‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 72 sur 125 · Voir ci-dessous, chap. xx (Empw*c oUoman · texte numérisé non relu

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'2. Ainsi elle n'avait pas permis dans ses Élals la publication de la fameuse bulle In ccena Domini, et, sans se soucier des protestations de la papauté, elle avait de suite reconnu pour roi de France Henri IV encore excommuniée

arrêter deux prêtres accusés de délits de droit commun; le pape exigeait qu*ils lui fussent livrés. De plus, la République avait édicté une loi qui interdisait aux communautés religieuses l'acquisition de biens territoriaux et leur enjoignait de vendre ceux qui leur étaient laissés par testament. Paul Y, conseillé par le cardinal Bellarmin, insistait pour que cette loi fût abrogée, mais le gouvernement de Venise, qui avait choisi pour consulteur le frère Paolo Sarpi, n'acquiesçait pas aux réclamations du pape , et au cours des longues négociations les deux parties s'aigrissaient. Enfin Paul Y lança l'interdit contre Yenise (1606). La République enjoignit aux prêtres, sous peine d'expulsion, de continuer l'exercice du culte; presque tous obéirent; seuls les Jésuites, les Théatins et les Capucins s'y refusèrent et furent chassés. Henri lY, reconnaissant à Yenise pour la part qu'elle avait eue dans sa réconciliation avec Rome, comprenant que ce conflit n'allait profiter qu'à l'Espagne, s'entremit et le cardinal de Joyeuse réussit à amener les deux adversaires à un accommodement (1607), qui, en donnant au pape quelques apparentes satisfactions, consacrait cependant les droits de la République.

Conjuration de Bedmar. — Tandis que Charles-Emmanuel P' menait contre l'Espagne la guerre de l'indépendance, Yenise se trouva engagée dans une lutte avec la maison d'Autriche, qui s'était mise à protéger les pirates Uscoques dont l'Adriatique était infestée. Peu de temps après elle courut un péril bien plus grave par la conjuration que fomenta l'ambassadeur d'Espagne à Venise, Alphonse de la Cueva, marquis de Bedmar (1618). Une insurrection devait éclater dans la ville à une date déterminée, pendant que le gouverneur de Milan accourrait du côté de la terre ferme et que le vice-roi de Naples pénétrerait avec sa flotte dans les lagunes. Le complot fut dénoncé : la Seigneurie procéda comme toujours avec promptitude et mystère ; la plupart des coupables furent arrêtés et exécutés; quant à Bedmar, elle exigea seulement qu'il fût rappelé.

La conspiration eut cette seule conséquence que maintes restrictions furent apportées à la liberté publique; tout rapport des citoyens avec les ambassadeurs étrangers devint l'objet d'une

rigoureuse surveillance. Le jeune patricien Antoine Foscarini fut victime de cette répression; pour ne pas livrer le nom de la dame qu'il aimait, il se laissa condamner et fut exécuté dans sa prison (1622). L'année suivante, un décret, lu sur toutes les places, reconnut son innocence. Alors fut restreinte en partie l'excessive autorité que s'arrogeait le Conseil des Dix.

Guerres en terre ferme et en Orient. — Venise s'associa ensuite, avec la Savoie et la France, dans l'affaire de la Valteline, pour empêcher que cette contrée ne tombât au pouvoir de l'Espagne : guerre terminée en 1626 par le traité de Monzon. Mais en général la République refusait de s'immiscer directement dans les luttes continentales; elle se contentait d'intervenir dans la politique italienne par ses conseils, ses remontrances, ses instigations secrètes. Son attention était tournée surtout vers l'Orient, où ses dernières possessions étaient attaquées par les Turcs. Ceux-ci, en 1645, prenaient pied dans l'île de Crète, et ainsi commençait cette longue guerre où Venise devait être vaincue à la fin, bien que, là encore, elle eût montré que l'antique valeur n'était pas éteinte au cœur de ses enfants. C'est durant cette lutte que la République, pour se procurer de l'argent, vendit à beaucoup de familles leur inscription sur le Livre d'or de la noblesse vénitienne.

