LE MOUVEMENT INTELLECTUEL
(comedias de capa y espada)^ les pièces à grand spectacle, etc. La plus grande liberté est laissée aux auteurs, qui entremêlent leurs œuvres les plus sérieuses d'intermèdes plaisants, de danses parlées ou chantées, de saynètes. Le goût du public pour Fart dramatique est si vif que la production du siècle, d'après von Schack, a été de 30 000 pièces. Le fournisseur le plus fécond dû théâtre fut Lope de Vega (1S62-1632), que Cervantes appelait « une merveille de la nature », et dont le talent se distingue par une rare puissance d'invention et une habileté merveillcuî^e dans la construction scénique. Moins fécond, mais supérieur à celui de Lope par la combinaison des incidents, l'élévation du ton, la magie du style, est le théâtre de Calderon (4600-1G81), le plus grand des dramaturges espagnols. A leur école appartiennent des auteurs remarquables : Guillen de Castro (1580- 1630), Montalvan, Tirso de Molina (Gabriel Tellez), Juan Ruiz de Alarcon, et surtout Augustin Morelo. La poésie lyrique et satirique a d'illustres représentants dans Francesco Gomcz de Quevedo (1580-1645), les deux Argcnsola, que l'on compara à * Horace, et Juan de Jauregui, l'Anacréon espagnol. Au-dessus de l'art dramatique, dont l'inspiration manque de variété, et de la poésie, où la pensée est bien inférieure à la forme, se manifeste dans le roman et dans l'histoire la véritable supériorité littéraire de l'Espagne. « Les romanciers espagnols, dit Mérimée, observateurs exacts et souvent profonds » , découvrent avec verve et originalité les vices de la société contemporaine. Au roman chevaleresque et pastoral, qui avait fait les délices du xvi° siècle, succède le grand roman social et philosophique, dont Cervantes (1541-1617), avec le Don Quichotte (1615-1617), a donné le modèle éternel. Alors apparaissent aussi la nouvelle et le roman picaresque^ tels que le Guzman d'Alfaraclie de Mateo Aleman (1599), le Marcon Obi^egon dû à Espinel (1618), les nouvelles de Cervantes; Y Aventurier Ruscon (1626), le chef-d'œuvre du genre, dû à Quevedo; la Vie d'Estévanille Gonzalez (1646), vrai prototype du Gil Blas. En même temps Juan de Mariana (1526-1623) élève à l'histoire de sa patrie un monument impérissable (1601) avec YHistoria deEspafla, chef-d'œuvre de style sans rival, au dire de Ticknor, et qui subsiste encore « en tant
qu'œuvre d art » (Morel Fatio). Argensola, rhistorien des Moluques, Garcilaso de la Vega, celui des Incas, et de grands seigneurs lettrés comme Moncada, Coloma, surtout don Francisco Manuel Melo, dans des récits épisodiques, atteignirent à Téclal ou à la concision de style des historiens latins. Mais cette littérature brillante ne tarda pas à dégénérer sous Tinfluence de la recherche du style. Les pointes, les jeux de mots, les roulades sonores y tinrent lieu de la pensée. En poésie, Alonso de Ledesma (1552-1623), et surtout Luis de Gongora (156M6;2'7), firent triompher Temphase, l'obscurité et le pédantisme, et le. moraliste Gracian amena par son exemple une révolution semblable dans la prose. Cependant, au dehors, en Italie, en Angleterre, surtout en France, la littérature espagnole exerçait une influence profonde sur les romanciers, les auteurs dramatiques et les poètes. Il semblait que TEspagne, au moment même où elle perdait sa suprématie politique, exerçât une sorte de royauté littéraire. Mais cette dernière gloire ne devait pas tarder à lui échapper encore, et la mort intellectuelle allait lui enlever le dernier vestige de sa domination.
BIBLIOGRAPHIE
I. Docaments. — Les documents publiés sont peu nombreux et Tbistoriographie est pauvre. Un certain nombre de documents ont été publiés dans le Semanario erudito de VaUadares de Sotomayor, 34 vol. in-8, Madrid, 1787-91 ; dans la Coleccion de doc. ined. para la hist. de Rspafia, notamment aux tomes ï, IV, V, XVllI, XXXVI, XLII, XLIV, XLVI, LIF, LIV, LV, LXXXIV, XCV, XGVU ; dans le Mémorial historico espailol, publié par FAcad. d'histoire, notamment tomes XIII et XIV; dans ÏEpistolano espanoL 2 vol. in4 ; dans le recueil de Morel Fatio, L'Espagne avx x\i^ et xvii** siécleSy Heilbronn, 1878, in-8. — On doit aussi consulter les Lettres (Carias) de Maria de Agreda à Philippe IV, publiées par F. Silvela, 2 vol., 1885, et la Novissima Recopilacion die las Leyes de Espaila, 6 vol. in-P>, Madrid., 1805-1829. Une multitude de documents restent encore à publier.
