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ÉTAT POLITIQUE DE L'ESPAGNE

Ce furent les étrangers qui donnèrent à l'Espagne les meilleurs . généraux : les Spinola et les Piccolomini. Les distinctions honorifiques et les pensions militaires (venlajas) furent pro* diguées sans discernement. La négligence se glissa dans Tadministralion. La solde était mal payée; le soldat mourut de faim, € pauvre entre les pauvres », réduit à piller pour vivre. De là les progrès de Tindiscipline et du désordre. Partout même en Espagne, le soldat « joue de la griffe, selon l'expression de Guzman d'Alfarache; il volerait Teau du puits plutôt que de ne rien prendre ». La rapine, la dévastation, le meurtre, le viol lui sont habituels. L'armée a perdu, depuis que les mercenaires prédominent dans ses rangs, la vieille frugalité et la simplicité de mœurs du passé. La taverne, le jeu, les courtisanes absorbent bien vite le fruit de ses pillages. Les changements accomplis dans lart militaire lui portent le dernier coup. L'infanterie, composée de régiments {teixios) de 15 à 20 compagnies armées de piques et de mousquets, exagère les formations compactes et manque de mobilité. La cavalerie formée d'escadrons (Irozos) de 6 à 12 compagnies, bien montées, mais pesamment armées, n'est redoutable qu'au choc. L'artillerie, bien organisée pour le service des sièges, ne l'est pas pour celui de campagne. Les progrès de l'art militaire depuis Gustave- Adolphe jusqu'à Turenne restèrent inconnus aux troupes espagnoles, et bientôt Rocrov, Lens et les Dunes détruisirent le prestige qu'elles possédaient depuis plus d'un siècle.

Le même sort était réservé à la marine militaire. Longtemps encore après le désastre de l'Armada (1588), elle garda le premier rang parmi les marines européennes. Elle comptait en 1610 un effectif de 80 galères dans la Méditerranée et de 24 galions sur l'Océan. Richelieu, en 1626, jugeait la puissance maritime de l'Espagne formidable. En 1630, elle avait 72 galères et 14 galions, et, pendant la guerre de Trente ans, elle mit en mer 50 à 60 vaisseaux à rames, et presque autant de vaisseaux à voiles. Ces navires, jaugeant en moyenne 600 à 1000 tonneaux, portaient 20 à 50 canons et 4 à 500 hommes (officiers, matelots, soldats), non compris la chiourme des galères. Mais la difficulté de trouver les matelots, par suite de la décadence de la

marine marchande, la mortalité énorme des galériens qui formaient la chiourme, rendirent le recrutement de la marine de guerre de plus en plus pénible. Dès 1627, on signale aussi le mauvais état du matériel naval et Tinsuffisance de Tartillerie. Les attaques des marines hollandaise, anglaise et française qui' se formèrent alors et les modifications de la tactique navale achevèrent de perdre la marine espagnole. Ses lourds navires, mauvais marcheurs, où Ton ne savait user des nouveaux éléments de la guerre, le canon, le brûlot, succombèrent dans une série de grandes batailles navales de 1639 à 1646. Toujours braves, marins et soldats espagnols ne savaient plus que bien mourir; ainsi à Galtari, Tépée nue, enveloppés de leurs pavillons comme d*un suaire, ils- attendirent que la flamme, embrasant le pont et gagnant les poudres, les engloutit dans la mer. On a calculé que, de 1621 à 1643, TEspagne avait perdu 280 navires de guerre. Aussi le président du Conseil de Cas tille proposait-il de renoncer à entretenir une flotte. Dès 1648, la marine espagnole avait vécu.

Les finances. — Dès la fin de son règne, Philippe II avouait « qu'il ne savait jamais la veille s'il pourrait subsister le lendemain ». La dette s'élevait en 1598 à 100 millions (4 à 5 milliards). Sous ses successeurs, le déficit est l'état normal du trésor, et les dépenses ne cessent de s'accroître, même en pleine paix. Philippe IV, à lui seul, de 1621 à 1643, dépense 116 millions de doublons d'or (10 à 12 milliards), et, malgré des banqueroutes successives, la dette publique absorbe le tiers des revenus de l'État. Une foule d'impôts nouveaux ont été créés, et les anciens se sont accrus. Aux anciens impôts s'ajoutent, en 1633, les 600000 ducats annuels concédés par Urbain VIII sur les revenus ecclésiastiques, l'impôt des lances levé sur les nobles, et les impositions militaires levées sur les villes, en vue d'assurer la solde des troupes. Ce sont surtout les taxes indirectes qui se multiplient, ruinant le contribuable. L'a/cavala, droit levé sur toutes les marchandises, à chaque vente, à raison de 10 0/0, s'élève, de 1600 à 1660, à 14 0/0 par l'adjonction des 4 cientos. Un autre impôt, celui des milloneSy dont le taux est exorbitant, frappe l'entrée et la circulation

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