CHAULES V ET LA PÉTITION DES DROITS
clause qui, en maintenant le vague illimité de la prérogative royale, notamment en ce qui touchait le pouvoir d'emprisonner les citoyens, annulait tout le reste; mais les Communes tinrent bon et les Lords cédèrent. Après de terribles agitations, des menaces réciproques, une lutte longue et désespérée, le roi donna son assentiment à la Pétition ofright dans la forme ordinaire : a Soit faict droit comme est désiré ». La « Pétition » devint partie intégrante des lois du royaume ou plutôt elle devait en être la loi fondamentale.
Session de 1629 et dissolution. — On avait cru que c'était le dénouement de la crise, mais il parut, dès le lende* main, que le duel de la royauté et du parlement venait seulement d'entrer dans une phase plus aiguë. La Chambre des communes traduisit à sa barre le théologien Mainwaring, qui avait prêché l'obéissance passive, et prononça contre lui des peines sévères. En même temps elle reprenait la discussion du bill de Tonnage and Poundage, prétendait en remanier l'assiette et affirmait à ce sujet, une fois de plus et avec plus d'énergie que jamais, ce principe que le droit de voter les taxes comprend tous les impôts de douanes, tant sur les marchandises exportées que sur les marchandises importées. Elle indiqua aussi sa ferme volonté de recommencer la guerre contre Buckingham et de la pousser jusqu'au bout, en présentant au roi une « remontrance » contre le ministre. A ces actes le roi répondit en prorogeant le parlement.
Le gouvernement profita de l'intervalle parlementaire pour fortifier, autant qu'il le pouvait, sa position. Des avances furent faites aux chefs de cette faction de mécontents qui, dans la Chambre des lords, avait assuré le vote de la Pétition des Droits. Wentworth fut élevé à la pairie et entra au conseil. Il eut une dernière et mémorable conversation, à Greenwich, avec Pym. « Vous allez à votre perte, dit Pym au nouveau lord. Vous nous quittez : moi, je ne vous quitterai pas, tant que votre tête sera sur vos épaules. » Parole ambiguë où, douze ans plus tard, on voulut voir une menace et une prophétie.
Buckingham comptait toujours sur un grand succès militaire pour réduire l'opposition au silence et entraîner la nation. Il
préparait, à Portsmouth, une expédition pour secourir La Rochelle lorsqu'il fut assassiné par un de ses officiers, appelé Felton. Cet homme, lieutenant dans les troupes du duc, croyait avoir droit à une compagnie et n*ayait pu l'obtenir. Mais à ses griefs personnels se joignait le sentiment de la colère nationale contre le favori : on trouva, cousue dans son chapeau, la «remontrance » que le parlement, avant de se séparer, avait adressée au roi contre l'administration de Buckingham. Felton mourut avec intrépidité et le peuple l'applaudit sur la route de l'échafaud. A la nouvelle de la mort du duc, Londres s*était couvert de feux de joie. Même à la cour, bien des gens, y compris Wentworth et le trésorier Weston, s'étaient réjouis en secret. Le roi, indigné autant qu'effrayé, s'entêta dans son absolutisme. Ses agents perçurent le droit de tonnage and poundage, bien qu'il n'eût pas encore été voté. En même temps, Mainwaring recevait un bénéfice et Montagne un évèché.
La Chambre des communes ne se montra pas moins résolue que le roi : la session de 1628-1629 dépassa en violences toutes les précédentes. Ces violences eurent leur point culminant dans la fameuse séance du 2 mars 1629. Ce jour-là, Eliot ayant proposé une nouvelle remontrance contre la perception illégale des douanes, le speaker Finch, en vertu d'ordres reçus, refusa de laisser discuter cette motion et voulut quitter le fauteuil. Denzil Hollcs et Valentine, le saisissant chacun par un bras, le maintinrent sur son siège. Finch eut beau gémir et supplier : « Pardieu, dit Holles, vous resterez là tant qu'il plaira à la Chambre! » La porte fut fermée à clef et l'un des membres mit la clef dans sa poche. Quelqu'un frappa au nom du roi : nul n'y prit garde. Holles mit aux voix la motion qui fut adoptée. Lorsque Charles envoya enfin son capitaine des gardes, cet officier trouva la salle ouverte, mais vide. Le 10 mars, le roi prononça la dissolution et, au retour de la cérémonie, jura, en ôtant son manteau royal, qu'il ne le remettrait jamais pour le même usage.
Charles gouverne sans parlement. — Lorsque le Conseil privé interrogea John Eliot sur sa conduite dans le dernier parlement, il déclara qu^il ne devait compte des paroles pronon* cées dans la Chambre qu*à la Chambre elle-même. Sur quoi, on le condamna à être < détenu à la Tour tant que ce serait le bon plaisir de Sa Majesté » et à payer une amende de 2000 livres. A cet égard, il avait pris ses précautions en plaçant sa fortune sur la tête de ses enfants. « J'ai, dit-il, deux manteaux, deux habits et deux paires de souliers. Si de tout cela vous l.rez 2000 livres, grand bien vous fasse! » A défaut de son argent, on tenait sa personne : on ne la laissa point échapper. De la Tour, il écrivait à John Hampden, son ancien collègue au parlement, des lettres pleines de gravité, de vertu et de raison, qui laissent voir un cœur droit et délicat. Il composa, dans sa prison, The Monarchy of Man, ouvrage philosophique qui ne renferme point d'idées neuves, mais qui est comme la pure essence de la pensée ancienne, éclairée et adoucie d'un rayon évangélique. Bientôt on lui retira le droit de recevoir ses amis; les livres lui manquèrent lorsque le gouvernement fit main basse sur cette admirable bibliothèque de sir Robert Cotton, qui avait été Tinépuisable arsenal de la résistance légale. Sa santé s'altéra. Après trois ans et demi de captivité, il se décida à implorer la clémence royale, mais sans y joindre l'aveu de fautes qu'il n'avait pas commises. < Ce n'est pas assez humble », dit le roi après avoir lu la lettre. John Eliot mourut à la Tour le 27 novembre 1632. Charles refusa son corps à sa famille.
Au moment où la dépouille du grand patriote était déposée obscurément dans un coin de l'église de la Tour, l'Angleterre était redevenue calme, au moins en apparence. Un à un, les défenseurs du droit mouraient, comme Edward Coke, dont le roi fit saisir les papiers dès qu'il eut rendu le dernier soupir. D'autres, à l'exemple de Noy et de Herbert, adoraient ce qu'ils
avaient brûlé, devenaient les agents du pouvoir qu'ils avaient '
combattu. Les oisifs, les nouvellistes, les femmes élégantes, les sommités du négoce londonien se pressaient tour à tour, à leurs heures, dans la grande nef de Saint-Paul, et, quand la piété plus sévère de Laud les en eut chassés, sous le péristyle construit pour leur servir de promenoir et de rendez-vous. Les amusements du dimanche, que les puritains proscrivaient, étaient de nouveau permis et môme recommandés du haut de la chaire [Déclaration ofsjwrls). En religion comme en toilette, les modes françaises prévalaient, car la jeune reine, dont la beauté s'était pleinement épanouie, avait définitivement conquis son mari et elle avait pour favoris de jeunes mystiques que Rome attirait. Rien n'avait meilleur air que de fréquenter sa chapelle, dont l'arrangement coquet était, disait-on, l'œuvre du roi. Trop frivole encore pour donner une attention suivie aux choses de la religion, Henriette adorait le théâtre et l'encourageait de toutes ses forces. A ce moment, la royauté de la scène était tombée de Shakespeare à Massinger, à Webster, à Beaumont et Fletcher, puis, de ceux-là à Heywood et à Shirley, qui clôt la grande époque. Dans les drames le talent baissait et la morale se relevait. Pas assez, pourtant, pour désarmer les puritains. Un légiste antiquaire, honnête homme mais cervelle étroite et fanatique, revenant sur les traces des Stubbes et des Gosson, dénonça les acteurs dans un pamphlet appelé XHistrioniastix, Il y mêlait des allusions insultantes à la reine et aux évèques. Condamné pour ce fait à la prison, à l'amende, au pilori et à la perte de ses oreilles, Prynne subit sa peine au milieu de l'indifférence des gens de bien et des rires de la canaille. Les temps n'étaient pas encore venus.
Si Charles réussissait ainsi, pour un temps, à endormir le pays et à faire accepter son despotisme, c'est qu'il avait un trésorier habile dans Wcston, un auxiliaire sincère et résolu, pour les questions religieuses, dans la personne de Laud, et surtout, dans celle de Wentworth, un serviteur de génie, capable de jouer les Richelieu, si l'Angleterre eût été la France, c'està-dire un pays où la tradition monarchique pure n'était tempérée que par les « libertés » locales.
Wentivorth dans le Nord et en Irlande ; Laud et la politique religieuse. — Wentworth tenait à la cour par le goût (les plaisirs qu'elle lui offrait très libéralement. II en jouissait, dit un contemporain, caute si non caste. L'histoire a conservé le nom de trois ou quatre grandes dames qui furent ses maltresses. A part cela, il n'était point homme de cour et étonnait l'entourage royal par ses brusques manières. Son caractère entier, orgueilleux, irritable ne lui permettait guère de s'associer, pour une œuvre commune, à des collègues dont il était jalousé et redouté. Il déplaisait à tous, même à la reine. Seul, le roi le soutenait, non sans une sorte d'inquiétude et de méfiance. Il le nomma d'abord président du Nord.
La présidence du Nord réunissait dans une seule main les pouvoirs législatifs et administratifs, civils et militaires, les juridictions de la Cour de chancellerie et de la Chambre étoilée. C'était une sorte d'état de siège permanent, décrété sous Henry VIII à la suite du grand mouvement catholique connu sous le nom de « pèlerinage de grâce », et cet état de siège durait depuis cent ans!
