LA MOSCOVIE. — IVAN LE TERRIBLE LE TEMPS DES TROUBLES
/. — Organisation de l'État moscovite.
Le pouvoir du souverain. — Quelle était la nature du pouvoir exercé par le grand-prince de Moscou, avant ou après son élévation au tsaral*? Par les origines slaves, c'était un pouvoir patriarcal, celui du père de la nation; par les origines varègues, le pouvoir du chef de guerre; par les origines byzantines, le pouvoir impérial de Rome et de Constantinople, faisant du prince la loi vivante, Toint de Dieu, le chef de la religion nationale ; par les origines tatares, le brutal absolutisme des Khans. Toutes ces origines se réunissaient pour faire de celte autorité un pouvoir absolu et sans contrôle. Le titre de tsar, avec répithète d'autocrate {samoderjets)^ résume tout cela.
Les sujets du souverain moscovite, même les plus hauts, se disent ses esclaves {rabi, kholopi)^ comme à Byzance (5oG).oi), comme à Ispahan ou à Stamboul [kouli). Les humbles pétitions
^. Voir ci-dessus, t. IV, p. 647 etsuiv.
qu'ils lui adressent sont des tchélobitia (battements de fronts prosternations). Le souverain est le maître de leur vie, « de leur dos », de leurs biens. Il a la même autorité sur les choses religieuses que sur le temporel : n'est-il pas le souverain orthodoxe par excellence, l'héritier de T/sapos^o/os deByzance, même du summus poniifex païen de Rome ; rex sacrorum^ dira d'Ivan le Terrible le jésuite Possevino. Il n'a pas à compter, comme les rois de l'Occident, avec l'antagonisme d'une papauté souveraine : qu'est-ce devant lui qu'un évêque, un archevêque, ou même le métropolite de Moscou? Moins que le grand-moufti en face du sultan osmanli. Son couronnement est accompagné d'une onction, qui rend sacrée sa personne, et sacrilège, damné pour l'éternité, quiconque y attenterait. Il ne se marie pas comme les simples mortels : à partir de Sophie Paléologue il s'est autorisé de précédents byzantins, de précédents plus éclatants encore, consacrés par la Bible : comme Assuérus, il a le droit de rassembler les plus belles filles de son empire, d'instituer entre elles un concours de beauté et de faire son choix. Vassili IV, pour son premier mariage, a pu choisir entre 1500 concurrentes; Ivan le Terrible, entre 2000.
Le système de gouvernement. — Autrefois le souverain partageait le pouvoir avec les autres chefs du pays, les prélats, les princes, les boïars. Ce pouvoir est maintenant à lui seul. Être issu du sang de Rourik ou de Gédimine, descendre de familles qui ont régné sur les provinces russes, cela n'est plus un titre à l'influence dans l'Etat; on n'y compte que par le degré d'intimité que le service de cour assure auprès du maître. Le litre de « boïar du conseil » prime celui de prince, même de prince du sang : l'ambition des anciens princes souverains est de devenir des princes-boïars. Les blijnié lioudi, (les approchés, les entours du tsar) l'emportent sur tous autres. Ivan III a commencé la fortune des diaks, simples secrétaires, assis jusqu'alors aux pieds des boïars. Vassili IV gouvernait déjà l'Etat, « du pied de son lit, enfermé lui troisième dans sa chambre ». Toute l'influence appartient, quand le prince est enfant, aux parents du côté maternel; quand il est marié, aux parents de l'épouse (jamais aux parents du côté paternel : ce sont des
rivaux, des suspects). Le tsar gouverne TËtat comme son patrimoine, c'est-à-dire avec ses serviteurs les plus approchés, avec ses proches qui ne sont que les premiers de ses esclaves.
