ET LA RÉVOLUTION
/. — Règne de Jacques /'
Jacquesl"; son^ouvemementenÉcosse ( 1 686-1 603) .
— La descendance directe de Henri VIII s'étant éleinte avec Elisabeth, le Conseil privé d'Angleterre fit proclamer roi Jacques VI d'Ecosse sous le nom de Jacques I•^ Fils de Darnley et de Marie Stuart, il était, par son père comme par sa mère, Tarrière-petit-fils du premier des Tudors. Ses droits primaient incontestablement ceux de sa cousine germaine lad y Arabella Stuart, fille d'un frère cadet de Darnley, et ceux de la branche de SufTolk, issue de la seconde fille de Henri VII et représentée, en 1603, par lord Beauchamp et ses enfants.
Jacques était alors dans sa trente-septième année. Il avait régné nominalement sur l'Ecosse presque depuis le moment de sa naissance. Enfant, il avait servi de jouet et d'otage aux factions; adolescent, il avait subi certaines influences qui faisaient pressentir en lui un des soutiens de la réaction catholique et donnèrent un moment de grandes espérances à sa mère. A partir de 1586, sa politique personnelle s'accuse et son carac-
tère se dessine. Ce caractère est curieux et important à connaître : car Jacques est un des auteurs de la théorie du droit divin qui n*a pas seulement influé sur Thistoire du peuple anglais au xvu* siècle, mais sur celle de tous les autres États, et dont les dernières conséquences n'ont pas encore disparu.
Le développement physique de Jacques avait été tellement tardif qu'à sept ans, il pouvait à peine se tenir debout. Â part la chasse qu'il pratiqua avec passion tant qu'il put monter à cheval, il était impropre aux exercices du corps, et cette maladresse naturelle ne fit que s'accroître avec l'âge. Il se couchait pour réfléchir, et même pour causer. Pour se protéger contre la dague des assassins, il portait des doublets rembourrés et exagérait l'envergure des hauts-de-chausse, que la mode voulait déjà si volumineux. Il ne pouvait supporter la vue d'une épée nue et ne se plaisait pas dans la compagnie des gens de guerre. Le courage, la virilité morale, dont il était dépourvu, lui étaient pénibles à rencontrer chez autrui. Prompt à philosopher sur toutes choses, il habillait sa poltronnerie du nom d'amour de la paix et avait adopté pour devise : Beati paci/ici. Sa mollesse de corps et d'àme le vouait aux amusements tranquilles, aux occupations sédentaires, et particulièrement à l'étude. 11 s'y adonna, sinon avec passion, du moins avec assiduité : la science de son temps lui donna ce qu'elle pouvait donner. A dix-huit ans, il composa un volume de poésies. Mais le poète disparut de bonne heure pour faire place au théologien et à ce que nous appellerions le publiciste. Dès 1598, il exposait dans le Basilicon Dôron ses idées sur le pouvoir absolu des rois.
Il aimait la chicane autant qu'il détestait la guerre, proscrivait la discussion, en principe, mais la recherchait pour y briller. Il se croyait le Salomon de son temps, voulait surtout qu'on rendit hommage à son érudition, à son esprit, à son éloquence. Cette érudition, confuse, puérile, pédante, était pourtant réelle. Cet esprit ne manquait ni de subtilité, ni de verdeur. Cette éloquence était une verve familière et caustique, alourdie par l'accent écossais et par les mouvements maladroits d'une langue trop grosse qui faisait jaillir de sa bouche, à chaque parole, un double flot de bave. Tout ce qu'on pourrait
dire sur ce sot ingénieux et instruit, qui unissait d^assez précieuses facultés intellectuelles à une parfaite nullité morale, tient dans un dicton contemporain de sir Henry Nevill :
Never man wrought more and did less, Never man spoke more and did worse.
« Jamais homme n'a tant travaillé et fait si peu. Jamais homme n'a mieux parlé ni fait pis. » Et Clarendon, qui, en ces matières, cache beaucoup de pénétration sous heaucoup de respect, nous donne à entendre que Jacques P' analysait à merveille tous les éléments d'une situation difficile et complexe, mais ne trouvait jamais les moyens d'en sortir. Son intelligence ne lui fournissait que des arguments et point de solutions.