Lord Wentworth exerça cette dictature dans le Nord comme une royauté absolue. C'est là qu'il fit la première expérience du « thorough * », qui allait devenir tout un programme politique. Il était assisté d'un conseil et commença par l'annihiler. Un ou deux gentilshommes essayèrent de le braver; il les châtia si rudement que nul n'osa plus remuer. Le succès de son gouvernement fut matériellement constaté par l'importance inattendue des sommes qu'il versa au trésor. Le roi voulut lui donner un plus vaste champ d'action en le nommant lorddéputé de l'Irlande en 1632.
L'état de ce pays était digne de pitié. A la victoire de Mountjoy et à la soumission de l'Ulster avait succédé, sous Carey, une période de cruautés et de dévastations systématiques. Ensuite était venu un homme à l'esprit élevé et tolérant, le lord-député Chichester. Celui-là avait tenté d'implanter en Ulster le jugement par jury, la propriété individuelle et la tolérance reli-
1. Thorouffh, entier, complet, sans mélange, sans restriction.
gieuse. Ces bonnes intentions ne produisirent que confusion et anarchie. Le jury resta lettre morte; les freeholds disparurent aussitôt que créés; Télat religieux était tel que les évèques anglicans trafiquaient de tout, et que Ton vit des jésuites, le nonce du pape lui-même, propriétaires de bénéflces protestants. Tyrone et Tyrconnel allaient reprendre les armes : intimidés par une citation à comparaître devant le Conseil privé, ils s*enfuirent sur le continent. La révolte d'O'Dogherty, qui commença la lutte, fut élouffée dans le sang. C est alors (1608) que Chichesler conçut Tidée de la « Plantation » de TUlster. A son plan, qui laissait une large place à Télément natif, on en substitua un autre, moins humain et plus radical, qui commença à s'exécuter en 1610. Les Irlandais furent entièrement dépossédés du nord-est de TUe et parqués dans les terres stériles du nord-ouest.
Wentworth, après vingt ans, trouvait llrlande sans gouvernement, sans budgel, sans force armée, livrée au désordre et aux compromis, abandonnée à des exploiteurs subalternes qui ne laissaient rien arriver au trésor du fruit de leurs extorsions. Il fallait des soldats pour faire rentrer Timpôt; il fallait de Targent pour payer les soldats : cercle vicieux d*où n'avait su sortir aucun des prédécesseurs de Wentworlh.
Il agit avec précision, énergie et rapidité. Il fit sentir aux membres de son Conseil, par la supériorité même de son intelligence, qu'ils ne devaient être que les souples instruments de sa volonté. Il osa réunir un parlement. Les Lords, il les traita sans façon. Quant aux Communes, il les avait d'abord « composées j> en veillant de près aux élections. Sa règle fut d'admettre les représentants des deux religions en nombre à peu près égal, pour tenir la balance entre les deux groupes, dans lesquels il avait semé un bon nombre de fonctionnaires et d'officiers. Cela fait, il mena pas à pas les délibérations de ce parlement, paya de sa personne, de son éloquence et de ses idées. En menaçant les catholiques d'exiger les amendes prescrites par la loi, il obtint d'eux, au lieu d'une souscription irrégulière et précaire, un impôt permanent qui lui permit d'entretenir un corps de 5000 fantassins et de 500 chevaux. Sûr d'être obéi, il entre-
prit runification religieuse de l'Irlande, la colonisation du Munster, le développement du commerce extérieur et de Tindustrie. Ainsi, il avait assuré la paix et un revenu public à rirlande, au roi des ressources financières et une armée qui pouvait servir ses desseins en Angleterre; toutes ces choses, il les avait accomplies par le moyen d'un parlement.
Il avait un admirateur enthousiaste et un auxiliaire dévoué dans Laud, avec lequel il entretenait une correspondance assidue. Dans leurs lettres, ils s'excitaient l'un l'autre à persévérer dans la voie où ils marchaient et à pousser le système jusqu'à ses dernières conséquences : « Continuez, pour l'amour de Dieu ! écrivait Laud à Wentworth ; ce que vous accomplissez là-bas vous fait ici le plus grand honneur. » Il énumérait les mille difficultés qui se dressaient devant lui; cependant il ne perdait pas le courage ni surtout la foi dans le principe commun qui dirigeait leur politique. < Je suis pour ihoi^ough. » Et encore : « thoroughy toujours thoroughl »
Evêque de Saint-Davids, puis de Londres, archevêque de Cantorbéry, membre du Conseil privé et enfin trésorier, Laud
tenait en main le gouvernement de toute l'Eglise. Cette Eglise présentait un spectacle singulier. Elle était belliqueuse, autoritaire, persécutrice comme si elle avait eu des croyances parfaitement certaines et définies à faire prévaloir. En réalité, elle était divisée contre elle-même, obéissait à des tendances contradictoires. Un petit groupe rationaliste suivait les traditions de Hooker et préparait le triomphe des Latitudinariens. Des âmes tendres, comme celle de George Herbert, inclinaient au mysticisme, à la poésie religieuse. D'autres étaient prêts à tomber dans les bras de Rome. Un des évoques de Charles I" usait du bréviaire romain et entretenait un aumônier catholique dans son palais épiscopal, pour lui dire la messe et le < réconcilier » à l'heure de la mort. Laud était bien éloigné de ces sentiments. Il tenait tète à la reine et lui faisait défendre par le roi de conduire le prince de Galles à la messe. Il ignorait ou désapprouvait les négociations que le ministre Windebank avait nouées avec les agents du Saint-Siège, et, lorsque, par deux fois, on lui ofirit le chapeau de cardinal, il le refusa
dédaigneusement. Pour lui TEglise romaine était bien l'Ep^lise
universelle, TEglise-mère, dont les autres ne sont que les branches secondaires. Mais, à ses yeux, la condition première, indispensable, de la réconciliation, ce n'était pas que l'Angleterre se soumît, mais que Rome s'amendât. En revanche, il aimait les belles cérémonies, les speclacles religieux, et les multipliait sans mesure. Il faisait la guerre aux fidèles qui dormaient dans leurs bancs, aux curieux qui transformaient SainU Paul en une promenade, et même aux porcs qui broutaient entre les tombes des cimetières de village. L'étiquette du sanctuaire lui semblait, comme l'étiquette de cour, le symbole de la discipline et de l'ordre où il tendait en toutes choses. Sa chapelle de Lambeth avait repris l'apparence qu'elle offrait sous le cardinal Morton, vingt ans avant la réforme. A cet exemple, les cathédrales et les basiliques provinciales s'ornaient de vitraux coloriés. La table de communion placée au centre de la nef, — cette table où les fidèles déposaient leurs chapeaux, griffonnaient leurs comptes, et, parfois, s'asseyaient sans respect, — était reculée jusqu'à la paroi orientale, et, dans un éloignement propice, reprenait peu à peu la splendeur et la majesté de l'autel. Les puritains réclamèrent, mais en vain. On les fit taire, on usa contre eux, avec une extrême rigueur, des tribunaux d'exception, tels que les High coynmission courts et la Star Chamber. Laud, qui avait l'esprit modéré et le caractère persécuteur, rechercha avec une persévérance infatigable les « lecturers », les chapelains de châteaux, tous ceux qui, sous divers prétextes, éludaient ses règlements et prêchaient sans licence. Parmi les non-conformistes, il y en eut beaucoup qui perdirent courage et songèrent à aller chercher au delà de l'Océan, sur la trace des pilgrim fathe^^s et des passagers de la Mayflower, une terre nouvelle où ils auraient le double bonheur de pratiquer librement leur foi et d'opprimer celle d'autrui. Un courant d'émigration s'établit vers la Nouvelle-Angleterre et notamment vers le Massachusetts. Le gouvernement en prit quelque inquiétude. Une légende, longtemps accréditée, racontait que John Hampden et Olivier Cromwell se trouvaient à bord de certains navires prêts à lever l'ancre et retenus par
un ordre du roi dans la Tamise. Mais les navires, ainsi arrêtés, ne portaient point ces illustres émigrants et, d'ailleurs, on leur rendit bientôt la permission de mettre à la voile. Hampden demeura sur le sol de la mère-patrie, où il allait bientôt donner le signal de la résistance à la tyrannie.
< Shlp-money » ; le procès de Hampden. — Sauf Taltération des monnaies, que le développement de l'industrie et du commerce avait définitivement rendue impossible, l'administration de Charles usait largement de tous les procédés de fiscalité arbitraire pratiqués sous les Tudors et sous Jacques I*^ auxquels elle ajoutait ceux que pouvait lui suggérer Timagination de ses légistes : perception des benevolences ainsi que du tonnage and poundage; reprise brutale et parfois injuste de parcelles détachées des forêts royales; vente des titres de noblesse, anciens et nouveaux; dispenses pour la construction des maisons à Londres ; taxe pour l'équipement et le logement des troupes et de la milice {coal and conduct tnoney); taxe sur les vins (1 penny et 1 1/2 penny la bouteille) ; taxe sur les voitures de place {hackney coaches)^ dont l'usage venait de s'établir; enfin concession de monopoles divers. Un des plus oppressifs consista à imposer au public l'emploi d'un certain savon fait de chaux et de suif, qui brûlait le linge et ulcérait les doigts des laveuses. Mais la taxe maritime, ou ship-money, effaça tous les autres abus en importance comme en impopularité.
