30 diamètres, qu'il Ta dirigé vers le ciel et qu'il a reconnu des faits inouïs; la lune

au centre du monde, en faisant tourner les autres planètes autour du Soleil et celui-ci autour de la Terre, on obtenait les mômes apparences qu'avec le système de Copernic et on conservait les postulats admis par les anciens. Les lois de Kepler, surtout la troisième, sont évidemment incompatibles avec cette hypothèse qui est celle à laquelle Ptolcmée aurait dil logiquement aboutir. Kepler s*élait d'ailleurs nettement prononcé pour Copernic.

i. Les astronomes italiens les pins en vue à celle époque étaient, à Rome, Clavius, et à Bologne, Magini (1536-1617;, patient calculateur et géographe soigneux.

a peut-être des mers et une atmosphère, en tout cas elle a des montagnes, dont on peut évaluer la hauteur, et qui dépassent beaucoup celles de la terre; la voie lactée n'est qu'un amas d'étoiles; il en est de môme des nébuleuses; le nombre des étoiles fixes dépasse de beaucoup celui que Ton peut apercevoir à Toeil nu; la planète Jupiter a quatre satellites qui tournent autour de la terre «. Aussitôt Galilée est célèbre; il lui faut entreprendre avec son instrument un voyage dans les principales villes d'Italie pour montrer ce qu'il annonce; le grandduc de Toscane, Gosme II, qui l'avait eu pour professeur, le pensionne comme son mathématicien et philosophe, et il quitte Padoue pour s'établir à Florence d'où était sa famille '.

Libre des liens universitaires, protégé par un prince puissant, il crut pouvoir désormais se prononcer nettement contre la tradition aristotélique. Déjà dans sa jeunesse, à Pise, il avait soutenu sur le mouvement des idées neuves et fait appel à une expérience publique demeurée célèbre (celle de la tour de la cathédrale) pour ruiner la doctrine de l'école sur la proportionalité des temps de chute des graves à leur poids. Mais il n'avait rien publié à ce sujet et, même dans ses leçons de mécanique de Padoue, il s'était abstenu de ces questions dangereuses '. Désormais il les aborda de nouveau, d'ailleurs très modestement, dans son Discorso intorno aile cose che stanno in su Vacqua o che in quella simuovono (1612).

On répète souvent que le point de départ de Galilée, dans sa réforme de la mécanique, fut l'expérience; nous savons aujour-

1. Suivirent les découvertes : des apparences de Saturne, dont Texplicalion était réservée à Huygens; des phases de Vénus; des taches du Soleil. Pour celte dernière découverte, Galilée, qui avait retardé la publication de ses observations, se vit disputer la priorité; elle ne lui en parait pas moins bien acquise. En tout cas, pendant près de trente ans, on ne put guère se servir, pour des recherches astronomiques, que de lunettes construites en Italie sous sa direction ou par les opticiens qu'il avait formés. Même en Hollande, où les premières lunettes avaient été fabriquées (par Jansen, de Middelburg), ces appareils restèrent longtemps très inférieurs à ceux de Venise ou de Florence.

2. Galilée était né accidentellement à Pise, où il retourna pour ses études à rftge de dix-sept ans. En 1589, il obtint d*y être appointé comme professeur de mathématiques, situation qu*il quitta en 1592 pour la chaire de Padoue.

3. Ces leçons, où Galilée développe surtout, à propos des diverses machines simples, le principe aperçu par son maître, Guidobaldo del Monte, que ce qui se gagne en force se perd en vitesse, circulèrent longtemps en manuscrit et ne furent imprimées qu'en 1649. Toutefois dès 1634 le Père Mersenne en avait publié une traduction française : les Méchaniques de Galilée.

d'hui, depuis que ses Juvenilia ont été publiés, qu'il n*en est rien; c'est la simple réflexion sur le principe d'Archimède qui lui montre que la poussée, que subissent les corps graves de la part des milieux fluides où ils se meuvent, est incompatible avec les doctrines d'Aristote, et c'est précisément cette réflexion qu'il développe dans le Discorso de 1612. C'est d'ailleurs sur des considérations a priori qu'il avait cherché à construire une nouvelle théorie du mouvement, et l'expérience ne lui servit que pour vérifier ou confirmer ses hypothèses.