Lorsqu'il esquissait dans le Basilicon Dôron l'image de la monarchie absolue, combien la réalité était loin du rêve ! Il n'y avait pas de pays plus mal préparé que l'Ecosse pour ce genre d'expériences. Tout s'y opposait : le passé et l'avenir, les vieilles tendances féodales, restées si puissantes, aussi bien que les prétentions dominatrices, les aspirations démocratiques de la nouvelle Eglise. Aussitôt que Jacques avait eu une politique à lui, il avait nettement séparé sa cause de celle de sa mère : il s'était allié étroitement à l'Angleterre contre l'Espagne. Malgré quelques sacrifices faits aux apparences, l'exécution de Marie Stuart resserra les liens des deux couronnes. Jacques reçut une pension d'Elisabeth; il accepta docilement un vasselage qui lui semblait la garantie de ses droits d'héritier. Il essayait d'imiter cette politique de neutralité entre les religions qui avait, en somme, si bien réussi à la fille de Henri YIII. Mais les circonstances étaient tout autres. Sans parler de cette adresse féminine qui faisait si rapidement alterner l'indulgence et la sévérité, Elisabeth s'appuyait, pour tenir la balance entre papistes et puritains, sur un grand parti modéré et patriote. Ce parti n'existait pas en Ecosse. Là, les presbytériens, au lieu d'une minorité infime, étaient presque toute la population des grandes villes et des Lowlands. Leurs prétentions allaient à l'encontre de celles du roi. Le roi entendait gouverner l'Eglise; l'Eglise voulait gouverner l'Etat : il fallait que l'un des deux fût vaincu.
En 1592, Jacques avait accepté l'établissement de la kirk presbytérienne. Les comtes catholiques d'ErroU, d'Angus et de Huntly, ayant alors pris les armes dans le nord, furent batius et obligés de s*exiler. Mais Jacques ne voulait nullement les pousser à bout ni les annihiler. Son désir était qu'ils fussent admis à rentrer et relevés de Texcommunication, s'ils se soumettaient à la nouvelle constitution religieuse du pays. Les États le soutinrent dans cette intention si raisonnable, mais la Kirk ne l'en* tendait pas ainsi. Au cours de ces démêlés, comme une dépn* tation de l'Eglise présentait ses griefs au nrince, le ministre André Melville, dont la violence faisait oublier celle de John Knox lui-môme, saisit le roi et le secoua rudement par le bras en l'appelant GoiÏB silly vassal^ slupide vassal de Dieu, c II y a, lui dit-il, deux royaumes en ce pays, celui de Christ et celui de Jacques. Dans le royaume de Christ, Jacques n'est ni roi, ni chef, rien qu'un humble membre de la communauté. » Le roi céda pour le moment, mais il se souvint de cette heure d'humiliation et de péril; il s'en souvint, non pour se soumettre, mais pour se venger.
Une émeute sans grande portée, le t tumulte » d'Edimbourg, lui fournit l'occasion de reprendre l'offensive et d'employer la force contre les ministres. L'Eglise dut subir la restauration partielle de Tépiscopat; mais cette mesure, que Jacques considérait comme un acheminement nécessaire vers l'affermissement de son autorité spirituelle, ne produisit point les résultats qu'il en avait espérés. Il est difficile d'exprimer dans quel mépris vécurent ces évêques détestés de leur Eglise. Ce ne furent guère que des machines à percevoir des dîmes. On donnait, dans le dialecte écossais, le nom de tulchan à des mannequins d'osier qui représentaient grossièrement des veaux et dont on se servait pour tromper les vache» et obtenir leur lait. Par une analogie très suggestive, on flétrit du nom de tulchan bishops les évêques de Jacques; et cette appellation ignominieuse leur resta attachée jusqu'au jour où ils disparurent.
La lutte avec les presbytériens, si fort qu'elle intéressât le roi, lui tenait moins au cœur que la question, toujours pendante et jamais résolue, de la succession au trône d'Angleterre. En
aucune circonstance Elisabeth n'avait voulu s*expliquer nettement sur ce point. Les prétentions de lord Beauchamp, il est vrai, avaient été réduites à néant par Tillégitimité qu'on faisait peser sur Tunion de son père et de sa mère. Mais, en même temps, Jacques lui-même se voyait refuser, en qualité d'étranger, Théritage des Lennox. Cette mesure inquiétait son ambition plus encore qu'elle ne mortifiait sa cupidité. S'il était incapable de posséder un domaine en Angleterre, comment pourrait-il posséder l'Angleterre elle-même? Car, aux yeux des contemporains et surtout aux siens, la royauté était une forme supé* rieure de la propriété. Il se croyait plus loin du trône qu'il ne Tétait réellement et intriguait désespérément pour se l'assurer. Il entretenait une correspondance secrète avec les ministres et les favoris d'Elisabeth, avec Robert Cecil, avec Essex, avec la Hollande, avec le pape lui-même. La vieille reine était au courant de ces menées ou les devinait. Cecil engagea le roi d'Ecosse à demeurer tranquille, à laisser travailler pour lui les hommes, le temps et les circonstances. En effet son avènement fut accepté sans l'ombre d'opposition d'un bout du royaume a l'autre.