C'est l'attorney-général Noy, ancien défenseur de la cause populaire, maintenant converti au royalisme militant, qui suggéra cette mesure. Dès le temps des Plantagenets, les rois étaient dans l'usage, en cas de danger extérieur, de réclamer aux villes maritimes un certain nombre de navires équipés et armés. En 1626, une flotte avait encore été rassemblée par ce moyen. En 1634, il s'agissait, en apparence, de protéger les ports et la pêche côtière, en même temps que de se mettre en garde contre la puissance navale renaissante de la France. Ce qu'on ne disait pas, c'est qu'on méditait une attaque contre la Hollande, de concert avec les Espagnols. L'innovation de 1634 consistait en ceci : au lieu de navires, le roi demandait une somme d'argent et se chargeait de fournir les vaisseaux. La
taxe fut acquittée presque sans opposition. L'année suivante (1635), le roi renouvela sa demande en étendant l'impôt à toutes les parties du royaume. Cette fois il y eut des résistances nom* breuses, mais purement locales. Seule, la cité de Londres posa la question de principe et éleva la voix contre la légalité de rimpôt, qui ne fut que partiellement recouvré. En 1636, le roi réclama pour la troisième fois le ship-money.
D'accidentel, l'impôt devenait permanent, comme, de local, il était devenu universel. Wentworth imaginait déjà la taxe militaire s'ajoutant à la taxe maritime, tout un budget régulier des recettes se créant pour équilibrer celui des dépenses. Cette fois la résistance fut, comme l'impôt, générale et nationale. Le négociant Richard Chambres, qui s'était ruiné en s'opposant à la perception illégale du tonnage and poundage, se montra encore sur la brèche. Mais l'homme qui, par sa méthodique protestation, arrêta le plus longtemps l'action du gouvernement et éclaira d'une évidence irrésistible la question de droit, ce fut John Hampden. Traîné pour son refus de paiement devant toutes les juridictions, il eut pour défenseur auprès de la Court of exchequer Olivier Saint-John. L'avocat reconnut que tous les comtés devaient participer aux devoirs, aux frais, aux périls de la défense nationale. Le roi avait donc le droit de leur imposer des sacrifices pour un si grand objet; mais il ne le pouvait qu'aivec l'assentiment de son parlement. Ce mot de parlement, oublié depuis huit ans, produisit un effet magique. Obscur le matin, Saint-John était célèbre lorsqu'il se rassit après son plaidoyer. Sur les douze juges de Hampden, sept lui donnèrent tort, cinq se prononcèrent en sa faveur : encore deux ne le firent-ils que sur une question de pure forme.
Mais Hampden, condamné par le tribunal, avait gagné sa cause devant le pays. L'opinion était réveillée : elle ne se laissa plus endormir. En attendant les journaux, dont le règne approchait, les newsletters circulaient de main en main, entretenaient l'agitation. Les pamphlets se multipliaient; on eut beau en punir les auteurs, fouetter Lilburne et Bastwick, couper une seconde fois les oreilles de Prynne : le peuple acclama passionnément
ses vengeurs, fit de leur pilori, un piédestal, de leur marche ignominieuse une procession triomphale.
Les Stuarts et la « B^irk » ; le « Covenant » . — C'est en juin 1638 que se termine le procès de Hampden. Déjà se formait dans le Nord Torage qui allait s'abattre sur la monarchie.
La couronne d'Angleterre et TEglise d'Ecosse vivaient depuis plus de trente ans dans un état précaire et provisoire qui n'était ni la paix ni la guerre. La victoire de Jacques Y^ était restée stérile. Il avait réussi à maintenir ses liilchan bishops, mais n'avait pu obtenir la réforme du rituel qu'il désirait et qui devait rapprocher le jour de l'union religieuse entre les deux pays. Lorsque Charles avait paru en Ecosse pour se faire cou* ronner, il avait rencontré, sous les formes les plus respectueuses, une sourde opposition à tous ses désirs. Sur le conseil de Laud, il voulut, en 1636, passer outre et obliger les Ecossais à recevoir un nouveau Prayer-book qui ne ditTérait guère du Prayei^'book anglais et que les Écossais considéraient comme un retour au papisme. La première fois qu'un ministre voulut lire le service dans Saint-Giles, il fut hué par le peuple et ne put achever sa lecture. Une seconde émeute suivit, puis une troisième. Bientôt il ne se trouva plus aucun ministre assez hardi pour officier suivant le nouveau rite. Le roi punit la capitale en ordonnant au Conseil privé et à la Cour des sessions de quitter ses murs : une insurrection répondit à la proclamation royale. Les membres du Conseil, les évèques euxmêmes se rangèrent du côté du peuple. Une sorte de gouvernement provisoire fut institué. Il se composait de quatre comités : le premier formé exclusivement de nobles du premier rang; les trois autres de quatre gentilshommes, de quatre ministres et de quatre bourgeois. La composition même de ces quatre comités montre l'unanimité qui régnait parmi la population.
On adressa au roi un ultimatum sous le nom de supplication, et on voulut s'engager par un acte solennel qui rendit la retraite impossible aux tièdes et aux hésitants. On fit revivre le Covenant de 1581, par lequel le roi et son peuple s'étaient unis pour la défense de la foi et de l'indépendance nationale contre les
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menées des catholiques et les projets de TEspa^e. C'était à la fois un serment et une déclaration de principes. Le texte du Co venant fut apporté, le 27 février 1638, dans Téglise des Grey- Friars, où il reçut la signature des nobles, celle des ministres et des commissaires des bourgs. Le lendemain, il fut déposé sur une tombe dans le cimetière, et là, sous les noirs rochers du château, tout le menu peuple, hommes et femmes, se succéda en files interminables. Ils écrivirent péniblement leurs noms sur ces registres qui, de là, passèrent dans les provinces. Ceux qui refusaient de s'associer au mouvement furent maltraités. Le roi, sur lavis du marquis de Hamilton, essaya de diviser les covenantaires. Par opposition au Covenant populaire, on lança le Covenant du roi, mais on ne put réunir plus de trente mille signatures.
L^armée écossaise en Angleterre. — Les Écossais, forU de leur unanimité presque complète et de Tappui moral que leur prêtait l'opinion puritaine en Angleterre, se disposèrent à soutenir leurs droits par la force. Une armée de vingt mille hommes fut réunie. Le commandement en fut déféré à un ambitieux officier de fortune, Alexandre Leslie, qui s'était fait remarquer au service de Gustave-Adolphe et passait pour avoir acquis, à cette illustre école, de grands talents militaires. Un certain nombre d'Ecossais, qui avaient servi avec lui dans la guerre de Trente ans, revinrent d'Allemagne et embrassèrent le Covenant. Us fournirent un noyau et des cadres à la nouvelle armée, qui bientôt fut redoutable.
Le roi était hors d'état de lui tenir tête. Il essaya de négocier. Un arrangement, conclu à Berwick, arrêta l'armée écossaise, mais sans la débander. Charles s'aperçut que le temps travaillait pour ses ennemis et que le péril croissait chaque jour au lieu de diminuer. Il saisit une correspondance qui prouvait que les Écossais étaient en relations secrètes avec le cardinal de Richelieu et il crut, en publiant cette correspondance, provoquer dans le pays un grand mouvement patriotique où se perilraient les griefs des années précédentes. A la faveur de ce mouvement, on pourrait convoquer sans péril un parlement, obtenir (le lui l'aide financière dont on ne pouvait se passer. Lord
Wentworth (ou plutôt le comte de Slrafford, car il avait été élevé à cette dignité en même temps qu*il avait échangé le titre de lord-député contre celui de lord-lieutenant) n'avait-il pas montré comment cet instrument de liberté devait, dans des mains fortes et habiles, devenir un engin de despotisme? C'est pourquoi, le 3 avril 1640, les Londoniens virent de nouveau un parlement réuni à Saint-Stephen, et le roi revêtu du manteau qu'il avait juré de ne plus remettre.
Les deux parlements de 1640; les chambres s'emparent du pouvoir. — Le roi ouvrit le parlement par un discours bref et dédaigneux, laissant au lordrkeeper le soin de faire connaître sa volonté. Celui-ci se complut dans Texposé de théories absolutistes, qu'il rehaussa de rhétorique et de mythologie. Combien il y avait loin de ces illusions arrogantes aux intentions que les mandataires de la nation anglaise avaient apportées à Westminster! On le vit bientôt lorsque, dès la première séance, Pym se leva. Tout en rendant justice à la <f vertu » et à la « raison » du roi, il présenta, en deux heures, un tableau historique de toutes les fautes et de toutes les illégalités commises depuis douze ans : tableau clair, éloquent, complet, au point de vue du fait et du droit, irréprochable de justesse, sauf en ce point que la tolérance montrée aux catholiques était assimilée aux actes les plus coupables de Tadministration royale. Ce discours produisit un effet immense à travers toute TAnglelerre. Le parlement Tendossa et parut décidé à revenir sur tous les actes accomplis sans lui. Il prescrivit une enquête sur la mort de John Eliot, une autre enquête sur les agissements du speaker Finch dans la dernière séance du parlement de 1629, comme si cette séance avait eu lieu la veille. Quant aux douze subsides qu'on lui demandait à la fois, en échange du droit de lever le ship-nioney, le parlement protestait et contre l'énormité de la somme et contre la forme du marché. Racheter le ship-
money^ c'était le couvrir et l'absoudre. Le roi, voyant ces dispositions, reconnut son erreur et prononça la dissolution du parlement. Elle fut accueillie à Westminster non avec tristesse, mais avec joie. On vit sourire Saint-John qui ne souriait jamais, et on recueillit de lui ce mot plus intelligent qu'honnête et que les artisans de révolution ont souvent répété : < Il faut que les choses aillent encore plus mal avant d^aller mieux. »
En effet, elles allèrent fort mal. Les Ecossais avaient repris les armes, saisi Newcastle; ils menaçaient York. L'armée royale était formée de recrues sans cohésion qui refusaient de combattre et se mutinaient contre leurs officiers. Charles appela d'Irlande Strafford pour lui donner le commandement de cette armée, mais le génie organisateur du nouveau chef ne pouvait transformer, du jour au lendemain, des éléments aussi désordonnés et aussi réfractaires. Cependant il remporta un
léger succès et le roi voulut en profiter pour traiter. Les Ecossais refusèrent de s'aboucher avec StrafiFord, et force fut au roi de retirer à son meilleur serviteur le commandement de larmée.