Au temps de son séjour à Pise, ses idées à ce sujet étaient encore, sous bien des rapports, incomplètes et défectueuses; il lui manquait surtout le principe de la conservation du mouvement antérieurement acquis \ qui parait lui être venu d'une intuition sur les doctrines de Démocrite, et qu'il adopta surtout parce que, déjà copernicien, il en avait besoin contre les arguments par lesquels l'école soutenait l'immobilité de la terre. Une fois en possession de ce principe, il put fonder la théorie mathématique de la pesanteur, établir la loi de l'accélération du mouvement des graves, et déterminer la trajectoire parabolique des projectiles. Ces immortelles découvertes, auxquelles il paraît être arrivé vers 1604, ne furent exposées que bien longtemps après, dans les Discorsi e dimostrazioni matematiche intorno a due nuove scienze attenenti alla mecanica ed ai movimenti locali (Leyde, 1638), où il enseigna, en même temps, l'isochronisme des oscillations du pendule et développa les recherches qu'il avait faites sur la cohésion. Mais, quand cet ouvrage parut, le € grand vieillard » avait déjà éprouvé toute l'amertume des persécutions pour la vérité.

Ses découvertes astronomiques avaient apporté à l'hypothèse de Copernic des confirmations inattendues, et quoiqu'il eût évité de se prononcer catégoriquement en faveur de cette hypothèse

1. Principe lié à celui de Tinertie de la matière. D'après Aristote, Tinertie doit être entendue autrement; le mouvement cesse de lui-même s'il n'est pas entretenu par une cause physique et mécanique. — Il est clair que la reconnaissance de risocbronisme des oscillations du pendule, que Galilée aurait faite dès 1583 en regardant une lampe suspendue dans la cathédrale de Pise, pouvait au moins susciter dans son esprit des doutes sur la doctrine de Técole. Mais il est historiquement prouvé que ce ne fut pas là pour lui la raison décisive. D*autre part, dans son exposé mathématique, il invoque un autre postulat.

dans ses écrits imprimés, son opinion n*était pas douteuse. D*ailleurs les conséquences qu*il se contentait d'indiquer, d'autres les développaient plus hardiment et Thypothèse passait à Tétat de thèse. Les péripatéticiens, qui avaient jusqu^alors laissé discuter Thypo thèse comme telle, s'avisèrent de recourir à l'autorité ecclésiastique et celle-ci fut mise en demeure de se prononcer. Elle était d'ailleurs incontestablement compétente sur la question qui s'agitait de savoir si la doctrine de Copernic était réellement en opposition avec les textes des livres saints ou si la contradiction n'était qu'apparente, comme le soutenaient Galilée * et ses adhérents.

Le 8 mars 1616, la congrégation de l'Index rendit un décret où elle se prononça pour la première des deux alternatives *. Galilée, qui avait été formellement dénoncé au Saint-Office par le dominicain Baccini,' fut mandé par le cardinal Bellarmin qui lui notifia spécialement (le 25 février 1616) la défense de soutenir d'aucune façon l'opinion de Copernic, de vive voix ou par écrit. Le savant promit de se soumettre; il savait parfaitement que le jugement rendu n'émanait que d'un tribunal qui ne pouvait prétendre à l'infaillibilité; que l'Eglise pouvait au plus qualifier de téméraire la doctrine du mouvement de la terre, mais non pas l'interdire au titre d'hypothèse ' : quant à l'admonition personnelle qu'il avait reçue, il n'avait qu'à attendre une occasion plus favorable.