La Douma et le Zemskii Sobor. — Le conseil de gouvernement, c'était la boîarskaîa Douma (conseil des boïars). Sous les deux Ivan, il ne comprenait que 21 membres; sous Feodor Ivanovitch, 30. Dans ce nombre on trouve quatre catégories de personnes : des boïars-princes, portant encore les noms des pays sur lesquels avaient régné leurs ancêtres, comme les Pronski, Ghouïski, Bielski, Vorotinski, Mstislavski, Galitsyne, Obolenski, etc. ; — de simples boïars, comme les Bomanof, les Vorontsof, les lourief , les Boutourline ; — des okolnilchié, gens des entours', — et enfin de simples gentilshommes. Les membres des deux dernières catégories pouvaient obtenir par leurs services le rang de boïars : d'autant plus que le souverain devait avoir en ces gens de petite noblesse plus de confiance que dans les grandes familles. Sous Ivan IV, la formule adoptée pour la publication d'une loi était : « Le tsar, avec tous ses boïars (de la Douma), a décidé... »
En outre, il y eut, à partir divan IV et pendant tout le xvii* siècle, des convocations d'Etats généraux i}^ zemskii Sobor). Le Terrible les réunit par deux fois : en 1550 et 1566. Ceux de 1566 comprenaient 312 députés. Parmi eux on distingue des groupes sociaux, analogues à nos ordres français : 32 évêques abbés ou moines; 62 boïars, okolnitchié, diaks et autres serviteurs du tsar; 97 nobles de premier rang; 99 nobles de second rang; 75 bourgeois et marchands, etc. Ces États généraux de Russie eurent un rôle parfois aussi important que ceux de France. Par trois fois après Ivan le Terrible, en 1598, en 1605, en 1613, ils disposèrent de la couronne.
La cour. — La cour du tsar était magnifique. Elle comprenait une imposante maison militaire, qui s'acquittait également des services domestiques. Les fils des plus grands seigneurs débutaient dans les emplois de ryndi, gardes du corps; dejillst (habitants du palais), autre garde d'honneur; de spalniki, postielniki, gens de la chambre à coucher; de stolniki, gens de la table; de koniouchié^ gens des écuries; de slremiannié, gens de
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rétrier, etc. De ces emplois, on pouvait s'élever aux dignités A'okholnitchiji, slriaptchyij officier du palais, puis de boîar. La noblesse : alleux et fiefs; disputes sur les rangs.
— L'ancienne noblesse a cependant conservé certains droits. Chacun est fier de sa généalogie, la compare avec celle des autres nobles, et, par Tanliquité de sa maison, décide s*il est pluSy moi7i8 ou bien autant que tel ou tel. S'il est plus que tel ou tel, jamais il ne consentira, à la table tsarienne, à s'asseoir au-dessous de lui; en campagne, à servir sous ses ordres. De la des litiges sans nombre, qu'on appelle miéstnilchéstvOy dispute sur les rangs. Ces disputes troublent toutes les fêtes auliques, où les nobles préfèrent être bâtonnés par le prince que de s'asseoir aune place qui n'est pas la leur, car ils amoindriraient eux-mêmes, leurs descendants, même leurs ancêtres ; à l'armée, elles ont fait perdre des batailles. L'autocrate est contraint de respecter ce singulier point d'honneur. Pour régulariser les prélentions contraires, on a édicté des règles, dressé des razriadnyia knigui (livres des rangs) et institué le razriadnyi j)rikaz (bureau des rangs). Ivan le Terrible décida pourtant qu'un certain nombre d'emplois ne seraient pas sujets à la dispute sur les rangs et que la place ou la fonction temporairement occupée par tel ou tel n'entraînerait pas pour lui de dérogation.
Dans la noblesse il y a plusieurs degrés : les boïars (y compris les princes) sont au premier; au second, les gentilshommes de la cour; au troisième, les simples gentilshommes, propriétaires ruraux, qui s'appellent dvoriane (sing. dvorianine) ou enfantS'boïars {diéti-boïarskié). Autrefois on avait pu distinguer entre les voltchiny (francs-alleux) et l^^pomiestia (fiefs conférés par le prince). Celte distinction est presque effacée : toute terre est censée être un don du prince. Sa possession entraine pour son propriétaire, pour le voUchinnik aussi bien que pour le pomiéchtchik, l'obligation de faire au tsar le service militaire. Les enfanls-boïars s'appellent encore sloujilié lioudi, gens de service, hommes d'armes. Ils sont comme les stratiôtai de l'empire byzantin ou les timariotes de l'empire ottoman; ils forment la cavalerie noble, la gendarmerie de l'armée. Outre les revenus do leur terre, ils ont droit, en campagne, à une
solde, soit en nature, soit en argent. Chaque cavalier doit s'armer et s'équiper. Il sert toujours avec deux chevaux.