Jacques V en Angleterre. — Bientôt Jacques se mit ne route vers sa nouvelle capitale. Il fut bien accueilli sur le sol anglais. Les multitudes se portaient avec enthousiasme à sa rencontre; les gentilshommes le recevaient avec faste dans leurs châteaux : quelques-uns y épuisèrent leur avoir. Tous les partis espéraient beaucoup de lui. Les catholiques se flattaient de voir finir le régime des emprisonnements et des amendes '. Les puritains déposèrent aux pieds du roi une pétition qui exposait leurs doléances et leurs vœux. Les uns et les autres reçurent de bonnes paroles et de vagues promesses. Au milieu du contentement général, le patois et l'accent du roi, son manque de dignité et de tenue, déconcertaient l'admiration. Dès l'abord, on sentit une sorte de désaccord entre les idées du prince et celles de ses sujets. Il se faisait de la royauté une idée à la fois plus étendue et moins haute. On fut choqué lorsque Jacques ordonna le supplice, sans jugement, d'un homme pris en flagrant délit
1. Tout papiste pratiquant était condamné à une amende de 20 livres sterling par mois et s'exposait à la confiscation des deux tiers de son bien.
de vol. De son côté, lorsqu'on Tinvita à toucher les écrouelles, il hésita, par un reste de pudeur et de bon sens, à faire le « miracle » qu'on lui demandait. Peu à peu il trouva tout simple d'unir les prérogatives qu'on lui offrait aux prétentions qu'il avait apportées.
Il maintint en fonctions le Conseil privé d'Elisabeth. Robert Cecil, qu'il fit plus lard comte de Salisbury, fut virtuellement son premier ministre. Il n'avait point la hauteur d'àme, la passion contenue mais inextinguible, le dévouement à ses idées, le patriotisme et l'audace qui avaient caractérisé son père. Il était laborieux, exact, méthodique, rompu aux affaires; mais son activité était plus apparente que réelle : magis in opératione quam in opere^ comme dit Bacon. Ralegh accourut audevant du roi et en fut médiocrement accueilli. Si cet aventureux génie avait séduit Jacques, — ce qui ne pouvait être, — l'inquiète jalousie de Cecil y eût mis bon ordre. Ralegh perdit le commandement des gardes et diverses riches sinécures dont l'avait investi la faveur d'Elisabeth ; il se trouva un mécontent sans l'avoir voulu, en attendant qu'il devint un traître sans le savoir.
Complots catholiques. — Pour appliquer sa maxime, Jacques signa un traité avec la France (traité de Hampton-Court,* juin 1603), qui fut suivi bientôt d'un traité de commerce. Il négocia aussi avec l'Espagne (traité de Madrid, août 1604). L ambassadeur de Philippe fut de nouveau une puissance à Londres et un centre d'intrigues. Mais c'était surtout la paix religieuse que Jacques, au début de son règne, se flattait de donner à son peuple. Le roi se croyait assez habile pour lutter de finesse avec la diplomatie pontificale ; il espérait la faire servir à l'affermissement de son autorité, tout en ne lui faisant que des concessions insignifiantes. Il exploitait aussi, non sans succès, l'aveugle jalousie que les prêtres séculiers portaient aux jésuites et qui divisait le noyau, déjà si affaibli, des catholiques anglais. En effet ils étaient encore la majorité à l'avènement d'Elisabeth', lorsque Jacques monta sur le trône, ils ne formaient plus guère qu'un vingtième de la population. Le roi consentait à les laisser tranquilles à condition que leur nombre n'augmentât pas.
Il leur accordait la liberté de conscience, mais non la liberté du culte, remettait les amendes aux laïques et proscrivait les prêtres : système étrange et contradictoire qui, en prohibant la messe sans rendre Tofiice protestant obligatoire, semblait encourager l'indifférence religieuse.
Cette demi-tolérance fut un amer désappointement pour beaucoup de catholiques. Un prêtre brouillon, nommé Watson, forma une conspiration où s'engagèrent un certain nombre de gentilshommes. Dans leur pensée, il ne s'agissait que de se rassembler pour présenter une pétition au roi. Mais les principaux complices se proposaient de se saisir de la personne du souverain afin de lui faire signer toutes les proclamations qui seraient jugées nécessaires au triomphe de leur cause, et de gouverner sous son nom. Cette conspiration fut dénoncée par les catholiques eux-mêmes, et l'absurdité de l'entreprise ne sauva pas du dernier supplice ceux qui l'avaient conçue. On ne s'en tint pas là. La découverte du bye plot (complot accessoire) conduisit à la découverte du main plot (complot principal). Un frère de lord Cobham étant impliqué dans l'affaire, ce seigneur lui-même se trouva compromis et, pour se justifier, accusa, non sans quelque vraisemblance, son ami Walter Ralegh. Au milieu des dénonciations dont s'accablèrent réciproquement Ralegh et Cobham, un fait semble avéré, c'est que l'ambassadeur d'Aremberg avait tenté la pénurie de Ralegh par l'offre d'une somme considérable, mais il n'est pas démontré qu'il l'eût acceptée. Le but de cette conspiration était de placer sur le , trône la nièce de Darnley et l'arrière-petite-fîlle de Marguerite Tudor, Arabella Stuart. Pris dans un réseau de faux témoignages que ses propres mensonges contribuèrent à épaissir, Ralegh désespéra de se justifier devant des juges prévenus et voulut se tuer. C'est alors qu'il écrivit à sa femme une admirable lettre d'adieux : elle l'a rendu encore plus touchant devant la postérité qu'il n'a été impopulaire parmi ses contemporains.il survécut à cette tentative et s'entendit condamner, ainsi que Cobham. Mais tous deux obtinrent un sursis. Alors commença cette longue captivité où Ralegh composa son Histoire Universelle. La hache restait suspendue au-dessus de sa tête : elle finit par tomber.