En 1623, un Barberini de Florence, avec lequel il est lié personnellement, devient pape, sous le nom d'Urbain VIIL La même année, Galilée obtient un imprimatur en termes dithyrambiques pour son Saggiatore, où, poursuivant contre le jésuite Orazio Grassi, à propos de trois comètes parues en 1617, ^^^ polémique commencée sous le nom de son ami Mario Guiducci, il attaque le système de Ptolémée et, avouant que celui de Copernic est condamné par l'autorité religieuse, propose ironiquement d'en chercher un troisième. En 1630, il soumet au

i. Dans sa lettre à ta duchesse de Lorraine, imprimée h. Worms en 1636.

2. Avec Touvrage de Copernic, furent mis à l*index des écrits de Didacus a Stunica et du carme Foscarini.

3. Le 15 mal 1620, un monilum de la congrégation de Tfndex autorisait la publication de l'ouvrage de Copernic, avec des corrections consistant à ne pas présenter le mouvement de la terre comme une réalité.

pape en manuscrit son dialogue des Massini Sistemi, où, de même sans conclusion apparente, trois interlocuteurs discutaient les opinions de Ptolémée et de Copernic. Urbain VIII parut approuver l'ouvrage; Galilée ne crut pas nécessaire d*attendre Ïimpri77iatur de Rome, pour lequel on lui faisait néanmoins des difficultés, et le dialogue parut à Florence en 1632. Le scandale fut grand à Rome : on persuada au pape que c*était luimême que Galilée avait voulu railler sous le nom du péripatéticien Simplicio, obstinément sourd à tout ce qui n'est pas la tradition scolastique. Il abandonna le savant, qui fut mandé devant le Saint-Office, détenu pendant une vingtaine de jours, traité d'ailleurs poliment (il le dit lui-même), mais obligé d'abjurer solennellement à genoux (le 22 juin 1633) ses erreurs prétendues. Sa condamnation comportait en outre la prison du Saint-Office et la récitation journalière pendant trois ans des psaumes de la pénitence. La prison ne fut pas effective; Galilée passa le reste de l'année 1633 auprès de Tarchevêque de Sienne, puis fut autorisé à s'établir à Arcetri près de Florence. En 1638 (il était devenu aveugle), sa liberté entière lui fut rendue. De fidèles disciples (Torricelli, Viviani, etc.) purent recueillir ses derniers enseignements.

Au reste, personne ne pouvait se tromper sur le caractère de la condamnation qui avait frappé l'illustre astronome ; ce qu'on avait poursuivi, c'était le transfuge de l'Université de Padoue qui avait osé traiter en langue vulgaire des questions jusque-là réservées au latin de l'école, faire appel à la raison laïque contre les procédés d'argumentation conventionnels : il ne s'agissait pas du fond de ses opinions, mais de la forme sous laquelle il les avait défendues.

Le défi ne tarda pas à être relevé : la condamnation de Galilée nous fit perdre le traité du Monde de Descartes, elle nous valut le Discours de la Méthode. Pour s'opposer à la réforme nécessaire, les maîtres es arts avaient gagné à leur cause les docteurs en théologie; eh bien! la science laïque était désormais assez vivante pour réformer la théologie elle-même.

La transformation de l'enseignement : Descartes (1596-1650). — Depuis quelques années (1629), un Français

de qualité, sorli d'une famille parlementaire, s'était créé en Hollande une retraite studieuse. Si dès longtemps aucun sujet n'était étranger à son vaste génie, une question spéciale Tavait tout d'abord particulièrement préoccupé et nous y retrouvons le contre-coup de l'admiration universelle provoquée par les découvertes de Galilée. Descartes veut perfectionner les lunettes astronomiques; pour cela, au lieu de s'en tenir aux procédés de construction plus ou moins empiriques dont on se sert, il veut traiter le problème scientifiquement; il s'enquiert donc de la loi mathématique de la réfraction, puis recherche géométriquement les formes à donner aux lentilles, et est conduit ainsi à résoudre en général le problème des tangentes dans les courbes algébriques; la question étant dès lors épuisée théoriquement, il combine les moyens pour une solution pratique ^