De leur côté, les leaders du parti populaire déployaient une activité extraordinaire. Pendant ces quelques mois, le fécond et ingénieux esprit de John Pym inventa presque tous les procédés qui servent aujourd'hui au fonctionnement d'un grand parti et à la propagande politique : tournées électorales, pélitionnements, processions publiques, usage très large, quoique encore clandestin, de la presse. Une imprimerie secrète avait été établie au château de Fawsley, où les chefs se réunirent pour se concerter après la dissolution du « Court Parlement ». Pym, Hampden, Saint-John s'y rencontrèrent avec les comtes de Bedford et d'Essex et lord Say. On y avait appelé aussi Henry Vane, fils d'un des ministres du roi, que l'enthousiasme religieux avait poussé à émigrer, mais que Tintolérance des puritains du Massachusetts avait promptement dégoûté. Il représentait, presque à lui seul, un parti nouveau, celui des Indépendants, qui ignorait encore son avenir et sa force.
Placé entre un peuple insurgé et un autre peuple prêt à se soulever, sans autorité sur les siens, sans argent pour payer ses troupes ou pour acheter ses ennemis, privé par les circons-
tances du seul homme dont l'énergie lui inspirât confiance, le roi ne savait sur qui s'appuyer. Il réunit à York un grand conseil de la noblesse. Mais les nobles, dont l'intérêt était alors de prendre parti contre la cour et pour le parlement, se prononcèrent pour une convocation immédiate des électeurs. Une pétition de 10000 citoyens, dans le même sens, préparée par les soins de Pym, fut remise au roi. Le prince céda. Dès que les torils (mandats de convocation électorale) furent lancés, Pym et Hampden parcoururent à cheval tous les comtés pour stimuler le zèle des citoyens. Si l'un était le chef du parti, l'autre en était le héros. A raison de ce qu'il avait souffert pour la liberté, il était, dit un contemporain, le sujet de tous les entretiens : the argument of ail longues.
C'est le 3 novembre 1640 que fut réuni, pour la première fois, ce parlement mémorable qui allait être le Long Parlement. Ce jour-là John Pym causa longuement et ouvrit sa pensée à M. Edward Hyde, homme grave, modéré et libéral, mais qui défendait le trône comme s'il avait deviné que ses deux petitesfilles devaient s'y asseoir, et qui avait déjà essayé de jouer le rôle de médiateur entre le gouvernement et l'assemblée populaire. « Celte fois, dit John Pym, on nous trouvera d'une autre humeur que la dernière. Il ne s'agit plus seulement de balayer le plancher de la chambre, mais d'enlever les araignées accrochées au plafond. »
Procès et exécution de Strafford. — Les subsides, nul n'osa en parler. Le H novembre, après une séance de quatre heures, tenue à portes closes et remplie par un grand discours du leadery Pym se rendait soudainement à la Chambre des lords, suivi de plus de trois cents membres. Là, il demandait et obtenait la mise en accusation de Strafford. On a rarement vu un changement aussi prompt et aussi terrible dans les affaires humaines. Lorsqu'il frappait violemment à la porte de la Chambre des lords et y pénétrait le front levé, l'œil menaçant, Strafford était encore le ministre d'un roi tout-puissant. Lorsqu'il en sortit, une heure plus tard, après avoir entendu à genoux le warrant d'accusation et rendu son épée au sergent d'armes, pour être conduit à la Tour, non seulement il n'était
plus qu*un vaincu aux mains de ses bourreaux, mais tout le système politique dont il avait été la clé de voûte s'était écroulé sans retour. Windebank et Finch, sans attendre leur jugement, s*enfuirent sur le continent. Laud fut jeté en prison, sous le coup d*une accusation analogue à celle qui pesait sur Strafford. Tous les hommes qui, à un degré quelconque, avaient joué un rôle dans le recouvrement du ship-money, furent poursuivis. Ceux d*entre eux qui occupaient des sièges au parlement en furent privés. Sans autre force à sa disposition que les foules de Londres, le parlement se saisit du gouvernement, Texerça par ses comités, sans paraître se douter qu'il entrait de plain-pied dans la révolution et cessait, à cette minute précise, de restaurer un droit ancien pour créer un droit nouveau où tout était doute, péril et contradiction. La salutaire, l'inévitable distinction de l'exécutif et du législatif ne se présenta à l'esprit de personne.
Pourtant on songeait à former un ministère où le comte de Bedford et Pym auraient tenu les premières places, avec Saint-John comme principal conseiller légal de la couronne. Si ce projet avait été sérieusement exécuté, il eût réalisé peut-être Téconomie de deux révolutions pour l'Angleterre. Mais ni le roi ni ses adversaires n'étaient de bonne foi : Tun ne voulait rien céder, les autres ne croyaient pas encore leur succès assez complet. Le salut de Strafford, d'ailleurs, eût été le prix de cet arrangement, et c'est une concession que les inexorables ennemis du lord-lieutenant d'Irlande étaient décidés à ne jamais accorder. Le procès suivit donc son cours. Le comte se défendit avec une énergie et une éloquence qui éclipsa celle de Pym. Il y eut d'inoubliables scènes, des heures où ces juges déterminés à frapper eurent des larmes dans les yeux. On pouvait reprocher à Strafford bien des actes de tyrannie, mais pas un acte de cruauté, et il avait le droit de jurer qu'il « n'avait jamais touché à un seul cheveu de la tête d'aucun sujet de Sa Majesté ». L'acte d'accusation avait mis en doute son intégrité : elle ressortit des débats. Pym avait été, pour rabaisser le caractère du ministre, jusqu'à faire allusion à ses faiblesses morales, à ses liaisons galantes : allusion plus que déplacée dans la bouche
d*un homme encore moins vertueux que Straflford et qui devait hériter de sa dernière maîtresse, Tinfâme lady Garlisle.
Mais une question de droit dominait toutes les considérations. Ce procès était sans issue parce que la loi n'avait jamais prévu que la trahison envers le roi, et non la trahison envers la nation. Or Strafford était sans reproche à Tégard de son souverain, dont il n avait que trop fidèlement exécuté les ordres et servi la politique. Que faire? Comment obtenir cette condamnation à la fois impossible et nécessaire? Sur ce point, il y eut dissentiment. Pym voulait s'entêter dans le procès commencé, mais la majorité ne le suivit pas. On imagina d'avoir recours à un bill à'attainder. Des précédents autorisaient cette mesure, en légalisaient l'illégalité ; mais ils étaient empruntés aux heures les plus troubles de l'histoire et en contradiction avec les principes de l'équité anglaise. Le roi hésitait à signer le bill. Mais une conspiration formée parmi les troupes à l'instigation de la COUT (army plot) compromit si gravement Charles aux yeux du parlement qu'il fut obligé de sacrifier son ministre à sa propre sûreté. Le 12 mai 1641, Strafford fut conduit à l'échafaud. « Je retire, dit-il, mon doublet avec autant de tranquillité que si j'allais me coucher. » Londres célébra avec un délire de joie haineuse cette mort qui était la première victoire et la première faute du parlement.
La « grande remontrance ». — Il continuait son œuvre, mêlant le bien et le mal. La Star Chamber, les High commission courts, la présidence du Nord, la présidence des marches du pays de Galles, toutes les juridications anormales et arbitraires disparurent; mais, empiétant à la fois sur tous les domaines, les comités parlementaires commirent plus d'un acte d'oppression. Les Ecossais, grassement indemnisés des frais de leur insurrection, se retirèrent chez eux. Une formidable pétition en faveur du presbytéranisme, accueillie mais non suivie d'efTet, demeura comme une menace suspendue au-dessus de l'épiscopat. Laud vieillissait en prison, attendant son jugement.
Le roi, sans se lasser, cherchait des alliés pour commencer la lutte. Pendant l'été de 1641, il se rendit à Edimbourg, dans l'espoir de s'appuyer sur ceux mêmes qui venaient de lui faire
tant de mal. Il réussit seulement à les diviser. Le plus important des nouveaux convertis fut Montrose, jeune homme ardent et passionné qui, mécontent de Taccueil reçu à Whitehall, avait d'abord embrassé avec ferveur le parti covenan taire. Il s'en détacha de même, non comme un homme d*Ëtat change ses principes, mais comme un chevalier change sa dame. Mais le temps n'était pas encore venu où son nom vaudrait une armée. Les covenantaires formaient encore une majorité compacte. Ils étaient prêts à aider le roi s'il jurait le Covenant et acceptait le système presbytérien.
Lorsque le roi, après avoir donné beaucoup sans rien obtenir, rentra à Hampton-Court au mois de novembre, il trouva les esprits en pleine fermentation. L'agitation contre les évêqucs avait recommencé : le peuple les insultait aux portes mêmes de Westminster. Chaque jour assistait à une émeute où, dans les rues de Londres, le mob royaliste et le mob parlementaire mesuraient leurs forces.