L'Église : clergé blanc et clergé noir. — Il convient de distinguer entre le clergé blanc^ la plèbe des popes ou prêtres de paroisse, tous mariés (on leur en faisait une obligation), aussi grossiers et presque aussi peu lettrés que leurs paroissiens, et le clergé noir. Le clergé noir, ce sont les moines, astreints au célibat et à la vie en commun. Les moines sont alors presque les seuls en Moscovie qui fassent quelques études. Un monastère {lavra, monastyr^ obitèl), dont le supérieur s'appelle archimandrite ou igoumène, est presque toujours un propriétaire terrien. Les couvents se sont enrichis, à travers les siècles, par les libéralités des seigneurs, des grands-princes, même de khans mongols. Certains, comme ceux de Saint-Serge à Troïtsa, de Saint-Cyrille au lac Blanc, possèdent des districts entiers. Saint-Serge est souverain de 100 000 paysans.
C'est uniquement dans le clergé noir qu'on choisissait les évêques. Il y avait des évêques à Vologda, Sousdal, Nijni-Novgorod, Riazan, Tver, Smolensk; des archevêques à Novgorod, Kostof, Kazan, Astrakhan. Au-dessus de tous, le métropolite de Moscou. Les prélats étaient intronisés « par Tordre du tsar, Télection du métropolite et du concile ». De ces trois autorités, la première était sûrement prépondérante. Sur la vie ecclésiastique et sur ses abus, les Cent Articles (Stoglaf) jettent la lumière la plus étrange.
Le peuple des villes et des campagnes. — Les bourgeois de quelques villes, surtout Novgorod, Pskof, Smolensk, jouissaient de certains privilèges. Les habitants des autres <K bonnes villes i> n'avaient point de passé municipal. En somme la population urbaine forme en Russie une in(ime minorité. La Moscovie est un grand empire rural. Parmi les paysans, un certain nombre ont conservé la pleine propriété de leur terre et la pleine liberté personnelle : le type est celui de Vodnodvorèts (propriétaire d'un dvor), quelque chose comme le yeoman anglais. Il doit au tsar pour sa terre le service à cheval. Mais la masse de la population rurale a des maîtres : le tsar (sur son domaine propre), l'église ou le monastère, plus sou-
vent le dvorianine. La condition du paysan sujet d'un seigneur ressemble à celle du colontis romain ou de notre vilain franc. Toutefois, il n'y a pas de loi emf^pour le protéger, etTancienne coutume cède à l'arbitraire du maître. Cependant le paysan est encore libre de sa personne; légalement il peut, en délaissant la terre, se soustraire aux obligations envers le seigneur; il n'est point encore attaché à la glèbe; à la Saint-Geoi^es de chaque année, il a le droit de s'en aller et de chercher soit un autre maître, soit la liberté dans les steppes sans maître. U existe des espèces de municipalités rurales {mir) : ce sont elles» et non l'individu, qui possèdent la terre.
La pire condition est celle de l'homme qui, de gré ou de force, est devenu un serviteur de la maison seigneuriale, un dvorovii. « Comme il mange le pain du maître », il est son esclave {kholop) : le tarif des crimes n'édicte même pas d'amende pour le meurtre d'un kholop. Certains de ces esclaves s'étaient vendus pour pouvoir manger; d'autres avaient été vendus par leurs parents. Quelquefois l'homme était un kholop à temps : ruiné, mourant de faim, forcé d'emprunter à un seigneur, il avait mis sa liberté en kabala (en gage). Il n'était légalement esclave que pendant la durée de sa dette ; mais combien rarement il lui était possible d'acquitter celle-ci!
L'administration : les prikazes. — Le gouvernement, tout patriarcal et oriental qu'il soit, est depuis longtemps une bureaucratie : ceci est encore bien byzantin. De là l'importance des diakSy ces logothètes moscovites.
Les (rxpivix de Byzance ont abouti aux prikazes (bureaux) de Moscou. U y en eut, suivant les époques, de trente à quarante. Citons le palais des jeux, auxquels ressortissaient les comédiens, les bouffons, les ours et les chiens dressés à les combattre, les échiquiers, les jeux de cartes; le jjrikaz qui surveillait les manufactures impériales ou les magasins de fourrures, d'étoffes d'or et de soie; les prikazes des affaires secrètes, des esclaves, des monastères, des streltsi, de l'arlillerie, des brigands, etc.
Les finances. — Les revenus de l'Etat comprenaient : 1" ceux du domaine, dont les colons devaient les mêmes redevances au tsar qu'à tout autre propriétaire ; 2** la lagla et la podate.
impôts directs; 3® le produit des douanes; 4^^ la taxe sur les bains publics; 5® la vente de Teau-de-vie, monopole d*Etat dans les « cabarets de la couronne » ; G"" le produit des amendes, des confiscations, etc. ; T le tribut en fourrures payé par certaines peuplades; 8° le produit des mines, la taxe sur les pêcheries, le bénéfice sur les nouvelles monnaies. Le tsar avait monopolisé beaucoup de branches du commerce. Ses agents achetaient de force à ses sujets certaines denrées et les revendaient aux marchands de TOrient et de TOccident, interdisant aux sujets de rien vendre avant que le tsar eût vidé ses magasins.