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Cependant les catholiques ne perdaient pas confiance. Us se sentaient encouragés par le bruit vague des négociations du roi avec le Saint-Siège et par l'attitude de la reine, Anne de Danemark, qui était elle-même une récusante, puisqu'elle avait refusé de recevoir publiquement la communion des mains d'un ministre anglican. En moins de neuf moi^, plus de trois cents prêtres catholiques débarquèrent en Angleterre. Leur active propagande porta des fruits. Jacques, eflrayé du nombre des conversions, revint au système de la sévérité. De nouveau on rechercha les prêtres et on exigea les amendes. Les papistes, par là même, se trouvèrent rejetés dans la voie des complots. C'est alors (septembre 1605) que fut formée la conspiration dite des poudres (Gunpowder plot). L'âme en était un gentilhomme appelé Catesby, personnage doué de rares talents, et particulièrement d'un don singulier pour échauffer et entraîner les cœurs; le bras de l'association fut un intrépide soldat de fortune qui avait fait la guerre aux Pays-Bas et se nommait Guido Fawkes. Les complices louèrent une cave à charbon qui s'étendait sous la chapelle de Saint-Stephen où siégeait le parlement. On y entassa des barils de poudre, dissimulés sous des fagots. Fawkes devait y mettre le feu le 5 novembre, jour où s'ouvrait la session d'automne, et faire sauter. le roi avec les deux Chambres. Un des conjurés, Tresham, voulut sauver la vie de son parent, lord Mounteagle, et le prévint par un billet que celui-ci porta au Conseil privé. Catesby mourut en soldat, les armes à la main; huit de ses amis furent suppliciés à Londres. On voulut à tout prix impliquer des prêtres dans la conspiration. Pour y arriver, le gouvernement royal fit, sans scrupule, violence à la vérité comme à la justice. Un des hommes ainsi sacrifiés fut Garnet, chef de la hiérarchie secrète que formait en Angleterre le clergé papiste. Les catholiques en firent un martyr et entourèrent sa mort d'une légende miraculeuse.
A dater de ce moment, commença une nouvelle période de rigueurs. Des lois pénales furent édictées qui fermèrent définitivement à tous les partisans de Rome l'accès des fonctions publiques et les frappèrent d'une sorte de mort civile. Dorénavant les catholiques n'eurent plus le droit de gérer les bien^
de leurs enfants mineurs; ils ne purent exercer les professions de médecin ou d avocat.