Cependant, comme un de ses amis lui demande quelle explication il donnerait d'un phénomène de parhélie (observé à Frascati par le jésuite Scheiner), il voit là une occasion de faire connaître les idées qu'il s'est formées sur la lumière et de rendre compte en même temps de l'arc-en-ciel et autres apparences semblables. Puis subitement son programme s'étend; il no s'agit de rien moins désormais que de toute la physique (dans le sens le plus large du mot] ; il a donc conçu dès lors nettement le dessein qu'auparavant il rêvait déjà peut-être, mais que maintenant il poursuivra avec ténacité, substituer un système complet de doctrines scientifiques à celui qui prévalait dans les universités, faire enseigner dans les collèges à la place de la physique d'Aristote une physique qui sera la sienne.

Depuis quatre ans. Descartes travaillait à l'ouvrage dont il avait arrêté le plan lorsque la condamnation de Galilée le décida à l'abandonner (car il y avait adopté la doctrine de Copernic) : après un moment d'incertitude, il s'arrêta au parti de différer pour le moment l'exposition complète de son système physique, et de développer en revanche une métaphysique nouvelle.

La physique d'Aristote comportait en effet une preuve de

1. Ses travaux pour perfeclioRner les lunettes ont été de la plus grande utilité et si SCS essais pratiques n^ont pas abouti, c'est surtout parce que le défaut d*liomogénéité des verres, joint aux phénomènes de dispersion, rendait illusoires les avantages correspondant à la perfection théorique de la forme.

Texistence de Dieu (nécessité d'un premier moteur), preuve qui succombait avec le système et qui était incompatible avec les idées de Descartes comme avec celles de Galilée ; c'était même là le véritable danger théologique que présentaient ces idées ; pour les faire passer, il fallait donc apporter une nouvelle preuve : c'est là Tobjet principal du Discours de la Méthode.

Cette œuvre célèbre comprend cependant deux autres parties qui, aux yeux de Descartes, n'avaient pas moins d'importance : d'une part, l'exposé des règles mêmes de sa méthode, dont le caractère est nettement mathématique, et qu'il destinait à remplacer YOrganum et tout l'attirail suranné de la logique de l'école; en second lieu, une esquisse brillante d'un système de physique corpusculaire, avec négation du vide ; viennent enGn de magnifiques aperçus sur les avantages que l'homme peut tirer, au point de vue pratique, de l'étude méthodique de la nature. C'est la thèse de Bacon condensée avec une vigueur singulière.

Au Discours de la Méthode étaient joints trois Essais, devant servir à l'illustrer : 1" la Géométrie, dont j'ai déjà longuement parlé; 2® la Dioptrique, dont le sujet a été indiqué plus haut (théorie de la lumière, application à la fabrication des verres de lunettes); 3^ enfin les Météores, où, reprenant le plan primitif du premier traité projeté à l'occasion du parhélie, Descartes y ajouta ce qu'il pouvait développer de son système physique sans en expoeer le fond.

Ce n'était que par accident, pour ainsi dire, qu'il avait abordé la métaphysique, et qu'il avait été conduit à exposer, sous une forme logiquement liée, l'ordre des idées par lesquelles il s'était personnellement satisfait dans sa jeunesse. Mais pour répondre aux critiques, il dut développer sa doctrine; ce fut l'objet des Méditations, écrites d'abord en latin (1641).