La république de Gdnes. — La république de Gènes était bien plus déchue que celle de Venise. En 1566, elle perdit sa dernière possession dans le Levant, l'île de Chio. Elle avait grand'peine à maintenir son autorité en Corse. Les insulaires, poussés à bout par les vexations de la Banque de Saint-Georges, qui les administrait, se soulevèrent à la voix de Sampiero de Bastelica, preux soldat, qui, plutôt que de voir restaurée la domination génoise, offrit la souveraineté du pays à Cosme P*" de Médicis. Celui-ci n'osa point accepter, parce que Philippe II s'était prononcé en faveur de Gênes. Sampiero, tombé dans une embuscade, fut mis à mort (1567). Son fils Alphonse, qui avait pris le nom maternel d'Ornano, finit par entrer en accord avec la République et passa en France.

A l'intérieur. Gènes était restée longtemps calme sous la haute direction d'André Doria, qui maintenait l'amitié avec

TEspagne. La conjaration ourdie par la famiUe rirale des Fiesque et le parti sympathique à la France arait échoué; son chef, Jean Louis Fiesque, s*était noyé dans la mer au cours de la lutte et André Doria avait gardé toute sa puissance (1547).

A sa mort (1560), les dissensions intestines recommencèrent. L*Espagne et la France intervenant chacune de leur côté pour appuyer les deux partis contraires, il semblait qu'une guerre générale dût s*en suivre. La flotte espagnole s'était massée à La Spezia sous le commandement de don Juan d'Autriche, prête à toute éventualité. Enfin, en 1516, la médiation du pape amena une entente ; on élabora une nouvelle constitution, qui sauvegardait également les intérêts des deux partis.

Au temps de Charles-Emmanuel I**, les Génois se virent souvent menacés par les projets ambitieux de ce prince, particulièrement lorsqu'il se fut détaché de l'alliance espagnole, à laquelle au contraire la République demeurait constamment Gdèle. En 1625, les troupes franco-piémontaises arrivèrent jusqu'en vue de la ville ; mais bientôt €rênes put, grâce à l'assistance de l'Espagne, recouvrer ce qu'elle avait perdu.

Peu après fut découverte une conjuration tramée par un certain Yacchero, et dans laquelle le duc avait la main; Yacchero fut exécuté (1628), et l'on établit pour la sécurité intérieure un tribunal de sept inquisiteurs d'État. Pour se protéger des attaques extérieures, Gênes s'entoura d'une enceinte de remparts qui enveloppait la ville sur un circuit de huit milles.

Le ducbé de Mantoue et Montferrat. — La maison des Gonzague avait obtenu le titre ducal au congrès de Bologne, en 1530, et quelques années après, à l'extinction de la dynastie des Paléologue à Casai, elle avait, par concession impériale, réuni le Montferrat à ses antiques possessions du Mantouan.

Dans la période qui nous ocsupe, les destinées de ce duché sont étroitement liées à celles de la maison de Savoie, qui éleva maintes fois ses prétentions sur le Montferrat. Pendant la guerre de la succession de Mantoue et Montferrat, les troupes impériales s'emparèrent, après un siège vivement mené, de la ville de Mantoue (18 juillet 1630) : elles y commirent les pires excès. Lorsque le duc Charles de Nevers, qui avait dû se réfu-

gier dans le Ferrarais, put à la faveur de la paix rentrer dans sa capitale, il la trouva presque ruinée. — Les Gonzague de la branche de Ne vers recherchèrent en général Tamitié de la France et tolérèrent longtemps qu*une garnison française résidât à Casai. Us prirent part à la ligue de Rivoli (1635).

Le duché de Parme et Plaisance. — Ce duché avait été créé en 1545 par le pape Paul III au bénéfice de son fils, Pier-Luigi Famèse. Celui-ci étant mort assassiné en 1547, les Espagnols avaient profité de Toccasion pour occuper Plaisance; mais le fils de Pier-Luigi, Octave, qui avait réussi à conserver Parme, sut bientôt, par ses intrigues et ses services, décider Philippe II i lui restituer Plaisance.