La loi et la Justice. — Pour la justice, il y avait trois instances : V le tribunal du volostet, ou chef de canton; 2** au second degré, les voïévodes et les namiestniki des provinces; 3® la Cour du tsar à Moscou. C'est pour éviter les excès de pouvoir commis par les volosteli, les voïévodes ou les namiestniki, c'est pour parer à la négligence qu'ils montrent à réprimer les crimes, que le tsar octroie à certains pays des goubnia gramoty (chartes de district), associant les habitants notables, comme goubnié slarosti (starostes de district), télés élueSy jurés {tsiélovalnikï), à la procédure et aux sentences '.
La procédure criminelle ressemblait beaucoup à celle des anciens Germains et Scandinaves, car les principes de la Rousskaïa Pravda de laroslaf le Grand s'étaient maintenus en partie dans les deux codes d'Ivan III et d'Ivan lY. Elle admettait le serment des parties, les ordalies, le duel judiciaire. L'infiltration des principes romains-byzantins se manifestait par l'emploi, chaque jour plus fréquent, de la torture. Certains crimes ou délits pouvaient encore se racheter par des amendes, suivant un tarif minutieusement calculé. Mais les supplices capitaux étaient plus souvent appliqués, et devenaient atroces. Les sorciers étaient brûlés dans une cage de fer, les hérétiques et les incendiaires sur le bûcher; aux faux-monnaveurs on versait du métal fondu dans la gorge; la femme qui tuait son mari était enterrée vive. Ajoutez à cela toutes les variétés de mutilations
4. Les plus anciennes chartes sont celles octroyées aux pays de Biélozersk el Kargopol en 1539, à Pskof en i5ii,au district du lac Vajane en 1352. Du reste cette organisation parait généralisée dans le Soudebnik de ioOU.
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et de supplices, empruntés soit aux Byzantins, soit aux Tatars.
L'armée. — Les forces du tsar se composaient, vers le milieu du xvi' siècle : 1** de sa maison militaire, ryndij spalniku slolniki, etc. : environ 8000 cavaliers; 2* des enfants- boîars, \ c^est-à-dire des fieffés : de 80 à 100 000 cavaliers; 3o des odîiodvortsi ou paysans libres : peut-être 100 000 cavaliers. — L'infanterie était fournie par les strellsi (sing. slréletz; tireurs), levés parmi les bourgeois des villes. Cette milice fut introduile dans le reste de Tempire sous le règne divan IV. 2000 étaient attachés à la garde du souverain : c'étaient les streltsi < de rétrier ». Il y avait 12 000 streltsi rien qu'à Moscou, où ils étaient cantonnés dans une slobode à part. Meyerberg évalue à 40 000 leur effectif total. Us étaient distribués par compagnies de 500 hommes. Chacune avait à sa tète un capitaine (golovay tète); sous celui-ci, des cenleniers, cinquanteniers et dizainiers. Leur armement n'avait rien d'uniforme et varia suivant les époques : ils portèrent des piques, des hallebardes, des sabres, des arcs, des arbalètes, des arquebuses, des mousquets. Certaines villes du Sud fournissaient aussi une cavalerie, les kosaks. L'artillerie s'était fort développée depuis Ivan III et Fioraventi; par Narva ou par Arkhangel, Ivan IV reçut des canons; l'arsenal principal était à Moscou, à VOroujennaïa Palata (palais des armes); l'ambassadeur Cobentzel écrit à Maxi milieu II qu'Ivan IV dispose de 2000 canons de tout typ^- Quelques-uns étaient énormes : comme le tsar-pouchka, fondu par le maître russe André Tchékhof. Les canonniers étaient fournis par les villes, surtout par Novgorod et Pskof.
Ajoutez à toutes ces forces les princes tatars fieffés en Russie, les volontaires ou mercenaires tatars, tchérémisses, votiaques, metchchéraks, et, après la soumission du Don, des nuées de Kosaks. — Le Dnieper, même sous la domination polonaise, fournit à la Moscovie des volontaires kosaks. — Plus tard, des régiments entiers de mercenaires, allemands, polonais, hongrois, grecs ou albanais, écossais, suédois. Parmi les capitaines français, Jacques Margeret, De la Ville, etc.