Les Communes avaient réuni à la fois leurs anciens griefs et leurs prétentions nouvelles dans un document qui s'appela la < grande remontrance ]> et qui devait confirmer, en la dépassant de beaucoup, la Pétition des Droits. Elle ne fut votée qua onze voix de majorité. L'unanimité qui avait présidé aux premiers actes du parlement n'existait plus. Peu à peu, s'était dessiné sur ses bancs un puissant parti royaliste constitutionnel. Ceux qui le composaient n'étaient pas des courtisans, mais des gentilshommes de province, qui s'étaient associés aux revendications populaires tout en gardant un attachement inviolable à la personne du roi. Les principaux personnages de ce parti étaient Edward Hyde, lord Falkland et sir John Colepepper. Le roi les vit, conféra avec eux et sembla partager leurs vues. Falkland devint secrétaire d'Etat; Colepepper eut la chancellerie de l'Echiquier, et Hyde, sans fonctions officielles, était prêt à assisterses deuxamisdans l'exercice de leurs devoirs ministériels. Us devaient exprimer la pensée royale devant la Chambre. Or, pour l'exprimer, la première condition était de la connaître. Le roi leur promit toute sa confiance et jura de ne rien faire sans prendre leur avis. Il trompait ses amis aussi bien que ses
LE iiONG PARLEMENT ET LA GUERRE CIVILE 633
ennemis. Les nouveaux ministres furent surpris plus que personne par le coup d'État qui ouvrit Tannée 1642.
Les a cinq membres ». — Le 3 janvier 1642, Tattorney du roi, Herbert, introduisit inopinément devant la Chamhre des lords une accusation de haute trahison contre cinq membres de la Chambre basse, Pym, Hampden, HoUes, Strode, Haselrig, soupçonnés d'avoir entretenu des intelligences avec les Écossais pendant le temps de Tinsurrection. La forme de Vimpeachment était irrégulière; le motif allégué n'était qu'un prétexte. La Chambre des communes, sommée de livrer ces cinq membres, répondit par un message dilatoire et par la promesse de délibérer sur cette affaire. En même temps, elle réclamait une garde pour veiller à sa sûreté.
Le lendemain le roi, suivi de ses gardes et d'une grande foule de gentilshommes, se rendit de Whilehall à Westminster. Il pénétra dans la salle des séances, accompagné de son neveu le prince Rupert, fils de l'Electeur palatin, et emprunta le siège du speaker William Lenthall. Le roi cherchait des yeux les cinq accusés. Mais ils avaient été prévenus par un message de lady Carlisle, — qui était à la fois la confidente de la reine et l'espionne de Pym, — et ils s'étaient retirés. En quelques paroles entrecoupées, qui décelaient à la fois son trouble, son irritation, sa volonté d'être obéi et son désir de rester calme, le roi réclama les membres absents. Aucune réponse ne venant, il apostropha le speaker. Lenthall tomba à genoux : « Sire, dit-il, je n'ai ici d'yeux pour voir et de langue pour parler qu'autant qu'il plaît à cette assemblée. » Les membres étaient debout, découverts; le silence était si grand qu'on eût pu entendre courir sur le papier la plume du clerc Rushworth, qui recueillait pour la postérité les détails de cette scène. Le roi, après quelques instants de pénible attente, eut conscience de son échec et se retira. Le jour d'après, sachant que les cinq membres étaient cachés dans la Cité, il s'y rendit pour les demander aux autorités, mais les shériffs n'obéirent pas plus à ses ordres que n'avait fait le parlement. Une multitude immense se pressait sur sa route, houleuse, prèle à la révolte, le saluant d'un cri significatif : « Privilège! privilège! »
Le coup était manqué. Les gentilshommes qui, autour du palais, se pressaient, hautains et bruyants, disparurent. Le roi lui-même, avec sa famille, quitta Whitehall où il ne rentra que sept ans plus tard pour y mourir. Les cinq membres revinrent triomphalement à Westminster, sous la protection des milices bourgeoises {trained bands). Charles n'était plus maître dans son royaume. Ayant voulu (avril 1642) mettre la main sur la ville de Hull, qui avait alors une grande importance comme place de guerre et comme arsenal militaire, il vit les portes de la forteresse se fermer devant lui. A York, où il s'était établi, il fut rejoint par trente-deux lords et soixante membres de la Chambre des communes, en tête desquels se trouvaient Hyde et Falkland, qui gardaient encore l'espoir de prévenir une guerre civile. Mais les exigences de leurs collègues restés à Londres en même temps que Tobstination du prince rendaient désormais raccord impossible. Le parlement fit connaître son ultimatum. Il revendiquait le droit de nommer et de destituer les ministres, la garde des enfants du roi, un contrôle effectif sur toutes les branches du gouvernement. Charles répondit : « Si j'accédais à ces conditions, je ne serais plus que le fantôme d*un roi. >
Commencement de la guerre civile. — Le parlement, agissant sous Timpulsion d*un comité de salut public dont Pym était Tâme, leva des impôts et décréta la formation d'une armée de vingt mille fantassins et de quatre mille cavaliers, dont lord Essex accepta le commandement.
C'est le soir du 22 août que le roi leva l'étendard à Notlingham. La première rencontre eut lieu à Edgehill, le 23 octobre, et resta indécise. Mais le roi garda l'avantage moral en marchant sur Londres. L'Ouest prit les armes en sa faveur. Le parlement crut avoir aisément raison des paysans soulevés du Cornwall et du Devon, mais ils firent essuyer un grave échec au général Waller. La grande ville de Bristol se donna aux soldats de Charles. Dans le Nord, une imposante armée royaliste gardait la frontière d'Ecosse et les ports de l'Est, maintenant de ce côté les communications ouvertes avec le continent, où la reine était allée chercher des secours d'hommes et d'argent. En Ecosse, Hamilton, Montrose, les partisans du roi, anciens et nouveaux,
LE LONG PARLEMENT ET LÀ GUERRE CIVILE 63o
s'agitaient. En Irlande, deux armées étaient en présence, Tune catholique et l'autre protestante, mais toutes deux se disaient hautement les armées du roi. Solidement établi à Oxford, Charles menaçait la capitale et recevait tous les jours de nouvelles adhésions. Six pairs s'échappèrent encore de Londres et allèrent rejoindre la cour. La mort de Hampden, tué dans une escarmouche de cavalerie, fut à la fois une perte cruelle et un fâcheux présage. Les garçons brasseurs et les apprentis drapiers commençaient à désespérer de pouvoir tenir contre les fougueux escadrons du prince Rupert. Dans les rues de la Cité, naguère si belliqueuse, on criait : « Vive la paix! » Essex, paralysé par le respect du roi, craignait de porter des coups décisifs et bornait la guerre à une molle défensive.
Dans ces circonstances critiques le parlement anglais montra l'énergie du sénat romain. Pym, vieillissant et déjà atteint du mal qui allait le tuer, déployait une activité infatigable. De nouvelles armées se levaient; les comtés de l'Est, réunis en association particulière à l'instigation de l'homme extraordinaire qui devait bientôt remplir la scène et éclipser tous les autres personnages du drame politique, devenaient une pépinière de soldats, Essex sentait le besoin d'une action plus hardie et arrêtait l'armée du roi devant Glocester. La bataille sanglante de Newbury (19 sept.) demeura indécise, mais la mort du généreux Falkland en faisait un désastre pour le parti royaliste.
La fin de l'année 1643 apporta à la cause parlementaire un secours moral et matériel d'un effet incalculable : elle vit conclure l'alliance avec les Ecossais. Les évêques, en prenant tous le parti du roi, avaient prononcé eux-mêmes l'abolition de l'épiscopatet rendu possible l'établissement dupresbytéranisme. Cette mesure, volée par les Communes, fut, cette fois, acceptée sans difficulté par les Lords, ou, du moins, par les restes de cette Chambre. Une assemblée de ministres fut réunie à Westminster pour discuter la constitution définitive de l'Eglise et fixer un nouveau rituel. Rien ne s'opposait plus à l'étroite union des deux peuples : elle se fît sur la base du Covenant, qui devint, au nord comme au sud de la Tweed, le fondement du droit constitutionnel. Une armée écossaise s'apprêta à passer encore une
fois la frontière pour prendre à dos Tarmée royaliste du Nord, tandis que lord Manchester l'attaquerait en face et de flanc avec les contingents de TEst pour armée principale, avec Cromwell pour lieutenant et pour inspirateur. Le « Conîité des deux royaumes », composé de sept lords, de quatorze membres des Communes et de quatre commissaires écossais, prit la direction suprême des opérations.
Pym n*élaitplus. Le parlement lui avait fait de magnifiques funérailles. Il avait connu, lui aussi, Tingratitude populaire et, peu de jours avant sa mort, une émeute de femmes était venue hurler sous ses fenêtres en joignant Tépithëte de traître à son nom jadis vénéré. Si le bien public était, selon l'expression du D' Marshall, « sa pensée unique, son tout, son boire et son manger », il put se consoler en songeant que le succès de la révolution à laquelle il avait si énergiquement travaillé était assuré. Mais cette révolution dépassait déjà ses prévisions comme ses désirs, et, s'il eût vécu, elle échappait à ses mains. Le dictateur de 1642 eût été le proscrit de 1648.
Les impatients attendaient beaucoup de la campagne de 1644, mais les modérés prévalaient encore dans les deux camps. On décida le roi à réunir près de lui, à Oxford, un parlement composé de tous les transfuges de Westminster. Hyde, nommé chancelier de TEchiquier, y joua le principal rôle. Quarante-cinq lords étaient présents, tandis que, ce même jour, vingt-deux pairs répondaient à Tappel nominal dans leur salle de Westminster. En revanche, cent dix-huit membres des Communes s'étaient groupés autour du roi, alors que l'assemblée de Westminster comptait deux cent quatre-vingts présents, auxquels il faut ajouter cent autres membres en mission dans les provinces et aux armées. Ce parlement d'Oxford, honnête mais sans crédit, vota des impôts qui ne furent pas tous perçus et donna des conseils dont aucun ne fut écouté. Après avoir siégé plusieurs mois, il se sépara en avril, douloureusement pénétré de son inutilité.