Chroniques, mémoires, traites relatifs à Thistoire politique. — Sur le règne de Philippe III : Historia de la vida y hechos del inclito monarcha don Felipe III, par son chroniqueur Gil Gonzalez Davila, in-4, p. en 1771, Madrid. — Yanez, Memonas para la historia de Felipe III. Madrid, 1723 (contenant la biographie due à Porreno, etc.). — Ana de Castro Egas, Etemidad del rey don Felipe IIU 1629, in-8. — Cabrera, Reladones de las cosas sucedidas en la corte (4598-1614), in-4, 1857. — Matias de NoToa, Memorias (sur Philippe ///), publiés par Canovas del Gastillo, 2 vol. in-8, 1875. — Les relations ou apologies de l'expulsion des Morisques dues à Fonseca (1612), Ouadalajara y Javier (1614), Aznar Cardona(1612), Jaime Bleda
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II. Eilvres. !<> Histoires générales. — Modesto Lafuente, Historia gênerai de Espaûa, tomes XV et XVI, 1850-1867, n. éd., 1877. — Rosseeuw Saint-^Hilaire, Histoire d'Espagne, tomes X et XI (sans valeur). -— R. de Silva, Historia de Portugal nos seculos 17 et 48, 3 vol. in-8, 1867. -- Ch. Weisa, V Espagne depuis le régne de Philippe II jusqu'à Vavènement des Bourbons, 2 vol. in-8, Bruxelles, 1845. — Watson, Histoi^ of the reign of Philipp the third, Londres, 2 vol. in-8, 1793. — M. Philippson, Heinrich IV und Philipp III, Berlin, 1870-1876, 3 vol. in-8, le meilleur ouvrage sur celte période. — J. Dunlop, Memoirs of Spain during the reign of Philipp IV, 2 vol. in-8, Edimbourg, 1834 (superficiel).
2<> Travaux lilstorl€|aes éplsocll«iiies. — FI. Janer, Condicionsocial de los Moriscos de Espaûa, in4, 1857, trad. fr. par Magnabal. — A. de Castro, El conde-duque de Olivares, Madrid, 1846. — Oermond de Lavigne, La sœur Marie d'Agreda et Philippe IV, Paris, 1856, in-18. —
Vertot, Histoire de la conjuration du Portugal, i689. — Estebanez Calderon, De la conquista y perdida de Portugal ^ 2 vol., 1885.
3^ Eilvrea pclatUli à. I^teitolre Ues Instltntlon». — L. de Ranke,
Die Osmanen und die Spanische Monarchie, Berlin, 1857, trad. franc, par Haiber. — Danvila, El poder civil en Espaiia, Madrid, 1886, in-8, 6 vol. — Sempère, Grandeur et décadence de la Monarchie Espagnole, Paris, 1826. ~ Picatoste, Eludios sobre la grandeza y decadencia de Espaûa, Madrid, 1887. — Sempère, Histoire des Coi'tés d'Espagne, Bordeaux, 1815 (œuvre insufflsante). — Gallardo Femandez, Origen progresos y estado de las renias de la corona de Espaûa, Madrid, 1805. — Canga Arguelles, DiccionaHo de hacienda, 2 vol. in-4, Madrid, 1833. — De Clonard, Historia organica de las at^nas deinfanteria y caballcria espanolas, 1851, 7 vol. — Histona de la marina real espanola, Madrid, 1854-56, 2 vol. in-4. — Sempère, Historia de las renias ecclesinsticas des Esimûa, in-8, 1822. — Gams, Kirchengeschichte Spaniens, Ralisbonne, 1862-79, 3 vol. in-8. — Vie. de la VvLente, Historia ecclesiastica de Espaûa, Madrid, 1873-75, 6 vol. in-8. — Llorente, Histoire de f Inquisition d'Espagne, Irad. Pellier,4vol. in-.8, 1818. — Menendez Pelayo, Historia de los Heterodoxos espaûoles, 3 vol. in-8, 1880. — Sempère, Historia de los vinculos y muyorazgos, 1805, in-8. — Sempère, Historia del litjo, 1788. — A. de Castro, Costumbres de los Espaûoles en el siglo XVU, 1881. — Uztariz, Teoria y pratica del comercio, 1724, in-4, trad. fr., 1753. — Ulloa, Rétablissement du commerce et des manufactures d'Espagne, trad. fr., 1753, etc. — Ecrits de Jovellanos et de Campomanes.
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