Octave avait épousé Marguerite, fille naturelle de Charles- Quint et veuve du duc Alexandre de Médicis; elle gouverna huit ans les Pays-Bas (1559-1567). Ce gouvernement fut plus tard tenu aussi par son fils Alexandre Farnèse, vaillant géqér^) et fin politique, qui, à la mort de son père (1586), lui succéda dans son duché italien, bien qu*il continuât à séjourner dans les Flandres. Avec lui finit la brillante période des Farnèse.

Richelieu sut englober le duc de Parme dans la ligue de Rivoli (1635). Pendant que se déroulait contre TEspagne la guerre qui en résulta, le pape Urbain YIII, un Barberini, tenta de soustraire aux Farnèse le petit territoire de Castro, mais il échoua. Son successeur Innocent X, irrité de l'assassinat de révoque qu'il avait nommé à Castro, rouvrit les hostilités, s*empara de cette ville et la fit détruire (1649).

Le duché de Ferrare^ Modène et Reggio. — De 1558 à 1597 ce duché fut sous l'autorité d'Alphonse II, fils d'Hercule Il et de Renée de France. La cour de Ferrare continua à se signaler par magnificence, splendeur, et faste, dont le plus clair résultat était pour ses malheureux sujets une continuelle augmentation des impôts. La ville commençait à apparaître dépeuplée, et telle la trouva Montaigne dans son voyage en Italie. D'autre part, il n'est pas jusqu'à la renommée de protecteur des lettres, tant recherchée par Alphonse II, qui ne soit un peu entamée par sa conduite envers le Tasse.

Alphonse II mourut sans laisser d'héritier, et avec lui s'étei-

gnit la branche légitime des Este. Il avait désigné pour lui succéder un sien cousin de la main gauche, César.. La papauté refusa de lui accorder l'investiture de Ferrare, flef pontifical ; elle Texcommunia et envoya des troupes contre lui. Prince de caractère faible, dépourvu de tous moyens, voyant son trésor épuisé, ne pouvant guère compter non plus sur la fidélité de ses sujets, il céda Ferrare (1598) et se retira à Modène en prenant le titre de duc de Modène. Ce domaine et celui de Reggio étaient considérés comme fiefs impériaux, et TEmpereur ne les lui avait pas contestés.

Dès lors, la maison d*Este perd toute importance. Son histoire n'a plus qu'une valeur strictement locale. Durant la guerre de Castro, elle s'allia au duc de Parme contre le pape; ses troupes étaient commandées par le célèbre général modénais Raymond Montecuccoli, qui, bien que soldat de l'Empereur, obtint l'autorisation de guerroyer en cette occurrence pour son souverain naturel. Malgré quelques avantages remportés, les Este ne réussirent pas à reprendre Ferrare.

Le grand-duché de Toscane. — La famille des Médicis, rentrée à Florence à la suite du fameux siège de 1530, y assit définitivement sa domination avec Cosme P' (1537-1574), fils de Jean des Bandes Noires. Il eut raison de l'opposition républicaine et étendit encore son domaine en supprimant la république de Sienne. Intelligent et avisé, il se préoccupa d'organiser une milice nationale et fonda l'ordre des chevaliers de Saint-Etienne, voués à combattre les pirates qui infestaient la Méditerranée. Il s'attacha aussi à améliorer la situation matérielle de ses sujets, et l'on peut dire qu'il fut bon administrateur. Par contre, les scandales de sa vie privée valurent à sa cour une renommée déplorable. Lorsqu'en 1562 deux de ses fils et sa femme moururent à peu de jours de distance, il fut en butte à des rumeurs accusatrices, qui ne sont nullement fondées. Pour empêcher que la Réforme pénétrât en Toscane, il entretenait des espions partout, et pour complaire au pape Pie V, il lui livra Pierre Carnesecchi, que le souverain pontife fit exécuter (1567). Cosme fut le premier des princes chrétiens qui adopta les canons du concile de Trente, et son influence à

la cour de Rome s*en accrut à tel point qu*en 1569 il obtint de Pie V le titre de grand-duc. L'Empereur protesta contre cet acte, qui outrepassait les pouvoirs de la papauté, et les ducs de Savoie, de Ferrare et de Mantoue se plaignirent de la prééminence que la Toscane prétendait s'arroger sur eux. Ce fut seulement en 1576 que TEmpire confirma le titre, et que les autres puissances reconnurent à leur tour le grand-duché.