Tandis qu'Essex marchait contre les bandes royalistes de l'Ouest et que Waller pressait vivement le roi, trois armées convergeaient vers York, où lord Newcastle était établi avec Hamilton. Ces trois armées étaient celle des covenantaires
écossais commandée par Aiexander Leslie (qui portait maintenant le nom de lord Leven), celle de Manchester, et enfin celle de Sir Thomas Fairfax, qui avait déjà opéra dans le nord et écrasé, en plusieurs rencontres, les soldats d'Ormond à peine débarqués dlrlande. Le prince Rupert, avec 20 000 hommes, se porta au secours de Newcastle, réussit à débloquer York et y pénétra lui-même. Il voulut poursuivre ce premier succès en essayant de battre les trois armées réunies à Marston-Moor. Il enfonça Tarmée de lord Leven, qui lui faisait face; mais quand il revint de la poursuite où il s'était laissé entraîner, il trouva la bataille gagnée à Tautre aile par les soldats de Gromwell qui l'attendaient de pied ferme et le mirent en déroute (3 juillet). La lutte avait duré de huit heures du matin à huit heures du soir. Elle avait coûté aux royalistes 3000 morts et 1600 prisonniers. Newcastle passa sur le continent, Rupert regagna comme il put le quartier général, et York capitula. Le parti des Stuarts était anéanti dans le Nord.
Mais à ce même moment, le roi qui, durant toute cette campagne, montra, avec son intrépidité coutumière, du sang-froid, de la décision et devrais talents militaires, rétablissait sa fortune dans le Sud par des succès répétés. Echappant à la poursuite de Waller, il était rentré à Oxford; puis, reprenant Toffensive, il avait, à son tour, poursuivi Essex dans l'Ouest, l'avait cerné, et pris, comme dans un filet, toute son infanterie. La cavalerie parlementaire fit une trouée à travers l'ennemi et réussit à s'échapper. Essex regagna Londres, seul, par la voie de mer. Lorsque Charles voulut profiter de son avantage et marcher sur la capitale, les vainqueurs de Marston-Moor, unis aux débris de l'armée d'Essex, lui barrèrent la route à Newbury. Il fut mis en déroute, et sa défaite aurait pu être définitive, si Manchester, animé des mêmes scrupules monarchistes qu'Essex, n'avait empêché ses soldats de pousser jusqu'au bout leur avantage. € Si le roi est vaincu, disait Manchester, il sera toujours le roi et retrouvera une autre armée. Quant à nous, si nous avons le dessous, nous serons des rebelles, des traîtres, et on nous traitera comme tels. » Une grande clameur s'éleva dans l'armée contre ces chefs indécis et timides.
Presbytériens et Indépendants : Gromira'ell, Fairfi
— L'antagonisme latent des deux partis qui divisait depuis Torigine le puritanisme, éclatait avec violence. On a vu (au chap. v) naître la secte des Brownistes ou Séparatistes^ qui voulaient la suppression, non seulement de Tépiscopat, mais du sacerdoce, estimant que c*est limiter la volonté divine que de l'obliger à agir et à s'exprimer par des instruments choisis. Tous les fidèles, ceux du moins en qui habite la grâce, les « Saints », composaient l'Eglise véritable; ils étaient les membres visibles et vivants du corps de Jésus-Christ. Ces doctrines avaient été condamnées; ceux qui les professaient, et qui étaient bien loin d'en prévoir les dernières conséquences, avaient dû s'expatrier ; quelques-uns rentrèrent au début des troubles. Ils étaient encore si peu nombreux que, sur plus de cent ministres qui prirent part aux conférences de Westminster, cinq seulement étaient des « Indépendants ». Mais la force des choses et aussi la logique des idées travaillaient à les rendre prépondérants, malgré leur nombre infime. En effets leurs adversaires, les presbytériens, étaient à la fois révolutionnaires et conservateurs : ils abolissaient la monarchie spirituelle et l'aristocratie épiscopale ; mais ils entendaient garder, dans l'ordre politique, le roi et les lords. Cette contradiction dans la doctrine se traduisait dans leur conduite par les hésitations, les scrupules et les demi-mesures d'Essex et de Manchester, dont les sentiments étaient partagés par la grande majorité du parlement. Les Indépendants, comme tout parti radical qui n'accepte ni tempérament, ni restriction, attiraient à eux les esprits absolus et les caractères violents, c'est-à-dire tous ceux qui prennent le dessus en temps de révolution. D'autres allaient plus loin qu'eux : c'étaient les iViveleurs, qui faisaient table rase de toute autorité constituée et de toute inégalité sociale. Ces enfants perdus du parti étaient une force, en attendant qu'ils devinssent un danger. L'adjonction de cent trente membres nouveaux, élus en remplacement des membres déserteurs qui avaient siégé à Oxford, avait fortifié le nouvel élément dans les Communes. Mais, comme les Indépendants étaient le parti de la guerre à outrance, celui qui faisait de l'armée le ressort suprême, l'organe principal et
nécessaire de l'Etat, c'est parmi les soldats qu'il trouvait son soutien, surtout dans l'armée de Fairfax et dans celle de Manchester : Tune qui recevait indirectement l'influence de Cromwell, l'autre formée par lui et à son image.
La famille d'Olivier Cromwell devait son origine à un parent de Thomas Cromwell, premier lord Essex et ministre de Henri VIII. Enrichie à cette époque par le favori tout-puissant, elle s'était ruinée par de folles prodigalités vers la (in du xvi^ siècle, et la réception fastueuse faite au roi Jacques, lors de son entrée en Angleterre, avait rendu cette ruine irrémédiable. Olivier, fils d'un cadet de cette famille, vivait à Huntingdon, d'où il se transporta à Saint- Yves, sur la limite du pays marécageux qu'on appelle Fen country. Les leçons du D' Beard, son premier maître, puritain strict et ardent, descendirent profondément en lui. Après avoir traversé l'Université et la dissipation de la grande ville, il avait épousé Elisabeth Bourchier, une jeune fille simple et douce; puis il avait siégé, sans y faire une figure importante, dans le parlement de 1628-1629. Ensuite il avait vécu sur sa terre, en gentilhomme fermier, surveillant son exploitation rurale, administrant de son mieux une fortune médiocre, et s'occupant du dessèchement des marais. Durant ces dix mortelles années de langueur et de silence, il cédait à la tristesse des temps, à celle des lieux, à la mélancolie naturelle de son tempérament et de son caractère : mélancolie farouche et sans douceur. S'il s'entretenait par conversation ou par lettres avec ses parents et amis, Hampden et Saint- John, des douleurs et des espérances de l'Angleterre, sa pensée se portait encore plus souvent vers les problèmes intimes de la conscience. Il connut ces angoisses qui torturaient les puritains en leur montrant leurs fautes les plus légères comme des crimes monstrueux. Il en eut, à certaines heures, l'àme oppressée jusqu'à la folie. La convocation du parlement de 1640, en lui rouvrant la carrière politique, le rejeta en pleine réalité. Son rôle, à la Chambre des communes, fut d'abord effacé : il parlait peu et mal, et seulement quand un sentiment violent lui arrachait les paroles. Ceux de ses adversaires politiques qui le coudoyaient sans le connaître ne voyaient en lui
64a L'ANGLETERRE PURITAINE
qu'un homme négligemment habillé de vêtements sombres, à Tair tantôt bourru et chagrin, tantôt brutalement jovial. Dès le premier jour de la guerre, il se révèle soldat. Il adore sa compagnie, puis son régiment, dépense toutes ses maigres ressources et tout son temps à le recruter, à l'équiper, à l'instruire. 11 en parle avec admiration et tendresse : « Itis a lovely companyl » Ses soldats ne boivent point, ne blasphèment point; s'ils enfreignent la règle volontairement acceptée, ils paient docilement l'amende. On reproche à Cromwell de faire officiers des gens de rien, qui ne sont pas nés gentilshommes. « Un gentilhomme! écrit-il. En vérité j'honore un gentilhomme qui l'est vraiment de nom et de fait. » Mais les gentilshommes manquent dans l'armée parlementaire, et un gentilhomme ne s'improvise pas. Il faut opposer l'amour de Dieu au sentiment de l'honneur humain et le saint au gentleman. Ainsi l'idée plébéienne, démocratique, apparaît, portée, comme elle doit l'être, par l'idée religieuse. C'est vraiment une Angleterre nouvelle qui naît avec ce régiment de saints que les escadrons du prince Rupert ne peuvent enfoncer et auquel Cromwell donne son propre surnom de « côtes de fer » {ironsides). Jusqu'à Edgehill, simple patriote, d'Edgehill à Marston-Moor officier de mérite, Cromwell fut, après Marston- Moor et surtout après Newbury, la plus haute personnification de l'armée et une force dans l'Etat. Quant à son invincible régiment, il allait s'élargir jusqu'à devenir l'armée tout entière. Ainsi grandissaient, d'étape en étape, et la race elle-même et celui qui en était le type, l'expression, bientôt le maître.
La a Self-denylng ordlnance » et le a N&w model » • — L'hiver de 1644-1645 vit une sorte de terreur puritaine, dont le vieux Laud fut la plus illustre victime. Les théâtres étaient fermés depuis le commencement de la guerre; tous les divertissements étaient proscrits. Le jeûne et la prière alternaient avec l'exercice des armes. Ce dur régime lassait les plus frivoles : les presbytériens du parlement, unis à tous ceux qui gardaient au fond du cœur le sentiment monarchique, souhaitaient une réconciliation avec le roi qui les eût soustraits au joug du parti militaire. De son côté, le roi, qui avait ses raisons pour temporiser, feignit d'être disposé à accueillir des ouver-
tures de paix. Des conférences s'engagèrent à Uxbridge. Elles traînaient en longueur sans aboutir^ lorsque le roi les rompit inopinément : il venait d apprendre la victoire de Montrose à Inverlochy. A la tète des clans soulevés, auxquels étaient venus se joindre leurs cousins d'Irlande, les Écossais d'Antrim, le célèbre partisan venait d'infliger une sanglante défaite à Argyle et aux covenantaires. Le roi espérait battre bientôt de même la nouvelle armée du parlement.