Les puritains ; conférences de Hampton-Gourt. — Il
faut envisager maintenant l'autre face de la politique religieuse de Jacques P' : son attitude envers les puritains. La question était bien autrement importante et vitale, car le catholicisme anglais déclinait rapidement et tendait à disparaître; le puritanisme, au contraire, c'était Tavenir, parce que c'était le fond même de l'àme saxonne qui remontait à la surface, par une de ces poussées irrésistibles que l'on avait vues déjà au xiv* siècle et qu'on devait revoir au xvni*. C'était bien moins une doctrine qu'un état moral, une manière de vivre, un ensemble d'idées et de tendances qui allaient se révéler en opposition directe avec les tendances de l'àgc précédent et avec les idées qui formaient le « programme de gouvernement » des Stuarts. Ce moment marque d'une façon précise la fîn de la Renaissance en Angleterre. La génération qui avait, sous Elisabeth, inventé ou accompli de si grandes choses, avait été brillante, hardie, passionnée, éprise d'inconnu, à demi païenne par son amour de l'antiquité et de l'art. Celle qui la suit est grave, hautaine, raisonneuse, d'esprit lourd mais solide, entêtée dans ses convictions et dans ses droits. Prompt à damner autrui, mal rassuré sur sa destinée propre, le puritain était enclin aux sombres rêveries, et l'inquiétude douloureuse de l'autre vie répandait une sévérité, une tristesse uniforme sur tous les actes et sur toutes les pensées; elle se trahissait jusque dans la couleur des vêtements et imposait une sorte de deuil éternel à toute une société. Par une pente insensible, mais fatale, ce puritanisme devait glisser du Cornus de Milton à ÏHistriomastix de Prynne, rejeter l'une après Fautre, comme autant de pièges sataniques, toutes les grâces, toutes les gaietés, tous les enthousiasmes qui charmaient la vie des contemporains de Shakespeare et de Philip Sydney. Les puritains avaient laissé mourir en paix la vieille reine, que protégeait jusqu'au bout le souvenir des anciennes gloires. Mais ils étaient déterminés à obtenir de Jacques un meilleur traitement. Huit cents ministres présentèrent au roi une pétition qui fut appelée Millenary Pétition. Ils y réclamaient l'abolition de
certains rites qui leur semblaient entachés de paganisme, tels que Tanneau de mariage, la génuflexion devant Tautel, Tusage du surplis sacerdotal et Temploi du signe de la croix dans le sacrement de baptême. Ils voulaient que la religion cessât d*être un ensemble de vaines cérémonies et redevint un corps de vérités dogmatiques, propres à la conduite de la vie. Comme autrefois Wyclifl'e et Langland, ils demandaient des prédicateurs et des catéchistes; que le recrutement du clergé fût assuré; que nul ne pût recevoir un bénéfice s*il n'était en état d^enseigner la religion.
Pour accommoder les points de doctrine et de discipline, une conférence se réunit à Hampton-Court. Jacques P' y présida, assisté de Tévêque Bancroft qui allait bientôt remplacer le vieux Whitgift sur le siège de Cantorbéry. Jacques se complut dans ces discussions où il étalait son savoir et les ressources de sa dialectique, jusqu'au moment où les ministres puritains laissèrent percer leurs vrais désirs et prononcèrent le mot de prèsbytéranisme. Ce mot, Jacques le connaissait trop. Il se retrouvait en présence de ceux qu'il avait combattus vingt ans. C'était son autorité même qu'on mettait en question. Car, tandis que pour Elisabeth le pouvoir spirituel n'avait été qu'une branche du pouvoir royal, l'auteur du Dasilicon Dôron entendait que sa prérogative souveraine empruntât à sa qualité de chef de l'Eglise un caractère d'infaillibilité pontificale, c Le Presbytère! criat-il, le Presbytère s'accorde avec la royauté comme le diable avec Dieu! Alors Jack, Will et Tom pourront venir critiquer mes actes. Jack dira : c Cela devrait être ainsi », et Will répondra : « Non, cela devrait être de telle façon. » Et le roi jeta comme un axiome, sa formule favorite : No bishop, no king! » Par là, cet homme, si subtil à prévoir, si inepte à agir, déchirait le voile qui couvrait l'avenir. Il avait, comme dit Thistorien Gardiner, « décidé du sort de sa dynastie ». Désormais la revendication politique allait se confondre avec la revendication religieuse.
Lutte du roi et du parlement. — On peut dire que la révolution commence le jour où se réunit le premier parlement du premier Stuart.
Révolution bien différente de toutes celles qu*on a vues depuis sur le continent. Elle s*en distingue d'abord par ce caractère imposant de lente et solennelle gravité avec lequel elle procède. Elle s*en distingue surtout par son esprit conservateur. Elle n*est pas méditée ni accomplie par des philosophes ou des démagogues; elle est faite par des dévots, des légistes et des antiquaires. Il ne s'agit pas de conquérir les < droits de Thomme », mais de restaurer les privilèges de l'Anglais. Contre l'arbitraire, elle invoque non des raisons, mais des précédents. Jusqu'à la (in de 1640, elle se maintient dans les limites de la Grande Charte et du droit consacré par les statuts antérieurs à l'avènement des Tudors. Il arrivera même à John Pym d'invoquer de fabuleuses lois saxonnes, qu'il croyait « avoir été maintenues sous les rois normands et angevins, pour servir de barrière à leur ambition. »