A Cosme I" succéda, en 1574, son fils François, qui depuis dix ans gouvernait déjà au nom de son père. Sous son règne les scandales de la cour n'eurent plus de bornes : son frère Pierre tua sa femme Eléonore de Tolède ; sa sœur Isabelle fut étranglée par son mari Paul-Jourdain Orsini. Bianca Cappello, fille d'un patricien de Venise, s'était enfuie, avec un jeune employé de commerce, à Florence. Elle y devint la maîtresse de François, et, après la mort de la grande-duchesse Jeanne d'Autriche, se fit solennellement épouser par lui (1579).

Grâce à la nonchalance du gouvernement, la Toscane tombait rapidement en décadence ; la famine, la peste, les bandits, désolaient le pays. La seule œuvre importante de cette période fut la fondation de Livourne, qui devait être plus tard agrandie et embellie par le cardinal Ferdinand P', successeur (en 1587) de son frère François. Celui-ci n'avait laissé que deux filles, dont l'une, Marie, épousa plus tard Henri lY.

Tandis que François avait été l'homme lige de l'Espagne, Ferdinand P' s'unit avec la France ; il joua un certain rôle dans la conversion de Henri IV au catholicisme. . Son fils et successeur, Cosme H (1609-1621), mauvais administrateur, se tourna de préférence vers l'Espagne. Cette politique fut aussi celle de Ferdinand H (1621-1670), sauf qu'il prit part à la guerre de Castro comme allié des Farnèse. Cosme H et Ferdinand H, bien qu'ils aient accordé une certaine protection aux sciences, laissèrent déchoir rapidement une des régions les plus belles et les plus riches de l'Italie.

En Toscane subsistait encore la république de Lucques, sous un gouvernement aristocratique; une centaine de familles, au plus, y tenaient dans leurs mains le pouvoir; contre les Médicis, elles s'appuyaient sur Gènes et sur l'Espagne.

Lies états de TÉglise. — Infiniment triste était la situation des États pontificaux. Les puissantes familles des Orsini, des Sciarra, des Golonna, des Savelli, des Conti, se comportaient sur leurs terres en petits souverains plutôt qu'en sujets. L#es campagnes étaient infestées de brigands et de factieux, à la tète desquels on voyait souvent des membres de familles nobles. Malgré Ténormité des impôts, le trésor était presque toujours vide; on hypothéquait les impôts des années à venir et l'on vendait les charges publiques.

De tels désordres les papes Pie IV et Pie V ne s'étaient guère préoccupés : ils n'avaient souci que de la restauration catholique. Grégoire XIII était trop faible pour réaliser d'efficaces réformes. Le pape qui apporta dans cette œuvre une énergie et une activité vraiment extraordinaires fut Sixte-Quint (Félix Perelti), élevé au pontificat en 1585. Parvenu peu à peu de la plus humble origine aux honneurs suprêmes, il déploya une sévérité inexorable. Il en donna une preuve dès la première semaine de son pontificat, non-seulement en ne faisant pas ouvrir les prisons, comme le voulait la coutume, mais envoyant à la mort quatre jeunes gens simplement coupables de port d'arquebuse. Sous son gouvernement les potences furent en permanence. Par ce système de terreur il rétablit la tranquillité et dispersa les malandrins.