En effet la réoi^anisation militaire, appelée par les vœux de Cromwell et de ses amis, était maintenant un fait accompli. La fameuse ordonnance de renoncement {Self-denying Ordinance) proposée par Zouch Tate, votée par la Chambre des communes, mais longtemps tenue en échec par la Chambre des lords, venait enfin de passer. Cette ordonnance interdisait à tout membre du parlement d'exercer des fonctions militaires. Elle n'atteignait plus ni Essex, ni Manchester, qui avaient spontanément donné leur démission. On recomposa, après un triage sévère, une armée de 21 000 hommes, dont on donna le commandement à sir Thomas Fairfax. C'est ce qu'on appela le New modeL Sur la demande des soldats, le lieutenant général Cromwell conserva, par exception, ses fonctions à l'armée pour un délai de quelques semaines, bientôt prorogé.
Fin de la première guerre civile. — C'est ainsi qu'il prit sa part, et une part glorieuse, à la victoire décisive de Naseby (14 juin 1645), où Charles fut complètement battu. Le roi laissa derrière lui 5000 morts, 100 drapeaux, et toute une correspondance qui prouva à la fois sa connivence avec les papistes et sa mauvaise foi dans les négociations du printemps. Montrose, qui s'était avancé jusqu'à Edimbourg par une série de brillants succès et qui avait paru près de lui donner la main, fut anéanti a Philiphaugh dans la forêt d'Ettrick.
Les mois suivants amenèrent l'écrasement définilif des troupes royales. Le prince de Galles, ne pouvant se maintenir dans l'Ouest, dut se réfugier aux îles Scilly, d'où il gagna le continent. Pris entre les paysans, que leurs déprédations avaient exaspérés, et les troupes parlementaires, les « Cavaliers », dans toute celte région, durent mettre bas les armes. Le prince
Histoire oiNinALc. V. 41
Rupert ne sut point défendre Bristol et le roi ne réussit pas à secourir Ghester. Il rentra presque seul à Oxford, pendant que les dernières forces organisées du parti étaient battues à Stow avec lord Digby. La guerre était finie.
Charles se réfugie chez les Écossais; il est livré au parlement. — Le roi, dans cette situation désespérée, fit savoir au parlement qu'il était prêt à retourner à Whitehall pour se mettre à sa discrétion et traiter des conditions de la paix. Il ne reçut aucune réponse. Alors, sortant d*Oxford avec deux compagnons seulement, il traversa TAngleterre sous un déguisement, et parut inopinément au camp écossais. Il y fut reçu avec respect, mais sans enthousiasme. Les Ecossais se déclarèrent disposés à suivre le roi s'il jurait le Covenant. Sur son refus, ils le remi-
rent aux commissaires du parlement, et se retirèrent en Ecosse, après avoir reçu, comme arrérages de solde, un paiement de 200 000 livres et la promesse d'une somme égale. « Je suis vendu et acheté », dit le roi, et c'est à peu près ainsi qu'en a jugé l'histoire. Charles fut transféré à Holmby, et le parlement lui offrit la paix aux conditions suivantes : abolition définitive de l'épiscopat; annulation de tous les actes d'Oxford et des pairies conférées depuis le commencement de la guerre; mise hors la loi de soixante et onze royalistes de marque; l'armée, la marine et la milice remises pour vingt ans aux mains des Chambres.
Le roi est enlevé par Farmée ; fuite & File de VETight. — Tandis que Charles feignait de discuter sérieusement ces conditions inacceptables, le parlement, se croyant entièrement maître de la situation, se hâtait de prononcer le licenciement de l'armée, à l'exception d'un corps qui devait opérer en Irlande. La mesure était d'autant plus imprudente que les troupes n'avaient pas reçu depuis longtemps leur solde. Non seulement elles refusèrent de se débander avant d'avoir touché leurs aurrérages, mais elles entrèrent de plain-pied dans la politique. L'armée était devenue une sorte de parlement. Tandis que les officiers délibéraient en conseil, les soldats avaient choisi leurs représentants, au nombre de deux pour chaque compagnie et pour chaque escadron, sous le nom à'agents ou agitateurs. Ces agents
formaient une assemblée distincte, imbue d'un étrange esprit. En présence de ce danger grandissant, le parlement sentait le besoin de se rapprocher du roi. Il y était d'ailleurs poussé par le nouveau mouvement d'opinion qui se manifestait dans la Cité et dans tout le parti presbytérien en faveur de la monarchie. C'est alors que Charles fut enlevé par le cornette Joyce, — probablement sous l'inspiration de Cromwell et de son gendre, le colonel Ireton, — et transféré au milieu de l'armée. Fairfax désavoua Joyce, mais n'osa le punir, et Charles demeura l'otage des soldats. Alors commencèrent des négociations entre le prince et les chefs de l'armée. Les conditions offertes par ceux-ci étaient plus douces que celles du parlement. Le nombre des royalistes proscrits était dix fois moindre; le délai durant lequel le roi devait être dépouillé du commandement des forces militaires et navales était réduit de moitié. Charles ne se hâtait point d'accepter ces conditions; il pensait être bientôt en mesure d'en imposer de bien meilleures et devenir, sans combat, l'arbitre de la situation, grâce à la rivalité de l'armée et du parlement, obligés, pensait-il, l'un et l'autre, de mettre ses bonnes grâces à l'enchère. Ce jeu lui réussit, et tout parut, pour un temps, favoriser cette politique.
Une première fois, l'armée porta au parlement ses griefs et les fit admettre. Onze des membres qui lui étaient le plus opposés durent se retirer de la Chambre. Mais à cette pression de l'élément militaire répondit une réaction populaire en sens opposé. La Chambre, envahie par l'émeute, vota le retour et la réinstallation immédiate du roi. Le speaker Lenthall et soixante membres de la Chambre des communes s'étaient réfugiés au camp : l'armée les ramena sur leurs sièges, tint à la fois Londres et le parlement sous la terreur.
Charles, sans s'apercevoir que son heure était passée, continuait à jouer au fin avec les chefs militaires. Il tenait sa cour à Hampton-Court ; il y recevait avec distinction les familles des généraux et des colonels, entre autres la femme et la fille de Cromwell. A Cromwell lui-même on faisait espérer de sa part le commandement de l'armée, celui des gardes, l'ordre de la Jarretière et le titre de comte d'Essex, dont le dernier titulaire
était mort sans enfants au mois de septembre précédent. Une lettre intime, que Cromwell intercepta vers cette époque, l'édifia sur les intentions véritables du roi. Dans cette lettre Charles parlait de lui réserver, au lieu d'une jarretière de soie, un. collier de chanvre. En même temps, les sourds murmures des soldats excités par Lilburne, un commencement d'impopularité sur le seul soupçon de sa réconciliation possible avec le roi, l'avertirent, avant qu'il se fût compromis par aucun acte décisif, que son ambition faisait fausse route. Alors Ireton rappela durement au roi le véritable état des choses : « Vous prétendez être médiateur entre le parlement et nous : c'est nous qui entendons servir d'arbitres entre le parlement et Votre Majesté. » Charles, inquiet peut-être de quelques rumeurs sinistres 'qui couraient dans le camp contre sa sûreté, n'ayant plus, d'ailleurs, personne à duper à Hampton-Court, et jugeant prêtes à éclater les intrigues qu'il avait nouées en d'autres lieux avec d'autres hommes, s'échappa la nuit et s'enfuit à l'île de Wight. 11 croyait trouver un serviteur et un ami dans le gouverneur, le colonel Hammond : il ne trouva en lui qu'un geôlier.
Deuxième guerre civile. — Au moment où le roi retombait sous la main de ses pires ennemis, il se croyait sur le point de renouveler la lutte avec des chances nouvelles et plus sûres. Il avait signé un traité secret avec les Ecossais, sur les bases suivantes : Charles mettrait en vigueur la constitution presbytérienne pour trois ans, et, au bout de cette expérience, l'état religieux de la nation serait, d'un commun accord, définitivement réglé. La liberté de conscience et de culte était assurée au prince et à sa famille. Moyennant cet arrangement, l'armée écossaise allait repasser encore la Tweed, cette fois pour soutenir les droits du souverain. A travers toute l'Angleterre, se produisait une réaction dans le même sens. La flotte se mutina et appela le duc d'York, second fils du roi, alors réfugié en Hollande. Une insurrection éclata dans le Kent et menaça la capitale : une autre, encore plus vaste, embrasa l'Ouest.
Mais les presbytériens et les indépendants, réconciliés pour un instant, firent face à l'ennemi commun. Fairfax enfermâtes insurgés du Sud- Est dans Colchester; Cromwell ceux de l'Ouest
dans Pembroke. Lorsqu*il eut réduit cette ville, il courut rejoindre Lambert, qui marchait au-devant des Ecossais. Dans plusieurs journées successives, il les rompit, les poursuivit répée dans les reins et parut triomphant dans Edimbourg. Golchester, cependant, avait capitulé et Fairfax avait frappé sans pitié les meneurs. Il n*y avait plus un soldat en armes au nom du roi sur toute Tétendue du territoire.