Le succès de cet ouvrage fut immense et décisif pour le triomphe du cartésianisme; les autorités religieuses, protestantes comme catholiques, purent témoigner leur mauvais vouloir pour la nouvelle philosophie *; il n'en sera pas moins nécessaire désormais pour tout théologien, pour Bossuet comme

i. Les Méditations furent mises à Findex en 1663.

pour Fénelon, de l*étudier et d^en tenir compte; et quand on a étudié Descartes, comment n*ètre pas gagné par la clarté de son esprit, comment ne pas abandonner la forme scolastique, le thomisme comme Taristotélisme, pour cette nouvelle méthode de raisonner, si simple et si convaincante? Peu à peu Tentrainement deviendra irrésistible et les derniers défenseurs de la physique d*Aristole ne trouveront plus, dans les Facultés de théologie, leur appui ordinaire contre les novateurs.

n restait à Descartes à exposer Tensemble de son système de la nature : il le fit dans ses Principes de philosophie (1644), tout en réservant le détail de ses recherches sur la vie organique pour son Traité de V homme, qui ne parut, en 1664, qu'après sa mort. Il achevait ainsi la refonte complète de la science aristotélique; le cycle était parcouru; la morale elle-même avait reçu de nouveaux fondements dans le Traité des passions (1649).

Jamais Thumanité intellectuelle n*avait subi une secousse aussi profonde. Tout était renouvelé de fond en comble; malheureusement Tœuvre ne pouvait subsister dans son ensemble. Construction a priori, tout comme le système d*Aristote, le cartésianisme physique, malgré les immenses progrès qu*il réalisait, soit dans le détail des connaissances, soit dans la clarté des conceptions générales, présentait un vice radical pour les postulats de la nouvelle mécanique. Si Descartes, en effet, avait adopté les principes déjà reconnus par Galilée, il 8*était trompé gravement en essayant de les compléter; c'était à Huygens et à Newton qu'il était réservé de formuler définitivement les lois fondamentales du mouvement.

Mais cette imperfection du système ne nuisit pas à sa propagation ; Tauteur avait trouvé un biais adroit pour paraître ne pas adhérer aux doctrines suspectes de Copernic et tandis qu'appelé en Suède par la reine Christine, il y mourait dans toute la force de Tâge, les disciples qu'il s'était acquis dans les Universités commençaient à y enseigner ses principes, malgré tous les obstacles qu'on leur suscitait. Le mouvement, parti de la Belgique et de la Hollande, gagna peu à peu les autres pays. Si les résistances qu'il rencontra purent le retarder, elles n'aboutirent qu'à ce singulier résultat que le cartésianisme devint

prépondérant dans renseignement, précisément vers l'époque où son insuffisance scientifique commençait à être reconnue en dehors des universités. La réforme cartésienne réussit donc aussi bien que son auteur avait pu le rêver; mais elle ne parvint pas à rajeunir assez l'organisme vieilli pour qu'il pût redevenir un instrument de progrès. La science laïque dut s'en créer un autre dans les Académies, qui pour un siècle et demi prirent la direction du mouvement intellectuel, mais dont l'histoire ne commence qu'avec la période suivante.

BIBLIOGRAPHIE

En dehors des ouvrages cités t. III, p. 308 et 309, ou t. IV, p. 324, nous indiquerons les suivants : Joseph Bertrand, Les fondateurs de l'astronomie moderne (1865). — Dumas, Leçons de philosophie chimique (1837). — Plourens, Histoire de la découverte de la circulation du sang (1854). — Ch. Daremberg, Histoire des sciences médicales (1870).

Baeoii. — L'édition complète de ses Œuvres est celle de BazU Montagu, Londres, 12 vol. in-8, 1825-1826. Celle de Bouillet, Paris, 3 vol. in-8, 1834-1835 (bonne), ne comprend que les ouvrages les plus importants. — Monographies : — (Défavorables) J. de Maistre, L'examen de la philosophie de Bacon ; — Liebig, Lord Bacon (en allemand) ; *— (Favorables ou impartiales) Ch. de Rémusat, Bacon ^ sa vie, son temps, sa philosophie, 1877, — Nichol, Bacon (en anglais), Londres, 1886; — Ch. Adam, Philosophie de François Bacon, Paris, 1890 (excellent).