Il entreprit de magnifiques travaux publics, éleva l'obélisque qui décore la place de Saint-Pierre et fit achever la coupole de la basilique; il amena dans Rome l'eau dite Feliee (dans l'antiquité Aqua Marcia), construisit la cité de Lorette, etc. II réorganisa entièrement l'administration civile et religieuse par la création de quatorze congrégations de cardinaux avec des attributions bien définies. Rome sut peu de gré à ce pontife qui l'avait purgée des sicaires et embellie de nombreux monuments; à peine fut répandue la nouvelle de sa mort que le peuple et les grands coururent en tumulte à Carapidoglio pour y abattre sa statue. A cette occasion il fut résolu qu'à l'avenir on ne pourrait élever de statue aux pontifes vivants.

Après Sixte-Quint trois papes se succédèrent dans l'espace de deux années. Puis fut élu au pontificat Clément VIII (AIdo-

brandini), qui agrandit ses Etats par la conquête de Ferrare (1598). Son nom se rattache aussi à deux tristes faits : la fin tragique de toute la famille Cenci et le supplice du grand philosophe Gîordano Bruno de Nola (1600).

Paul V (1605-1621) était un Borghèse; à ses neveux il prodigua les honneurs et les richesses, leur donnant des fiefs, des palais et des yilles, système continué par Grégoire XV en faveur des Ludovisi et par Urbain VIII au profit des Barberinî. Ainsi se formait une nouvelle noblesse, non plus féodale, mais d^ antichambre.

Urbain VIII étendit les domaines de TÉglise, en 1631, par l'annexion du duché d'Urbin, où s'était éteinte la famille des ducs de La Rovère. Il tenta de faire de même pour le duché de Castro, qui fut conquis seulement par son successeur Innocent X. Il mérita les flétrissures de Thistoire pour avoir permis que rinquisition romaine fit son procès à Galilée.

Les territoires pontificaux, en 1648, reproduisaient plus fidèlement que toute autre région de lltalie indépendante le misérable état des domaines espagnols voisins. Pendant qu'à Rome la cour se ruinait en magnificences et en pompes, la province manquait d'industrie et de commerce, l'agriculture était délaissée; les brigands et les factieux avaient reparu, et jusque dans Rome les cardinaux, les ambassadeurs et les principales familles entretenaient des bandes à leur solde.

Les domaines espagnols. — L'Espagne possédait la Sardaigne, la Sicile, Naples, la Lombardie, et les Présides.

La Sardaigne était passée sous la domination espagnole dès le commencement du xiv^ siècle, quand la maison d'Aragon eut réussi à arracher cette ile à la suzeraineté de Pise. Elle était gouvernée par un vice-roi espagnol, qui demeurait en charge trois ans et était assisté d'une Audience Royale, espèce de tribunal suprême. Le Parlement, sorte d'Etats généraux, continuait à fonctionner avec ses trois ordres : noblesse, clergé, représentations des cités domaniales. Il n'était ordinairement convoqué que tous les dix ans. La Sardaigne jouissait toutefois du privilège d'une milice nationale, qui avait été créée pour protéger l'île contre les Turcs et leurs corsaires.

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La Sicile, détachée de Naples par les fameuses Vêpres^ avait constitué un royaume à partjusqu a Tan 1409, époque à laquelle s'était éteinte la branche des Aragon qui y régnait; elle était tombée alors sous la dépendance directe de TEspagne. Placée sous l'autorité d'un vice-roi espagnol aux pouvoirs triennaux, elle avait, elle aussi, conservé son Parlement, formé des trois mêmes ordres; cette assemblée était habituellement appelée à se réunir tous les trois ans. Dans l'intervalle de deux sessions, il y avait une délégation de douze personnes élues pour contrôler la conduite du vice-roi et l'administration. Ce n'était là que l'illusion d'une constitution libérale, car les vice-rois surent toujours s'arranger de telle manière que la délégation fût composée de personnes à leur dévotion, et que le Parlement votât d'abord les impôts et n'exposât qu'ensuite ses doléances, dont alors ils ne prenaient nul souci. Le gouvernement de Madrid introduisit en Sicile l'Inquisition, qui ne tarda pas à y opérer en grand.