Le parlement qui se réunit le 19 mai 1604, par sa composition et l'allure de ses débats, ne paraît guère différent du dernier parlement d'Elisabeth. Pour les droits qu'il réclame et les théories qu'il affirme, il est tout semblable à celui qui se réuniia le 3 novembre 1640 et qui s'appellera le Long Parlement. Seulement il n'a pas conscience de sa force et ne s'est pas encore créé les organes qui lui seront nécessaires pour l'exercer. Son attitude a beau être profondément respectueuse : Jacques trouve ce parlement déterminé a lui barrer le chemin et à rogner sa prérogative dès qu'il en peut saisir l'occasion. Dès le début de la session, l'invalidation d'un de ses membres, prononcée par ordonnance royale, lui permet de réclamer victorieusement le droit de connaître des élections contestées : ce qui a fixé la jurisprudence sur ce point jusqu'à nos jours. Résolument, il se mêle du règlement des questions religieuses en s'élevant contre la pluralité des bénéfices, contre la non-résidence des titulaires, en suggérant des mesures pour l'instruction du clergé, en discutant des points de discipline et de liturgie. Il ne craint pas de poser à ce sujet des principes, très compréhensifs, de droit constitutionnel. En effet, il y avait alors comme un malentendu à éclaircir entre le roi et son peuple. Sous Elisabeth, on disait communément que le souverain de
TAngleterre devait être « absolute » : cela signifiait qu*il devait être indépendant de toute ingérence d'une puissance étrangère. Mais il avait plu à Jacques d'interpréter le mot dans un autre sens : celui-là même qui a prévalu. Si le prince, avait-il soutenu dans son célèbre écrit, obéit à la loi, c*est pour donner l'exemple. Personnellement, il n'y est point tenu, car sa volonté fait loi et il est lui-même la loi vivante : Rex est lex. Et le parlement de 1604 répondait que « si le roi a été avisé qu'il peut faire des lois, tant au regard des choses religieuses que du gouvernement civil, sans avoir consulté ses fidèles Communes, Sa Majesté a été mal informée. »
Les « fidèles Communes » ne se contentent pas d'une stérile revendication de principes : elles exercent dans tous les domaines leur initiative législative. Elles contrecarrent l'action de Jacques, même lorsqu'elle est bien inspirée. Elles rendent impossible, par leur sourde résistance, l'Union de l'Angleterre et de l'Ecosse, qui ne s'accomplit qu'un siècle plus tard. Elles votent, imprudemment peut-être, l'abolition du monopole des grandes compagnies commerciales au delà des mers que sauve l'opposition de la Chambre haute et dont la fortune devait servir si efficacement la grandeur coloniale du pays. Les Communes emploient mieux leur temps et leur énergie en proscrivant les privilèges industriels à l'intérieur du royaume, la perception des benevolences et de certains droits régaliens, restes du système féodal, qui ne pouvaient plus s'harmoniser avec l'état social et les besoins du temps. C'est, d'abord, la tutelle des vassaux mineurs qui s'exerçait par le moyen de la Court of Wards et donnait lieu à des exactions injustifiables. C'est, en second lieu, la Purveyance ou approvisionnement gratuit de la cour durant ses voyages, confié à une administration spéciale appelée le Board of green Cloth,
Le point délicat, c'était la question des subsides. Jacques trouvait les finances obérées et il en augmentait chaque jour le désordre. Elisabeth, dans les dernières années de sa vie, avait aliéné des terres domaniales jusqu'à concurrence de 372 000 livres sterling. Elle léguait à son successeur une dette de 400 000 livres qu'il augmenta rapidement de 300 000 et à laquelle se joignit
REGNE DE JACQUES r' ^n
un déficit annuel de 161 000 livres. Un prince aussi gêné n'avait pas le droit de parler très haut. Les Communes firent longtemps attendre au roi le vote qu'il réclamait. Avant de se séparer, elles rédigèrent une Apologie de leurs actes. Ce document montre avec quelle mûre délibération et quel esprit de suite elles agissaient, et comme elles étaient soigneuses de coordonner tous leurs votes en les conformant aux mêmes règle» constitutionnelles. JJ Apologie de 1604 contient en germe toutes les RemonslranceSj Declaralions of grievânces et Pétitions, of right qui allaient suivre.
Loin de s'avouer battu, le roi se jeta avec passion dans la lutte. Il eut d'ardents auxiliaires dans les évêques. Â la suite des conférences de Hampton-Court, la Convocation ou parlement ecclésiastique de la province archiépiscopale de Cantorbéry (toute l'Angleterre sauf York et Durham) promulgua, sous l'inspiration de Bancroft, un Book of canons qui consacrait les pratiques condamnées par les puritains. Les Trente-neuf articles devinrent strictement obligatoires non seulement pour les dogmes, mais pour les rites. Les ministres qui refusèrent de se soumettre, au nombre de trois cents, furent expulsés de leurs sièges. Le parlement de 1608 annula le Book of canons, mais
l'Eglise, insouciante de leur vote, continua à marcher dans les mêmes voies.