I>e«e«u*teiii. — L'édition de Cousin, 11 vol. in-8 (1824-1826), laisse beaucoup à désirer, surtout pour les parties mathématiques, et en général pour la très importante correspondance, publiée par Clerselier (1667), en grande partie sur des minutes aujourd'hui perdues et qu'un accident avait mises en désordre; les deux volumes d'CEuvres inédites, donnés par Foucher de Careil (1859-1860), réclamaient également une réédition, avec collation sur les textes originaux. Une nouvelle publication des Œuvres de Descartes a élé commencée par Ch. Adam et P. Tannery; six volumes en ont paru, le premier en 1897 (Paris, "Cerf, gr. in-4°); elle a élé accueillie avec une grande faveur. — II y a une bonne édition moderne séparée de la Géométrie (Paris, Hermann, 1886), mais, pour suivre le développement de la doctrine, il faut toujours recourir à l'édition latine de 1659 (Elzevirs), avec commentaires de Schooten, et divers appendices (notes de Florimond de Beaune, écrits de Hudde, van Heuraet, Jean de Witt). — Ouvrages à consulter pour rhistoire de Descartes et du Cartésianisme : BaiUet, la Vie de M. Descartes, 2 vol. in-4, 1691 (rabrégé, 1695, est tout à l'ait insuffisant). — Millet, Descartes, sa vie, ses travaux, ses découvertes avant 46S7, Paris^ 1867; Descartes, son histoire depuis 1637, Paris, 1870. — BouilUer, Histoire de la philosophie cartésienne, 1868, 3« édit., 2 vol. in-8. — Monohamp, Histoire rf« cartésianisme en Belgique, Bruxelles, 1886. — P. Tannery, la Correspondance de Descartes dans les inédits du fonds Libri, Paris, 1893. — Descartes a surtout élé étudié comme philosophe; on peut lire cependant au point de vue scientifique : Bertrand de St-Germain, Descartes considéré comme

physiologiste et médecin^ Paris, 1870. — Liard, Descaries, Paris, 1882 (au sujet de la mathématique universelle). — Duboiix, la Physique de Descarles, Lausanne, 1881.

Képlep. — On aune bonne édition complète, procurée parCh. Frisch, 8 vol. gr. in-8, Francfort, 1868 et ann. suiv. Sa vie a été écrite en latin par Hansch, Leipzig, 1718, et par Breitschwart, 1831. ^ Bonne notice biographique par Arago (t. III de ses (JEuitcs),

Cîttlllée. — L'édition, assez satisfaisante, de ses Œuvres complètes par Albert, Florence, 1843-46, 20 vol. in-8, sera de beaucoup dépassée par la nouvelle Edizione naiionale, dont 14 vol. in-4 sont déjà parus (le premier en 1890, Florence, Barbera) et qui doit en comprendre 20. Le directeur de cette édition, A. Favaro a complètement renouvelé, quant aux sources, la bibliographie galiléenne, dans de nombreuses publications faites pour la préparation de cette édition ; la plus importante est son Galileo e lo studio di Padova, 2 vol., Florence, 1882. — Pour les écrits relatifs à Galilée, voir \3. BibUografia Galileiana de Riccardi, Modène, 1873. — Les plus importants sont : — Nelli, VilaeCommercio litterario di Galilei^ Florence, 1784, 2 vol. in-4.

— lâbri. Histoire de la vie et des couvres de Galilée, Paris, 1841. En particulier sur son procès, Ph. Chasles, Galileo Galilei, Paris, 1862 (sans grande valeur). — Trouessart, Galilée, sa mission scientifique, sa vie et soji procès, Paris, 1865. — H. de PEspinois, Oa/t/^e, son procès, sa condamnation, 1867; les Pièces du procès de Galilée, 1877 ; la Question de Galilée, 1878. — Combes, Galilée et rinquisition romaiîie, 1876. — Desjardins, Encore Galilée, 1877.

— Gherardi, // Processo di Galileo, Florence, 1870. — l^ohlwill, Der Inqiiisitionsprocess des Galilei, Berlin, 1870. — Wolynski, Nuovi Documenti inediii del processo di Galileo, Florence, 1878.

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