Naples avait été conquise en 1503. Le vice-roi qu'y envoyait l'Espagne restait en charge un temps illimité. Il était assisté d'un Conseil collatéral, composé de deux Espagnols et d*un Napolitain. L'élément espagnol avait fini par prévaloir dans tous les emplois. Le Parlement, composé des trois Etats, était convoqué quand il plaisait au vice-roi.

La Lombardie, avec Milan, était échue à l'Espagne après la mort de François II Sforza (1535). Tous les pouvoirs civils et militaires étaient réunis dans les mains d'un gouverneur envoyé d'Espagne et investi de sa charge pour une durée indéterminée. Il avait auprès de lui un Sénat, qui datait de la domination française au temps de Louis XII, et qui, outre les attributions d'un tribunal suprême, exerçait une minime ingérence dans le gouvernement. Parfois aussi les archevêques de Milan se prévalurent de leur grande influence pour s'immiscer dans les choses d'administration, notamment sous saint Charles Borromée (mort en 1584). Les municipes ne conservaient guère d'autre rôle que de chercher à contenter le fisc. - Un proverbe courait en Italie : « En Sicile les Espagnols gri- // gnotent, ils mangent à Naples, en Lombardie ils dévorent. »

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Les Présides comprenaient Orbetello, Telamone, et quelques autres points fortifiés sur la côte de Toscane, ainsi que Porto Longone dans Tîle d'Elbe, territoires cédés à l'Espagne en compensation de l'assistance prêtée par Charles-Quint à Cosme P' pour la réduction de la république de Sienne (1555). Dans ces possessions tout était subordonné au commandant militaire de chaque place. Ces officiers relevaient du vice-roi de Naples.

Caractères de la domination espagnole. — Jamais aucun pouvoir n'eut moins de souci de ses sujets que le gouvernement espagnol. Il est difficile d'imaginer une pire administration de la justice. Manzoni {les Fiancés) a retracé en des termes saisissants la situation de la Lombardie durant la première moitié du xvu" siècle : « La force de la loi ne protégeait en aucune manière l'homme tranquille, inoCfensif, et exempt de toute idée de nuire à son prochain. Non pas que fissent défaut les lois ni les pénalités pour prévenir ou châtier des violences privées. Les lois, au contraire, étaient de plus en plus précises; les délits étaient prévus et particularisés avec une minutieuse prolixité, les peines invraisemblablement excessives, et, comme si elles n'eussent pas suffi, on pouvait les aggraver, dans presque tous les cas, selon l'appréciation du magistrat et de cent exécuteurs; la procédure était combinée dans l'unique dessein d'éviter au juge tout ce qui eût pu lui être un empêchement à condamner. Avec tout cela, les fois ne servaient à autre chose qu'à attester plus amplement l'impuissance des législateurs, ou, si elles produisaient quelque efTet immédiat, il consistait principalement à faire ajouter maintes . vexations à celles que les gens paisibles et les faibles subissaient de la part des perturbateurs, et à accroître l'audace et l'astuce de ceux-ci. L'impunité était organisée et avait des racines que les lois n'atteignaient pas et ne pouvaient ébranler. Tels étaient les asiles, tels les privilèges de quelques classes.... Quiconque, avant de commettre un délit, avait pris ses mesures pour se réfugier en temps opportun dans un couvent, dans un palais, où les sbires n'auraient jamais osé mettre les pieds, quiconque, sans autres précautions, portait une livrée qui engageât à le défendre la vanité et l'intérêt d'une famille puissante

OU de toute une coterie, à coup sûr était libre dans ses mauvais desseins et pouvait se rire de tout ce bruit de lois. Parmi ceux mêmes qui étaient chargés de les faire obéir, plusieurs relevaient par leur naissance du parti privilégié, d'autres en dépendaient par clientèle ; les uns et les autres, par éducation, par intérêt, par habitude, par imitation, en avaient embrassé les principes, et se seraient bien gardés de leur porter atteinte pour Tamour d*un bout de papier afflché aux angles des rues. Puis les hommes chargés de Texécution immédiate (qui étaient généralement des plus abjects et scélérats individus de leur temps) vendaient leur inaction ou leur connivence aux puissants, et se réservaient d exercer leur puissance (car enOn ils en avaient) dans les occasions où il n y avait pas de péril : à savoir, quand il s'agissait d opprimer et de molester des gens paisibles et sans défense. »