Régner sans parlement, c'était le rêve du roi Jacques. Mais, pour se passer du parlement, il fallait avoir à sa disposition, comme le roi de France ou le roi d'Espagne, des ressources régulières : soit la taille perpétuelle, soit les galions du Nouveau-Monde. Alors naquit l'idée du Great compact. C'était un marché à conclure entre le gouvernement royal et le parlement. Le roi abandonnerait leà droits féodaux dont il a été question plus haut, moyennant un revenu annuel, sorte de liste civile qui devait se monter à 200 000 livres. Le parlement vit le piège et n'eut garde d'y tomber. Il repoussa le Great compact et fut dissous (1610). Pendant les quatre années qui suivirent, Jacques essaya de parer à l'absence des subsides par des expédients empruntés à l'arsenal des Tudors. Il trouva, cette fois, une autre classe d'instruments dociles dans les juges. Autant
qu'il était en eux, ils légalisèrent tous les abus de la prérogative. Pourtant il fallut encore se résoudre à convoquer le parlement en 1614. Le moment était critique; un vent de liberté soufflait à travers TEurope et ébranlait les trônes. Cette même année les États généraux étaient réunis en France, et le Tiers-État faisait entendre aux ministres et aux grands de sévères avertissements. Le parlement de 1614 est particulièrement mémorable par Tapparition sur ses bancs de deux hommes qui devaient jouer un rôle important dans son histoire, John Eliot et Thomas Wenlworlh, l'un alors âgé de vingt-quatre ans et l'autre de vingt et un. Ce parlement renouvela avec plus de solennité et de force les protestations faites par les parlements précédents. Un conflit avec la Chambre des lords, qui n'était guère, à ce moment, qu'une dépendance du Conseil privé, vint à propos fournir au roi un prétexte de dissolution. Encore une fois, il se retrouvait libre de tout contrôle, mais face à face avec les mêmes difficultés financières. Alors recommença la perception illégale des benevolences et de certains impôts sur les vins, sur les bois et les cuirs. Ils prenaient plus d'importance aux yeux de la nation, depuis que le rendement de ces impôts augmentait avec la richesse publique et que les esprits se passionnaient pour l'élude et la défense des droits constitutionnels. A la fois avare et dépensier \ le roi faisait argent de tout, exploitait à outrance les forêts de l'État, vendait des pairies, imaginait, pour en faire trafic, un nouvel ordre de noblesse, celui des baronnets. Il obligeait tous les gentilshommes à prendre la chevalerie, et, s'ils voulaient se soustraire aux charges qu'imposait ce titre, à payer une grosse somme : c'est ce qu'on appelait « composition for knighthood ». Enfin, sous prétexte de salubrité publique, il défendit de bâtir â Londres de nouvelles maisons et vendit très cher des dispenses contre eette prohibition absurde. Malgré tout, le trésor se vidait plus vite qu'il ne s'emplissait. Jacques évitait la guerre afin de se passer de son parlement. Mais la paix, grâce à son
i. On disait alors : « Tous les rois jettent de Targent par les fenêtres le jour de leur avènement. Jacques est le seul souverain qui en ait jeté tous les jours de son règne. »
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désordre administratif et à Tavidité de ses favoris, était plus ruineuse que la guerre.
Les favoris de JSpCques : procès de Somerset ; Buckingham. — A la suite du roi, une nuée d*ayenturiers écossais avait passé la Tweed et s'était abattue sur F Angle terre comme sur une proie. L*un d*entre eux, Garr, fut créé successivement lord Rochester, puis comte de Somerset. Il devint assez puissant pour tenir en échec le crédit de Salisbury, qui mourut à temps, semble-t-il, pour éviter une disgrâce éclatante. Somerset tomba à son tour, impliqué dans Thorrible crime dont sa femme était Fauteur. Le roi montra son immoralité profonde, en laissant s'exécuter la sentence de mort contre les complices secondaires, tandis qu'il épargnait la grande coupable et son misérable mari. Ce n'est pas qu'il eût conservé la moindre affection pour Somerset. Il commençait à s'engouer follement d'un nouveau favori, le jeune Villiers.
Admirablement beau de corps et de visage, George Villiers avait poli ses manières en France, où il apprit à fond l'équitation, l'escrime et la danse. Il courut tout le continent et, à Venise, forma une amitié passionnée avec John Eliot qui fut plus tard son implacable adversaire. Dès son retour, il fit, en paraissant, la conquête du roi. En quelques semaines, George Villiers fut fait échanson (cup'bearer)y gentilhomme de la chambre, chevalier (knighl) et reçut Tordre de la Jarretière. Franchissant presque à la fois tous les échelons de la hiérarchie nobiliaire, il devint baron, vicomte, marquis. Il reçut les charges de lord grand-amiral, de gardien desCinque-portSy de juge des forêts et de maître des écuries {master of the horse). L'historien Brodie évalue le produit de toutes ces charges réunies à la somme de 284 395 livres sterling, qui équivaudraient à plus de vingt millions de francs de notre monnaie. Finalement il fut créé duc de Buckingham. c Jamais, dit Glarendon, on ne vit un homme faire un chemin plus rapide, ni s'élever ainsi, par sa seule beauté, aux premières fonctions de l'État. »
L'Angleterre n'eût point pardonné sa puissance au nouveau favori, même s'il avait montré les plus grands talents : elle le fit voir plus tard dans le cas de Strafford. En réalité Buckingham*
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à part sa beauté et sa grâce, n^avait rien qui pût justifler son élévation. Orgueilleux et irascible jusqu'à la folie, insoleni même avec le prince auquel il devait tout, il était gouverné par des passions, non par des idées, et sa volonté était aussi despotique qu'elle était changeante.