Rien ne ressemble plus à une armée moscovite qu*une armée
ottomane : comparez à Ténumération qu'on vient de faire les spahis de la Porte, la cavalerie timariote, les janissaires, les akindji, etc. En particulier, Taspect de la cavalerie, avec les longs vêtements, les hautes selles, les courts étriers, les armures de lames articulées, les bottes à bout recourbé, éiait tout oriental. Le tsar lui-même portait la lance. Tare, le carquois. Les chevaux, petits, ardents, échevelés, n'étaient point ferrés. Cette cavalerie pouvait tenir tête à celle des Tatars, plus difficilement à une bonne cavalerie européenne.
Les Russes n'avaient qu'une tactique toute de tradition. En campagne, l'armée se partageait toujours en cinq divisions : la grosse bataille, l'avant-garde, l'aile droite, l'aile gauche, l'arrière-garde (cette dernière section créée sous Ivan IV). A la tète de chacune il y avait deux voïévodes, dont l'un supérieur à l'autre en dignité. En outre, il y avait le voïévode du gouUaî-gorod (la ville qui marche, le camp mobile, le vagenbourg) et le voïévode de l'artillerie. Au-dessus de tous, le grandvoïévode, également assisté d'un jeune collègue.
La diplomatie. — Les usages diplomatiques de Moscou étaient modelés sur ceux de Byzance. Au lieu du o-xptvwv twv PapSàpwv, il y avait le prikaz des ambassades (possolskii prikaz). Au xvu® siècle, il comptait 50 traducteurs et 70 interprètes en toute langue. Comme on évaluait l'importance des Etats étrangers à leur degré de proximité, on envoyait en Pologne, en Suède, en Danemark, en Autriche, en Turquie, en Perse, de grandes ambassades, avec des centaines de suivants; on n'envoyait aux rois de France , d'Angleterre ou d'Espagne qu'un gonèts (courrier, le ichaouch des Turcs), avec une suite de quelques hommes. Les courriers et ambassadeurs moscovites, liés par des instructions très étroites, se rendaient insupportables aux cours étrangères par leur formalisme tout byzantin : ils poussaient les hauts cris lorsque, dans les réponses au tsar, on oubliait un seul des innombrables titres de celui-ci, titres comprenant presque toutes les provinces de la Russie d'Europe et d'Asie. Quant aux ambassadeurs étrangers en Russie, s'ils étaient défrayés de toute dépense, ils se voyaient soumis à la plus rigoureuse surveillance policière, gardés comme des
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prisonniers dans leur maison, obligés de déposer leurs épées avant de paraître à l'audience, . où ils ne se montraient que tenus sous les bras par deux huissiers {prisiafs).
Contraste entre les deux périodes du règne. — Lies
premières années d'Ivan le Terrible (1533-1556), celles de son enfance et de sa première jeunesse, nous montrent toutes les formes de gouvernement ou d'anarchie gouvernementale se succédant à la cour de Moscou; puis, après qu'Ivan IV eut pris le titre de tsar, un gouvernement assez régulier, d'allure presque théocratique, avec Adachef et le pope Silvestre, sous la haute direction morale et politique du métropolite Macaire '. Cette période du règne (1547-1556) en fut la plus heureuse : c'est celle des réformes; celle des grandes conquêtes, Kazan et Astrakhan; celle des premières relations avec l'Angleterre.
La période qui suit (1557-1584) est marquée par une lutte acharnée entre le tsar et les pouvoirs qui tendent à limiter le sien : c'est l'époque des supplices et des « massacres » qui valurent à Ivan IV son surnom de Tennble, Au dehors, il n'a plus à combattre seulement des Tatars, mais des Etats occidentaux, la Livonie, la Pologne, la Suède; aussi les premiers succès sont-ils promptement suivis de cruels revers.
Suite du gouvernement de Silvestre et Adachef. — De même qu'Ivan IV avait abandonné à Silvestre la direction de sa conscience, il s'était déchargé complètement sur Adachef du souci de gouverner. Au fond, c'était là un régime tout asiatique : le souverain absolu déléguait tous ses pouvoirs à un autre lui-même. Mais, à Moscou pas plus qu'à Stamboul ou Ispahan, il n'était pas possible que le délégué ne flnit point par abuser. D'ailleurs, pour gouverner, il lui fallait bien placer des gens à lui dans toutes les grandes charges, dans tous les