Le système financier n était pas moins oppressif. Les charges devenaient de jour en jour plus intolérables, et elles étaient imposées avec une àpreté, avec une inconscience de ce qu'elles avaient de démesuré, à peine compréhensibles. Dans le Napolitain, par exemple, en 1558, les impôts s'élevaient à 1 770 000 ducats; en 1574, ils atteignaient 2 335000, et en 1620, ils étaient arrivés a 5 millions de ducats. Or, bien peu de cet aident était employé au profit de ceux qui le payaient; il allait presque tout entier enrichir les vice-rois imposés à lltalie, alimenter le faste de la cour d'Espagne et les énormes dépenses de ses guerres. L'Espagne n'avait cure du bien-être matériel de ses sujets, elle ne songeait point i entretenir les sources naturelles de leurs richesses, encore moins à leur en créer de nouvelles : elle ne s'efforçait qu'à exprimer l'or de cette terre, comme si dans ses flancs elle eût dû découvrir une seconde Amérique. Les populations italiennes étaient donc préparées à applaudir tout changement, quel qu'il fût. C'est ce qui explique les fréquentes émeutes.

Parmi les diverses possessions de l'Espagne en Italie, la Lombardie était celle qui se trouvait dans les conditions matérielles les moins misérables, car les gouvernements des Visconli et des Sforza, qui avaient précédé la domination étran-

gère, s*étaient préoccupés du développement économique; aussi n*y eut-il pas là de soulèvements notables. Au contraire Naples et la Sicile, pays qui depuis un temps infini n avaient subi que des gouvernements de rapine, étaient réduites à une extrême misère; l'industrie et le commerce étaient nuls, beaucoup de champs restaient incultes, et la population diminuait de jour en jouri les révoltes y furent plus fréquentes.

Une simple conjuration, qui n*eut pas de suites, fut, en Calabre, rêvée plutôt qu'ourdie (vers 1600) par le frère Thomas Campanella, penseur puissant mais déréglé. Dénoncé, il fut enfermé pendant vingt-sept ans dans les prisons de Naples, passa ensuite dans celles du Saint-Office i Rome, puis s'enfuit en France, où il mourut en 1639.

Insurrections de 1647. — A Palerme, en mai 1647, la plèbe affamée se révolta au cri de : ^4 bas les gabelles! Commandée par deux des siens, Nino de la Pelosa et un certain Biagio, jardinier, elle brûla les postes de l'octroi, et le viceroi, marquis de Los Vêles, fut obligé de lever les gabelles. A peine le mouvement calmé, le marquis pensa a châtier les chefs des factieux; Nino de la Pelosa, Biagio et d'autres furent mis à mort. Ces rigueurs réveillèrent l'agitation, qui devint de plus en plus menaçante au cours des mois suivants, à mesure qu'arrivaient les nouvelles des émeutes de Naples. Les corps de métiers s'unirent i la plèbe, et un batteur d'or, Joseph d'Alessio, se mit à la tête des insurgés, qui assaillirent le palais du vice-roi en criant : € Vive le roi et meure le mauvais gouvernement 1 » (15 août.) Le vice-roi dut quitter la ville, et d'Alessio fut nommé par la foule capitaine-général. Il voulut mettre un frein aux excès de la populace et naturellement se l'aliéna; les nobles, dévoués à l'Espagne, firent répandre le bruit qu'il voulait devenir maître de l'ile pour la céder à la France; un jour de nouvelle eff'ervescence il fut tué. . Alors il ne fut pas difficile à l'Espagne, secondée par la noblesse 1 et le clergé, de rétablir son autorité.