Le parlement demeura sept ans sans être convoqué, de 1614 à 1621. Le Conseil privé, qui donnait encore quelque apparence de délibération aux décisions royales, perdit presque toutes ses attributions et n'eut plus qu'à enregistrer les actes souverains. Les « proclamations » eurent force de lois. Cependant une grande partie de la noblesse se tenait renfermée dans ses châteaux. Ainsi se creusait, entre la cour et les gentilshommes campagnards, un fossé qui ne devait plus se combler Quant à la nation, elle considérait ces choses avec une stupeur triste qui se montait lentement à l'indignation. A tous ces griefs se joignait, tous les jours davantage, l'abandon de la politique protestante , seule conforme à l'honneur et aux intérêts du pays.
Influence de la politique extérieure sur l'état de l'opinion. — En effet, au début de la guerre de Trente ans, on s'attendait à voir Jacques jouer en Allemagne un rôle plus actif et plus décidé que n'avait fait Elisabeth aux Pays-Bas et en France. Il se laissa duper par l'Espagne, avec laquelle il rêvait de former une puissante ligue neutre, afîn d'imposer la paix aux belligérants. Lorsqu'il s'aperçut que l'Espagne n'entendait ni ne pouvait se séparer de l'Autriche, il n'eut point le courage de changer d'attitude et laissa son gendre perdre non seulement la couronne de Bohême à laquelle il avait été appelé, mais ses États héréditaires du Palatinat. Lorsqu'on songe avec quelle indifférence ironique et quelle mauvaise volonté peu déguisée l'Angleterre, au siècle suivant, répondit à l'appel des Brunswick qui défendaient leur patrimoine continental du Hanovre, on a peine à comprendre l'Angleterre du xvii^ siècle presque soulevée de honte et de rage à la pensée du Palatinat envahi. Les volontaires partaient en foule; un mouvement national se dessinait, qui rappelait aux vieillards les grands jours de l'Armada.
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Exécution de Ralegh; élévation et chute de Bacon.
— Ralegh crut le moment opportun pour sortir du cachot oii il vieillissait, inutile à lui-même, aux siens et à son pays. Il était moins sensible au danger toujours présent qu'à l'inaction où se perdait sa force. Il demanda le commandement d'une expédition destinée à aller exploiter une mine d'or sur l'Orénoque. Le roi, toujours besogneux, ne pouvait manquer de se prendre à cet appât. Là-bas, Ralegh avait l'espoir de rencontrer les Espagnols et de prouver, à leurs dépens, qu'il n'avait jamais été leur complice. Au lieu indiqué, on ne trouva aucune mine, et quand Ralegh, laissant voir ses intentions véritables, voulut entamer les hostilités contre les sujets de Philippe III, ses équipages, mutinés, le ramenèrent en Angleterre. Il suffit d'un ordre royal pour que l'ancienne sentence s'exécutât.
Peu d'années après, celui qu'un poète anglais a appelé « le plus grand, le plus sage et le plus vil des hommes » donnait le spectacle d'une chute moins tragique, mais plus lamentable. Au commencement du règne, François Bacon S par sa situation et ses talents, s'était trouvé en état de servir de leader à la Chambre des communes. Seul, il aurait pu, grâce à ses merveilleuses facultés, servies par une parole familière et souple, jouer le rôle d'intermédiaire entre les deux pouvoirs rivaux. Il aurait inspiré au parlement son esprit de tolérance, fait comprendre au gouvernement la nécessité des concessions. Par là, il e&t ménagé un accord, rendu impossibles un Buckingham et un Straffbrd, évité le grand duel qui coûta la vie à Charles Stuart et deux guerres civiles à l'Angleterre. Ce rôle qu'il était capable de remplir ne le tenta pas un moment. Il préféra monter, par la flatterie et l'intrigue, les échelons de la double hiérarchie, judiciaire et nobiliaire. Solicitof% puis aUof*ney du roi, créé baron Yerulam, puis vicomte Saint-Albans, il atteignit enfin au dernier terme de ses désirs, à la plus haute dignité de la magistrature anglaise, au poste de lord-chancelier. Sa bassesse infatigable et méthodique, qui n'avait pu désarmer la jalousie de Salisbury, agréa, pour un temps, à l'orgueil de Buckingham,