‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 58 sur 125 · Voir ci-dessus, p. 452 et · texte numérisé non relu

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qui trouvait quelque douceur à voir un homme de génie en aussi humble posture devant lui. Il en était là de sa carrière d*honime public lorsque les besoins toujours croissants du trésor obligèrent le roi à convoquer le parlement en 4621, Ce parlement, élevant la voix après sept ans de silence, eut toute la puissance d'une force longtemps contenue et lentement accumulée. Il réclama avec une vigueur insolite contre toutes les illégalités et les prévarications des années précédentes, principalement contre le rétablissement des monopoles et contre toute la hiérarchie judiciaire, qui, à Texception du chief-justice Coke, avait sanctionné les actes arbitraires du gouvernement et vendu ses arrêts. Il fallait un bouc émissaire : Bacon fut choisi. Il n était pas plus coupable que les autres; peut-être Tétait-il moins. « Sa vénalité de magistrat, dit Gardiner, était peut-être la moindre de ses fautes. » Il avoua la plupart des faits qu'on lui reprochait avec une franchise qui touchait au cynisme et une humilité où il entrait beaucoup de calcul. Il fut dégradé, condamné à une énorme amende, que le roi ne larda pas à lui remettre. En acceptant son infamie sans se débattre, Bacon avait écarté du trône Torage, assuré quelques jours de répit au maître et à son favori. C'est ainsi, du moins, que raisonnait une politique à courte vue. En réalité, le gouvernement avait commis une grave maladresse en permettant a la Chambre des communes de faire revivre, après des siècles d'oubli, ce grand et terrible droit d'accuser les ministres devant la Chambre des lords. Jacques vit le danger. Lorsque Buckingham se réjouissait de voir atteint par le même moyen le trésorier Middlesex, son ancien protégé devenu son ennemi, il dit au duc : « Que tu es sot, Stenney! Tu fabriques des verges avec lesquelles on te fouettera. » Et Bacon lui-même avait dit : « Il viendra un parlement!... »

Le projet de mariage espagnol. — Le parlement de 4621 était le digne précurseur de ce parlement justicier que voyait venir Bacon. Il ne fut pas seulement remarquable par l'ardeur qu'il mit à protester contre les abus administratifs, les scandales judiciaires et financiers; il se distingua plus encore peut-être par la vigueur de son patriotisme. Les Communes se déclarèrent prêtes « à donner leurs vies et leurs

biens » pour la défense de la' patrie et des intérêts protestants au dehors. Le caractère de cette résolution fut accentué par une scène étrange qui accompagna le vote. Tous les membres, saisis d*émotion, se levèrent ensemble en criant et en agitant leurs chapeaux. En 1614 s*était introduit Tusage d'applaudir (cheering) et de « chuter » (hissing) les discours. Ainsi, dans les délibérations, se joignait insensiblement à Télément religieux un élément théâtral, sensationnel, qui devait aller croissant et ne plus disparaître.

Le roi continuait à gouverner au rebours du sentiment national, à s'obstiner dans sa fausse sagesse et dans cette paix qui devait coûter tant de sang. Le prince Henri, le patron de Ralegh, esprit ouvert aux grandes pensées et aux nobles études, dont le règne eût peut-être changé le cours des événements, avait prématurément disparu, et Charles, le second fils de Jacques, était maintenant l'héritier du trône. Le roi caressait ridée de le marier à l'infante d'Espagne, sœur d'Anne d'Autriche. Le parlement osa délibérer sur cette matière et envoya au roi douze de ses membres, porteurs d'une adresse qui suppliait le roi de donner pour femme au prince de Galles une princesse protestante. « Qu'on apporte douze tabourets, dit le roi avec une caustique amertume, pour messieurs les ambassadeurs. » Parmi ces « ambassadeurs » était John Pym, qui avait étudié l^s lettres à l'Université, les lois dans son cabinet et les finances dans les bureaux de l'Échiquier, où il avait été employé. Nul homme n'était mieux armé pour le combat parlementaire. L'adresse, dont il était un des principaux auteurs, irrita le roi, qui répondit par une pédante mercuriale, et par une défense péremptoire de « s'immiscer dans les affaires d'État ». Mais le temps était passé où l'assemblée des représentants de la nation pouvait s'incliner devant une telle défense. Elle répondit par une protestation très ferme. Le roi, transporté de colère, prononça la dissolution immédiate du parlement, se fit apporter les registres et déchira, de sa main, la déclaration. Après quoi il reprit le cours de ses négociations matrimoniales avec l'Espagne.

C'est alors que Buckingham conçut un projet bien digne de

son esprit aventureux et romanesque. Il persuada au prince Charles qu'il serait admirable d'aller chercher sa fiancée à Madrid, et cela non en fils de roi, entouré de la pompe officielle, mais en chevalier errant et en paladin amoureux. Jacques eut beau prier, pleurer, raisonner avec Stenney et Baby Charles y il eut la main forcée par lobstinalion respectueuse de son fils et la violence, presque méprisante, de son favori. Bientôt Baby Charles et Stenney galopaient, déguisés, sur la route de Douvres et, après mille incidents de route, arrivaient incognito à Paris, où le jeune prince apercevait pour la première fois, sans lui donner un regard, sa future femme^ Henriette-M^^rie. A Madrid, sa soudaine apparition causa plus d'étonnement que de joie. Il vit à peine l'infante, qui lui montra peu de sympathie et lui parut plus portée vers le cloître que vers le trône. Les dispenses de Rome se faisaient attendre. Cependant on négociait, mais en vain. Non seulement Charles n'obtenait rien en ce qui touchait la restitution du Palatinat, mais l'Espagne produisait chaque jour de nouvelles exigences en faveur des catholiques anglais. Le prince le voyait claire* ment : c'est à sa propre conversion qu'on visait. Entre temps, les querelles de Buckingham avec le comte-duc d'Olivarès et ses fureurs extravagantes bouleversaient la cour. Charles s'échappa, décidé à rompre le mariage, mais sans en rien faire paraître. C'est alors qu'on vit en lui, pour la première fois, cette duplicité qui ne l'abandonna jamais et causa sa perte. Dès son retour, il jeta le masque : l'alliée de la veille devint l'ennemie du lendemain. On se retourna brusquement vers la France, à laquelle on demanda, dans la personne de la sœur du roi Louis XIII, une épouse pour Charles Stuart. Buckingham, à qui on faisait gloire de cette rupture avec l'Espagne, fut, pendant un moment, l'homme le plus populaire de l'Angleterre.

Mort de Jax^ques P'. — Jacques, délaissé, impuissant, voyait son règne, en quelque sorte, finir avant sa vie. Le Salomon anglais n'avait réussi ni à mater son parlement, ni à suivre jusqu'au bout aucun de ses desseins, ni à se faire obéir dans sa propre maison. Tyran comique, les acteurs l'avaient bafoué sur la scène et la reine sa femme était allée s'égayer de

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