Le parlement n*avait pas attendu ce moment pour revenir à sa première politique. Dès le 3 juillet, il effaçait solennellement le vote par lequel, six mois au|)aravant, il s^était engagé à ne plus jamais négocier avec le roi. En septembre avaient lieu, à Newport, dans Tile de Wight, de nouveaux pourparlers. Les conditions offertes étaient précisément celles que Charles avait déjà refusées quatre fois : à Oxford, à Uxbridge, à Holmby et enfin au commencement de son séjour à Tîle de Wight. Celte fois il les accepta toutes, sauf labolition de Tépiscopat, qu'il déclarait attentatoire à sa conscience, et la punition de ses amis, qu'il jugeait contraire à son honneur. Le parlement, par 120 voix contre 100, accepta comme bases de la paix les propositions finales du roi.
Le parlement < purifié »; procès et exécution du roi* — En face d'une majorité ainsi disposée, au milieu de la grande ville redevenue monarchique, le parti militaire et son chef étaient perdus, à moins de recourir à la force : c'est ce qu'ils firent. Les 6 et 7 décembre 1648 eut lieu la c purification » de Pride. Placé à la porte du parlement, une liste de proscription à la main, le colonel Pride signifia leur exclusion à quarante membres des Communes, et, comme la Chambre était encore récalcitrante, le lendemain un pareil nombre fut exclu. La minorité, siégeant illégalement, décréta la mise en accusation du roi comme traître envers le parlement. Les douze pairs, demeurés à Londres, s'honorèrent par leur opposition unanime au bill qui mettait Charles en jugement. Le roi, dirent-ils, ne pouvait être traître envers le parlement, puisque, avec les deux Chambres, il composait lui-môme le parlement. On passa outre à cette protestation, qui était l'arrêt de mort de la haute Chambre. Sur les 150 membres qui devaient former la cour de justice,
beaucoup se récusèrent, d'autres s'abstinrent en silence, quelques-uns, comme Algernon Sidney, vinrent pour combattre en faveur du droit violé. Soixante-huit seulement étaient présents le jour où le roi comparut pour la première fois. Charles, enlevé de Tîle de Wight et tenu dans une étroite captivité au château de Hurst, où de cruelles appréhensions avaient assombri sa pensée, s'était vu ensuite transporté à Windsor, où il avait retrouvé pour quelques jours ses illusions avec la pompe et les honneurs royaux. Il refusa de reconnaître la compétence du tribunal et discuta avec le président Bradshaw d'un ton si âpre et si hautain que le légiste en parut plus d'une fois décontenancé. La foule saluait le passage du prince ou faisait écho à ses paroles par les cris de : < Justice! » ou de : « Longue vie au roi! » Un soldat, ému, ne put s'empèchcr de crier : « Que Dieu bénisse Votre Majesté! > De main en main passaient quelques pages écrites par le roi et furtivement imprimées sous le titre de Soupirs royaux : tous les yeux se mouillaient en les lisant.
Il fallut juger Charles en son absence : ce ne fut là qu^une violation de la loi après tant d'autres. La sentence fut prononcée par 44 voix contre 20, et même, dans ce petit nombre, s'éleva, au dernier moment, un orageux débat. Le roi essaya d'en appeler au parlement assemblé; son appel ne fut pas reçu. Il subit la mort le 30 janvier 1649. La noblesse de son attitude, la simplicité émouvante de ses adieux à ses enfants, au trône, à la vie, ont rejeté ses fautes dans Tombre, et contribué à rendre odieux ceux qui l'ont frappé.
Les restes du parlement proclamèrent, quelques jours après, l'abolition de la royauté et de la pairie. L'Angleterre devenait une République {CommonweaUh),
BIBLIOGRAPHIE
Sources. — Ce sont les mêmes que celles indiquées ci-dessus, p. 262, pour le chap. v {Calendars of state papers, Journals of the House, etc.), à l'exception des Ac(s of the privy Council, dont la publication jusqu'à présent (1904) s'arrête à Tannée 1597. Si Ton ne peut avoir recours au Statute-booh lui-même, on consultera utilement les Select statutes of the
reigns of Elizabeth and James the First ^ publiés par G.-W. Prothero (Lon* dres, 189'») et les Documents of the Puritan Révolution par 8. R. Gardiner (2« édit., 1899). Il fauty ajouter John Ru»hwoTÛi^ Historical collections ^ etc. (Londres, 1659-1701), BulstrodeWhitelock, Memarials of the englishajfain (Londres, 1682), les Clarke Papers, publiés par G. H. Pirth; etc.
Les Mémoire» sont très nombreux. Guizot en a traduit un certain nombre dans sa collection de 25 volumes (Paris, 1827). Depuis cette date, beaucoup d'ouvrages inédits ont été publiés. On doit consulter, pour la politique générale et les opérations militaires, les Memoirs of lieutenant gênerai E. Ludlow (nouv. édit. G. H* Flrth) pour les campagnes des Écossais, ceux de sir James Tumer {Memoirs of his own life and time^ (Edimbourg, 1829) ; Biimet, Lives of the Hamiltons (Londres, 1677) ; BaiUie, Letters and Joumuls (Edimbourg, 1841-42); pour Tintelligence de la pensée puritaine, les divers pamphlets de IPrynne et sa Vie de Laud (Londres, 1644), VAutobiography de Richard Baxter (Reliquim Baxterianw, Londres, 1696), le Diary de Nehemiah Wallington {Historical noliceSy Londres, 1869), les Memoirs of the life ofCoL Hutohinson, par sa veuve Lucy Hutchinson (Londres, 1806; nouv. édit. annotée G. H. Firth, 1885) et surtout Touvrage de Garlyle (CromweWs Letters and Speeches; nûuv. édit. annotée S. G. Lomat, 1904). Les souvenirs de l'évèque Oodfrey Ooodman (Cour< of James the First ^ Londres, 1839) et ceux d'Anthony Welldon {Court and Character ofk. James the Firsty Londres, 1811), Tun apologétique et Tautre satirique, donnent, avec plus ou moins de sincérité et de sérieux, Thistoire anecdotique de la cour des Stuarts. Sir Philip Warwick {Memories of Charles /, 2* éd., 1702) et sir Ralph Vemey (Verney papers, publiés par la Camden Society y Londres, 1845) font connaître la physionomie du parlement de 1640 à 1642; le premier est précieux également pour le séjour du roi à Tile de Wight (16'»8). — Sir John Oglander {Extracts from the Memoirs of sir John Oglander, Londres, 1888) et sir Simondt d'Ewet {Autobiography^ publiée par Halliwell, Londres, 1845), ainsi que les mémoires de sirFranoitOtbome {Secret history of the Court of James the First, 1658), servent à étudier Tétat des esprits et des mœurs, surtout dans les provinces. VAnglia rediviva (Londres, 1647), publiée sous le nom de Jotuah Spiigg, chapelain de Fairfax, mais attribuée au colonel Nathaniel Fiennet, nous initie à la vie intérieure du New modeL — Il est inutile d'indiquer la valeur historique qui s'attache aux écrits des principaux personnages du drame ou de leurs apologistes contemporains. Pour Laud : 1 ^ Liaud's Remains with his trouble and Iryal, by Waiton (Londres, 1695-1708); 2« Autobiography , éditée par J.-H. Newmann (Oxford, 1839); 3"* Archbishop Laud's Life and Death, par Heylin (Londres, 1681). Pour Strafford : The earl of Strafford, Letters and dispatchesy avec sa Vie par sir G. Radcliffe (Londres, 1739). Pour Fairfax : Sir Thomas Fairfax, Memorials written by himself et Correspondance (Londres, 1848). Pour HoUes (ou Hollis), ses Memoirs (Londres, 1693).
Htotolres ^énéraleM* — Aux ouvrages qu'on vient de citer se joignent deux ouvrages importants composés par des contemporains : The history of the rébellion, par Edward Hyde, comte de Glarendon (Oxford, 1702) et The history of the Long Parliament, par Thomas May (Londres, 1647; nouv. éd., 1854). Parmi lesécrivains modernes, on peut citer : — Brodie, History of the British Empire (Edimbourg, 1822) ; — John Forster, Lives of eminent British Statesmen ofthe Commonwenlth (Londres, 1840); l'étude du professeur Goldwin Smith sur Pym (Three English Statesmen, Londres, 1867); et le chapitre relatifà cette période dans la S^W history ofthe english people, de Green. Mais il faut mettre à part, comme l'autorité la plus
récente el la plus considérable : 8 -R. Gardiner, History of England from the accession of James Ihe First to the outbreak of the civil war^ 1603-1642 (10 volumes), complétée par son History of the great civil toar, 1642-1649 (4 vol.) et son beau livre sur Oliver CromwelL La première moitié du tome IV de Social England par H.-D. Traill (nouv. édit., 1904, par J.-8. Mann) est consacrée aux règnes de Jacques I et Gbarles I.
Parmi les historiens étrangers, deux sortent de pair : Guizot, Histoire de la Révolution d'Angleterre (Paris, 1826-27; nouv. édit. 1856-1864) etL» Ton RanJLe, Englische Geschiehte vomehmlich im XVI. und XVU. Jahrhunderte (Berlin, 1859-68).
Bloffrapliles et mono^TAplile*. — Outre les travaux biographiques cités plus haut, on peut consulter la Vie de Milton par D. Masson (Edimbourg, 1859-80); celle de Laud dans les Archbishops of Canterbury, de Hook; le Strafford de H.-D. Traill dans la collection des Englisk men of action (Londres, 1889); la Vie de sir Walter Raleigh^ par Tytler (2« éd., Londres, 4833); Cl. Markham, Life of the great lord Pairfax (Londres, 1870); Eliot Warburton, Memoirs of prince Rupert and his Cavaliers (Londres, 1849); les articles du Dictionary of national biography elles ir^.vaux relatifs à Francis Bacon : en première ligne, The life and letters of Francis Bacon par James Spedding (Londres, 1861-74) et le Bacon du doyen Church (Londres, 1884).