Plus graves furent les événements de Naples. Là, le vice-roi était le duc d'Arcos, homme dur et implacable, qui n'avait été nommé à ce poste que pour y extorquer le plus d'argent pos-

sible à destination de ce gouvernement de Madrid, toujours à court de ressources. En 1647, il ajouta aux autres chaînes une taxe sur les fruits frais, principale nourriture de la plèbe napolitaine. Aussitôt une vive agitation se déclara. Le 7 juillet, un dimanche, la rébellion éclata contre les agents du fisc, au cri de : « Vive le roi, et meure le mauvais gouvernement ! » On détruisit les baraques de Toctroi, on lança des pierres contre la troupe, on alla assiéger le vice-roi dans son palais. Le duc d'Arcos n'eut que le temps de s'enfuir et s'enferma dans la forteresse de Castel-Nuovo. Le peuple ouvrit les prisons et acclama comme capitaine-général un jeune pêcheur, Thomas Aniello, communément appelé Masaniello. Le vice-roi dut consentir à traiter avec lui, le reconnaître en qualité de capitainegénéral, et approuver toutes les concessions octroyées par lui a la population. Mais peu de jours après, Masaniello, soit par suite de l'extraordinaire tension de son esprit, soit par Teflet d'une maladie naturelle, soit, comme le bruit en courut, par l'action d'un poison, se mit à ordonner des étrangetés inexplicables et même des cruautés. Il perdit les sympathies de la multitude; le 16 juillet, il fut tué, probablement par ordre du vice-roi.

Le lendemain le peuple, se plaignant de la cherté du pain, se souleva de nouveau, alla exhumer Masaniello et l'honora de splendides funérailles. Puis l'insurrection gagna la province, pendant qu'à Naples commençait à se formuler l'intention de ne pas se contenter de simples réformes, mais de chasser les Espagnols. En octobre vint mouiller en rade la flotte espagnole, commandée par don Juan d'Autriche, fils naturel du roi Philippe IV; les équipages luttèrent pendant deux jours dans les rues mêmes de la cité; ils durent battre en retraite et se réfugier sur les vaisseaux ou dans les forts. Le peuple proclama la république et nomma capitaine-général Gennaro Annese, fabricant d'arquebuses. Puis, comprenant la nécessité d'obtenir l'appui de quelque grande puissance, et comme les barons, opposés au gouvernement populaire, restaient sous les armes, les Napolitains appelèrent Henri de Lorraine, duc de Guise, qui à ce moment se trouvait à Rome. Ils espéraient par son

entremise obtenir les secours de la France. Ce prince vint à Naples en novembre de la môme année 1647, et y obtint une situation analogue à celle du prince d'Orange en Hollande.

Une partie de la province n'approuvait pas les décisions prises par le peuple de Naples et dans Naples même des dis* cordes ne tardèrent pas à naître, fomentées par les partisans de l'Espagne et par les troupes espagnoles, qui occupaient encore Castel-Nuovo. Bientôt Gennaro Annese travailla lui-même au rétablissement de la domination castillane. Le 6 avril 1648, comme le duc de Guise était sorti avec ses troupes pour marcher sur Nisida que détenaient les Espagnols, les garnisons espagnoles vinrent occuper, presque sans coup férir, la capitale. Guise, abandonné des siens, tenta vainement de fuir sur Rome; il fut fait prisonnier et envoyé en Espagne, où on le garda jusqu'en 1652. Un grand procès fut entrepris contre les rebelles ; même Gennaro Ânnese fut envoyé à la potence. Ainsi se terminait cette révolution, qui, comme celle de Palermo, n'avait été déterminée par aucune conception politique, mais seulement par la faim. L'ambassadeur de Venise, en exposant à la Seigneurie les dernières convulsions de la révolte, écrivait : < Ce peuple, quand il a du pain et qu'il est certain de ne rien payer sur les choses qui se boivent, se range tout bonnement au devoir. » Et c'est pourquoi les insurrections italiennes du xvu° siècle eurent un résultat si différent de celui du soulèvement des Flandres.

BIBLIOGRAPHIE

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